samedi 24 octobre 2020

Trump: les enfants migrants isolés symbolisent le racisme de sa politique


Le drame des 545 enfants séparés à la frontière américano-mexicaine et dont les parents restent introuvables, s'est invité dans la campagne présidentielle américaine lors du débat entre Donald Trump et Joe Biden du jeudi 22 octobre. Trump  et sa politique doivent êtres battus afin d'imposer une toute autre approche des questions d'immigration. Il s'agit de rompre profondément avec ce qui s'est passé ces dernières années, y compris sous la présidence Obama.  

"Comment ces familles pourront-elles être un jour réunies?", a interrogé la journaliste Kristen Welker en s'adressant à Trump.

Les parents de 545 enfants séparés à leur entrée sur le territoire américain depuis 2017 n'ont pas été retrouvés, selon la grande association de défense des droits civiques ACLU.

"Nous y travaillons, nous faisons beaucoup d'efforts", a répondu Trump, fournir aucune précision, plus de deux ans après qu'un juge fédéral a ordonné l'arrêt des séparations et la réunification des familles.

Ce n'est pas le gouvernement, mais des associations, notamment l'ACLU, qui effectuent l'essentiel des recherches pour retrouver les parents, dont environ deux tiers, expulsés, se trouvent aujourd'hui dans leur pays d'origine.

"Les enfants ont été amenés par des "coyotes" (passeurs) et beaucoup de sales types, les cartels, pour entrer dans le pays", a dit  Trump, assurant que beaucoup avaient été amenés à la frontière sans leurs parents.

L'ACLU, sur la base de données communiquées par l'administration américaine, a pourtant relevé plus de 5.000 cas de séparation effective. "C'est criminel", a dénoncé Joe Biden, lors du débat.

- "Le début d'un cauchemar" -

"Ils sont très bien pris en charge", a affirmé le candidat républicain au sujet des mineurs isolés, qui se trouvent, selon lui, dans des locaux "très propres".

Le ministère de la Sécurité intérieure a assuré au Washington Post que tous ces enfants, dont environ 60 ont moins de cinq ans, ont aujourd'hui été confiés à des proches ou un adulte référent.

Mais plusieurs observateurs ont témoigné de conditions d'hébergement préoccupantes de ces mineurs lorsqu'ils étaient encore dans des centres d'accueil fermés, notamment sur le plan de l'hygiène.

"Si le président considère que des couvertures en polyester, le sol en béton, des chambres sans fenêtre et des clôtures sont la norme pour des services de l'enfance, il est à côté de la plaque", s'est emportée Krish O'Mara Vignarajah, présidente de l'association Lutheran Immigration and Refugee Services, après le débat.

"Ces conditions n'étaient que le début d'un cauchemar de trois ans qui n'est pas terminé et pourrait les traumatiser pour le restant de leur vie", a-t-il ajouté.

Au-delà de la politique de séparation, abandonnée depuis, les difficultés pour réunir les familles encore éclatées relèvent d'une "incroyable négligence", selon George Hoffman, directeur de l'Immigration Clinic de l'université de Houston, qui soutient des migrants dans leurs démarches.

"Le gouvernement Trump a mis en place cette politique pour satisfaire sa "base", sans autorité légale", ajoute-t-il, mentionnant également la fermeture des frontières aux ressortissants de pays considérés comme de religion musulmane.

Poussé à se justifier, Donald Trump a renvoyé la balle dans le camp démocrate, répétant plusieurs fois: "qui a construit les cages, Joe?"

Il faisait là référence à des entrepôts convertis en centre d'hébergement par le gouvernement Obama, dépassé par une vague de migrants qu'il ne parvenait plus à gérer.

Ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden n'a pas directement contre-attaqué sur le sujet, mais précisé que le gouvernement Obama n'avait jamais ordonné la séparation des enfants à la frontière.

Contrairement à ce qu'il avait promis durant sa première campagne, Donald Trump n'a fait construire que quelques kilomètres de mur entre le Mexique et les Etats-Unis à des endroits où il n'en existait pas déjà.

Mais il a bien adopté une politique migratoire dure, restreignant les demandes de visas, d'asile et de nationalité, tout en renforçant les prérogatives du service de l'immigration, ICE.

La cruauté de sa politique est documentée ci-dessous depuis 2018; nous avons lancé une pétition qui a été adressée à l'Ambassade des USA à Paris.

Voir aussi à propos du Covid aux USA et des discriminations à l'encontre des minorités durement touchées:  http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/04/les-afro-americains-durement-frappes.html

 MEMORIAL 98


 

9 août 2019

la série noire des actes cruels de Trump à l'égard des enfants de migrants se poursuit et s'aggrave:

- le couple Trump pose pour une photo à l' hôpital d'El Paso quelques jours après le massacre de personnes hispaniques par un suprémaciste blanc se réclamant du tueur de Christchurch et de la guerre contre le prétendu " grand remplacement" . Mais comme aucun des rescapés ne voulait figurer avec le couple Trump, ceux-ci ont fait réquisitionner un bébé orphelin qui ne pouvait pas refuser. On voit ainsi le couple poser de manière grossière avec ce petit orphelin ramené à l'hôpital afin de servir de faire-valoir à la mise en scène atroce de celui qui dénonce sans cesse l"invasion" des migrants mexicains. 
 
 - Au même moment,  cinq jours après le massacre raciste d'El Paso,  la police de l'immigration (ICE) procède à une rafle de plusieurs centaines de travailleurs migrants dans le Mississipi. De nombreux enfants de ces salariés ont été séparés de leurs parents à cette occasion et souffrent de manifestations post-traumatiques

Memorial 98
26 juin 2019



La découverte des corps de Oscar Martinez et de sa fille de 23 mois Valeria, morts en traversant la frontière, illustre les conséquences de la politique de répression de Trump à l'encontre des migrants.  Ce dernier ose déclarer qu'il a de la peine mais que la mort de ces personnes est de la faute des Démocrates qui combattent sa politique.
On ne peut que penser au petit Aylan Kurdi, mort en septembre 2015 sur une plage de Turquie à l'âge de trois ans.


Le gouvernement mexicain, qui se réclame du progressisme et de la gauche depuis l'élection récente du président Lopez Obrador, est également responsable de ce drame, après avoir accepté de céder au diktat du président US visant à imposer des taxes sur les importations.
De nombreuses mobilisations se développent aux États-Unis. Le chef de la police aux frontières a été contraint de démissionner.
Ainsi les employés de la société Wayfair, qui ont découvert que leur société fournit des meubles aux centres de détention, organisent une grève et des manifestations afin d'exiger la fin de ce business.  
 


