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vendredi 9 août 2019

Hong-Kong: alerte à la répression sanglante par la dictature chinoise.



Des policiers chinois lors de manœuvres menaçantes


Face aux menaces croissantes venant de Pékin, plusieurs associations et ONG, dont Memorial 98, alertent et interpellent les gouvernements français et européens






Déclaration commune du 8 août 2019
« A Hong Kong, il est du devoir de la communauté internationale de peser pour éviter une répression sanglante »

Depuis plus de deux mois la population de Hong Kong réclame en masse dans la rue que le pouvoir mis en place par Pékin respecte les accords concernant la cession à la Chine de l’ancienne colonie britannique et des Nouveaux Territoires. Depuis ce mardi 6 août 2019, elle se voit menacée d’une intervention armée qui, au regard de toutes les situations semblables, récentes ou passées, risque forcément d’être meurtrière.

Devant la menace d’une répression sanglante, nous demandons au gouvernement français ainsi qu’aux autres gouvernements européens d’affirmer avec force et au plus vite leur vive réprobation d’une solution militaro-policière violente et d’exiger le respect par la Chine du droit au suffrage universel énoncé dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Le Bureau pékinois des affaires de Hong Kong et Macao a adressé lors d’une conférence de presse tenue le 6 août dernier un avertissement à ce qu’il qualifie de « tout petit groupe de criminels violents et sans scrupules et les forces répugnantes qui se cachent derrière eux » : « À jouer avec le feu, vous allez vous brûler à coup sûr. Ce n’est qu’une question de temps, le châtiment viendra. » a-t-il déclaré.

Les protestataires de Hong Kong ont voulu d’abord rejeter le danger immédiat d’un projet de loi d’extradition vers la Chine qui aurait rendu tout récalcitrant justiciable d’un appareil judiciaire chinois qui ignore le respect de la Constitution, la séparation des pouvoirs, l’indépendance des juges et le libre exercice de leur profession par les avocats saisis de dossiers « sensibles ». Sans oublier les condamnations à la peine capitale qui pourraient être prononcées.

Mais par-delà cette crainte immédiate, il y a le désir de fonder sur le suffrage universel la vie politique du territoire, pour que l’exécutif et le Conseil législatif émanent de la population dans son ensemble et non de corps électoraux restreints et désignés de telle manière que Pékin en aura toujours le contrôle. Le suffrage universel, promis dans la loi fondamentale qui organise le territoire, est toujours reporté et refusé. Ce refus est évidemment prévisible, de la part d’un pouvoir qui depuis soixante-dix ans refuse le suffrage universel à son milliard de ressortissants : l’on voit mal pourquoi il courrait le danger de l’accorder à Hong Kong.

La Chine ne veut pas s’embarrasser des libertés de Hong Kong et se donne le droit d’y faire la loi s’il en est besoin. « La Chine ne sera pas faible avec ceux qui enfreignent la loi, menace Pékin. Ne sous-estimez jamais la ferme détermination et la puissance immense du gouvernement central ».

A l’heure où se durcit la menace d’une intervention armée, il est du devoir de la communauté internationale de peser pour éviter une répression sanglante.

Signataires :

  • ACAT France – Action des Chrétiens contre la torture
  • ECPM – Ensemble contre la peine de mort
  • Ligue des droits de l’Homme
  • Memorial 98
  • Solidarité Chine



 
Autres publications de Memorial 98 sur la Chine:




 http://www.memorial98.org/2018/06/justice-pour-les-morts-de-tienanmen-victimes-de-la-dictature.html


dimanche 20 décembre 2015

Loi sécurité dans les transports : des pouvoirs dangereux conférés aux entreprises de transports

Obligation de présenter une pièce d'identité en cas de fraude, fouilles des bagages et palpation par les agents de sécurité SNCF et RATP, durcissement du délit de fraude d'habitude, accès aux données des organismes sociaux et administrations publiques par les transporteurs, enquêtes administratives sur les employés des transports... Ces quelques exemples des dispositions de la loi sur la sécurité dans les transports sont extrêmement graves pour les libertés et les droits des salariés et des précaires.

Cette nouvelle loi, proposée à l'origine par le député PS Gilles Savary, a été adoptée à l'unanimité en première lecture à l'Assemblée Nationale le 17 décembre 2015, sans grande publicité.
 Cela vaut le coup de se pencher sur les différentes mesures contenues dans cette loi.

