Affichage des articles dont le libellé est viols de guerre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est viols de guerre. Afficher tous les articles

samedi 6 octobre 2018

Prix Nobel de la paix: les viols de guerre en procès


 


Les prises de parole des lauréats lors de la remise du prix Nobel de la paix à Oslo le 10 décembre confirment le caractère historique de cette récompense.
C'est la reconnaissance d'un combat à poursuivre contre les violences faites aux femmes, contre la violence génocidaire, contre l'impunité.  

Lors de cette cérémonie, on pense au Prix Nobel de la Paix 2010 le chinois LIu Xiabo, qui n' a jamais pu recevoir son prix car il était emprisonné par la dictature. Il est mort en détention en juillet 2017.
                                   
 Ce double prix Nobel représente un pas en avant pour la mobilisation contre les viols de guerre et plus généralement contre les violences faites aux femmes. Mais la tâche est encore immense afin d'éliminer ces actes de barbarie et de mettre fin à l'impunité de ses auteurs.

 Le prix Nobel de la paix 2018 pour Denis Mukwege et Nadia Murad.

Le médecin congolais et la femme Yezidie, violée et réduite en esclavage par Daech, sont récompensés pour "leur efforts pour mettre fin à l'emploi des violences sexuelles en tant qu'arme de guerre"
C'est un immense encouragement pour ce combat que nous soutenons totalement
Le prix Nobel récompense enfin le médecin qui a voué sa vie à l'engagement en faveur des femmes victimes de violences: d'abord en les soignant de manière novatrice et éthique mais également en alertant sur ces pratiques qui visent à terroriser, torturer et annihiler des populations. Les femmes ayant subis ces viols se retrouvent dans une situation terrible, liée à  leur souffrance et au trauma mais également à la stigmatisation dont elle font ensuite l'objet. Cet aspect est d'ailleurs recherché par leurs tortionnaires, de même qu'ils qu'ils planifient la naissance d'enfants issus de ces viols.

Le viol est utilisé comme arme de guerre lors de nombreux conflits et génocides et notamment dans la période récente dans le génocide des Tutsi au Rwanda et dans la guerre en ex-Yougoslavie.



 
Récemment en Birmanie, de très nombreux viols de guerre ont eu lieu de la part des militaires contre les femmes Rohingyas,dans le cadre de la terreur de l'épuration ethnique et des actions de génocide.  


Le Dr Mukwege est lourdement menacé par différents seigneurs de guerre et milices dans sa région de Panzi et il vit reclus à l'intérieur de l'hôpital, sauf pour ses déplacements internationaux.
Ainsi en juillet dernier il apportait son aide et ses connaissances aux femmes Yazidis ayant subi les viols et violences de Daech. Il était venu en Irak à la demande de l'ONG Yazda , qui, depuis 2014, soutient les femmes Yazidis traumatisées. Il s'agit d'une étape supplémentaire dans le combat universel contre les violences sexuelles comme arme de guerre.


L'attribution simultanée du prix à Nadia Murad rend hommage au souffrances subies par les femmes Yézidis .
Elle représente également un soutien au combat pour la reconnaissance par l'ONU du génocide des Yézidis , commis par Daech. Plusieurs institutions internationales et pays et se sont déjà prononcées dans ce sens, dont le Parlement européen et le Canada. La prise de position la plus émouvante est sans doute la résolution du parlement d'Arménie en janvier 2018, dans un pays qui se bat également pour la reconnaissance du génocide qui  l'a frappé.

 Cette reconnaissance a lieu alors que vient de se produire une grave remise en cause des acquis de la justice internationale concernant la responsabilité de ceux qui laissent commettre des viols de guerre.
Le chef de guerre  congolais Jean-Pierre Bemba avait été reconnu coupable le 21 mars 2016 par la Cour pénale internationale  (CPI, voir ci-dessous) pour des viols de guerre commis par ses troupes en Centrafrique.
Puis l'ancien vice-président congolais a été condamné, le 21 juin 2016 , à dix-huit ans de prison par la Cour pénale internationale pour ces crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Or, en appel devant la CPI, cette condamnation a été annulée le 8 juin 2018 en raisons d'erreurs de procédure et  de l'atténuation de sa responsabilité directe, alors même qu'il a été également condamné pour avoir corrompu et manipulé 14 témoins de sa défense. Les victimes de ces viols sont dans le désarroi et l'amertume car ce verdict surprenant met fin à leurs espoirs de reconnaissance et de réparation.


