Affichage des articles dont le libellé est Gilles Clavreul. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Gilles Clavreul. Afficher tous les articles

lundi 23 avril 2018

"Nouvel antisémitisme" : la supercherie d’un appel.


                       Latifa Ibn Ziaten et Samuel Sandler

La parution d’un appel contre l’antisémitisme est à priori une bonne nouvelle.
Nous ne serons jamais de trop pour lutter contre l’antisémitisme et tous les racismes.

En effet, nous ne sommes pas de ceux qui, au sein même de la gauche, tergiversent ou minimisent la gravité des actes antisémites ou qui cherchent à les excuser au nom de la situation au Moyen-Orient.
L'horreur des actes et crimes antisémites nous révolte et nourrit notre combat.

Nous rejetons tous les antisémitismes, anciens ou prétendument nouveaux, quelle que soit leur justification, car ils représentent tous la continuité de la persécution des Juifs. 
Nous prenons au sérieux la gravité de la situation ici et dans toute l'Europe au moment ou l'antisémitisme fait un retour fracassant dans le sillage de la droite radicale antisémite au pouvoir en Pologne, en Hongrie et en Autriche, et  qui menace en Allemagne
Nous sommes sensibles à la peine et à l'inquiétude de ceux et celles qui subissent les manifestations de l'antisémitisme et nous mobilisons pour les soutenir, comme récemment lors de la marche en mémoire de Mme Knoll


C'est au nom même de cet engagement résolu contre tous les actes et discours antisémites, quelle que soit leur origine ou leur prétexte, que nous condamnons le contenu de l'appel Val-Sarkozy-Wauquiez-Ferry-Valls.  

La présence d’islamophobes et de racistes parmi les signataires semblait indiquer d’emblée qu’il s’agissait d’une initiative douteuse. 
Le texte publié dans Le Parisien par Philippe Val (reproduit intégralement ci-dessous) a une toute autre fonction que son objet proclamé, comme en atteste son argumentation particulièrement sensationnaliste et perverse.

Il s’agit surtout pour ses promoteurs de stigmatiser et désigner la population musulmane comme principale, voire seule coupable de l’antisémitisme dans ce pays et au passage de dénoncer la gauche, les médias et les « élites ».
Cela se fait  par un message véritablement « populiste » qui triture le langage et lance des accusations vagues et dangereuses.
Le recours à la notion d’« épuration ethnique » dont seraient victimes les Juifs de ce pays de la part des musulmans, donne la mesure d’une volonté d’opposer des populations par la référence à de situations dramatiques de guerre et de persécutions.
On notera que les musulmans Rohingya sont actuellement victimes d’une réelle épuration ethnique de la part de l’armée et du pouvoir de Birmanie. Des centaines de milliers de personnes ont du fuir leur villages et leurs maisons sous la menace.   

La phrase introductive du texte donne le ton : « Pourtant, la dénonciation de l’islamophobie - qui n’est pas le racisme anti-Arabe à combattre - dissimule les chiffres du ministère de l’Intérieur : les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. »  

Il s’agit donc à nouveau de nier l’existence de l’islamophobie dans la société française en manipulant une concurrence des victimes d’actes racistes et en les opposant, alors qu'il faut au contraire tisser des liens entre elles. 
Plusieurs des signataires de l’appel mènent depuis des années un combat acharné contre la notion d’islamophobie et ont ainsi trouvé le moyen de poursuivre cette croisade.
Puis il est question d’un prétendu silence des médias à propos de l’antisémitisme. Ce silence est attribué à des « élites », dont ne feraient donc pas partie les signataires ? Ces élites nieraient le danger islamiste ou l’excuseraient. 
On reconnaît la patte de Manuel Valls qui, déclarait après les attentats de janvier 2015 « « Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser » avant de devoir retirer ce propos provocateur.

A qui s’adresse l’accusation suivante, contresignée notamment par trois anciens premiers ministres ( Raffarin, Valls, Cazeneuve) et un ancien président de la République, Sarkozy ?   «  …Parce que la bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif… ». Qui est ainsi désigné et accusé ?
 