Par où commencer ? Peut-être par la disposition la plus en lien avec l'instauration de l'état d'urgence et le climat sécuritaire et raciste qui va avec, l'enquête administrative sur les agents des entreprises de transports en commun. Les journaux la présentent comme le moyen pour la SNCF et la RATP (et exclusivement pour ces entreprises, en l'état actuel de la loi) de vérifier si leurs agents affectés à des missions sensibles ne font pas l'objet d'une fiche S. Mais la loi est formulée bien différemment : "Le recrutement ou l’affectation du personnel au sein de SNCF, de SNCF Mobilités, de SNCF Réseau ou de la Régie autonome des transports parisiens peut être précédé d’enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des intéressés n’est pas incompatible avec l’accomplissement de leur mission". Ce sont donc bien tous les salariés qui sont concernés, et c'est, de manière très large, le "comportement" des salariés qui est visé... 
Une mesure qui existe de manière systématique pour les salariés de la sécurité dans les aéroports, qui doivent être habilités par la préfecture, et donne le prétexte aux employeurs de licencier à bon compte certains salariés qui revendiquent un peu trop ou n'ont pas la bonne origine...
C'est évidemment à mettre en lien avec les politiques de recrutement nationalistes à la SNCF, que des travailleurs immigrés marocains combattent depuis des décennies ; ou avec le dévoiement de la notion de la laïcité à la RATP. On imagine donc sans peine comment sera utilisée cette disposition envers les salariés, pour refuser une embauche ou un changement de poste, ou pour licencier...
Tout comme l'application des mesures d'assignation à résidence ou de perquisitions duu très anti-démocratique état d'urgence touche des militants des luttes sociales, et a conduit à de nombreuses erreurs dramatiques dont les victimes en paieront les frais des années (soupçons des voisins ou collègues, traumatisme pour soi et ses proches, perte d'emploi, ...), ces dispositions auront des effets dévastateurs, à moins qu'en face, ne soit mené un réel travail pour informer, refuser les discriminations, soutenir ceux qui en seront victimes.

En même temps, de nouveaux pouvoirs seront donnés aux agents de sécurité des entreprises de transports, ainsi ils pourront être dispensés de porter l'uniforme, pourront constater par procès verbal le délit de vente à la sauvette, pourront procéder à une fouille visuelle des bagages, ainsi qu'à des palpations de sécurité. Ils pourront également non seulement faire descendre du véhicule les fraudeurs ou ceux qui refusent l'inspection des bagages ou la palpation, mais aussi leur en interdire l'accès. On imagine sans peine ce que l'application de telles dispositions peut donner concrètement à l'entrée d'une gare ou d'une station de bus d'une zone pauvre, rurale ou urbaine...
Les agents de police municipale sont ajoutés à la liste des personnes habilitées à constater les infractions et contraventions dans les transports.


En parallèle des dispositions renforçant les pouvoirs des agents de sécurité, pour les voyageurs, de nouvelles obligations et de nouveaux délits sont créés : alors qu'il n'existait jusqu'à maintenant aucune obligation en France de posséder une pièce d'identité (même si sa présentation est nécessaire pour un certain nombre de démarches), il devient obligatoire de présenter une pièce d'identité en cas de contrôle des titres de transports et d'absence de titre valable... Y compris pour les mineurs non accompagnés !
Le délit de fraude d'habitude est renforcé, puisque le délit est constitué à partir de 5 amendes non réglées dans l'année, au lieu de 10... Comme nous l'expliquions dans l'article Régionales 2015: Pécresse et la course à l'échalote raciste avec le FN autour de la gratuité des transports, la lutte contre la fraude est doublement coûteuse, par les dispositifs mis en place, et l'échec du recouvrement, puisque les fraudeurs sont très majoritairement pauvres. Peu importe, plutôt qu'une politique tarifaire permettant l'accès des précaires aux transports en commun, c'est encore une fois la solution sécuritaire qui est choisie. Les chargés de recouvrement pourront donc demander aux administrations publiques et aux organismes sociaux les noms, prénoms, date et lieu de naissance et adresse des fraudeurs, et les transmettre à l'autorité judiciaire en cas d'usurpation d'identité.