Mise à jour du 31 mai 2019



Trump se déchaîne contre le Mexique et le menace de dures représailles. Il accuse les autorités de ce pays de ne pas agir assez violemment contre les migrants. En riposte il veut augmenter les taxes sur tous les produits mexicains entrant aux USA, ce qui provoquera de graves difficultés économiques dans un pays qui dépend de ses exportations vers son voisin. La rage de Trump renvoie au tout début de sa campagne électorale présidentielle.
Le 16 juin 2015; lors de son annonce de candidature, il s'en est immédiatement pris aux migrants mexicains en ces termes: "Quand le Mexique nous envoie ses gens, ils n’envoient pas les meilleurs éléments. Ils envoient ceux qui posent problème. Ils apportent avec eux la drogue. Ils apportent le crime. Ce sont des violeurs." Le ton est donné. "Je vais construire un grand mur sur notre frontière sud, et le Mexique paiera pour le construire. Prenez-en bien note." 

Cet homme est un fasciste violent et dangereux 
Memorial 98 




                                      Yanela Sanchez en pleurs

 Mise à jour du 12 avril 2019

Le cliché  d’une petite fille hondurienne en larmes, Yanela Sanchez, le regard tourné vers sa mère fouillée par un agent à la frontière américaine, a remporté le prix de la photo de l’année du prestigieux World Press Photo. Cette image, capturée en juin 2018 par John Moore,  montre Sandra Sanchez et sa fille Yanela, alors qu’elles sont appréhendées par des officiers après avoir traversé illégalement la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Yanela figure également sur le photo-montage de la couverture du magazine Time qui a fait connaître le sort dramatique des enfants victimes des décisions de Trump
Ce dernier poursuit sa croisade et vient de déclarer récemment à la frontière mexicaine que "le pays (US) est complet" déclaration absurde et mensongère immédiatement démentie par de nombreux élus.
Il se vérifie une fois de plus que Trump est le modèle et l'inspirateur des campagnes de haine raciste diffusées partout dans le monde.  


  Mise à jour du 25 janvier 2019

Trump battu, ne renonce pas: après 34 jours de shut-down, il est contraint de reculer. Il doit renoncer temporairement à imposer au Congrès le financement de son mur. La mise au chômage d'une partie des agents du service public lui est attribuée par la population alors que la  nouvelle majorité démocrate de la Chambre des représentants a résisté à ses assauts.
Mais le président US poursuit  sa croisade et menace de recommencer le blocage de la fonction publique d'ici quelques semaines, dès le 15 février.

MEMORIAL 98


 Mise à jour du 25 décembre 2018

Un autre enfant guatémaltèque meurt en détention aux USA. Cette fois-ci il s'agit d'un petit garçon âgé de 8 ans, également détenu dans un centre de la police des frontières dans l’État  du Nouveau-Mexique comme Jackeline Caal ( voir ci-dessous).

Pendant ce temps, Trump bloque l'administration de son pays par un "shut-down". Celui-ci destiné à imposer le vote par le Sénat d'une somme de cinq milliards de dollars afin de construire la fameuse barrière ou mur à la frontière du Mexique. Le président US proclame ainsi à nouveau  à la face de son pays et du monde entier, qu'il s'attache stigmatiser et à persécuter les migrants. C'est l'orientation que suivent scrupuleusement les partis d'extrême-droite dans leurs campagnes politiques et au pouvoir lorsqu'ils y accèdent.

Memorial 98  


Mise à jour du 14 décembre 2018   

La persécution continue des enfants de migrants par Trump a entraîné la mort d'une petite fille guatémaltèque de 7 ans.
 
La petite Jackeline Caal  était détenue dans un centre de la police des frontières dans l'Etat US du Nouveau-Mexique après que ses parents aient franchi la front!ère.  Sa mort suite à un choc septique soigné avec retard  rappelle la cruauté de la politique mise en œuvre par le président US à l'encontre des migrants, notamment ceux qui fuient la misère et la violence de l'Amérique latine.     
Lors des dernières semaines, des enfants et des familles ont du subir sur ordre de Trump qui l'assume et le justifie, une pluie de grenades lacrymogènes à la frontière avec le Mexique. 






                                      
    Des enfants fuient devant les gaz lacrymogènes

Trump poursuit avec acharnement son projet de mur à la frontière avec le Mexique. 
Face au refus des élus démocrates au Congrès, il envisage de faire construire la muraille par l'armée.

Cet homme est vraiment dangereux.

Memorial 98

Mise à jour du 21 juin 2018

Trump a été contraint de reculer, face à l’ampleur des protestations aux USA et dans le monde entier. Il a du mettre fin à la séparation systématique des enfants d'avec leur famille
Mais l'incertitude continue de régner, notamment sur le sort des 2300 enfants déjà séparés de leurs parents. Nous exigeons la libération immédiate de ces enfants et de leurs familles. La violence exercée à leur encontre doit être réparée. Nous continuons  à diffuser et faire signer l'appel public dans ce sens et qui a déjà recueilli plus de 500 signatures 


MEMORIAL 98

Mise à jour du 20 juin:

Trump contraint de reculer. Face à l'énorme scandale soulevé par la séparation des enfants de migrants et aux très nombreuses protestations dans le monde entier, le président US publie un nouveau décret.
Selon ses termes, il n'y aurait plus de séparation, pourtant jugée légitime par le même Trump et ses ministres. Connaissant les ruses et mensonges du président US, nous appelons à pour suivre et étendre la signature et la diffusion de notre appel ci-dessous, déjà soutenu par 300 personnes.

Votre signature est précieuse ainsi que la diffusion de la pétition autour de vous.
Dans notre pays également, des enfants se retrouvent dans des centres de rétention, avec leurs parents. Les autorités françaises ont déjà été condamnées pour cela à plusieurs reprises par la justice européenne. Avec la Cimade nous demandons que soit mis fin à cette pratique indigne dont aucun enfant ne sort indemne ( pétition unitaire ici )

 

Nous exigeons à nouveau la libération immédiate de tous les enfants et de leurs familles; pas d'enfants et de familles en rétention!


Memorial 98


Ne laissons pas l'agitateur raciste Trump maintenir en détention des enfants dont le seul tort est d'être des enfants de migrants. Protestons en signant la pétition qui lui adressée. Macron doit aussi se prononcer
Signons la pétition initiée par Memorial 98 et diffusons la afin d'arracher la libération des enfants emprisonnés et de leurs familles: 
Horreur aux USA. Des enfants âgés de 4 à 10 ans, récemment séparés de leur famille , pleurent en appelant leurs parents. Environ deux mille enfants sont actuellement placés dans des centres de rétention fermés aux USA pendant que leurs parents migrants sont emprisonnés dans l’attente d’un jugement.