Le combat se poursuit plus que jamais contre cette barbarie.
   







18 juin 2017
 
Appel du Dr Mukwege à sanctionner l’utilisation du viol comme arme de guerre.

A l’occasion de la 2e Journée internationale  pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit, Denis Mukwege, gynécologue et Prix Sakharov 2014, réclame une action de l’Europe. Memorial 98 salue cet appel et renouvelle son soutien aux combats de l’éminent médecin et combattant pour les droits des femmes.
Sa prise de position est d'autant plus courageuse qu'il n'est plus protégé de manière permanente par les Casques Bleus de l’ONU, comme auparavant .
Il craint désormais non seulement pour sa vie, mais aussi pour celle de ses collègues et de ses patientes de l'hôpital de Panzi, où ces dernières sont accueillies.  
"On risque sa vie quand on soigne dans le Kivu". Désormais, Denis Mukwege ne bénéficie de la protection des Casques bleus que pour ses déplacements. Pourtant, dans le Kivu, la menace est permanente, témoigne le médecin : "Notre action gêne : nous soignons les victimes de la violence et de la barbarie dans le Kivu. Elles nous parlent, nomment leurs bourreaux [...] on risque sa vie quand on soigne dans le Kivu. Il n’y a pas d’État, de justice et de police pour nous protéger. Même les Casques bleus ne nous protègent plus."
D'ailleurs en avril dernier, la protection assurée par l'ONU à son collègue et collaborateur le Dr Gildo Byamungu lui avait été retirée. Quelques jours plus tard, le jeune médecin était retrouvé assassiné à son domicile.

Appel du Dr Mukwege:
" En zone de conflits, forces armées et bandes organisées violent femmes et filles, mais aussi hommes et garçons, dans le but de déplacer, punir et terroriser les populations civiles.
L’utilisation à grande échelle des violences sexuelles, tout comme celle des armes chimiques et des mines antipersonnel, est bon marché et terriblement efficace. Les violences sexuelles incluent viols collectifs, viols publics et l’insertion forcée d’armes et autres objets divers. Les victimes peuvent aussi bien être des vieillardes que des enfants et parfois même des nourrissons.
Après vingt ans de conflit armé violent, la République démocratique du Congo (RDC) peut témoigner des conséquences dévastatrices, parfois fatales, de l’utilisation du viol comme arme de guerre. De ces actes odieux découlent un traumatisme physique et psychologique à vie, la destruction des liens familiaux et la diffusion de maladies, alors que des communautés entières sont marquées profondément et à jamais.
L’utilisation du viol comme arme de guerre ne connaît pas de frontières. D’après les Nations unies (ONU) et certains observateurs indépendants, les violences sexuelles font parties de l’arsenal utilisé par les autorités syriennes pour obtenir informations et « confessions ».
Attirer l’attention
En Birmanie l’armée viole des femmes devant leur famille afin de provoquer le déplacement de villages entiers de la communauté Rohingya. Alors que l’emploi des violences sexuelles comme méthode de combat a suscité de plus en plus d’attention ces dernières années, celle-ci demeure faible et ces attaques ne font que rarement la « une » des journaux.

