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jeudi 14 février 2019

Rassemblement contre l'antisémitisme: une première initiative réussie



Mise à jour du 18 février
Beau succès du rassemblement contre l'antisémitisme du dimanche 17, soutenu par Memorial 98. Plusieurs centaines de personnes de différents horizons y ont participé dans une atmosphère de solidarité et de témoignage. Les amis de Memorial 98 ont insisté sur la responsabilité des propagandistes de l'antisémitisme tels Dieudonné et Soral contre qui des mesures fermes et contraignantes doivent enfin être prises.
Ce premier rassemblement réussi doit se poursuivre par d'autres  initiatives.

MEMORIAL 98



Memorial 98 appelle à participer au rassemblement contre les actes antisémites organisé le 17 février à Paris (voir appel ci-dessous) place Simone Veil-Europe à 14H.

Nous protesterons ensemble contre les croix gammées et autres inscriptions antisémites faisant référence au pogrom nazi de la Nuit de Cristal du 9 novembre 1938, dont nous avons récemment commémoré le 80e anniversaire.

Ces slogans haineux ont comme but et conséquence de désigner les Juifs comme cibles et de provoquer des actes violents à leur encontre.
 



Nous aurions aimé que les associations antiracistes et de défense des droits de l'homme en prennent l'initiative mais la frilosité est hélas de règle quand il s'agit de descendre dans la rue contre les actes antisémites.

Cette initiative est donc positive et doit mobiliser, d'autant qu'elle prend le soin de ne pas attribuer "aux Gilets jaunes" la responsabilité des actes antisémites, qui ont débuté bien avant ce mouvement, ce qui explique d'ailleurs leur très forte augmentation sur l'ensemble de 2018. 




La vague d’actes antisémites ne se limite pas à la France, la tuerie de la synagogue de Pittsburgh  le 27 octobre en est un terrible exemple. Il a été a commis par le néonazi Robert Bowers, antisémite enragé, qui a hurlé "Tous les Juifs doivent mourir" avant de tirer.

En Allemagne, en Pologne , en Autriche, en Hongrie, les actes et discours antisémites se multiplient également. 
      
Nous serons présents le 17 afin d’exiger des actes concrets contre ceux qui diffusent sans relâche des discours antisémites et négationnistes et .
 Il s'agit notamment de Dieudonné qui tient actuellement un meeting antisémite tous les soirs, sous couvert d'un "spectacle", de Soral et de Boris Le Lay dont le site (ci-dessous) regorge de signes d'étoiles jaunes nazies, comme nous l'avons montré dans nos différents articles et dossiers.

Sur le site "Démocratie participative" de Boris Le Lay, un responsable de  SOS Méditerranée affublé d'une étoile jaune nazie



Nous appelons toutes les personnes désireuses de lutter contre l'antisémitisme et tous les racismes, les associations et organisations progressistes, à se joindre à ces actions.

Cette mobilisation doit se poursuivre dans tous les domaines. 
L’antisémitisme ne constitue pas une fatalité et il n'est pas vrai que tout ait été tenté. Nous sommes déterminés à combattre tous les antisémites et tous les racistes, quelque que soient leurs justifications et leurs obédiences. C'est eux qui répandent le poison de la haine. Au quotidien, toute parole antisémite doit être publiquement  dénoncée et mise en accusation.
 
Texte de l'appel et adresse de l’événement  Facebook:
"Face à la déferlante de tags, de profanations, de discours, d'actes antisémites, il est temps que la société civile se mobilise.
Je vous invite à un rassemblement pacifique, non violent, multi-confessionnel, pour remplacer la vague de haine et de violence par une vague de paix, d'union et d'humanisme.
Une autorisation par la Préfecture sera demandée.
J'invite mes amis Gilets Jaunes choqués comme moi à se joindre à nous.
J'invite mes amis des autres villes à faire de même. » 



MEMORIAL 98
Mise à jour du 15 février 2019 

jeudi 31 août 2017

Kemi Seba: retour sur la scène française d'un imposteur néo-nazi.


Faut-il encore présenter Kemi Seba ?
Oui sans doute puisque certains médias n'ont pas jugé utile de le faire ces derniers jours, en évoquant son " action" contre le franc CFA qui lui a valu quelques jours d'emprisonnement, avant une relaxe. Dans le journal 20 minutes, par exemple,  Kemi Seba est ainsi décrit comme un "polémiste français" dans une courte dépêche qui ne dit absolument rien de la nature des "polémiques" en question. 

Le Monde a choisi une démarche un peu plus "équilibrée": publier le 22 août une très juste tribune pointant l'imposture  représentée par Seba et son courant et la manière dont il instrumentalise et récupère la lutte contre le franc CFA . Mais quelques jours plus tard, une seconde tribune est publiée, qui prend la défense de Seba et le présente en résumé comme un "symbole" de la jeunesse africaine.

Dans le même temps, sur les réseaux sociaux français, certains groupes se présentant comme "anti-racistes" reprennent la vieille rengaine développée dans les années 2000 : il faut soutenir Kemi Seba, ne pas se préoccuper de ce qu'il est et de ce qu'il fait réellement, puisqu'il incarnerait la résistance au néo-colonialisme, et que toute contestation de ses idées serait une soumission à l'ordre blanc et néo-colonial. 

Mais qui est Kemi Seba ? La réponse est simple, puisque lui-même l'a toujours revendiqué sans fards. Kemi Seba, contrairement à Dieudonné, n'a jamais cherché à ergoter sur ses opinions politiques: là où Dieudonné a cherché pendant des années à se présenter comme "antisioniste" et à nier les accusations d'antisémitisme, Kemi Seba inaugure sa carrière de néo-nazi médiatique en organisant un pogrom symbolique rue des Rosiers, qu'il présente d'emblée comme une chasse aux "sionistes", dans le contexte de l'assassinat antisémite d'Ilan Halimi par  Youssouf Fofana et ses complices.

D'emblée, chez lui, la soupe clinquante qu'il présente comme du "pan africanisme" ne présente guère d'importance: lui même lui en accorde si peu, qu'il passera du "kémitisme" dénonciateur des "blancs" et des "arabes" assorti de références à la gloire de l'ancienne Egypte à une conversion à l'islam et à un changement de nom, avant de revenir en arrière.