On notera que concernant Sarkozy, il a pour sa part toujours été cherché les voix  du FN ,tenant du « vieil antisémitisme »  . Il était conseillé en cela par son mentor Patrick Buisson, adepte des thèses de Charles Maurras, dont le centenaire de la naissance rappelle qu’il fut le grand porteur de l’antisémitisme dans la société française.  

La preuve la plus évidente de la perversité des intentions de cet « appel » est son thème de conclusion qui demande « que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par [le concile] Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime »
Ainsi donc, il suffirait que des «autorités théologiques » musulmanes condamnent l’antisémitisme et triturent le Coran. Mais qui peut penser une seconde que cela provoquerait le moindre effet sur des personnes « radicalisées » ?  Celles-ci rejettent au contraire les « autorités théologiques »  et toute interprétation qui ne justifie pas leurs actes .
Au passage les auteurs mentent effrontément en prétendant que les "incohérences de la Bible"  ont été "abolies". De quelles "incohérences" s'agit-il?  Qui a « aboli » quoi, et comment ? On se demande comment le grand rabbin Korsia peut cautionner de tels propos mensongers.

Au total, il s’agit donc d’une manipulation politique qui n’a que l'islamophobie à proposer comme solution en matière de lutte contre l'antisémitisme. Or il y a urgence en la matière, non seulement en France mais dans toute l'Europe.

C'est dans ce contexte que nous interpellons les pouvoirs publics: où sont donc les plans ambitieux, annoncés autrefois par les différents gouvernements dans ce domaine ? Quels nouveaux outils ont été mis à la disposition de celles et ceux qui souhaitent combattre le fléau de l'antisémitisme ? Où est l’effort d’éducation et de solidarité nécessaire ?
 
Depuis l'unique annulation d'un meeting de Dieudonné à Nantes en janvier 2014, accompagné par la promesse de Manuel Valls de faire fermer les principaux sites antisémites français, de réguler enfin l'expression de la haine sur les réseaux sociaux, qu'est ce qui a été fait concrètement ?  Le négationnisme en ligne se porte toujours aussi bien.


L’assassinat de Mme Mireille Knoll est ainsi survenu trois jours après la relaxe judiciaire d'Alain Soral, accusé d’incitation à la haine raciale pour avoir diffusé une nouvelle fois un montage antisémite.
 Les juges l'ont acquitté au prétexte que  "Le montage en cause, aussi contestable soit-il, ne constitue ainsi pas une provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence, contenant un appel ou une exhortation, même implicite, rejaillissant sur la totalité d'une communauté définie par l'appartenance à la religion juive". 
Les magistrats ont utilisé la jurisprudence de la Cour de cassation, qui estime depuis juin 2017 qu'une "incitation manifeste" ne suffit pas à caractériser le délit et qu'il faut désormais "pour entrer en voie de condamnation" que les propos relèvent d'un "appel" ou d'une "exhortation". 
Ainsi il faudrait maintenant un appel direct à la violence raciste pour que la justice agisse.
Devant l’adhésion que suscitent Dieudonné et Soral dans une partie de la jeunesse, comment ne pas s’interroger sur le rôle qu’ils peuvent jouer dans la radicalisation ultra-rapide de beaucoup de jeunes, qui épousent les thèses et la cause des intégristes de Daech en quelques mois, en quelques semaines ? 
Pour qu’une graine pousse à vitesse accélérée, il lui faut un terreau fertile; force est de constater que la culture pathologiquement antisémite, propagée par l’extrême-droite française depuis des années, constitue une part importante de ce terreau fatal. L'appel ne fait aucune référence à ces grands diffuseurs d'un antisémitisme violent.
L’appel de Philippe Val et de ses soutiens représente par son orientation de division et de haine, un mauvais coup porté au combat contre l’antisémitisme.  


Nous sommes plus que jamais déterminés à combattre tous les antisémites et tous les racistes, quelles que soient leurs justifications et leurs obédiences. Il n'y a aucune excuse ou justification dans ce domaine, pas plus que pour tout autre acte raciste.
 Nous rejetons également toute minimisation ou banalisation de la gravité des actes et propos antisémites. Les Juifs de France, qui représentent moins de 1 % de la population, sont, selon les statistiques officielles, la cible d’un tiers des actes haineux recensés dans le pays.