Au fil du temps, de nombreux types d’armes ont été interdits ou régulés afin de limiter pertes civiles et souffrances inutiles. En avril 1997, la Convention sur l’interdiction des armes chimiques est entrée en vigueur, non seulement interdisant l’utilisation des armes chimiques, leur fabrication et leur stockage, mais exigeant aussi la destruction des arsenaux existants sous la supervision d’experts internationaux.
Quelques mois plus tard, fin 1997, la communauté internationale prit la décision d’interdire également l’utilisation des mines antipersonnel avec la Convention d’Ottawa. Le déminage intégral devrait être achevé en 2025 et un monde sans mines antipersonnel serait alors à la portée de tous.
Quelles leçons tirer de ces processus pour mettre fin à l’utilisation des violences sexuelles, une autre méthode cruelle de combat largement répandue dans les zones de guerre du monde entier ?
Le processus d’interdiction des mines antipersonnel a montré que le premier pas pour mettre fin à l’utilisation de ces dernières a été d’attirer l’attention sur le problème. Dans les années 1980 et 1990, les chirurgiens et les organisations médicales sur le terrain ont été les premiers à exprimer leur préoccupation à ce sujet. Ils ont réussi à réunir différents acteurs et à créer une campagne mondiale contre ces armes cruelles.
Conventions juridiquement contraignantes
La deuxième étape pour l’élimination des mines antipersonnel et des armes chimiques a été de renforcer les normes au travers de moyens légaux et institutionnels. Les Etats ont développé des conventions juridiquement contraignantes, aujourd’hui reconnues de manière quasi universelle, et créé un régime de vérification.
La troisième phase a vu les États commencer à intérioriser l’interdiction des armes chimiques et des mines et modifier leur comportement en conséquence. Aujourd’hui, l’emploi de ces armes est extrêmement rare, il cause l’indignation mondiale et fait des pays qui les utilisent des parias sur la scène internationale. Ainsi, lorsque la Syrie a employé des gaz toxiques en avril, les États-Unis ont immédiatement réagi par des bombardements aériens et le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu une réunion d’urgence.
Il n’existe pas de réponse similaire en ce qui concerne les violences sexuelles. En mai, le président de la République des Philippines, Rodrigo Duterte, a encouragé ses soldats à violer des femmes, allant jusqu’à dire qu’il en porterait la responsabilité. La réponse de la communauté internationale n’a pas été à la mesure de la gravité de la situation face à une telle déclaration de la part d’un chef d’Etat.
Néanmoins, les victimes sont de plus en plus nombreuses à s’exprimer pour attirer l’attention sur ce problème mondial si souvent négligé. Leur donner une tribune et écouter ce qu’elles ont à dire est une première étape cruciale pour éliminer les violences sexuelles en zone de conflit.
Dans un second temps, les gouvernements devront s’impliquer et développer des mécanismes pour s’attaquer au problème. Les pays européens ont la possibilité, la capacité et le devoir d’unir leurs efforts pour faire respecter l’interdiction d’utiliser les violences sexuelles, par exemple au travers de sanctions par l’Union européenne. L’engagement de tous est nécessaire pour marquer le début d’un monde où le viol comme arme de guerre n’est plus toléré."
21 juin 2016:

Verdict important: le chef de guerre Jean-Pierre Bemba avait été reconnu coupable le 21 mars dernier (voir ci-dessous) pour des viols de guerre commis par ses troupes, mais on ignorait encore la nature de sa peine. L’ancien vice-président congolais a été condamné, mardi 21 juin, à dix-huit ans de prison par la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La procureure avait réclamé 25 ans de prison.

Riche homme d’affaires devenu chef de guerre, le Congolais a été jugé coupables des meurtres et viols commis par la la milice qu'il commandait en Centrafrique entre octobre 2002 et mars 2003. Dans ce pays où ils s’étaient rendus pour soutenir le président Ange-Félix Patassé face à une tentative de coup d’État menée par le général François Bozizé, quelque 1 500 hommes du Mouvement de libération congolais (MLC) ont tué, pillé et violé.
 C’est la première fois que la Cour condamne un chef militaire en vertu du principe de la « responsabilité du commandant », et qu’elle retient l’utilisation de viols et violences sexuelles en tant que crimes de guerre. Selon le verdict rendu en mars par la CPI, Jean-Pierre Bemba n’a pas pris « toutes les mesures nécessaires et raisonnables » pour éviter ces crimes alors qu’il disposait d’un « contrôle effectif » sur ses hommes.
Au lendemain de la première journée mondiale  de lutte contre le viol comme arme de guerre (voir ci-dessous) cette peine conséquente peut représenter un outil de dissuasion contre ces pratiques.