Le seul point dont il ne déviera jamais est l'alliance avec l'extrême-droite européenne: dès ses débuts, il se mettra ainsi en scène avec des groupes néo-nazis, vantant les suprémacistes blancs comme les seuls alliés possibles, affirmant qu'après tout Hitler était mieux que Napoléon et que le nazisme eut l'avantage de "donner du travail aux Noirs enrôlés dans les armées pour le combattre".

Lorsqu'il créera le MDI ("mouvement des damnés de l'impérialisme"), il le fera avec des négationnistes assumés comme Serge Thion ou Ginette Skandrani.
C'est aussi au sein de cette officine qu'un certain "Siddiq Seth" s'affirmera comme l'animateur de la branche "pan-arabe". On le retrouvera quelques années plus tard , après un passage comme garde du corps aux côtés de Dieudonné, comme nervi de choc des milices pro-Assad en Europe notamment lors d'une attaque à Genève contre des opposants syriens.

Kemi Seba lui-même ne cache pas son allégeance à l'internationale de la haine, structurée autour du soutien à Poutine : le 27 avril dernier il déclarait ainsi sur Facebook : "On veut des alliés (bien que l'on ne les idéalise pas loin de là ) tels la Russie de Poutine, la Corée du Nord, Cuba, l'Iran, le Venezuela de Maduro (actuellement attaqué par la puissance ultra libérale américaine) ou l'Argentine révolutionnaire de Pedros Piscay. 
On veut des régimes pour qui le souverainisme est une OBSESSION." De la même manière, il présente la victoire de Donald Trump comme une bonne nouvelle pour plusieurs raisons: parce qu'il est homophobe et anti-mondialiste et qu'il a dégagé la candidate du "système" et de l'"oligarchie" mais aussi parce qu'il est raciste , et que le déchaînement de violence des suprémacistes blancs réveillera les noirs américains un peu trop mous à son goût.


Kemi Seba est donc un fasciste raciste assez classique, aussi clair et violent qu'un Serge Ayoub. La petite différence est qu'il a joué sur la dénonciation des "blancs" ou même des "leucodermes" , pour reprendre les termes de ses débuts. Avec une certaine intelligence, puisque cela a conforté d'autres racistes qui croyaient tenir en sa personne , un exemple du "racisme anti-blancs", tant dénoncé par l'extrême-droite. Souvent Seba a d'ailleurs été attaqué sur cette base, bien plus que sur celle de son antisémitisme bien réel. En effet, pour ce qui est du "racisme anti-blancs", ses complicités néo-nazies démontrent, si besoin était, à quel point il n'en était pas question.

Or l'antisémitisme n'est pas seulement un racisme "parmi d'autres", il structure aussi globalement des analyses du monde, où de toute façon, le racisme contre tous est forcément essentiel. 
Ainsi Kemi Seba ne s'est jamais privé d'exprimer sa violence aussi contre les racisés qui ne rejoignaient pas le camp fasciste, les présentant comme des "idiots utiles" du "complot sioniste", dont il voit aussi les effets dans les combats progressistes et antiracistes: il emploie par exemple le mot "macaque " sans complexes notamment en 2007 dans une conférence où il déclare "Je rêve de voir les Blancs, les Arabes et les Asiatiques s'organiser pour défendre leur identité propre. Nous combattons tous ces macaques qui trahissent leurs origines, de Stéphane Pocrain à Christiane Taubira en passant par Mouloud Aounit".
Il a été l'auteur de charges violentes contre les luttes de l'immigration, une de ses obsessions puisqu'il y a quelques semaines encore, il illustrait une de ses diatribes contre l'extrême-gauche par une photo de manifestation de travailleurs sans-papiers .

Quant à la question des luttes contre le franc CFA qui se développent dans plusieurs pays et rallient effectivement de nombreuses catégories sociales, dans un contexte de luttes et de grèves importantes contre l'exploitation, elle ne peut être invoquée comme justification à la défense de Kemi Seba que par des anti-colonialistes de façade.

Leur traitement par une partie de la presse française en témoigne: que représente la dérisoire et symbolique action menée par Kemi Seba , brûler un billet de banque ? Pas grand-chose au regard des combats réels, menés par des anonymes qui n'ont pas ce privilège. et se voient associés à un fasciste notoire. Une des seules forces de Seba est en effet son travail de propagande et d'auto-promotion sur internet, ainsi que le soutien d'une partie  de l'extrême-droite européenne .

Une nouvelle fois, les mêmes mécanismes dus a minima à la paresse intellectuelle de certains médias généralistes comme à leur goût pour les "provocateurs" qui font vendre amène à lier des luttes légitimes et les pires imposteurs racistes, complices des dictatures les plus acharnées contre leurs populations. Cela a été le cas pour Dieudonné et les luttes palestiniennes, seule la complaisance la plus coupable avec l'extrême-droite pourra amener à ce que les choses se reproduisent.

MEMORIAL 98 

Mise à jour du 8 février 2019: Kemi Seba avec le gouvernement italien


Voici à nouveau Kemi Seba, cette fois-ci dans le rôle de conseiller du gouvernement d'extrême-droite italien.
Les attaques de Luigi Di Maio contre le rôle de la France en Afrique à travers le Franc CFA sont directement inspirées par lui. En effet Seba a été reçu en septembre 2018 par les dirigeants du parti M5S ( mouvement cinq étoiles ) et leur a transmis ses éléments de langage, comme il s'en vante lui-même.
Cela aboutit au spectacle pervers d'un Di Maio qui gouverne avec le fasciste Salvini et qui prétend dénoncer la politique néo-colonialiste de la France. Il s'agit de leur part d'un discours cynique alors même que le cœur de leurs campagnes et de leur politique est dirigée contre les migrants africains qu'ils maltraitent et rejettent en assimilant les ONG qui les sauvent à des passeurs et en criminalisant les municipalités qui les accueillent telle celle de Riace et de son maire Domenico Lucano.
Seba réalise une fois de plus une alliance avec l'extrême-droite nationaliste et rend un fort mauvais service au combat contre le néo-colonialisme en France et en Italie.

