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vendredi 10 avril 2020

Les Afro-américains et Amérindiens durement frappés par le Covid: le poids des discriminations.


Dans plusieurs villes dont Chicago et la Nouvelle-Orléans, ils représentent environ 70% des morts du Covid-19, alors qu'ils ne comptent que pour moins d'un tiers de la population urbaine.

Dans plusieurs régions des États-Unis, il est ainsi avéré que le Covid-19 tue de façon disproportionnée les Noirs.
Des statistiques nationales sont réclamées afin de comprendre l'ampleur du phénomène et prendre des mesures de santé publique.
Pour l'instant, elles sont publiées de manière disparate, selon les États et les villes. 
Ces chiffres fragmentaires ne permettent pas de comprendre si une inégalité spécifique au Covid-19 est à l’œuvre, ou si cette disproportion reflète avant tout les inégalités socio-économiques et d'accès aux soins qui affectent les Noirs.

L’État de New York, par exemple, plus gros foyer américain de l'épidémie, ne publie pas de statistiques par ce que les Américains appellent «race» et ethnicité (Noir, Blanc, Asiatique, Hispanique...) une composante qui apparaît pourtant sur les formulaires de recensement.

Mais d'autres structures locales publient des chiffres alarmants: dans l'Illinois, les Noirs représentent 14% de la population mais 42% des décès de l'épidémie. A Chicago, c'est 72% des morts, alors qu'ils représentent moins d'un tiers des habitants: des disparités qui «coupent le souffle», a déclaré la maire de la ville, Lori Lightfoot.

En Caroline du Nord, 31% des morts étaient Noirs, contre 22% dans la population. En Louisiane, où se trouve La Nouvelle-Orléans, la disproportion est plus grande encore: 33% des habitants sont Noirs mais 70% des morts l'étaient.

On tente de trouver des explications en amont de l'épidémie. «Nous savons que les Noirs sont plus susceptibles d'avoir du diabète, des maladies du cœur et des poumons», a dit le médecin en chef du gouvernement fédéral Jerome Adams, lui-même Afro-américain. Or ces comorbidités augmentent le risque de complications du Covid-19.
Adams a parlé de ses propres problèmes de santé pour illustrer le problème qui affecte sa communauté; «Je l'ai déjà dit, je fais moi-même de l'hypertension. J'ai une maladie du cœur et j'ai déjà passé une semaine en réanimation à cause d'un problème cardiaque. Je fais de l'asthme et je suis pré-diabétique.J'illustre ce que c'est de grandir pauvre et noir en Amérique.»

En pleine épidémie, il manque encore des études rigoureuses et de dimension nationale. Mais il est bien établi que les quartiers pauvres et noirs ont moins de médecins et des hôpitaux de moindre qualité. Que les couvertures médicales des emplois de service sont inférieures à d'autres emplois mieux rémunérés. Un phénomène de discrimination a aussi été vérifié selon lequel les patients noirs se voient prescrire moins d'examens et de consultations avec des spécialistes que les blancs.