C’est ce que l’on entend dans l’enregistrement récupéré par le média d’investigation américain ProPublica.
On entend des pleurs, et un enfant qui demande en sanglots : "Je veux partir avec ma tante, je veux qu'elle vienne".
L'enfermement de ces enfants viole tous les droits humains et les conventions internationales.
Il doit y être mis fin immédiatement. 
Nous exigeons: Mr Trump, libérez immédiatement  les enfants ! 
Mr l'Ambassadeur des USA en France, transmettez notre protestation; Mr le Président Macron joignez vous à nous afin de réclamer la libération des enfants!
Trump ne se contente pas de traquer les familles de migrants et de les séparer, il incite également à la persécution raciste en Europe et attaque le gouvernement allemand, coupable à ses yeux d'être trop accueillant. Toute sa campagne électorale a été dominée par la dénonciation violente des migrants
L'Internationale raciste se développe et se structure de Rome à Vienne et de Budapest à Washington.
Ainsi Marine Le Pen stigmatise les parents des enfants emprisonnés et soutient Trump.

Dans notre pays également, des enfants se retrouvent dans des centres de rétention. Les autorités françaises ont déjà été condamnées pour cela à plusieurs reprises par la justice européenne. Avec la Cimade nous demandons que soit mis fin à cette pratique indigne dont aucun enfant ne sort indemne ( pétition unitaire ici )

Face à la vague xénophobe, construisons la riposte de la solidarité. 


MEMORIAL 98


Voir les articles de Memorial 98 sur les USA et Trump:

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/10/trump-les-enfants-migrants-isoles.html  

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/04/les-afro-americains-durement-frappes.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2018/06/america-first-le-slogan-fasciste-de.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2016/11/13-novembre-hommage-rosa-parks-et-la.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2016/03/trump-bloque-chicago-bravo.html  ( campagne Trump 2016)

http://www.memorial98.org/2015/06/charleston-la-menace-terroriste-d-extreme-droite-grandit.html

http://www.memorial98.org/article-24466321.html ( Obama)

http://www.memorial98.org/article-25281598.html ( Lincoln et Marx)

http://info-antiraciste.blogspot.com/2017/08/charlottesville-chronique-dun-meurtre.html

https://info-antiraciste.blogspot.com/2018/10/terrorisme-antisemite-pittsburgh-le.html









 

lundi 21 septembre 2020

Hyper Cacher: une tuerie antisémite en procès.

Les quatre victimes de l'Hyper Cacher


Hypercacher: aujourd'hui débute la partie du procès concernant les meurtres antisémites du 9 janvier 2015.
Ils ne relèvent pas de la "prise d'otages" comme le répètent souvent les médias, mais du massacre de personnes tuées parce que Juives.
Nos pensées se portent vers les victimes de cet attentat: Yohan Cohen, Yohav Hattab, François-Michel Saada, Philippe Braham. 
Les survivant.e.s sont  traumatisés pour une longue période comme en témoigne Zarie Sibony, caissière de l'Hyper Cacher:" J'ai entendu des pas lourds qui revenaient vers moi, raconte-t-elle. J'ai vu ses bottes militaires, j'ai vu comment il était habillé. J'ai vu ses armes. Là, j'ai compris qu'il y a avait un problème. C'est là qu'il s'est mis en face de moi et il m'a dit : 'Ah ! T’es pas encore morte, toi, tu ne veux pas mourir'. Il a tiré. J'ai entendu la détonation. Il est parti et j'ai remarqué qu'après, je pouvais bouger. Je ne comprenais pas comment il avait réussi à me rater." 
De nombreuses questions se posent encore:  
Qui a commandité et financé le massacre réalisé par Amedy Coulibaly ?
Qui a organisé le double attentat de Charlie revendiqué par Daesh et celui de Vincennes revendiqué par Al-Qaïda, alors que ces deux groupes terroristes se concurrencent et se combattent violemment? 
S'agit-il de Abdelnasser Benyoucef, alias Abou Mouthana qui a été un haut cadre de l’organisation Etat islamique (EI) où il était sans doute chargé des opérations extérieures?  Présumé mort dans la zone irako-syrienne en 2016, l’apparition de son nom est liée à l’interrogatoire d’une de ses ex-épouses rentrée de Syrie fin 2019, se disant repentie de la cause djihadiste. Aujourd’hui incarcérée, elle l’a désigné lors d’une audition devant un juge d’instruction dans une procédure connexe, en février 2020.
Autre question: il n'est pas question dans ce procès de Claude Hermant. Or, il est très probablement l'homme qui a armé Amedy Coulibaly, le tueur de l'Hypercacher. Il lui a fourni au moins quatre pistolets semi-automatiques et sans doute un fusil d'assault, tous remilitarisés et prêts à l'usage. Et ce dans le cadre d'un trafic d'armes de guerre dont la police avait connaissance, à des degrés encore inconnus, puisque le néo-nazi, militant depuis des dizaines d'années était également indicateur de police. Claude Hermant, dont l'affaire a été classée secret défense, n'a pas été inculpé pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, alors que c'est le cas par exemple, pour celui qui a fourni un gilet pare-balles à Coulibaly, mais celui-ci n'était pas d'extrême-droite.
 
Des dates problématiques de procès

La coïncidence des dates fait que cette partie du procès débute au lendemain immédiat de la fête juive de Roch Hachana et à quelques jours de celle de Yom Kippour. 
Or, dans ce calendrier judiciaire, la laïcité est mise à toutes les sauces, y compris les plus inhumaines. Ainsi des auditions importantes auront lieu le jour de Yom Kippour, date la plus importante du calendrier religieux juif. Cela n'était pas prévu ainsi à l'origine mais le tribunal se retranche derrière la laïcité pour refuser un aménagement de date demandé par les familles des victimes. Or depuis très longtemps , les fonctionnaires et maintenant les travailleur-e-s en CDI musulmans, juifs, chrétiens orthodoxes peuvent, sur demande écrite, bénéficier de 3 jours d'ASA ( autorisation spéciale d'absence) pour raison religieuse. Ces trois jours correspondent aux journées considérées comme les plus importantes de ces trois confessions. Les travailleurs hindous et bouddhistes peuvent aussi en bénéficier. Ce qui est possible dans le milieu professionnel ne serait donc pas praticable au cours d'un procès?
Ajoutons qui si cet aménagement est finalement mis en œuvre, cela donnera l'occasion aux antisémites de proclamer que les personnes juives, à la différence des autres, ont droit à des aménagements de la laïcité. Le piège est installé.
Mise à jour : la première audience ( compte-rendu du journal Le Monde)
Coulibaly expose son antisémitisme meurtrier. A 15 h 10, il appella BFM-TV pour faire corriger le bandeau en bas de l’écran de la télévision, qui ne donnait pas le bon nombre d’otages et ne mentionnait pas les morts. La conversation retentit dans la salle.

« Avez-vous visé ce magasin pour une raison particulière ?, demande le journaliste de BFM.

- Oui.

- Laquelle ?