18 juin 2016 :

Aujourd'hui 18 juin, se déroule la première Journée mondiale de lutte contre le viol comme arme de guerre sous l'égide de l'ONU. La prise en compte du viol comme arme de guerre dans les conflits actuels est relativement récente: la résolution de l'Assemblée Générale de l'ONU date d'un an seulement. Le docteur Denis Mukwege alerte: les conflits ne durent qu'un temps alors que les viols peuvent avoir des répercussions sur des générations. « Le viol est une métastase » explique le praticien qui s'interroge : comment les enfants qui ont vu leurs parents subir une telle humiliation peuvent-ils se comporter normalement ?

 23 mars 2016:

Une victoire historique pour les victimes de violence sexuelles. 
 
"Aujourd'hui, le 21 mars 2016, la Chambre de première instance III de la Cour pénale internationale (CPI) a déclaré à l'unanimité Jean‑Pierre Bemba Gombo coupable au‑delà de tout doute raisonnable de deux chefs de crimes contre l'humanité (meurtre et viol) et de trois chefs de crimes de guerre (meurtre, viol et pillage)."
Le verdict de culpabilité rendu  par la Cour pénale internationale (CPI) lundi 21 mars contre Jean-Pierre Bemba représente un tournant historique dans la lutte en faveur de la justice et de l'obligation de rendre des comptes pour les victimes de violences sexuelles  dans le monde. Les milices de Jean-Pierre Bemba utilisaient le viol comme arme de guerre en Centrafrique (motif de la condamnation) et au Congo .
C'est la première fois que la CPI condamne quelqu'un pour le viol utilisé comme arme de guerre, et la première fois qu'elle prononce une condamnation fondée sur le principe de la responsabilité du commandant.
Cette décision de justice comporte un message clair : l'impunité pour violences sexuelles en tant qu'arme de guerre ne doit pas être tolérée. Elle souligne également que les commandants militaires et les responsables politiques doivent prendre toutes les mesures nécessaires afin d’empêcher leurs subordonnés de commettre des actes odieux et qu’ils seront tenus de rendre des comptes s'ils ne le font pas. 


MEMORIAL 98















mardi 29 décembre 2015

Négationnisme au Japon: le long combat des " Femmes de réconfort":


Statue symbole des "femmes de réconfort" devant l'ambassade du Japon à Séoul. Depuis 1992, les dernières survivantes de ces abus sexuels se réunissent à cet endroit, chaque mercredi, avec le soutien d'associations.


Mise à jour du 1er février 2019: Hommage éternel à Kim Bok-dong, combattante de la justice


Hommage à la mémoire de Kim Bok-dong, ancienne esclave sexuelle de l'armée japonaise et combattante de la mémoire de ce crime, décédée le 28 janvier.
Ses obsèques ont donné lieu à une mobilisation importante, le cortège funéraire est passé devant l'ambassade du Japon afin de protester contre le refus des autorités de ce pays de présenter des excuses circonstanciées, de reconnaître l'esclavage sexuel qui a été imposé à ces femmes et de verser de réelles réparations.
Kim a souvent participé à ces manifestations et n'a jamais cessé de s'engager pour la justice à l'égard des victimes, dont elle faisait partie. Elle a subi une véritable calvaire à partir de 14 ans quand elle fut "réquisitionnée" au domicile de ses parents. Elle a également souffert cruellement après la guerre de ne pas pouvoir raconter ce qu'elle avait subi.

Nous avions déjà mentionné son nom car elle symbolisait la lutte des anciennes " femmes de réconfort" pour la justice et la dignité ( voir ci-dessous) . 
L'exigence demeure: le gouvernement japonais doit reconnaître la gravité du viol et de l'esclavage de ces femmes, s'en excuser  et verser des indemnités adéquates, comme le réclame l'ONU

 

MEMORIAL 98  




Japon et Corée:  un accord limité et ambigu à propos des " Femmes de réconfort".