La seule disposition qui pourrait constituer une avancée, la lutte contre les violences faites aux femmes, fait doucement sourire : un rapport annuel sur le recensement  et les actions de prévention et de lutte contre les violences sexistes dans les transports, et l'inclusion dans la formation relative à la sécurité des biens et des personnes, de la prévention des agressions envers les femmes... Est-ce que cela inclura des actions envers les agressions de femmes voilées, cibles combinées du racisme et du sexisme ?

Encore une fois, au prétexte de "sécurité", des mesures portant atteinte aux droits des salariés et des usagers sont prises, donnant de nouveaux pouvoirs aux employeurs sur leurs salariés, instituant une société où des décisions sont prises en fonction du "comportement" et non plus de faits objectifs avérés, renforçant le contrôle et l'exclusion des précaires.
Mais ce que la loi veut instaurer peut être mis en échec dans la vraie vie, dans les dépôts, les gares et les stations par les actions de solidarité et les réponses collectives qui seront développées.

vendredi 15 mai 2015

Islamophobie, nationalité française : les "Républicains" annoncent la couleur

Dans l'énorme brèche ouverte par Sarkozy, qui mène campagne contre les musulmans et l'Islam, s'engouffrent les surenchères islamophobes les plus extrêmes. Ainsi en région PACA, là où sévit Christian Estrosi, un maire UMP propose carrément d'interdire le culte musulman

La réaction particulièrement perverse de Sarkozy montre la gravité de ce que prépare le chef de l'UMP. Voici son Tweet dont l'élément clé est le "même si" : " Je condamne cette proposition même si la laïcité c’est aussi fixer des limites. Droit et limites, cela va ensemble" A noter que Chardon, le maire UMP de Venelles, reprend ainsi les thèmes de Geert Wilders, dirigeant du parti xénophobe aux Pays-Bas et allié de Marine Le Pen , qui prétend fermer toutes les mosquées du pays.

Rappelons que la première convention des Républicains, nouveau nom prévu de l'UMP, est consacrée à l'"Islam".
De plus, Eric Ciotti secrétaire général adjoint, propose que la nationalité française repose sur le droit du sang (il faut des parents français pour être français);  le droit du sol actuel serait réservé uniquement aux ressortissants de l'Union Européenne. Le débat sur les questions de nationalité et de naturalisation est un vieux thème de la danse droite/extrême-droite.
 Déjà en 2010-2011, une partie de l'UMP voulait obtenir un retour aux lois Pasqua de 1993...

MEMORIAL 98

mercredi 13 mai 2015

Burundi: pour la démocratie et contre le risque de génocide.

Mise à jour du 2 janvier 2017

Le président burundais avait été un des premiers à applaudir la victoire de Donald Trump. Comme beaucoup d'autres tyrans, il estime que la prise de pouvoir de l'extrême-droite aux Etats Unis lui laissera les mains libres. 
En ce début 2017, l'assassinat d'un Ministre de son gouvernement, le 30 décembre est un nouveau prétexte pour accentuer la propagande génocidaire et la répression: de nombreux éléments extrêmement inquiétants confirment les risques de génocide.
Le président a ainsi mis en application une loi qui lui permettra d'écarter les ONG internationales du sol burundais. Désormais celles-ci sont soumises à une procédure d'autorisation préalable pour la poursuite de leurs activités. L'entrée en vigueur de cette mesure a été accompagnée de déclarations racistes et conspirationnistes sur les ONG qui n'emploieraient que des personnes désignées comme "Tutsi". 
Dans le même temps, alors que les mesures anti-sociales pleuvent sur la population, des syndicalistes du secteur de la production de thé ont été également arrêtés le 30 décembre alors qu'ils se rendaient à un congrès de leur organisation .
L'intensification d'une répression arbitraire contre tous les secteurs de la société civile, comme l'intensification de la haine raciste propagée au plus haut sommet de l'Etat, et l'indifférence de la communauté internationale peuvent créer le pire. 



MEMORIAL 98  
Mise à jour  du 18 novembre  2016
Cri d'alerte de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) et de l'ONG burundaise ligue ITEKA après celui de l'ONU (voir ci-dessous).
 Les éléments recueillis confirment la radicalisation et les dérives extrêmement inquiétantes du régime: l’ethnicisation de la crise ; le recours à une propagande fondée sur une idéologie ethnique, qui assimile les opposants, les membres de la société civile, les journalistes, et les Tutsi à des ennemis du régime qu’il faut éliminer ; la poursuite des crimes de masse à huis clos ; l’utilisation d’unités d’élite et de milices pour réprimer les opposants ; la rupture de la coopération avec les Nations unies et le retrait du Burundi de la Cour pénale internationale (CPI). Le rapport détaillé se trouve ici. 
La conclusion est claire  « ... Les crimes du régime sont devenus systématiques et l’appareil d’État est au service de cette répression de masse. Des crimes contre l’humanité sont en cours et il existe un risque de génocide. En l’absence d’une justice burundaise indépendante, la Cour pénale internationale doit se saisir de la situation et enquêter sur les crimes et leurs responsables » 



Mise à jour du 20 septembre 2016

Nouvelle alerte au risque de génocide au Burundi.