- C’est juif. »

Plusieurs avocats de la défense soulignent qu’il est acquis que toutes les armes d’Amedy Coulibaly ont transité par le trafiquant Claude Hermant, et s’interrogent sur son absence dans le box des accusés.  Le commissaire Christian Deau, manifestement, se pose la même question. Sommé de donner son avis, il bredouille, brode un peu, explique qu’en tant qu’enquêteur il travaille sous l’autorité judiciaire, puis : « Une décision a été prise, euh, elle a été prise quoi. » 

Lassana Bathily témoigne

Face à la cour d’assises spéciale de Paris, l’ancien salarié, déroule les dix minutes de ce huis clos en sous-sol pendant lesquelles il pensait que les frères Kouachi étaient les preneurs d’otages: sa proposition de regagner le rez-de-chaussée par le monte-charge et de s’enfuir par la sortie de secours, refusée par les clients qui la jugent trop risquée ; la chambre froide dont il éteint le moteur pour y mettre plusieurs personnes à l’abri ; sa fuite en solitaire grâce au monte-charge, le cœur qui bat, la crainte de tomber sur un terroriste au rez-de-chaussée, et finalement la sortie. 

Dehors, les policiers le mettent au sol, le fouillent, le menottent brutalement. « J’étais en pleine panique. Ils me demandent : “Vous êtes combien dans le magasin ?” Je dis : “Une vingtaine de personnes.” Ils disent : “Comment ça, vingt terroristes ?” Je dis : “Je suis pas terroriste, je travaille là !” Ils m’ont gardé une heure et demie dans une voiture, ils m’ont pris pour un complice. Je peux comprendre. »

Le quiproquo évacué, Lassana Bathily facilitera l’assaut en dessinant un plan du magasin et en indiquant les clés qui permettent d’ouvrir le rideau de fer puis la porte d’entrée.

« La religion, on n’en parlait même pas »

C’est une fois les otages libérés qu’il apprend la mort, survenue quatre heures plus tôt, de Yohan Cohen, son collègue devenu « plus qu’un ami, un frère ». Pendant leurs deux années communes au magasin, Lassana Bathily avait remarqué qu’il recouvrait souvent sa kippa d’une casquette dans la rue, et qu’il mettait les sacs à l’envers « pour pas qu’on voie la marque Hyper Cacher ». « Il me disait : “Je traverse tout Paris pour aller à Sarcelles, j’ai peur qu’on m’agresse.” Je lui disais : “On est dans un pays laïque, tout le monde se respecte.” »

Amedy Coulibaly était musulman et d’origine malienne, et le président de la cour aimerait savoir ce que cela inspire à Lassana Bathily, lui-même malien musulman arrivé en 2006 en France, ce pays qui « [lui] a tout donné », et dont il possède la nationalité depuis janvier 2015.

« Il y a dix magasins Hyper Cacher en Ile-de-France, sept ou huit sont tenus par des musulmans, répond-il. Pour nous, les musulmans, les juifs, c’est des frères. Quand j’ai su que la personne qui avait tué mon frère venait de mon pays, ça m’a fait énormément mal. Peut-être qu’il était entouré par les mauvaises personnes ? J’ai toujours du mal à comprendre. »

Salarié à l’Hyper Cacher, « je faisais le ramadan, j’avais mon tapis de prière, ça se passait très bien avec mes collègues Zarie, Andréa, Samuel. La religion, on n’en parlait même pas quoi. Pour moi, la religion, c’est privé. Tout le monde doit se mettre ça dans la tête. Les terroristes sont là pour créer de la haine entre les religions. Mais on est des humains d’abord. L’humanité, c’est plus important que la religion ».

Ci-dessous, recensement d'attaques contre des synagogues et institution juives par des djihadistes et des néonazis

Tunisie, en 2002

Le 11 avril, 21 personnes -14 Allemands, cinq Tunisiens et deux Français- sont tuées dans un attentat-suicide contre la synagogue de la Ghriba, sur l'île de Djerba (sud), le plus ancien lieu de culte juif en Afrique. L'attentat est revendiqué par Al-Qaïda.

Turquie, en 2003 

Le 15 novembre, des véhicules remplis d'explosifs frappent deux synagogues d'Istanbul, Neve Shalom et Beth Israel, faisant 30 morts et plus de 300 blessés. Les attentats sont revendiqués par une cellule turque d'Al-Qaïda.

France, en 2012

Le 19 mars, Mohamed Merah tue trois enfants et un enseignant dans l'école juive Ozar Hatorah à Toulouse.

Etats-Unis, Belgique, en 2014

Le 13 avril, un suprémaciste blanc connu pour son antisémitisme attaque un centre communautaire et une maison de retraite juifs du Kansas (centre), tuant trois personnes dont aucune n'était juive.

Le 24 mai, un homme ouvre le feu dans le hall d'entrée du Musée juif de Bruxelles, faisant quatre morts.  Mehdi Nemmouche a été condamné r à la prison à perpétuité pour ces assassinats, considérés comme le premier attentat commis en Europe par un combattant revenu de Syrie.

France et Danemark, en 2015

Le 9 janvier, Hyper Cacher

Le 14 février, un terroriste qui avait prêté allégeance au groupe terroriste État islamique, ouvre le feu sur un centre culturel de Copenhague où se déroule une conférence sur la liberté d'expression, tuant un cinéaste.  Puis il , il abat un fidèle juif de 37 ans qui montait la garde devant la synagogue de Copenhague où était célébrée une bar-mitzvah, avant d'être tué par la police.

États-Unis, en 2018

Le 27 octobre, douze personnes juives sont tuées par un suprémaciste blanc qui sème la terreur dans la synagogue «Tree of Life» de Pittsburgh en plein office du shabbat. Robert Bowers, qui a ainsi perpétré l'attaque la plus sanglante commise contre des Juifs aux États-Unis

États-Unis en 2019

Le 27 avril, un homme de 19 ans se revendiquant comme antisémite et islamophobe tue une femme et fait trois blessés, dont un rabbin, en attaquant à l'arme automatique une synagogue près de San Diego (sud de la Californie), au dernier jour des festivités de la Pâque juive.

Allemagne Halle 9 octobre 2019

Attentat antisémite et xénophobe ayant fait deux morts, commis par un militant néonazi à Halle  le 9 octobre, jour de la plus importante fête juive de Yom Kippour. Stephan Baillet ne réussit pas à entrer dans la synagogue dans laquelle il voulait commettre un massacre et tue deux passants, dont un devant un restaurant turc pris comme cible "alternative" 

                                         Devant la synagogue de Halle

MEMORIAL 98
 

jeudi 13 août 2020

Staline falsficateur de l'histoire de la Shoah et censeur du Livre noir

Mise à jour 13 décembre 2020

A voir absolument dimanche 13 décembre 2020 à 22h40 sur France 5, puis en replay.