Notre soutien va vers toutes les initiatives de  terrain qui veulent construire une réelle solidarité contre l'antisémitisme et tous les racismes. Il en est par exemple ainsi du combat commun de Latifa Ibn Ziaten et Samuel Sandler, parents des victimes de Merah

MEMORIAL 98


   
Nous rappelons ici quelques récentes turpitudes des responsables politiques signataires, voire porte-parole de l’appel:

Laurent Wauquiez: une de ses premières mesures en tant que président de la région ARA a été de diminuer la subvention attribuée au Mémorial des enfants juifs d'Izieu. Face au scandale, il a du ensuite revenir en arrière; voir ici http://info-antiraciste.blogspot.fr/2015/04/enfants-juifs-dizieu-les-traces-de-la.html
Wauquiez veut mettre en cause le droit du sol, reprenant ainsi les thèses identitaires du Front national, intégrées dans la droite par l'intermédiaire du Club de l'Horloge. 

Manuel Valls, Elisabeth Badinter islamophobe revendiquée, Gilles Clavreul délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (Dilcra) au bilan catastrophique et leurs proches du « Printemps républicain » également soutiens de la manipulation de Sarkozy sur le burkini voir ici http://info-antiraciste.blogspot.fr/2016/01/vallsa-lattaque-contre-la-laicite.html

Sarkozy, dont l’activité politique a toujours reposé sur la récupération des thèmes du FN voir ici http://info-antiraciste.blogspot.fr/2016/08/sarkozy-est-lordonnateur-direct-des.html et ici http://info-antiraciste.blogspot.fr/2015/12/sarkozy-legitime-nouveau-le-front.html

Luc Ferry, soutien affiché de Poutine et Assad, tenant de la thèse négationniste d’un « génocide vendéen » voir ici http://info-antiraciste.blogspot.fr/2015/05/luc-ferry-evoque-le-genocide-vendeen-et.html

Memorial 98 


 Le texte de l’Appel «Cette terreur se répand »

« L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs, c’est l’affaire de tous. Les Français, dont on a mesuré la maturité démocratique après chaque attentat islamiste, vivent un paradoxe tragique. Leur pays est devenu le théâtre d’un antisémitisme meurtrier. Cette terreur se répand, provoquant à la fois la condamnation populaire et un silence médiatique que la récente marche blanche a contribué à rompre.
Lorsqu’un Premier ministre à la tribune de l’Assemblée nationale déclare, sous les applaudissements de tout le pays, que la France sans les Juifs, ce n’est plus la France, il ne s’agit pas d’une belle phrase consolatrice mais d’un avertissement solennel : notre histoire européenne, et singulièrement française, pour des raisons géographiques, religieuses, philosophiques, juridiques, est profondément liée à des cultures diverses parmi lesquelles la pensée juive est déterminante. Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés - et certains torturés - parce que Juifs, par des islamistes radicaux.

« Une épuration ethnique à bas bruit »

Pourtant, la dénonciation de l’islamophobie - qui n’est pas le racisme anti-Arabe à combattre - dissimule les chiffres du ministère de l’Intérieur : les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. 10 % des citoyens juifs d’Ile-de-France - c’est-à-dire environ 50 000 personnes - ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Clemenceau.
Pourquoi ce silence ? Parce que la radicalisation islamiste - et l’antisémitisme qu’il véhicule - est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale, alors que le même phénomène s’observe dans des sociétés aussi différentes que le Danemark, l’Afghanistan, le Mali ou l’Allemagne… Parce qu’au vieil antisémitisme de l’extrême droite, s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des Juifs en victimes de la société. Parce que la bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif.

« Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie »

Or à la marche blanche pour Mireille Knoll, il y avait des imams conscients que l’antisémitisme musulman est la plus grande menace qui pèse sur l’islam du XXIème siècle et sur le monde de paix et de liberté dans lequel ils ont choisi de vivre. Ils sont, pour la plupart, sous protection policière, ce qui en dit long sur la terreur que font régner les islamistes sur les musulmans de France.
En conséquence, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime.
Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie. Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France. »





vendredi 22 janvier 2016

L'Observatoire de la Laïcité menacé




Il "fallait que ça pète", telle est l'étrange formule employée par Françoise Laborde, sénatrice du Parti Radical de Gauche (PRG) et membre de l'Observatoire de la Laïcité, à l'encontre du président de cette institution, Jean-Louis Bianco, dont elle conteste violemment l'action, notamment par le biais d'une pétition demandant sa démission.