L’ONU dénonce à nouveau, ce 20 septembre, les exactions commises par le gouvernement burundais .
Le dernier rapport d’une mission d’enquête des Nations unies a dévoilé « des violations graves des droits de l’homme (...) commises principalement par des agents de l’État et ceux qui sont liés à eux », mettant en garde contre de possibles « crimes contre l’humanité » et un « grand danger de génocide ». « Ces violations graves sont systématiques et constantes, et l’impunité est omniprésente », déplore le rapport.
Le Burundi vit une grave crise émaillée de violences et de nombreux cas de torture depuis que, contrairement aux dispositions constitutionnelles qui limitent à deux mandats, le président Pierre Nkurunziza a annoncé en avril 2015 sa candidature à un troisième mandat, avant d’être réélu en juillet de la même année dans des conditions plus que douteuses.
Le rapport des enquêteurs de l’ONU, qui sont mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, porte sur les violations et les abus des droits de l’homme commis du 15 avril 2015 au 30 juin 2016.
Les enquêteurs indiquent ne pas pouvoir exclure que certaines de ces violations graves constituent des crimes contre l’humanité, et demandent des procédures judiciaires internationales indépendantes pour traduire les auteurs présumés en justice.
Le risque de génocide mentionné dans ce rapport fait référence à l'orientation de la répression étatique qui cible particulièrement les Tutsi (voir ci-dessous)

Memorial 98


Mise à jour du 8 mai 2016:

Un nazi auprès du président du Burundi: inquiétude.

Alors que les crimes à composante anti-Tutsi se multiplient dans ce pays limitrophe du Rwanda, on apprend qu'un vétéran néo-nazi belge, Luc Michel, est nommé conseiller du président élu frauduleusement Pierre Nkurunziza.
Michel a trempé dans bon nombre de groupes fascistes, dont la tristement célèbre FANE, ouvertement nazie.

Auparavant impliqué avec le régime Khadafi, il a collaboré avec d'autres de son acabit à la supervision pour le compte de Poutine des "élections" de novembre 2014 dans les "républiques" séparatistes de Donetsk et de Louhansk en Ukraine.

Son arrivée au Burundi signifie un durcissement du régime, déjà impliqué dans de nombreux assassinats, comme Memorial 98 l'avait indiqué ci-dessous.

Une intervention de l'ONU et de l'Union africaine deviennent urgentes, avant que réapparaissent les massacres et le spectre d'un génocide qui s’ajouterait à celui commis au Rwanda en 1994.

Memorial 98

Alors que la situation est extrêmement tendue au Burundi, après des manifestations violemment réprimées et un "coup d’État", nous voulons alerter sur les graves risques qui règnent sur ce pays et sur le Rwanda.


Le Burundi, pays d'Afrique de la région des Grands Lacs, voisin donc du Rwanda, a prévu le 26 mai des élections législatives et locales, suivies le 26 juin par une élection présidentielle. Le président actuel, Pierre Nkurunziza , déjà élu en 2005 et 2010, a été désigné candidat à la présidentielle par son parti, le Cndd-FDD. Les opposants jugent, à juste titre, qu'un troisième mandat est contraire à la Constitution du pays qui prévoit un maximum de 2 mandats. On retrouve ici la protestation démocratique qui a lieu dans plusieurs pays d'Afrique sub-sahrienne contre le "3e mandat", comme récemment au Burkina-Faso avec le renversement de Blaise Compraoré.

Mais il y a une dimension particulière et lourde de dangers au Burundi. La candidature de  Nkurunziza est en effet contraire aux accords d'Arusha (Tanzanie) de 2000, qui avaient permis de clore la guerre civile burundaise, dans un contexte régional marqué par le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.