Georges Benjamin, président de l'Association américaine de santé publique (APHA), explique aussi que les Noirs, aux États-Unis, sont plus exposés au coronavirus que des populations plus aisées, dans leur vie quotidienne ou leur travail. «Cette population fait plus face au grand public», dit-il. «Ils sont plus souvent chauffeurs de bus, ils prennent plus les transports en commun, ils travaillent plus dans les maisons de retraite, les magasins et les supermarchés.» La distanciation sociale est plus compliquée lorsqu'on habite des quartiers plus denses, des logements plus petits. Quant au télétravail, il est souvent impossible, en raison des types d'emplois. Et se faire livrer des courses à domicile est souvent un luxe. Ce phénomène n'est évidemment pas réservé aux États-Unis mais il y prend un caractère plus étendu.
Les témoignages se multiplient sur la moindre accessibilité de sites de dépistage dans les quartiers pauvres. «Beaucoup d'Américains noirs et d'autres communautés de couleur n'ont pas le privilège de pouvoir se confiner à la maison», ont écrit des centaines de médecins et l'organisation de défense des minorités Lawyers' Committee for Civil Rights dans une lettre au secrétaire américain à la Santé. Il somment les autorités sanitaires fédérales de «publier immédiatement des données ethniques et raciales» sur le dépistage et la prévalence du Covid-19, afin de déterminer où des moyens supplémentaires doivent être envoyés.
Historiquement les catastrophes naturelles et les épidémies aggravent le fardeau des maladies dont souffrent les minorités discriminées. Ce fut le cas déjà à la Nouvelle-Orléans, lors de l'ouragan Katrina en 2005.
Plus loin encore, lors de l’épidémie de grippe espagnole en 1918, les politiques de discrimination légales de l'époque signifiaient que les Noirs recevaient des soins de moindre qualité ou n'en recevaient pas du tout.
Actuellement, il existe déjà des grosses différences d’espérance de vie selon l’origine ethnique.
A Chicago, par exemple, on enregistre un écart de neuf ans entre l’espérance de vie des résidents noirs et blancs, avec plus de 3000 décès en excès chaque année chez les Afro-américains.
D'autres populations sont aussi touchées comme les Amérindiens. 
Le coronavirus pourrait creuser ce fossé alors même que Trump met en œuvre une gestion catastrophique de l'épidémie. 

C'est un immense programme de lutte contre les inégalités, dont celles de santé, qui doit être imposé afin de mettre fin à ce drame sanitaire terrible.


Voir d'autres articles de Memorial 98: 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2016/11/13-novembre-hommage-rosa-parks-et-la.html

http://www.memorial98.org/2015/06/charleston-la-menace-terroriste-d-extreme-droite-grandit.html

http://www.memorial98.org/article-25281598.html sur Lincoln et le combat contre l'esclavage


Trump:
http://info-antiraciste.blogspot.com/2016/03/trump-bloque-chicago-bravo.html 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2018/06/america-first-le-slogan-fasciste-de.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2018/06/trump-emprisonne-des-enfants-agissons_15.html

 

MEMORIAL 98



dimanche 26 avril 2015

Faits religieux en entreprise: analyse d'une enquête

L'observatoire du fait religieux en entreprise (OFRE) et la compagnie de travail intérimaire Randsadt publient la nouvelle édition de leur enquête commune. 

Une enquête dont on se demande bien en quoi une entreprise d'intérim y est légitime, aux côtés d'un observatoire lié à une chaire de recherche associée au Centre de recherches sur l'action politique en Europe (CRAPE) rattachée notamment à Sciences-Po Rennes...

La presse s'est largement fait l'écho de cette enquête, et il faut signaler l'article du Monde, ou plus exactement la photo qui a été choisie pour illustrer l'article. Une photo dans la lignée islamophobe et anti-syndicale de certaines illustrations du dessinateur phare du quotidien, Plantu...

Avant de se pencher sur le cru 2015, revenons sur les résultats de l'enquête 2014...
Alors qu'en 2014, un comparatif des réponses des cadres RH et de celles des autres managers et employés était publiée, l'édition 2015 ne distingue plus... mais on sait que les réponses émanent quasi exclusivement de managers. Pas étonnant, l'étude 2014 révélant une perception différente entre services RH et le reste des salariés.
28% des cadres RH ont été confrontés à des questions liées au fait religieux, et dans 6% des cas la situation s'est révélée conflictuelle. Pour autant, 41% pensent que ce sujet va poser de plus en plus de problèmes.
Mais seuls 14% des managers de proximité et employés disent avoir été confrontés au fait religieux en entreprise.
Donc, les services RH "voient" plus de questions liées au fait religieux (admettons, cela peut être lié à des questions qui leur sont posées directement et non aux managers de proximité), mais surtout s'attendent à voir le phénomène grossir et devenir plus problématique. Ce qui veut dire aussi que leur manière d'appréhender les choses est modifiée par cette perspective.