"Nous nous sommes retrouvés entourés de soldats qui pointaient leurs fusils sur nous. On a commencé à nous ôter nos vêtements de dessus et à nous pousser vers la fosse. À ce moment-là, des coups de feu ont retenti. On a entendu des hurlements terribles. Les soldats nous faisaient tomber vivants dans la tombe pour éviter d'avoir à traîner nos corps. Je dis adieu à ma femme. Nous étions enlacés lorsqu'une balle l'a atteinte à la tête. Son sang m'a giclé au visage. » 

Ce témoignage glaçant est extrait du Livre noir, un ouvrage constitué à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour documenter la destruction des Juifs dans les territoires soviétiques conquis par les nazis. Ce livre qui recueille des textes et témoignages de survivants ne sera finalement publié qu'à partir de 1993.

Qui sont Ilya Ehrenbourg, Solomon Mikhoels et Vassili Grossman, les trois personnages essentiels à la construction de ce livre ? Quels étaient les liens entre littérature et politique en URSS ? Et comment expliquer la censure du Livre noir et les campagnes antisémites commandées par Staline ?

 Le contenu de ce film documentaire correspond à ce que nous analysons ci-dessous.

MEMORIAL 98

 


Nuit des poètes assassinés.jpg 
Parmi les victimes du massacre du 12 août 1952: Peretz Markish, Leib Kvitko, David Hofshtein, Itzik Feffer , David Bergelson, écrivains et poètes. 

Staline et les Juifs : de la suppression du Comité Antifasciste Juif  au procès des Blouses blanches. 

Pour qui veut combattre l'antisémitisme et ses projections à gauche, il est crucial de se pencher sur l'histoire de l'antisémitisme stalinien. 
Celui-ci est à l'origine de nombreux " concepts" calamiteux de cette haine. 
Staline et ses sbires ont notamment recyclé les termes issus de l'extrême-droite et du nazisme sur le " complot juif international". 
Mais ils ont du innover et ruser puisque leur référence au "communisme" leur interdisait de recourir trop ouvertement au vocabulaire antisémite classique.
Ils choisirent donc de recourir au terme codé de "sionistes" afin de discriminer et réprimer jusqu'à la mort les Juifs qu'ils voulaient éliminer.
Ainsi lors du prétendu complot des "Blouses blanches"  Staline dénonça les médecins "sionistes" qui auraient prévu de l'assassiner ( voir ci-dessous) 
  

La deuxième guerre mondiale débuta le 1er septembre 1939 par l’attaque de la Pologne par les nazis.  
Les troupes de Staline envahirent la Pologne orientale deux semaines plus tard le 17 septembre, dans le cadre du pacte Molotov-Ribbentrop signé en août 1939, qui est maintenant réhabilité par Poutine
L'invasion de la Pologne par les nazis a débuté par le bombardement des civils de la ville de Wielun, choisie par les nazis en raison de son importante population juive. Elle a été surnommée  Guernica polono-juive car l'ordre de la bombarder a été donné par le général Von Richthofen, ancien chef de la légion nazie Condor, dont les avions avaient rasé la ville basque de Guernica en 1937.

Le plan "Barbarossa", c’est-à-dire l’invasion de l’Union Soviétique par le Reich, débuta le 22 juin 1941. Les premiers mois de la guerre furent catastrophiques pour l’armée soviétique, désorganisée par la répression stalinienne.
Dès les premiers jours, les pertes sont immenses: près de 2000 avions cloués au sol ou abattus au soir du 22 juin 
De juin à décembre 1941, l’Union soviétique perdit 5,5 millions de soldats, dont 4 millions de prisonniers et 1,5 millions de morts.   
Dans cette situation, Staline adopta une nouvelle ligne politique pour créer un grand élan "patriotique". Les lieux de culte fermés dans les années 1930 furent rouverts en partie, le clergé orthodoxe sortit des « catacombes », les écrivains muselés furent de nouveau imprimés au compte-gouttes, on remit à l’honneur les maréchaux de l’Empire russe comme Koutouzov, le vainqueur de Napoléon.
 
 Le Comité Antifasciste Juif
 
La création du Comité Antifasciste Juif s’inscrivit aussi dans le cadre de cette nouvelle doctrine plus ouverte sur le monde
Pour comprendre l’importance de ce Comité qui va devenir une institution légendaire, il faut revenir à la première année de la guerre, lorsque l’Armée rouge subissait des revers sur tous les fronts. 
Même Moscou était menacée et le gouvernement soviétique se replia sur Kouïbychev[1]. Dans la ville se trouvaient aussi les missions étrangères, notamment polonaise, créée depuis l’accord signé à Londres le 21 juillet 1941 entre le général  polonais Wladyslaw Sikorski[2] et l’ambassadeur Ivan Maïski[3]. Il prévoyait la libération massive des Polonais, retenus dans des camps  et en relégation en Sibérie et en Asie Centrale. 
Il s’agissait de citoyens polonais, dont de nombreux Juifs, qui habitaient avant la guerre à Lwȯw ou dans sa région et qui avaient été arrêtés par milliers par les forces de répression soviétiques entre septembre 1939 et juin 1941.
Parmi eux figuraient Viktor Alter[4] et Henryk Ehrlich[5], respectivement dirigeants de la section polonaise de l’Internationale socialiste et du Bund, le Parti ouvrier juif. Les deux hommes avaient rédigé un rapport à l’intention de Staline, qui avait été remis à Beria.[6] 
Ils proposaient de créer un Comité international juif antifasciste afin de mobiliser en faveur de l’Union Soviétique des millions de Juifs, surtout aux États-Unis, en Grande Bretagne, en Amérique du Sud, en Afrique du Sud et en Australie. 
Ce rapport fut accueilli avec beaucoup d’intérêt par des responsables soviétiques. Pourtant Viktor Alter et Henryk Ehrlich furent arrêtés par les services de répression du NKVD, juste avant leur départ pour Londres, siège du gouvernement polonais en exil. 
Personne ne revit jamais les deux hommes qui furent accusés d’espionnage au service des nazis (!) et exécutés dans des conditions demeurées mystérieuses. À ce jour, on ignore même la date exacte de leur mort et leur tombe n’a jamais été retrouvée.