Rappelons d'abord que ce terme constitue un euphémisme employé au Japon à propos des victimes du système d'esclavage sexuel de masse organisé à travers l'Asie par  l'armée et la marine impériales japonaises, durant la Seconde Guerre mondiale. L'emploi de ce terme est fortement contesté par les associations de victimes coréennes et féminines qui exigent du gouvernement japonais des excuses formelles et des réparations, et préfèrent le terme clair d'esclavage sexuel. Le nombre de femmes victimes de ces viols répétés et de l'enfermement dans des maisons closes est estimé à  à  plus de  200 000 au total, en comptant les Coréennes qui fournirent le contingent forcé le plus important, les Chinoises, les Japonaises, les Philippines, les Taïwanaises, les Birmanes, les Indonésiennes, les Néerlandaises et les Australiennes.
On nous annonce donc un accord comprenant des excuses officielles du Japon et une indemnisation pour les 46 femmes coréennes survivantes. Mais ces survivantes ne demandent pas forcément de l’argent, elles veulent surtout des excuses claires et nettes du gouvernement japonais, qu'elles n'ont toujours pas reçu.
On pourrait penser que c’est aujourd’hui le cas. Le problème c’est que par le passé, il y a déjà eu des excuses japonaises, toujours plus ou moins floues, elles étaient ensuite affaiblies par les déclarations de politiciens japonais. Ceux-ci remettent en question le caractère forcé de ces viols ou même l’existence d’esclaves sexuelles : c’est ce qu’avait dit par le passé celui qui est aujourd’hui le Premier ministre du Japon et signataire de l'accord, Shinzo Abe. 
                                         manifestation de soutien aux "femmes de réconfort" à Séoul en juillet 2015

D'ailleurs l’argent que vont recevoir ces femmes ne leur sera pas versé directement par l’État japonais mais via une fondation que Séoul va créer. De l’argent versé directement constituerait une « réparation » et donc une reconnaissance officielle. Or, le Japon a encore insisté aujourd’hui : il ne s’agit pas d’une « réparation » mais d’une « aide ». 
 Kim Bok-dong, 87 ans et ex-«femme de réconfort», attend des excuses officielles du Japon


Au total cet accord à caractère diplomatique ne constitue pas une reconnaissance franche et définitive de ce qui a constitué une des facettes du fascisme japonais. On notera que l'accord est signée par une présidente sud-coréenne, Park Geun-Hye , qui cherche à récrire les livres scolaires d'histoire afin de glorifier le régime dictatorial de son père. De nombreuses mobilisations ont lieu récemment à ce sujet en Corée du Sud. De l'autre côté le premier ministre japonais Abe est connu pour sa proximité avec les milieux négationnistes ,qui dans son pays nient les crimes de guerre commis à l'encontre des populations de la région. Il met en cause  la repentance. Il a d'ailleurs déclaré  plusieurs fois que les femmes contraintes à se prostituer pour l'armée impériale au cours de la seconde guerre mondiale "n'avaient pas été victimes de coercition" comme nous l'avions relevé dès 2007.
Le combat héroïque des survivantes et de ceux qui  se mobilisent à leurs côtés se poursuit afin d'obtenir une reconnaissance pleine et complète et une réparation des crimes commis à leur encontre. Nous leur rendons hommage et leur apportons notre soutien, contre l'impunité et le négationnisme.

MEMORIAL 98 

Mise à jour spéciale du 27 décembre 2017 ( voir aussi les autres mises à jour )

                                 Protestation en solidarité avec les femmes de réconfort

 

C’est une victoire de la mobilisation des femmes et associations de Corée. Le gouvernement revient sur l’accord honteux conclu avec le Japon, il y a deux ans jour pour jour. Il a pointé le 27 décembre les lacunes de l'accord conclu en 2015 avec Tokyo sur les "femmes de réconfort", les esclaves sexuelles de l'armée impériale nippone.