Ça a "pété", en tout cas. Manuel Valls premier Ministre d'une majorité politique qui est à l'origine de l'installation effective de l'Observatoire de la Laïcité ET de la nomination de Jean-Louis Bianco par
l'ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault (qui le soutient d'ailleurs face à Valls)), l'a brusquement mis en cause avec une brutalité verbale voulue et marquée.
Au moment même ou le ministre de l'Intérieur annonce un triplement des actes anti-musulmans en 2015, en même temps qu'une très faible baisse des actes antisémites, après une hausse de 100% l'année précédente, Manuel Valls fait un choix dangereux et méprisable

Les motifs affichés: d'une part le président de l'Observatoire, l'ancien ministre Jena-Louis Bianco, a signé un appel initié par l'association Coexister et  intitulé " Nous sommes unis" au lendemain des attentats de Novembre avec de nombreuses personnalités dont certaines représentent des courants religieux très divers
Certains des signataires musulmans ne semblent pas convenir à Valls. Nul n'est évidemment obligé d'apprécier politiquement les organisations citées par le Premier Ministre, notamment le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), ni dans le mouvement antiraciste de leur épargner la critique politique. Mais Manuel Valls est premier ministre, pas militant de base et sa critique est particulièrement ridicule dans ce cadre. Car l'homme qui reproche à Jean-Louis Bianco un appel contre les attentats  est aussi le chef d'un gouvernement qui conclut des accords tant  avec la dictature iranienne qu'avec celle d'Arabie Saoudite, et pas seulement contre Daech. 
Et même en en restant à cette seule question du terrorisme, faut-il rappeler la longue liste des chefs d’État venus défiler à Paris le 11 janvier  et dont le respect des droits de l'Homme n'est pas la principale priorité ? Faut-il rappeler les poignées de main entre le boucher Poutine et nos gouvernants ? De plus vient Valls vient de se féliciter dans un tweet de collaborer lui-même contre le terrorisme  avec le gouvernement turc dirigé par l'AKP, qui fait partie du courant des Frères Musulmans.
Quand bien même certains signataires de cet appel extrêmement vaste seraient peu recommandables, que peut bien reprocher Manuel Valls à Jean-Louis Bianco qu'il ne fasse lui-même, en matière d'"unité" contre le terrorisme ?

D'autre part le délégué général de l'Observatoire, Nicolas Cadène a "osé" critiquer Elisabeth Badinter après la  déclaration de cette dernière  du 6 janvier dernier indiquant: «... Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe. A partir du moment où les gens auront compris que c’est une arme contre la laïcité, peut-être [qu’] ils pourront laisser leur peur de côté pour dire les choses. » 
Ce qui aurait été scandaleux, c'est que l'Observatoire de la laïcité ne parle pas de cette position politique, que Mme Badinter n'a malheureusement pas inventée. Cela fait bien longtemps en effet que l'extrême-droite tente d'imposer cette définition orientée de la laïcité, qui ne serait au fond qu'une lutte contre l'islam. Cela fait bien longtemps aussi, qu'en France, on n'a certes pas peur d'être islamophobe: à l'heure où des mosquées brûlent et sont profanées, où le port du foulard expose à des agressions physiques violentes, où pas un mois ne se passe depuis au moins 2007 sans qu'une polémique éclate contre les musulmans, où le Front National est omniprésent dans les médias et réalise des scores inédits au niveau électoral. Dans ce contexte,  le racisme anti-musulman, comme les autres racismes, s'exprime évidemment sans crainte. 
Il est donc naturel et salutaire que toute personne ayant une conception universaliste et non manipulatoire de la laïcité dénonce ces positions qui la dénaturent et la décrédibilisent. A fortiori, lorsque cette personne est responsable de l'Observatoire de la laïcité.  En effet, si la laïcité n'est que le nom d'une islamophobie consensuelle, elle n'existe pas. 