Le compte-rendu de l'enquête 2014 était très lisse, aucune religion n'étant cité. Cela dit, dans une interview au quotidien Libération, le directeur de l'OFRE se lâchait un peu plus : les entreprises qui rencontrent une majorité de cas bloquants " sont situées dans les grandes agglomérations qui comptent une plus grande diversité de populations, et une plus grande représentation de la religion musulmane qui, si elle est de moins en moins seule représentée dans les cas bloquants, demeure majoritaire. Ce sont aussi des entreprises qui emploient une main-d’œuvre peu qualifiée. Ainsi, les centres d’appels, le bâtiment, le secteur médicosocial, les usines sont plus touchées. Les demandes et les conflits sur le fait religieux demeurent très rares chez les cadres."
On voit là que la question religieuse, pour les employeurs, se pose dans le cadre des relations de classe dans les rapports sociaux au travail. Les secteurs soient disant les plus touchés sont tout simplement ceux où l'organisation du travail est la plus contraignante pour les salariés; où les conditions de travail sont difficiles; où des stratégies patronales sont mises en oeuvre pour éclater les collectifs de travail, favoriser l'individualisme; où le travail se fait sur le modèle du "juste à temps", avec

L'enquête 2015  apporte quelques éléments intéressants du point de vue de la lutte antiraciste.
Même si le flou qui entoure bien des éléments de l'enquête n'aide pas à l'analyse. En effet, beaucoup de données sont vagues, soit sur l'échantillon soit sur la nature des réponses.


Tout en rappelant que la majorité des situations n'est pas conflictuelle, les résultats montreraient une hausse de la fréquence de "faits religieux en entreprise". Mais l'enquête n'indique pas si les entreprises interrogées sont représentatives des entreprises en France, ni quels sont leur taille ou leur secteur d'activité. De plus, dans un contexte de stigmatisation de l'islam, mais aussi de mobilisation des réseaux catholiques notamment dans le cadre du refus du mariage pour tous, il est possible que des évènements soient repérés comme faits religieux alors qu'ils ne l'étaient pas forcément auparavant.
Une nouvelle question a fait son apparition (du moins n'apparaît-elle pas dans le compte-rendu de l'enquête 2014) : les motifs qui rendent une situation complexe à gérer. Et la première cause citée est celle de la menace d'une accusation de racisme ou de discrimination.
Cette donnée est à rapprocher d'une autre : selon l'enquête, 22% des personnes interrogées pensent avoir été témoins de discrimination au travail liée à la pratique religieuse, et 26% des pratiquants pensent en avoir été victimes. C'est une proportion importante, même si là encore, rien n'est dit sur la nature des faits discriminatoires, ni les réactions (ou leur absence) des témoins et victimes de ces discriminations.

Même si les cas sont rares, l'intervention de personnes extérieures à l'entreprise serait une nouveauté. La qualité de ces personnes n'étant pas citées, on ne peut pas en déduire grand chose de précis. Il pourrait s'agir aussi bien de structures religieuses, d'organisations syndicales non implantées dans l'entreprise, de partis politiques, de collectivités ou d'élus, d'associations antiracistes ...

92% des personnes interrogées disent ne pas être gênés par la pratique religieuse de certains de leurs collègues, et 85% pensent qu'une demande basée sur des motifs religieux devrait être traitée comme n'importe quelle  demande personnelle.

Il y a là sans doute une piste intéressante à réfléchir, en terme d'égalité. Trop souvent, notamment dans les milieux syndicaux, le contexte religieux d'une revendication de salariés (ou d'exigences de la direction) amène à se positionner de manière morale sur la religion en général ou sur la religion en question.
Alors que la plupart des demandes correspondent à des besoins que rencontrent n'importe quel salarié : pouvoir s'absenter plus facilement de son travail (pour une fête religieuse, pour des démarches administratives, pour un proche malade...), avoir plus de liberté dans la prise des pauses, avoir un choix suffisamment large dans les cantines pour toutes les pratiques alimentaires (qui sont loin d'être toutes religieuses), s'habiller comme on veut tant que la sécurité n'est pas en jeu...

Memorial 98