Henryk Ehrlich 


2015_exposition_comite-antifasciste-juif 
                                                                        Henryk Erhlich, inventeur du CAJ, dirigeant du Bund, assassiné par Staline
 ris par les autorités soviétiques, mais avec un objectif quelque peu différent. Le projet de Alter et Ehrlich fut récupéré et modifié par les autorités soviétiques.
        Exposition sur le CAJ réalisée par le Centre Medem de Paris

Le projet de Ehrlich et Alter fut récupéré, modifié et dénaturé par les dirigeants soviétiques.
Au lieu d’un comité international, on créa le Comité antifasciste juif de l’Union Soviétique
C’est ainsi que, le 24 août 1941, de nombreuses personnalités juives participèrent à un meeting retransmis par  Radio Moscou, afin de proclamer officiellement la naissance du Comité.
Un appel aux Juifs du monde entier fut alors lu en yiddish, qui débutait ainsi : « Brider und shvester, yidn fun der gantzen welt… » [Frères et sœurs, Juifs du monde entier…]. 
Étaient présents les représentants les plus importants  des intellectuels juifs : des écrivains, (David Bergelson[7], Peretz Markish[8], Itzik Fefer[9]), Solomon Mikhoels, le directeur du Théâtre Juif d’État, le violoniste David Oïstrakh[10], le physicien Piotr Kapitsa[11], le metteur en scène Sergueï Eisenstein[12], le professeur de biologie Lina Stern[13]– la seule femme , membre de l’Académie des sciences et beaucoup d’autres encore. Solomon Mikhoels fut élu président de ce Comité et lança sur-le-champ un appel vibrant aux Juifs du monde entier.
Un court discours de l’écrivain Ilya Ehrenbourg[14] impressionna les présents :
 
« Je suis un écrivain russe, mais les nazis m’ont rappelé quelque chose : Hannah, le prénom de ma mère. Je suis Juif et je le dis avec fierté. Le nazisme nous hait plus que tous les autres et ceci nous honore. »
 
Dès le juin 1942 le CAJ avait créé un journal en yiddish. « Eynikeyt » (Unité). Dans son éditorial du premier numéro, le président du comité demandait aux Juifs du monde entier de faire des dons afin de réunir une somme d’argent suffisante pour fabriquer mille chars et cinq cents bombardiers. Les dirigeants soviétiques ne pouvaient évidemment qu’approuver une telle démarche. 
Mais peu à peu la faille apparut: les hommes au pouvoir voyaient dans le Comité une agence de propagande soviétique en direction de l’Occident, tandis que le Comité se considérait, par le biais de son journal, comme le porte-parole des Juifs d’Union Soviétique. 
Pendant les années de guerre, les Juifs d’Union Soviétique suivaient attentivement les activités du Comité Antifasciste Juif un organisme qui, entre 1942 et 1945, les représentait  de fait tant à l’intérieur du pays qu’auprès des pays alliés.
Ehrenbourg livre noir 
Le CAJ publia des livres, des brochures, des témoignages. 
En effet, pendant de longs mois, Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman[15] avaient collecté des récits des rescapés des ghettos et des camps de concentration nazis pour les faire paraître dans un « Livre noir[16] ». 
Mais cette publication fut interdite et vit le jour bien des années après la mort des deux écrivains et la chute du Mur de Berlin et du régime soviétique . Staline et ses acolytes voulaient absolument minimiser la persécution des Juifs en tant que tels. En effet, les autorités soviétiques staliniennes niaient et dissimulaient le caractère antisémite des exactions nazies, ajoutant ainsi  une occultation au génocide lui-même. 
Dans le cas du massacre de  Babi Yar ( Ukraine soviétique) en septembre 1941, les victimes juives étaient ainsi présentées comme des « citoyens soviétiques pacifiques » sans mention de leur judéité et de l'acharnement des nazis contre elles.  
Pendant des décennies, les rassemblements de commémoration furent interdits dans le ravin.
La publication en 1961 du poème  "Babi Yar" , du poète  russe contestataire Evgueni Evtouchenko, fit l'effet d’un choc salutaire, car il proclamait que les victimes étaient  exterminées parce que juives et il évoquait les pogroms en Russie. 

Le poème débute ainsi : 

" Non, Babi Yar n'a pas de monument.
Le bord du ravin, en dalle grossière.
L'effroi me prend.
J'ai l'âge en ce moment
Du peuple juif. Oui, je suis millénaire.
Il me semble soudain-
l'Hébreu, c'est moi, ..."
En 1966, les autorités soviétiques érigèrent sur place un monument qui ne mentionnait toujours pas les victimes juives. 
Ce n’est qu’en 1991, après la chute de l'URSS, que le gouvernement ukrainien autorisa la création d'un monument spécifique à ces victimes. Ce monument fut inauguré 10 ans plus tard, en septembre 2001, soit soixante ans après les faits.

Reconnaissance internationale
Le CAJ jouissait d’une reconnaissance internationale, surtout après le voyage de sept mois de Solomon Mikhoels et d’Itzik Fefer aux États-Unis, au Mexique, au Canada et en Angleterre. Pendant leur périple, quarante-cinq millions de dollars furent collectés pour l’Armée rouge, une somme énorme, si on considère qu’elle était uniquement constituée de dons privés.
Dans le même temps, les membres du Comité étaient tels des équilibristes sur un fil, continuellement suspectés de "déviationnisme nationaliste juif", accusation gravissime sous le règne stalinien . 
Une fois la guerre achevée, l’existence du Comité s’avèra assez rapidement menacée. Ses membres étaient soumis à une surveillance constante et à des critiques très virulentes de la part des dirigeants. 
Leurs appels vers les Juifs, exprimés de surcroît en yiddish, étaient stigmatisés comme preuve de leur esprit "cosmopolite et nationaliste", incompatible avec le régime soviétique. Ils devaient le payer de leur vie quelques années plus tard.



Après la défaite nazie
 
En 1944 les troupes allemandes sont chassées du territoire de l’Union Soviétiques et les Juifs qui avaient pu être évacués pendant la guerre, purent revenir chez eux. Ils constatèrent alors l’immensité des pertes. Dans la vie quotidienne ils rencontrèrent alors de nombreux problèmes et se tournaient souvent vers le Comité, en réclamant de l’aide. Après l’éclatement de l’Union Soviétique en 1991, on retrouva dans les archives du CAJ, confisqués par le KGB, une lettre de Mikhoels, adressée à Viatcheslav Molotov[17] dans laquelle il évoque ce problème :

« Chaque jour qui passe, nous recevons, en provenance des régions libérées, des informations inquiétantes sur la situation morale et matérielle, extrêmement pénible des Juifs qui ont échappé à l’extermination physique. Dans de nombreuses régions (Berditchev, Moguilev, Podolsk, Jmerinka, Vinnitsa, Proskourov etc.) beaucoup de rescapés continuent de vivre sur les territoires d’anciens ghettos. On ne leur rend pas leurs habitations. Des partisans d’Hitler, restés sur place, qui ont participé aux meurtres et pillages contre la population juive, craignent le retour de témoins vivants de leurs crimes, et font tout pour pérenniser la présente situation et pousser les survivants au départ. »
Or les persécutions des Juifs s’aggravèrent après la victoire et surtout à partir de la fin 1947.
 