Ne reste que ce à quoi nous assistons depuis des années, l'absence de contenu positif, de politiques concrètes capables de faire émerger une société réellement laïque, avec des outils sociaux offensifs. L'école ne résorbe plus les inégalités sociales devant le savoir et les cultures, au contraire, la dégradation des moyens les perpétue. L'éducation populaire, les associations qui composent le tissu social, les services publics locaux sont soumis à d'énormes restrictions voire disparaissent. Tout ce qui rassemble autour de droits et d'ouverture des possibles est délaissé, ne reste qu'une course folle vers plus de discriminations, vers la recherche perpétuelle des mêmes boucs émissaires.

Or, contre toute attente, et en tout cas contre celle de Manuel Valls, l'Observatoire de la laïcité n'est pas allé dans cette direction. L'Observatoire n'a pas cautionné politiquement les nouvelles atteintes aux droits des femmes qu'une partie de la gauche politique souhaitait mettre en place. qu'il s'agisse de l'université, des crèches, ou de l'accompagnement des sorties scolaires. Les prétendus laïques, obsédés par l'exclusion progressives des femmes porteuses d'un voile de l'espace public, n'ont pas réussi à faire adopter leurs vues à la majorité des membres de l'Observatoire. Celui-ci reçoit d'ailleurs le soutien de la Ligue des Droits de l'Homme et d'autres associations engagées dans le combat laïque.

C'est cela qui se règle aujourd'hui, c'est la raison pour laquelle Mme Laborde, notamment, emploie des termes aussi violents, à propos de ce qui n'est pourtant, au fond, qu'un organe consultatif, sans pouvoir décisionnaire. Confortée par une puissante vague raciste, d'aucuns ne comprennent pas qu'il puisse y avoir  des digues qui tiennent encore et que d'aucuns osent raison garder.

Et la moindre résistance amène ces prétendus laïques à user d'arguments de plus en plus ignobles et de moins en moins rationnels, de surcroît. Dans ses dernières déclarations, Mme Laborde évoque par exemple le poncif rebattu de l'extrême-droite sur le "vote musulman" qui ferait peur aux politiques. Faut-il rappeler que la majorité politique à laquelle appartient Mme Laborde fut accusée par le Front National et l'ensemble des mouvements fascistes d'être le résultat de la soumission de François Hollande au "communautarisme musulman" ?

Manuel Valls reprend donc la campagne menée de puis quelques temps par l'hebdomadaire Marianne ainsi que par trois membres de l'Observatoire (l'ancien ministre socialiste Glavany, Françoise Laborde, Patrick Kessel) connus pour leur conceptions unilatérales de la laïcité et leur obsession anti-voile. Ainsi P. Kessel préside le Comité "Laïcité République" (CLR), une association qui s’est retrouvée au cœur d’une polémique nauséabonde.  Le 26 octobre dernier, quand, lors de la remise de son prix annuel à l’Hôtel de ville de Paris (en présence de Valls), plusieurs de ses membres ont réprimandé une journaliste franco-turque porteuse d'un foulard. A leurs yeux ce vêtement contrevenait à la laïcité. Le CLR cultive une obsession sur le foulard, qui bénéficie d’une rubrique à part entière sur son site, où l’on retrouve de nombreux articles du journal de la droite radicale Causeur et de  Marianne. Glavany quant à lui méprise une conception de la laïcité qui est celle de la majorité de l'Observatoire et  qu'il qualifie de "droit-de-l'hommiste et antiraciste"; sans surprise il soutient publiquement la déchéance de nationalité pour les binationaux. 
Ce trio est bien caractérisé par  Bianco: "... Ceux qui dénaturent la laïcité, ce sont précisément ceux qui en font un outil antireligieux, antimusulman, qui prétendent, ce qui est une monumentale erreur sur le principe même de laïcité, que l’espace public est totalement neutre, comme si nous n’avions plus le droit d’avoir des opinions".

Valls valide aussi  la ligne de celui qui fait office de  délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (Dilcra), Gilles Clavreul. Ce dernier s'est notamment illustré lors de l'affaire dite du "bikini de Reims" en juillet dernier. Lors de ce qui constituait une grossière manipulation raciste, il avait jeté de l'huile sur le feu, dans la droite ligne de sa déclaration médiatique d'entrée en fonction, où sa priorité avait été d'indiquer qu'il ne reconnaissait pas l'islamophobie.