Cet accord avait ramené la paix au Burundi en consacrant un partage du pouvoir entre Hutus et Tutsi après une guerre civile qui se prolongeait. En particulier, la population Tutsi se voyait attribuer certaines garanties démocratiques. Elle n'ont pas été respectées par le pouvoir en place, celui du parti présidentiel en cause.  
La répression de l'opposition burundaiseburundi
Un manifestant arrêté à Bujumbura, capitale du Burundi
Depuis des années, et de plus en plus, ce gouvernement  harcèle ses opposants. En première ligne de cette répression: la société civile, principal contre-pouvoir depuis les élections de 2010 boycottées par l'opposition. Les figures de cette société civile, en pointe dans la campagne anti-troisième mandat présidentiel, craignent pour leur vie. Plusieurs font l'objet de procédures judiciaires abusives. Certaines font l'objet de mandats d'arrêt depuis le début des manifestations.

Les médias, qui relaient largement les critiques de la société civile, sont aussi dans le collimateur des autorités. La principale radio du pays a été fermée peu après le début des manifestations. Les émetteurs des deux autres radios indépendantes ont été coupés en province.
La police burundaise est accusée de dizaines d'exécutions " extra-judiciaires", notamment d'opposants politiques. Elle est également accusée de travailler main dans la main avec les jeunes du parti au pouvoir, les "Imbonerakure", qualifiés de "milices" par l'ONU et que la population accuse de se livrer à des campagnes d'intimidation contre les opposants à Pierre Nkurunziza, à l'approche des élections.
Le gouvernement nie ces accusations, reprochant en retour à la société civile et aux médias privés de sortir de leur rôle et de violer la loi. Il qualifie les manifestants de "terroristes" et a promis de les traiter comme tels.

Les autorités burundaises actuelles ont sommé samedi 9 mai les manifestants de cesser « immédiatement » et « sans condition » leur mouvement et demandé aux forces de sécurité de « déblayer » toutes les barricades sous 48 heures. Lundi 11, les manifestations se sont cependant poursuivies dans les quartiers populaires de la capitale Bujumbura.

La crise s’aggrave donc au Burundi et les instances internationales sont amenées à prendre position. L’Union africaine a estimé que les conditions n’étaient pas propices à de nouvelles élections tandis que la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH)  a publié un rapport très alarmiste, dénonçant le durcissement du pouvoir en place  qui n’hésite pas à ouvrir le feu sur les manifestants et à assimiler les opposants à des « terroristes ».

Plusieurs reportages de journalistes et témoignages d'anciens proches du pouvoir ont livré des informations inquiétantes sur la stratégie déployée par le parti Cndd-Fdd pour demeurer au pouvoir. 
 Selon eux, les miliciens Imbonerakure,  auraient été dotés d’armes et auraient établi leur jonction avec des groupes d’Interhahamwe, issus des génocidaires Hutu du Rwanda  aujourd’hui appelés FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) qui seraient venus du Congo voisin.
Ces informateurs auraient révélé l’existence et l’emplacement de caches d’armes, expliqué comment fusils et munitions allaient être distribués, sur quelles bases des listes d’opposants allaient être établies. ,
Par ailleurs, alors que des images ont montré que le président Nkurunziza se trouvait dans le nord du pays, où on le voit chanter et danser avec des militants de son parti, la traduction du bref discours tenu à cette occasion est plus qu'alarmante . S’adressant aux jeunes miliciens dits  Imbonerakure, le chef de l’État aurait déclaré : « … le moment fatidique est arrivé. Vous avez entendu hier ce qui a été dit par les antagonistes qui ont déclaré qu’ils allaient nous imiter en envahissant les rues. On doit donc sortir les houes que nous vous avons données, je suis sûr que vous vous êtes organisés en conséquence"

 Ces témoignages tendraient à démontrer que le pire demeure possible au Burundi. Cette crainte d’un nouveau génocide, ou de massacres à grande échelle ne peut laisser indifférents les pays voisins, dont le Rwanda au premier chef, ni la "communauté internationale" placée devant ses responsabilités. Surtout la solidarité internationale doit contraindre les gouvernements, l'ONU et l'Union Africaine à ne pas laisser se commettre de nouveaux massacres, voire un nouveau génocide contre les Tutsi, assimilés à l'opposition et à la société civile. En France et en Belgique, dont les autorités de l'époque portent une si lourde responsabilité dans le génocide de 1994, l'enjeu est particulièrement important.

Memorial 98