La première victime fut le président de CAJ lui-même, l'acteur et metteur en scène Solomon Mikhoels, assassiné à Minsk ( Biélorussie), le 13 janvier 1948 dans un prétendu accident de la circulation. Cette mort, maquillée en accident de circulation, constitua le prélude à une immense vague antisémite qui va recouvrir le pays entier.
La répression, commencée en janvier 1948, continuait, en s’accentuant de plus en plus. Quelques mois après, pratiquement tous les membres du Comité furent arrêtés et accusés de haute trahison et d’espionnage. Ensuite débuta une grande vague d’arrestations parmi les intellectuels juifs. 
Cette persécution eut lieu juste après la création de l’État d’Israël. Or l’Union Soviétique avait voté à l'ONU  pour la création de cet État.
En septembre 1948 le premier ambassadeur d’Israël en Union Soviétique présenta ses lettres de créance. 
C’était Golda Meyerson, la future Golda Meir. Quand elle vint à la grande synagogue de Moscou pour la fête de Rosh Hashana, elle fut accueillie par des milliers de personnes. (Les témoins avancent le chiffre de 40000). Au Kremlin, pendant une réception officielle, elle bavarda très amicalement en yiddish avec la femme de Molotov, Paulina Jemtchoujina, proche de plusieurs membres du CAJ. Dans ses mémoires Golda Meir a même cité une phrase de Jemtchoujina : « Je suis une fille du peuple juif ». Quelques semaines plus tard cette dernière sera arrêtée et disparaitra, ce qui n'empêchera pas Molotov de poursuivre sa carrière stalinienne.
La nuit des poètes assassinés
Les membres emprisonnés du CAJ furent "jugés" du 8 mai au 18 juillet 1952. Treize accusés furent condamnés à mort et exécutés secrètement le 12 août 1952. Cette nuit sera appelée « La nuit des poètes assassinés »[18]. Mais la persécution de l’élite juive ne s’arrêta pas là, puisque pendant cette période, de très nombreux écrivains, acteurs, musiciens, sculpteurs, scientifiques furent emprisonnés ou fusillés. Le monde intellectuel juif fut complètement décapité. Comment se relever d’un tel désastre ?

Le procès des " blouses blanches" Cette tragédie du 12 août 1952 ne sera que le premier acte de la persécution de l'après-guerre, le second aura lieu quatre mois plus tard, sous l'impulsion directe de Staline. 
 Le 1er décembre 1952 , Staline déclare au Politburo du Parti: « Tout sioniste ( Juif) est l’agent du service de renseignement américain. Les  nationalistes juifs pensent que leur nation a été sauvée par les États-Unis, là où ils peuvent y devenir riches, bourgeois. Ils pensent qu’ils ont une dette envers les Américains. Or parmi mes médecins, il y a beaucoup de sionistes. ».
  

Le 13 janvier 1953,  à la radio soviétique  on procéda à la lecture d’un article qui venait de paraître dans la Pravda (organe du pouvoir signifiant "La Vérité"! ) sous le titre « Sous le masque des médecins universitaires, des espions tueurs et vicieux ». 
 Il dénonçait un soi-disant « complot d’un groupe de neuf médecins », dont six étaient Juifs. On les accusait d’avoir empoisonné les hauts dignitaires du régime. Selon les mêmes sources, ces médecins étaient, au moment de leur arrestation, sur le point d’assassiner d’autres importantes personnalités soviétiques.
Parmi les médecins inculpés se trouvait le médecin personnel de Staline, Vladimir Vinogradov ainsi que le général Miron Vovsi, le médecin-chef de l’Armée rouge, tous deux très respectés par la profession. (Miron Vovsi était un cousin de Solomon Mikhoels) 
De nombreux Juifs, médecins, pharmaciens, infirmières, furent accusés d’avoir participé au complot et furent arrêtés. Au début il y avait 37 personnes arrêtées, mais le chiffre s’éleva rapidement à plusieurs centaines. Dans des hôpitaux et des dispensaires, les patients refusaient d’être soignés par des Juifs. 
Simultanément, une violente campagne antisémite se mit en place non seulement en Union Soviétique, mais aussi dans l’ensemble des pays du bloc de l’Est. Dans tous les procès politiques, les Juifs y étaient mis en cause et accusés des pires crimes "sionistes" .
En France, le PCF participa pleinement à la campagne autour du prétendu complot des médecins. Le quotidien Ce Soir  de la mouvance du PC publia des articles à tonalité antisémite.
Le PCF diffusa un communiqué dans l'Humanité dès le 22 janvier 1953, déclarant  : « Lorsque, en Union soviétique, est arrêté le groupe des médecins assassins travaillant pour le compte des services d’espionnage terroristes anglo-américains […], alors, la classe ouvrière applaudit de toutes ses forces ».
Raymond Guyot, membre du bureau politique et député de Paris, demanda aux médecins français proches du parti de s’associer à la condamnation des médecins soviétiques impliqués dans le « complot ». Annie Kriegel, alors responsable de l’idéologie à Paris fit signer une déclaration dans ce sens avec une dizaine de médecins, dont la moitié de Juifs, parue dans l’Humanité du 27 janvier 1953. Elle publia aussi un article dans la revue du PCF les Cahiers du communisme. Elle parlait alors de « médecins terroristes », complices du « sionisme » et « approuva l’emploi des tortures pour extorquer aux « assassins en blouse blanche » Le texte disait : « Les médecins français estiment qu'un très grand service a été rendu à la cause de la paix par la mise hors d'état de nuire de ce groupe de criminels, d'autant plus odieux qu'ils ont abusé de la confiance naturelle de leurs malades pour attenter à leur vie »

C’est alors que les bruits se répandirent dans la communauté juive que le pouvoir s’apprêtait à déporter tous les Juifs d’URSS vers la Sibérie ou au Birobidjan, pseudo "République juive" d'Extrême-Orient


Mort de Staline
Le 4 mars 1953, la radio communiqua la nouvelle de la grave maladie du Guide Suprême. Et le 5 mars, à 6 heures du matin, on annonça la mort de Staline. Déjà un mois après la mort de Staline, la presse soviétique publia des articles, expliquant que « le complot des blouses blanches » n’avait jamais existé, et les médecins arrêtés furent libérés . Mais parmi les neufs accusés deux étaient morts en prison, probablement sous la torture
Mais il faudra encore attendre le XXème Congrès du Parti communiste, en février 1956 pour que le timide dégel commence vraiment. Puis la période Brejnev se traduira par une intensification de la propagande antisémite et de l'oppression des Juifs d'URSS