Cette ligne violente et absurde constitue à  bien des égards une lamentable fuite en avant, reprise au plus haut niveau de l’État, une tentative de moins en moins crédible de masquer le bilan désastreux de la mandature en matière de laïcité ET d'antiracisme. Car c'est le second point de la manipulation politique: n'avoir que l'islamophobie à proposer comme solution en matière de lutte contre l'antisémitisme.
Où sont donc les plans ambitieux annoncés autrefois par le gouvernement dans ce domaine ? Quels nouveaux outils ont été mis à la disposition de celles et ceux qui souhaitent combattre le fléau de l'antisémitisme ?
Depuis l'unique annulation d'un meeting de Dieudonné à Nantes en janvier 2014, accompagné par  la promesse de Manuel Valls de faire fermer les principaux sites antisémites français, de réguler enfin l'expression de la haine sur les réseaux sociaux, qu'est ce qui a été fait , concrètement ? Pas grand chose, le négationnisme en ligne notamment se porte toujours aussi bien, et les parquets ne sont même pas assez formés sur la question pour nous épargner la relaxe du négationniste Robert Faurisson lors de son dernier procès.

Association antiraciste, universaliste et laïque, Memorial 98 rejette et condamne les manipulations et divisions de M. Valls qui en est coutumier et appelle à défendre plus que jamais l'unité des combats antiracistes.
Memorial 98 appelle à soutenir et à signer la pétition de soutien à l'observatoire de la Laïcité, initiée par la Ligue des Droits de l'Homme, la Ligue de l'enseignement et la Fédération Nationale de la Libre Pensée.


Actualisation du 1er décembre 2016

Alors que Valls  annonce sa candidature à la primaire de la gauche, il est nécessaire de rappeler qu'il a notamment soutenu et participé récemment à la manipulation raciste et islamophobe de Sarkozy sur le burkin.

Ce dernier avait déjà constaté en 2015 que Valls et Hollande avaient été disposés à reprendre son idée (commune avec le FN) de déchéance de nationalité.

Sait-il que cette fois-ci, à nouveau, Manuel Valls approuvera les arrêtés des maires de droite et que nombreux seront ceux  et celles qui à sa suite danseront au son de la musique raciste et islamophobe en pensant (ou feignant de penser) qu’on défend ainsi la laïcité, voir le droit des femmes ? 
Devine-t-il que Valls ira jusqu'à blâmer en direct Najat Vallaud-Belkacem afin d'imposer à gauche la ligne ignoble de Sarkozy, comme dans le cas de la déchéance de nationalité?
La ministre de l’Éducation nationale a fort modérément affirmé que "la prolifération des arrêtés" n'était "pas la bienvenue" et a ajouté "Jusqu’où va-t-on pour vérifier qu’une tenue est conforme aux bonnes mœurs ?" puis a évoqué une "dérive politique dangereuse pour la cohésion nationale" qui "libère la parole raciste". 
Valls la désavoue en direct et réaffirme son soutien aux mesures des maires LR parrainées et initiés par Sarkozy .

MEMORIAL 98

mercredi 14 octobre 2015

Sérent: lettre ouverte aux pouvoirs publics sur une page de haine raciste, parmi tant d'autres.

Suite de la mobilisation collective contre la propagande anti-migrants à Sérent: les pouvoirs publics doivent agir.
Relayez la lettre ci-dessous, sur le mur Facebook de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (DILCRA) , sur son compte Twitter et en l'envoyant au délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme à l'adresse mail suivante : gilles.clavreul@pm.gouv.fr

Monsieur le Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme,

Il y a quelques jours, le 8 octobre, le président de la République Mr François Hollande a déclaré une nouvelle fois, depuis le camp des Milles, que la lutte contre le racisme et l'antisémitisme constituaient une priorité absolue.

Au quotidien, nous sommes nombreuses et nombreux qui agissons contre le racisme.

A Sérent par exemple, petit village de 3000 habitants dans le Morbihan, un collectif se mobilise pour faire face aux quelques membres du Front National ou assimilés qui ont lancé une campagne de haine et d'intimidation contre l'éventuelle installation de quelques réfugiés dans un bâtiment public vacant.