MEMORIAL 98

lundi 25 janvier 2016

Radicalisation : les néo-nazis armés désormais présentés comme des victimes.

La banalisation du néo-nazi ordinaire vient de passer un nouveau cap ce week-end: le voici devenu dans les médias " riverain excédés" .

Gaël et David sont deux militants calaisiens de l'extrême-droite la plus fanatique et la plus assumée: sur le profil Facebook du père et du fils que des militants antifascistes ont trouvé en quelques clicks, les deux compères affichent leurs tatouages "runiques" et leurs drapeaux nazis ( photo du fils ci-jointe).Comme le dit benoîtement l'un des deux aux journalistes, "ils sont de toutes les manifs". Avec leur Kamarade Kevin Rèche, fondateur du groupe fasciste " Sauvons Calais", et lui même tatoué de symboles nazis.
Ce sont aussi des militants armés. Qui, samedi ont sorti leur fusil et visé ostensiblement des migrants et leurs soutiens qui manifestaient. S'ils n'étaient pas néo-nazis, on les eût facilement, en cette période d'état d'urgence, qualifiés de terroristes. Ils auraient sans nul doute passé les dernières quarante-huit heures en garde à vue et les mois suivants en prison.

En lieu et place, ils se répandent comme "victimes" dans les médias, qui font la publicité de leur page de soutien , relayée sur le site de Soral "Égalité et Réconciliation" et sur Fdesouche. Page, qui pour d'autres que des néo-nazis aurait sans doute valu une inculpation pour "apologie du terrorisme" à ses auteurs et aurait été fermée sur ordre du Ministère de l'Intérieur. On notera d'ailleurs que parmi les premiers et actifs soutiens des néo-nazis au fusil, l'on trouve Damien Rieu, de "Génération Identitaire", jamais condamné à ce jour pour l'attaque contre la mosquée de Poitiers, et dont les troupes ont attaqué un centre d'accueil des réfugiés l'automne dernier, en région parisienne.

Mais que les antiracistes s'estiment heureux, la police a tout de même confisqué l'arme.

Cela ne chagrinera pas la mouvance calaisienne néo-nazie outre mesure. Il suffit de compter le nombre d'opérations commando menées par des hommes cagoulés contre les migrants, ces ratonnades de nuit qui durent depuis des mois, sans que jamais on n'en retrouve les auteurs. Il suffit de regarder ces vidéos diffusées par des militants antiracistes, qui montrent les milices d'extrême-droite intervenir aux côtés de la police lors d'opérations répressives dans les bidonvilles où survivent des femmes, des hommes, des enfants traités comme des sous-hommes. Un fusil de plus ou de moins, ce n'est pas grand-chose pour cette mouvance là.

Surtout quand exhiber ce fusil aura permis de susciter la compassion médiatique, et donc une immense victoire politique: lorsque le néo-nazi devient voisin légitimement exaspéré, il sait que ses cibles peuvent trembler, car elles sont désormais laissées à sa vindicte, en toute impunité.

Et puis les armes, elles tournent, dans cette mouvance là, à peu près tranquillement. Quelques affaires émergent parfois, comme des exceptions qui confirment la règle de l'impunité. Ainsi, pour donner une caution de gauche à l'état d'urgence, le Ministère de l'Intérieur a-t-il fait bruyamment et administrativement Christophe Lavigne et son père, deux autres néo-nazis, qui avaient à leur domicile 200 Kilos de munitions. Mais ces munitions, Lavigne n'aurait jamais du pouvoir les collecter en paix, et si les services de renseignement ont besoin de l'état d'urgence pour les confisquer, c'est bien, qu'en temps ordinaire, rien n'est fait contre les terroristes d'extrême-droite: car Lavigne était parfaitement connu. Interpellé pour un projet d'attentat contre la mosquée de Vénissieux, la veille de passer à l'acte, il a obtenu une relaxe, bien qu'il ait été reconnu coupable de l'incendie de la mosquée de Libourne. Ce qui attestait de sa capacité d'aller jusqu'au bout de ses idées.

Quant à Claude Hermant, compagnon de route de Serge Ayoub, militant historique de l'extrême-droite extra-parlementaire, il aura manifestement pu trafiquer des armes en toute impunité pendant des années avant d'être enfin interpellé. Un de ses derniers marchés a consisté à procurer les armes qui ont servi à Amedi Coulibaly pour les attentats de l'Hypercacher et de Montrouge.

A Reims, c'est un trafic d'armes animé par des notables locaux et un ancien candidat du FN qui a été mis à jour

De même, juste après les attentats de novembre, Enis se faisait tirer dessus par trois individus, à la sortie d'un kebab à Cambrai, dont l'un se suicidera après son acte: des néo-nazis, encore, et une tentative d'assassinat qui n'a pas fait couler beaucoup d'encre.

Toutes ces affaires jusqu'ici étaient évoquées par les médias en mode "fait divers": jamais d'enquête fouillée sur les liens entre elle et leurs auteurs, jamais de détails sur la mouvance auquels il appartiennent et leur degré d'engagement. Jamais d'interrogations sociologiques, jamais de mise en cause de l'extrême-droite parlementaire et du FN. Pourtant, il ne faut pas chercher bien loin les amis des néo-nazis: un des assistants parlementaires de Marion Maréchal Le Pen a du reconnaître récemment avoir aidé l'un d'eux en fuite après des tabassages il y a quelques années. Imagine-t-on le scandale qu'aurait déclenché le soutien de n'importe quel député à un militant même peu actif de l'intégrisme musulman ?

Avec l'affaire de Calais, la banalisation vient de franchir un nouveau cap, puisque désormais des néo-nazis armés sont présentés comme des victimes.

Ce n'est pas autre chose qu'un encouragement à aller plus loin,très vite. D'ailleurs , les néo-nazis ne s'y trompent pas qui, dressent des listes de militants antifascistes à attaquer sur leurs forums. En toute quiétude une fois encore.