MEMORIAL 98

[1] Depuis la chute de l’URSS Kouïbychev avait retrouvé son vieux nom de Samara. 
[2] Władysław Sikorski (né le 20 mai 1881, mort le 4 juillet 1943 à Gibraltar dans un accident d’avion). Militaire et surtout homme politique polonais, général et chef des forces armées polonaises, et Premier ministre du gouvernement polonais en exil de 1939 à 1943. Sa mort suspecte au moment de la découverte du charnier de Katyn provoqua beaucoup de rumeurs quant à l’implication des divers services secrets. 
[3]Ivan Maïski (pseudonyme de Yan Liakhovetski, né le 19 janvier, mort le 3 septembre 1975). Diplomate et historien soviétique. 
[4] Viktor Alter ou Wiktor Alter (né le 7 février 1890 en Pologne, fusillé (probablement) le 23 décembre 1941 à Kouïbychev (Samara), militant actif du Bund et membre du comité exécutif de la Deuxième Internationale. 
 [5] Henryk Ehrlich (né en 1882 à Lublin, fusillé (probablement) le 23 décembre 1941 à Kouïbychev. Il existe une autre version de sa mort, par suicide. Il fut un militant actif du Bund, un journaliste très populaire, un élu de la municipalité de Varsovie avant 1939 et un membre très actif du comité exécutif de la Deuxième Internationale.
  [6] Lavrenti Beria (né le 29 mars 1899, fusillé le 23 décembre 1953). Il fut sans conteste une figure clé du pouvoir soviétique de 1938 à 1953 : chef des services de sécurité intérieure sous des noms différents : NKVD, MGB, puis KGB. Son rôle fut primordial dans l’organisation du Goulag, le développement des réseaux d’espionnage internationaux, la mise au pas des pays de l’Europe Centrale et Orientale après la guerre.  
[7] David Bergelson (né le12 août 1884, fusillé le12 août 1952 à Moscou),  écrivain de langue yiddish. Né en Ukraine, il vécut à Berlin jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Il décida alors de retourner en Union soviétique. Cependant comme beaucoup d’autres écrivains juifs, il devint la cible de la campagne antisémite de Staline. Il fut arrêté en janvier 1949, condamné à la peine de mort et fusillé avec ses autres codétenus le 12 août 1952 lors de la nuit des poètes assassinés. Il sera réhabilité après la mort de Staline. 
 [8] Peretz Markish né le 7 décembre 1895, était considéré comme le poète yiddish le plus connu des années 1920 et 1930. Accusé de trahison, il fut fusillé avec ses autres codétenus le 12 août 1952 lors de la nuit des poètes assassinés). Il sera réhabilité en 1955. 
 [9] Fefer Itzik (né en 1900 et fusillé à Moscou le 12 août 1952) poète soviétique de langue yiddish. Pendant la guerre il fut un correspondant des journaux soviétiques. I. Fefer fut un poète parmi les plus fidèles à l’idéologie communiste. Ceci ne pourra pas d’ailleurs le sauver, car en 1948, après l’assassinat de Mikhoels, il fut arrêté et accusé de trahison. Il est fusillé avec ses autres codétenus le 12 août 1952 lors de la nuit des poètes assassinés. Il sera réhabilité en 1955. 
[10] David Oïstrakh (né le 30 septembre 1908 à Odessa et mort le 24 octobre 1974 à Amsterdam) est l’un des violonistes parmi les plus réputés du XXe siècle. 
[11] Piotr Kapitsa (9 juillet 1894, mort le 8 avril 1984) physicien soviétique très respecté, aussi pour son courage personnel. Ainsi lors de la « Grande purge » (1937-38), il parvint au péril de sa vie, à défendre ses collègues L. Landau et V. Fock menacés d’arrestation et de prison. Il fut lauréat du prix Nobel de physique de 1978.  
[12] Sergueï Eisenstein (né le 22 janvier 1898 à Riga et décédé le 11 février 1948 à Moscou) célèbre metteur en scène soviétique, peut-être le plus connu en Occident, grâce à ses deux films » Le Cuirassé « Potemkine » (1925) et « Octobre » (1927). Il est toujours considéré comme le créateur des bases du montage cinématographique moderne. 
[13] Lina Stern (née le 26 août 1878, morte le 7 mars 1968) professeur de physiologie, seule femme membre de l’Académie de Sciences de L’URSS. Elle est arrêtée au début de 1949 et condamnée à quatre ans d’emprisonnement. Elle est la seule des dirigeants du CAJ à survivre à la campagne antisémite de cette période. 
[15] Vassili Grossman (né le 12 décembre 1905, mort le 14 septembre 1964 à Moscou). Au début de sa carrière, il était un écrivain soviétique fidèle à la ligne du parti qui peu à peu arrivera à dénoncer très durement le régime, surtout dans son roman Vie et destin. Pendant la guerre il était un correspondant de guerre parmi les plus lus par des soldats. En juillet 1944, il entra avec les soldats soviétiques dans Maidanek et dans Treblinka à peine libérés. Il fut ainsi le premier journaliste à décrire les camps d’extermination. Son récit L’Enfer de Treblinka servira de témoignage au procès de Nuremberg. [16] « Le Livre noir ». (Translittération yiddish : Dos Shvartze Bukh). Titre complet : Le Livre noir sur l’extermination scélérate des Juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement occupées de l’URSS et dans les camps d’extermination en Pologne pendant la guerre de 1941-1945) est un ouvrage élaboré sous l’égide du Comité antifasciste juif destiné à recueillir des témoignages et des documents sur l’extermination des Juifs et leur participation à la résistance armée dans les territoires de l’URSS occupés par l’armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Le livre noir fut interdit en Union Soviétique et ses épreuves furent détruites. Mais Vassili Grossman réussit à cacher une version des épreuves chez un ami qui l’offrit à la fille d’Ilya Ehrenbourg, Irina, en 1970. Plus tard celle-ci parviendra clandestinement à la sortir de l’URSS. Le Livre noir sera publié en France en 1999 et en 2010 en Russie. 
[17] Viatcheslav Molotov (né le 9 mars 1890, mort le 8 novembre 1986) homme politique et diplomate soviétique. Chef du gouvernement de l’URSS de 1930 à 1941, ministre des affaires étrangères jusqu’en 1949, (à ce titre, il signa le pacte germano-soviétique d’août 1939) membre titulaire du Politburo de 1926 à 1957, il fut considéré comme le bras droit de Staline, d’une fidélité indéfectible et ceci malgré l’arrestation de sa femme, Polina Jemtchoujina, en 1948. Il demeura un membre influent du Parti communiste de l’Union soviétique jusqu’à son éviction lors de la déstalinisation. 
[18] La liste de treize personnalités assassinées le 12 août 1952 est la suivante : Leib Kvitko, David Hofshtein, Itzik Feffer , Peretz Markish, David Bergelson, Veniamine Zouskine, Solomon Lozovsky, Boris Shimeliovich, Emilia Teoumina, Yossif Youzefovitch, Ilya Vatenberg, Léon Talmi, TchaykaVatenberg-Ostrovskaïa. Parmi eux, les cinq premiers étaient effectivement des gens de lettres, les autres étaient des journalistes, des traducteurs et des personnalités politiques. 
[19] Veniamine Zouskine (né le 28 avril 1899, fusillé le 12 août 1952 à Moscou) fut l’un des acteurs principaux du Théâtre d’État Juif de Moscou et il assuma la direction du théâtre après la mort tragique de Michoels. Il joua aussi dans de nombreux films, y compris dans Les chercheurs du bonheur film de Vladimir Korch-Sabline (1900-1974), tourné en 1936. C’est un film de propagande, assez réussi par ailleurs, pour inciter des Juifs à partir pour le Birobidjan.

Report this Ad

Report this Ad