Avertis de cette campagne de haine par la presse, notre association s’est penchée sur la page Facebook du collectif anti-migrants, intitulée « Pas de migrants à Sérent ». Nous y avons trouvé un appel à mettre les gens « au four », à les passer au bazooka et des commentaires qui invitaient à pendre le maire du village à un croc de boucher. Une personne favorable à l'accueil des réfugiés a vu son identité dévoilée et affichée dans un post sous lequel menaces et insultes se sont multipliées.
Des dizaines de commentaires qualifient les migrants de terroristes, d'envahisseurs, de lâches ayant fui leur pays, de propagateurs d'épidémies.

En toute quiétude, la haine s'exprime, et les individus qui la propagent se sentent tellement en sécurité qu'ils n'hésitent pas à publier menaces et insanités sous leur propre nom.

Pour notre part, nous avons fait ce que nous avions à faire. Nous avons publié un article dénonçant ces infamies, nous avons invité nos membres et nos sympathisants à les signaler au réseau social et à la plate-forme Internet de signalement du gouvernement.


Nous ne trouvons pas normal que des pages appelant à mettre les gens au four soient banalement présentes sur Facebook, banalement évoquées par les médias qui ont consacré des articles à ce regroupement raciste de Sérent, comme s'il s'agissait d'une mobilisation ordinaire de « citoyens » exprimant leurs opinions. Nous ne trouvons pas normal d'avoir à dénoncer l'évidence. Le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit. Nous ne sommes pas les éboueurs du net, comme le disait très justement une autre association antiraciste, nous ne devrions pas être contraints de repérer sans cesse les lieux où s'exprime la haine, il appartient aux propriétaires de ces sites et à l’État de prendre leurs responsabilités.

Mais ce n'est pas le cas : lorsque nous alertons , lorsque nous faisons ce que nous avons à faire, rien ne se passe. Aux dizaines de personnes qui ont signalé la page «  Pas de migrants à Sérent », les responsables de Facebook ont envoyé la même réponse. Cette page ne leur semble pas malvenue sur leur réseau social. Nous avons également reçu un message type de la plate-forme de signalement internet du gouvernement nous indiquant que "notre signalement avait été pris en compte". Certes mais en attendant, la haine s'exprime sans compter. 

Il n'y a là, rien d'extraordinaire, certes. Des milliers et des milliers de pages ouvertement racistes , antisémites, négationnistes, homophobes sont présentes sur les réseaux sociaux. Les commentaires des grands médias sont devenus le réceptacle de la haine la plus sordide propagée par les hordes venues des grands sites d'extrême-droite comme "Fdesouche" ou "Égalité et Réconciliation".

Aussi bien, nous aurions pu vous écrire mille fois, et vous trouverez peut-être étrange et incongru que nous le fassions pour cette affaire de Sérent, petite commune de 3000 habitants, et pour la page « ¨Pas de migrants à Serent » qui a été « likée » par 2000 personnes, ce qui est fort modeste.

Mais l'extrême-droite, quant à elle, a mobilisé ses réseaux pour servir les intérêts des quelques individus qui ont lancé cette page. Les racistes de Sérent sont relayés par tous ses grands sites. En conséquence le maire de la commune ainsi que les salariés municipaux ont affronté un harcèlement d'ampleur nationale, mails et coups de fils insultants saturant le téléphone de la mairie de ce village.

Nous sommes solidaires et d'autant plus que nous savons bien que ceci peut nous arriver demain.

D'ailleurs les médias se font maintenant l'écho d'une campagne de menaces inscrites sur les locaux de nombreuses associations antiracistes partout en France et intitulée #OnFerme.

Nous ne la fermerons pas, ni pour Sérent, ni pour nous. Et nous sommes contents que le président de la République ait répété maintes et maintes fois, solennellement, qu'il était au côté des antiracistes.

Cependant, nous savons bien qu'il ne suffit pas d’alerter, il faut agir.

Aussi, ayant fait de notre côté ce qu'il nous était possible de faire. nous vous demandons de faire ce qui relève de votre mission et de vos responsabilités , concernant cette page et ces auteurs,

Dans l'attente d'une réponse de votre part, nous vous prions d'agréer, Monsieur, l'expression de nos salutations antiracistes les plus déterminées. 

Memorial 98