Ils ont bien raison: il y a quelques temps, Memorial 98 avait écrit au Délégué Interministériel au Racisme et à l'antisémitisme, pour lui signaler une page ouverte contre l'accueil des migrants à Sernent. Sur cette page, des commentaires négationnistes, des appels au meurtre et au tabassage cohabitaient avec la dénonciation nominative d'habitants du village soutenant le projet d'accueil des migrants. Parmi les néo-nazis qui s'exprimaient sur ce forum, ceux d'ADSAV, : ceux-là même qui avaient été autorisés à manifester en Bretagne le lendemain de la proclamation de l'état d'urgence , et avaient à cette occasion paisiblement ratonné dans les rues. Ils ont recommencé à Quimper ce week-end, s'attaquant en bande à des militants antiracistes. Ils auraient eu tort de se priver puisque personne ne les en empêche.

On pourrait conclure en disant que les politiques et les médias regretteront leur passivité le jour où il y aura des morts. Mais Clément Méric a été tué par des néo-nazis qui sont aujourd'hui en liberté dans l'attente d'un procès dont plus personne ne parle et des torrents de boue ont été déversés sur sa mémoire dès le lendemain de sa mort, où les chaînes d'info ont invité Serge Ayoub en direct pour déverser sa haine.

Finalement, il y aura bien eu un procès aujourd'hui à Calais: celui des migrants et de leurs soutiens arrêtés pour avoir symboliquement occupé un ferry.

Et sans doute la seule note d'espoir est-elle l'existence de ces militantEs extraordinaires, migrants des bidonvilles et leurs soutiens qui agissent sans trève depuis des années, malgré l'effroyable répression dont ils sont victimes, malgré les tonnes de boue que les médias et les politiques déversent à leur encontre.

"No border", disent-ils , et simplement le dire expose à tous les dangers dans un pays où les apprentis-terroristes néo-nazis agissent en toute liberté, tandis que le gouvernement frappe ceux qui les combattent et défendent des valeurs de gauche.

Contre le terrorisme d'extrême-droite, la voix antiraciste est bien seule, mais elle est là, en actes, à soutenir et à relayer.

samedi 8 août 2015

Mosquée de Mérignac incendiée: un départ de feu parmi d'autres

Jeudi dernier 6 aout, vers 23H, alors que de nombreuses personnes sont à l'intérieur de la mosquée de Mérignac, un engin incendiaire est lancé. Il endommage la porte, mais heureusement  les présents gardent leur calme et maitrisent l'incendie qui aurait pu, sans cela, s'étendre très vite et faire des victimes.

Pour le moment les auteurs ne sont pas connus.

Mais à Mérignac, comme ailleurs en France, cet incendie volontaire ravive forcément les braises de la peur et de la tension. Car il ne s'agit pas d'un évènement isolé. 

En janvier 2015, lors de la vague d'attaques racistes post-attentats, devant la même mosquée, les musulmans présents sont victimes d'insultes et de menace de la part d'individus motorisés. Une forme de harcèlement facile et lâche qui incite les responsables de la mosquée à demander aux gens de ne pas tarder dehors après la sortie de la prière. A Mérignac et dans les environs , la présence de groupes racistes est attestée depuis longtemps: en mai 2014, une vague d'inscriptions racistes frappe à la fois des logements sociaux de la résidence Salengro et les murs de la commune voisine d'Eysines. Parmi les inscriptions, celle-ci " "Fuck ces arabes JNR FN bougnouls retour au bled". En 2012, c'était au Barpt, à une trentaine de kilomètres de là qu'une salle de prière était par trois fois dégradée à coups de croix gammées et de slogans xénophobes

Dans le département de la Gironde, les néo-nazis vont parfois beaucoup plus loin: en août 2013, la salle de prières de Lesparre Medoc, à soixante kilomètres de Mérignac fait l'objet d'une tentative d'incendie et une croix gammée apposée sur l'édifice. Là aussi, des personnes étaient à l'intérieur du bâtiment.  Les fascistes auteurs des faits sont arrêtés quelques jours plus tard après avoir également recouvert de croix gammées les voitures de responsables de la mosquée. A la barre, où ils seront condamnés à 6 mois de prison ferme, les deux néo-nazis assument leur discours raciste. L'un d'eux résume : " "J'aurais pu écrire +mort aux arabes+ mais c'était trop long et j'ai préféré dessiner une croix gammée".

Il n'y a donc pas une année en Gironde où au moins une mosquée ne fait pas l'objet d'une attaque néo-nazie, et comme ailleurs, croix gammées et inscriptions racistes ciblant directement une partie des habitants sont devenues plutôt banales.

Dans ces conditions, si d'aucuns, non concernés appellent souvent à la "prudence" avant de qualifier un acte d'islamophobe ou de raciste, en réalité, la prudence consisterait surtout à agir beaucoup plus vite et beaucoup plus fort contre des groupes d'extrême-droite dont on sait de toute façon qu'ils passent régulièrement à l'action.

mardi 16 juin 2015

Reims: notables néo-nazis, champagne et trafic d'armes à l'ombre du FN

Lors des dernières élections municipales de 2014 à Reims, Thierry Maillard, candidat d'extrême-droite et libraire, proposait dans son programme de multiplier par cinq les effectifs de la police municipale locale et même de créer une brigade équestre contre l'"insécurité galopante".

Un an plus tard, c'est lui qui est interpellé pour trafic d'armes avec cinq de ses kamarades. Les dits camarades ne sont pas de jeunes chômeurs mais des notables de la région, vignerons et commerçants.

Thierry Maillard est en effet une figure assez intéressante du fascisme ordinaire, qui rompt avec les clichés médiatiques sur les néo-nazis qui ne seraient que de "jeunes paumés marginalisés". Certes il a sa petite troupe de jeunes nervis avec lesquels il défile parfois dans les rues de Reims, avec des drapeaux à l'effigie de la croix celtique. Certes, c'est un proche de Serge Ayoub, comme lui pro-Poutine. 

Mais c'est aussi un homme très bien intégré dans le tissu de la bourgeoisie locale. A l'aune des révélations faites aujourd'hui sur le trafic d'armes, on relira avec intérêt un article de Libération daté de 2010, à une époque où le FN se préparait à élire Marine Le Pen comme présidente. Les médias présentaient alors cette élection comme une profonde mutation. Dans la brasserie où il est interrogé par le journal, Maillard est mis en scène avec toutes sortes de rémois respectables: négociants en vins, pimpants représentants de divers commerces de bouche, patrons de PME locales, la plupart se présentant comme d'ex-sarkozystes. Aux cantonales suivantes de 2011, porté par son réseau de la bourgeoisie locale, Maillard arrive en tête au 1er tour et fait 45% au second tour.

La presse le présente aujourd'hui comme "exclu" du FN pour avoir en 2011 toujours, pour avoir publié une affiche reprenant de la propagande visuelle des Jeunesses Hitlériennes. Mais la réalité est un peu plus complexe que cela.

En effet, à la suite de la polémique suscitée par cette affiche, Maillard a bien été exclu du Front National... mais pour quatre mois seulement, comme le rappelle un article de 2012 de la presse locale. Cette exclusion minimale éclaire la stratégie de prétendue dédiabolisation de l'époque: dans ces années là, à chaque fois qu'un membre du FN est mis en cause pour ses sympathies néo-nazies, Marine Le Pen condamne et gesticule devant les médias ravis, qui constatent que le FN "rompt avec ses vieux démons". En réalité les exclusions sont temporaires, mais suffisantes médiatiquement, puisque l'immédiateté de l'actualité l'emporte sur le suivi et les enquêtes de fond.

En réalité, Maillard a quitté le FN de son propre chef et dans des circonstances qui démontrent qu'il n'y a pas les vilains néo-nazis d'un côté et le respectable FN de l'autre. En effet, c'est avant les législatives de 2012, que Maillard et ses amis officialisent la rupture. Ils estiment alors  que les investitures locales sont tronquées, et qu'il est suicidaire pour le FN de présenter Pascal Erre, dont le fils a fait les gros titres de la presse locale.....pour ses tatouages à la gloire du national-socialisme. Ce sont donc des affrontements de pouvoir qui opposent Maillard, longtemps membre de l'Oeuvre Française et la famille Erre et son rejeton néo-nazi, pas des questions de fond. 

 C'est à la suite de cet affrontement que Maillard, n'ayant pas obtenu l'investiture aux législatives, quitte le FN de son propre chef pour monter son propre groupe "Reims fait Front". 

Il n'en reste pas moins un représentant assez typique de l'extrême-droite française avec son réseau de commerçants et de chefs d'entreprise, et sa violence assumée. Au fil des dépêches de presse locales, on entend parler de Maillard lorsqu'il met son poing dans la figure d'un élu PS en le traitant de "sale PD", ou lorsqu'il comparaît pour outrage après avoir traité une fonctionnaire de la sous-préfecture de "grosse pute". 

Après l'interpellation et l'incarcération dans le Nord de Claude Hermant, ancien membre du DPS ( le service d'ordre du FN) et probable indicateur de police, les arrestations de Maillard et de ses amis , de nouveau pour trafic d'armes dessinent  l'ombre inquiétante d'une active mouvance néo-nazie. Celle-ci, loin de la marginalité souvent mise en avant est plutôt bien intégrée, non seulement dans la sphère de l'extrême-droite parlementaire, mais également dans la société.

Car Thierry Maillard n'était pas un marginal conspué et ostracisé, mais un homme qui il y a à peine cinq ans a manqué de 5% la victoire à une élection locale, en tant que  candidat d'un parti (le FN) désormais intégré dans le jeu démocratique.

MEMORIAL 98

jeudi 4 juin 2015

Squat à Rennes : coup médiatique et manifestations d'extrême-droite

Le blog Big Browser de la plateforme du journal Le Monde.fr offre avec l'article "Maryvonne contre les squatteurs : émoi et intox" un très bon résumé d'une des plus grosses réussites médiatiques de l'extrême-droite de l'année: ou comment une propriétaire qui laissait une maison vide depuis douze ans et n'avait même pas entamé de procédure contre des jeunes qui l'avaient occupé depuis deux ans est devenue une victime sans défense et abandonnée de tous dans la presse et à la télé.

Beaucoup de choses sont exemplaires dans cette affaire: la reprise pure et simple de la presse d'extrême-droite par les médias ordinaires, la droite qui relaie la campagne de l'extrême-droite et ses mensonges absurdes sur la possibilité légale de squatter le domicile de personnes parties en week end. Mais aussi le droit de manifester devant la maison laissé à des milices fascistes, dont les fameux Bonnets Rouges. Jusqu'ici l'extrême-droite avait réservé ces pratiques d'attaques directes aux immeubles réputés être occupés uniquement par des migrants ou des personnes d'origine Rom, elle a cette fois franchi un pas qui se reproduira.

Dans ce contexte, les peintures inventives, colorées et poétiques laissées dans la maison par les jeunes expulsés sont une réaction mesurée et même très gentille au regard de l'acharnement dont ont fait preuve le propriétaire et ses soutiens néo-nazis pour certains.
De toute façon, la propriétaire souhaite en réalité vendre et la maison sera finalement sans doute démolie dans le cadre du rachat.

lundi 25 mai 2015

La violence néo-nazie, ce vaudeville ?

Deux procès se sont tenus à quelques jours d'intervalle en Franche-Comté, avec sur le banc des prévenus les mêmes néo-nazis de Combat 18.

Le premier procès, le 20 mai 2015, concerne un règlement de comptes extrêmement violent entre membres de Combat 18. L'Est Républicain titre "Vaudeville chez les néo-nazis du Haut Doubs".

"Là, ce 13 avril 2014, le chef l’a bastonné à coups de triplex (ceinture composée de chaînes de moteur) et son frère a porté l’estocade à coups de Doc Martens avant de tenter de lui brûler un tatouage avec une cigarette. Tandis qu’un troisième prenait des photos de la séance et que le quatrième regardait sans broncher."

Voici ce que la presse locale appelle un "vaudeville". C'est léger un "vaudeville", ce n'est pas une tragédie sociale, qui impliquerait de s'interroger sur les causes d'une telle violence, sur les processus amenant des jeunes gens à se livrer en groupe à des séances de tabassage et de torture.
Le néo-nazisme, surtout ne doit pas être pris au sérieux, interrogé comme fait de société. Une anecdote dont le sordide doit faire sourire, pas réfléchir, qu'on se le tienne pour dit. 

Deux jours plus tard se tenait un second procès concernant des tags incitant à la haine, le jet d'un cocktail molotov contre un squat dijonnais (qui n'a heureusement pas fait de victime) et l'organisation d'un groupe de combat.

dimanche 24 mai 2015

Un militant de l'extrême-droite négationniste tranquillement élu aux municipales sur une liste "apolitique"

Une enquête a été ouverte à l'encontre d'un élu municipal de Hautes Rivières, dans les Ardennes, suite à la publication sur sa page Facebook d'une vidéo négationniste, qui se conclut par « Les chambres à gaz n’ont pas existé, il s’agit d’une simple rumeur »...

On notera que l'élu en question, Olivier Badré, est décrit comme "ancien membre du Front national et proche des thèses négationnistes". 
Nier l'existence des chambres à gaz c'est être "proche du négationnisme" ? Que faut il faire pour être en plein dedans ? C'est le comble des précautions sémantiques à l'égard de l'extrême droite.

Le conseil municipal peut prétendre que "personne ne partage les idées " de ce néo-nazi, mais il suffit de consulter le compte Facebook de Badré pour voir qu'il n'a jamais caché ses opinions. Bien au contraire, il publie depuis longtemps des liens comme " François Hollande serviteur des Juifs" ou encore une vidéo d'un concert de "Fraction", groupe néo-nazi des années 2000, dont le chanteur était Philippe Vardon, du Bloc Identitaire, vidéo qui a été réalisée à l'époque par ses soins. 

On parle en plus d'un village à 1000 inscrits sur les listes électorales, donc d'une zone où tout le monde se connaît. Mais le seul article consacré à la liste du maire sur laquelle a été élu Badré, parle d'une liste "apolitique", ce qui montre à quel point la présence de militants de l'extrême-droite la plus proche des milieux néo-nazis est banalisée, au point de passer comme une lettre à la poste et de ne pas avoir fait de bruit ni avant, ni après les élections municipales et jusqu'à ce jour.

samedi 16 mai 2015

Néo-nazisme: la radicalisation terroriste se confirme partout en Europe

 











Actualisation du 17 juin 2016 :

L'assassin présumé de la députée britannique Jo Cox , Thomas Mair , était un soutien de longue date de la National Alliance, principale organisation néo-nazie aux Etats-Unis, selon le très sérieux  Southern Poverty Law Center (SPLC), institut américain dédié à la surveillance des mouvements extrémistes  aux USA.
Le SPLC a publié sur son site deux factures au nom de Thomas Mair datant de 2003, pour l’achat de plusieurs publications de la NA, dont un manuel destiné à la confection d’armes artisanales (chimie des poudres et explosifs, manuel des munitions improvisées, etc). 

Mair était aussi l'un des premiers abonnés à S. A. Patriot, revue sud-africaine d'un mouvement suprématiste blanc,  pro-apartheid ouvertement opposé aux «sociétés multiculturelles» et à «l'expansion de l'Islam»

D’autres cas de violences homicides néo-nazies ont eu lieu récemment en Grande-Bretagne et ont rencontré un très faible écho médiatique, comme dans le cas du docteur Sarandev Bhambra attaqué à la machette en janvier 2014. 

Memorial 98 

 En France, un silence troublé seulement par quelques dépêches de presse assez lapidaires  entoure les suites des arrestations menées en Picardie, à Ham, contre un  groupe néo-nazi, le White Wolf Klan. Treize nouvelles mises en examen pour violences volontaires entre les membres même du groupe viennent d'être annoncées, mais on ne sait toujours pas qui était visé par la tentative d'homicide volontaire pour laquelle ils ont été interpellés initialement.
Aucun lien n'est fait dans la presse entre cette affaire et celle du réseau  du néo-nazi Claude Hermant, arrêté il y a quelques semaines et qui  a décidé de parler. L'ancien membre du DPS (service d'ordre du Front National) prétend être un informateur policier. Il déclare avoir, dans ce cadre, informé ses référents du trafic d'armes qu'il menait depuis longtemps et qui pourrait avoir notamment avoir alimenté le réseau du tueur antisémite Amedy Coulibaly (Hyper Cacher de Vincennes). Si les dires de cet ancien barbouze sont à prendre avec précaution, ils décrivent cependant une situation assez semblable à celle qui a conduit la NSU, groupe néo-nazi allemand à pouvoir commettre une dizaine d'assassinats au moins, sans être inquiété, alors qu'il s'agissait de militants identifiés dès la fin des années 90 comme potentiellement violents.

En Allemagne d'ailleurs, d'autres groupes similaires sont actifs sur le territoire.
Le 6 mai 2015, plusieurs membres d'une organisation terroriste néo-nazie ont été interpellés dans ce pays. La police indique qu'ils projetaient des attentats contre des lieux de cultes musulmans et des centres accueillant des réfugiés. Ces attentats  auraient sans doute été meurtriers, au vu du matériel explosif puissant retrouvé aux domiciles des présumés terroristes.

Au Royaume Uni, se tient en ce moment le procès d'un suprémaciste blanc, soupçonné d'avoir voulu assassiner plusieurs membres de la famille royale. Il revendique son admiration pour le norvégien Andreas Breivik et avait développé une obsession raciale mortifère contre les bruns aux yeux noirs, selon lui signes du métissage conduisant la race blanche au déclin.

Le terrorisme d'extrême-droite est une réalité bien vivante en Europe: mais sans même se pencher sur l'hypothèse malheureusement crédible de certaines complaisances policières envers cette mouvance, on doit constater une très grande indifférence sociale à ce phénomène.

Celle-ci est a été relevée récemment par l'étude d'une entreprise privée de sécurité suisse qui met en lumière des éléments parlants sur le terrorisme néo-nazi en Allemagne: contrairement à d'autres formes de terrorisme, la violence d'extrême-droite n'est pas l'objet de beaucoup de recherches scientifiques d'ampleur. Les faits existants ne sont donc que rarement reliés entre eux alors même que des facteurs communs relient les agissements des activistes violents de cette mouvance.

Cette étude met notamment en relief plusieurs points communs.

Les groupes terroristes néo-nazis sont le plus souvent de petite taille , quelques individus pouvant commettre un nombre importants de crimes. Très souvent, ces groupes, voire individus ne revendiquent pas leurs actes, parce qu'ils estiment que le choix des cibles, dans l'immense majorité, des immigrés, des Juifs ou des militants de gauche parlent d'elles même, et que l'acte en lui même suffit à générer l'effet recherché, à savoir la terreur dans le groupe social visé.

Dans l'immense majorité des cas, également, le laps de temps entre la constitution du groupe et le passage à l'acte violent est très court, moins d'un an. Ce dernier élément suppose donc d'une part un conditionnement préalable très fort des individus concernés et correspond effectivement à l'ambiance des mouvances néo-nazies dans laquelle des jeunes gens vont se socialiser: l'univers  néo-nazi actuel offre en effet tout le panel d'une culture de mort et d'apologie de la terreur apte à radicaliser extrêmement rapidement les nouveaux adeptes. On notera également qu'un passage à l'acte aussi rapide après la constitution d'un groupe destiné à commettre des actes très violents suppose aussi l'accès à des connaissances et à des moyens matériels pour pouvoir agir. Si les groupes sont de petite taille, voire même parfois composés d'un seul individu, cela ne signifie donc nullement qu'ils correspondent au mythe des Loups Solitaires propagés par les médias: en effet, se procurer des armes et l'ensemble de la logistique permettant d'agir implique des inter-actions avec un milieu beaucoup plus large. 

Malheureusement, en France, pour le moment, l'analyse sociale, médiatique, scientifique, politique reste bien en deçà de ce qui pourrait permettre de comprendre et de combattre un phénomène dont tout montre, pourtant, qu'il est en plein développement. A commencer par l'explosion des actions de " basse intensité" commises par de très jeunes gens, notamment ce qu'on peut appeler les opérations "croix gammées": il ne se passe pas un mois, sans que dans les journaux locaux soient relatées la découverte dans de petites villes ou villages d'inscriptions néo-nazies recouvrant les murs . Ainsi, ce 15 mai, à Proyart, c'est le parvis de l’Église qui est maculé à la craie de croix gammées et de slogans xénophobes. Si les journaux sont prompts à se moquer de sigles souvent mal dessinés, de fautes d'orthographe dans les mots inscrits et si ces éléments indiquent souvent la très grande jeunesse des auteurs, cela rend la chose encore plus inquiétante. Ce "fait maison" maladroit des jeunes néo-nazis indique une volonté d'action autonome forte, malgré l'absence de moyens,  sans utiliser par exemple des affiches de groupes militants existants.

Cette volonté d'action s'exprime aussi dans les profanations de cimetières Juifs ou musulmans, le stade d'au dessus du passage à l'acte. Là aussi, le néo-nazi, généralement un peu plus âgé, se saisit finalement de ce qui est à sa portée immédiate pour exprimer concrètement sa haine, le stade suivant étant l'agression de personnes physiques. 

Si ces passages à l'acte peuvent paraître dérisoires et au fond très anecdotiques, des affaires comme celle de Ham montrent bien que leurs auteurs sont pourtant ceux qu'on va retrouver ensuite dans des groupes armés et prêts à passer à l'action: Jérémy Mourain, le principal animateur du White Wolf Klan a par exemple été condamné plusieurs fois pour des faits de ce genre.

Aussi, l'hypothèse selon laquelle ces actes seraient aussi des rituels de passage, des épreuves initiatiques permettant de "gagner la confiance" des militants plus vieux et plus expérimentés, ceux qui ont des armes, des réseaux et des potentiels matériels plus vastes, mériterait-elle d'être creusée. 

Malheureusement, dans le cas du néo-nazisme, il n'existe pas d'espaces d'études et de combat contre la radicalisation: pas de numéro à appeler si l'on trouve des portraits de Hitler sur le téléphone de son fils de 14 ans, pas d'étude des signes inquiétants chez l'adolescent, pas de structures de "déradicalisation". 

En réalité face aux jeunes militants néo-nazis, l'intervention étatique se divise en deux catégories , généralement selon la classe sociale de l'intéressé: les jeunes issus des classes populaires se faisant attraper suite à un acte violent passent en comparution immédiate et prennent des peines modérées mais incluant souvent quand même un passage par la case prison. Cela a été le cas par exemple, pour les jeunes gens qui ont tenté d'incendier récemment une mosquée à Mâcon. Quant à ceux qui sont issus de classes favorisées ou élèves de prestigieuses écoles militaires, la justice les  oriente généralement vers des procédures longues, pendant lesquelles les avocats de la défense auront largement le temps de créer les conditions d'un acquittement ou d'une peine symbolique. C'est par exemple, le cas des cadets  du lycée de l'Armée de l'air qui avaient aussi projeté un attentat contre une mosquée.

Le néo-nazisme violent dérange  : c'est un phénomène qui ne correspond pas au discours dominant sur ce que sont les tares de nos sociétés. Les discours violents contre l'immigration ou les musulmans, le repli nationaliste exacerbé sont tenues par des forces désormais intégrées au jeu politique et en pleine expansion, et s'intéresser au phénomène néo-nazi, c'est aussi regarder en face une des traductions concrètes de ces discours banalisés. 

Mais ce qu'on ne regarde pas continue à exister et à se développer.

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mardi 12 mai 2015

Soral condamné ferme pour son antisémitisme génocidaire: sa place est en prison

                        





Mise à jour du 17 janvier 2019 ( voir d'autres mises à jour en fin d'article)
Le néo-nazi Soral enfin condamné à une peine de prison ferme d'un an pour ses insultes à l'encontre d'une magistrate et pour des propos appelant au génocide des Juifs; il avait ainsi écrit sur son site" Égalité et Réconciliation"  :
"Entre le peuple juif et le reste de l'humanité, le combat ne peut être que génocidaire et total..."
"Les Juifs sont dominateurs, manipulateurs et haineux..."  

Ceux qui soutiennent la "liberté d'expression" de ce propagateur multi-récidiviste de haine homicide (voir ci-dessous) se rendent complices de ses appels aux meurtre. 

Ceux qui comme Étienne Chouard, justifient et excusent Soral se font avec lui propagateurs de l'antisémitisme exterminateur. La caution apportée à Chouard par le député LFI François Ruffin constitue une très lourde faute.

Alors que le néo-nazi prétend soutenir les Gilets Jaunes et organise un meeting de toute la racaille antisémite de ce pays le 19 janvier, nous répétons: la place de Soral est en prison.


Memorial 98


Pour ce qui représente sans doute une des profanations les pires de sa carrière d'antisémite et de "national-socialiste" revendiqué, Soral a été condamné le 12 mai 2015 à une amende de 10000 Euros pour injures à caractère racial ( amende réduite ensuite à 5000 Euros en appel) et 14.001 euros de dommages et intérêts au profit des sept associations qui s'étaient constituées parties civile.

Il faut rappeler l’horreur antisémite de son  geste: il s'était fait photographier, en 2013, en train de faire le geste de la "quenelle", soit un salut nazi, au Mémorial de la Shoah (ci-dessous) à Berlin.
La quenelle n'est pas seulement un "salut nazi inversé" ou pire encore d'un geste " contestataire" . Il s'agit en fait d'un salut néo­nazi tout court, la différence avec le salut nazi classique réside avant tout dans le regard de la société qui le reçoit. Or aujourd'hui, une partie de notre société ne perçoit plus l'antisémitisme comme tel. Il faut une croix gammée, un appel ouvert à mettre les gens dans les chambres à gaz, une référence appuyée au nazisme historique, pour avoir encore un minimum de réaction.
A l'audience le 12 mars dernier, Soral avait soutenu que cette photo n'était pas destinée à circuler "au-delà d'un cercle d'amis". 

Quant au geste de la quenelle, inventé par son ami Dieudonné, Alain Soral a soutenu l'avoir d'abord fait en signe de ralliement au "fist-fucking", car le Mémorial serait selon lui  devenu  un lieu de rendez-vous homosexuel. On retrouve les thématiques habituelles développées par le duo nazi , dont un exemple récent montre l’escalade dans l'abjection.

D'ailleurs Soral a été aussi condamné aujourd'hui à 4000 euros d'amende pour des propos tenus dans un livre dont il est co-auteur avec Eric Naulleau. Liant homosexualité et pédophilie, il avait cité le nom de Pierre Bergé. Connu pour son homosexualité, l'homme d'affaires l'avait fort justement fait citer en justice. Outre l'amende, le tribunal correctionnel a condamné Alain Soral a verser à Pierre Bergé 10.000 euros de dommages et intérêts pour" diffamation publique en raison de l'orientation sexuelle". Eric Naulleau, compère de Zemmour et  co-auteur de ce livre d'échanges, échappe à toute condamnation.

Au-delà de cette interprétation "privée", Soral avait ajouté à l'audience  une interprétation "publique". La "quenelle"constituerait '"un geste d'insoumission envers les manipulateurs sionistes de la Shoah". Il répétait ainsi la ligne de défense de tous les négationnistes, dont Robert Faurisson, invité d'honneur des meetings-spectacles de Dieudonné depuis 2008. 

Trois anciens déportés juifs,  présents à l'audience et cités comme témoins, lui avaient opposé leur indignation. "Je n'aurais jamais pensé que quelqu'un dans ce lieu puisse faire autre chose que de penser, de se recueillir", avait notamment dit Isabelle Choko, 86 ans,  qui fut déportée au camp d'Auschwitz-Birkenau.

Le tribunal correctionnel donc a rejeté les arguties de Soral, en établissant le caractère antisémite de son geste selon les termes suivants:
«La personnalité même d' Alain Bonnet, dit Soral", telle que perceptible dans ses écrits ou prises de position publiques antérieurs, fragilise, pour ne pas dire prive de toute portée, ses dénégations réitérées quant aux accusations d'antisémitisme dont il ferait injustement l'objet... Dès lors, la photographie «ne peut être perçue que comme une injure visant la communauté juive dans un de ses lieux les plus symboliques et les plus sacrés».

Le prétendu "dissident" n'est qu'un vulgaire antisémite qui devra un jour rendre justice de ses actes, bien au delà des maigres condamnations financières.
                         Soral et la quenelle au Mémorial de la Shoah de Berlin en 2013

MEMORIAL 98 

Actualisation du 14 juin 2016:

Quelques jours après avoir été invité par Poutine, le néo-nazi est condamné par le tribunal de Paris aujourd'hui 14 juin à 6 mois de prison avec sursis. Le tribunal considère qu'il y a de sa part "apologie de crimes de guerre et contre l'humanité" pour des propos abjects visant Beate et Serge Klarsfeld, regrettant qu'ils n’aient pas été exterminés par les nazis.
Le tribunal est allé au delà des réquisitions du procureur qui avait réclamé trois mois de prison avec sursis, jugeant les propos poursuivis "outrageants, insultants, non seulement pour les époux Klarsfeld mais aussi pour les enfants des déportés et toutes les victimes de l'Allemagne nazie". "C'est un message clairement antisémite", avait dénoncé le procureur.
Soral échappe encore néanmoins à de la prison ferme. 


Actualisation 11 juin 2016

Un an après sa condamnation pour une "quenelle" nazie devant le Mémorial de la Shoah de Berlin, Soral est invité par le gouvernement russe à Moscou.
 Il en profite pour chanter les louanges de Poutine qui a financé sa venue et  lui cirer les bottes: « Poutine est un modèle à suivre, il nous faut un Poutine français ! » Au passage il appelle à voter pour le FN en 2017.
Les divers partis et organisations d'extrême-droite qui bénéficient des faveurs du Kremlin se retrouvent ainsi unies.

Memorial 98