En décembre 2015, la Corée du Sud et le Japon avaient conclu un accord "définitif et irréversible" aux termes duquel le Japon offrait ses "excuses sincères" et versait 7,5 millions d'euros de dédommagements à une fondation afin d'aider les "femmes de réconfort" sud-coréennes toujours en vie (voir ci-dessous). 
Mais cet accord, conclu par le gouvernement conservateur de l'ex-présidente Park Geun-Hye depuis destituée suite à d’importantes manifestations, avait été critiqué par l'opinion sud-coréenne.  L'actuel président de centre-gauche Moon Jae-In s'était engagé lors de sa campagne électorale  à le réévaluer. 
L'équipe spéciale chargée de l'étudier a conclu mercredi que l'accord avait été précipité. 
"L'accord a été finalisé (...) sans prendre suffisamment en compte l'opinion des victimes dans le processus de négociations", peut-on lire dans le rapport de cette équipe. 
La ministre sud-coréenne des Affaires étrangères, Kang Kyung-wha, a présenté ses excuses au sujet de cet accord, le jugeant "blessant" pour les victimes car  il ne "reflétait pas" leur opinion (voir ci-dessous sur le rejet de cet accord)
La ministre a ajouté que Séoul "prendrait en compte les éventuelles conséquences sur les relations avec le Japon en déterminant avec prudence sa position", mais elle n'a pas dit que son pays allait sortir de cet accord. 
Le Japon a exhorté la Corée du Sud à respecter l'accord de 2015. 
"La position japonaise demeure inchangée, et nous demandons que le gouvernement sud-coréen respecte l'accord", a déclaré à l'AFP le ministère japonais des Affaires étrangères. 
Ce négationnisme maintenu des autorités japonaises  sur les crimes sexuels de l'armée se traduit également dans la difficulté des femmes japonaises à faire reconnaître des viols à leur encontre. L'affaire de la journaliste Shiori Ito est révélatrice: elle se bat pour la reconnaissance du viol dont elle a été victime de la part d'un proche du Premier ministre. Elle alerte sur la complaisance des autorités et de la police à l'égard de ces crimes. L'impunité représente un encouragement à commettre de nouvelles violences.


Mise à jour du 14 juillet 2017
 
Le 5 juillet, la Corée du Sud a rendu publique une vidéo qui pourrait être la première montrant celles que l’on a longtemps appelées par euphémisme « les femmes de réconfort » . Seules des photographies de cet épisode étaient connues jusqu’à aujourd’hui. L’extrait vidéo, qui aurait été tourné par un soldat américain en 1944, a été découvert par des universitaires coréens après deux ans de recherche dans les archives américaines.


Actualisation du 8 janvier 2017


Un moine bouddhiste sud-coréen s'est immolé par le feu afin de protester contre les agissements de la président coréenne; il a qualifié Mme Park de «traître» pour avoir conclu en 2015 un accord avec le Japon en 2015 sur les «femmes de réconfort» (voir ci-dessous)
Nombre de Sud-Coréens voient dans cette question le symbole des abus et violences commis par le Japon durant sa domination coloniale, de 1910 à 1945. Ceux qui sont hostiles à l'accord estiment qu'il ne va pas assez loin et que Tokyo n'assume pas suffisamment ses responsabilités.


Actualisation du 6 janvier 2017 
Nouvelle provocation du gouvernement japonais contre la mémoire des "femmes de réconfort"

Quelques jours après la cérémonie avec Obama à Pearl Harbor, organisées pour les victimes de l’attaque surprise japonaise en 1941, le Premier ministre Shinzo Abe provoque un incident diplomatique en rappelant son ambassadeur en Corée. Il manifeste ainsi son mépris du sort des "femmes de réconfort" . 
Abe prend pour prétexte qu’une statue à la mémoire des esclaves sexuelles de l’armée impériale japonaise a été réinstallée devant le consulat japonais de Busan en Corée du Sud.

Cette réinstallation de la statue est une protestation coréenne qui s’explique par la visite récente de la ministre japonaise de la Défense Tomomi Inada au sanctuaire de Yasukuni à Tokyo où sont honorés, parmi les morts, des criminels de guerre japonais.
Cette ministre, connue pour son négationnisme à l'égard des responsabilités de son pays  et protégée de Shinzo Abe, s’était rendue à Yasukuni à son retour de la cérémonie Pearl Harbour, montrant ainsi que cette cérémonie représentait une démarche formelle et hypocrite.
Le gouvernement Abe estime que la page de la mémoire des crimes de guerre japonais  est  tournée et ne comprend pas pourquoi une nouvelle statue a été érigée à Busan.
Mais comme nous l'avons expliqué, l’accord signée avec la Corée avait été mal perçu par les survivantes, qui n’avaient pas apprécié que le Japon parle, au sujet de la somme, versée d’ « aide » et non de « réparation ». Et la visite de la ministre japonaise de la Défense au sanctuaire Yazukuni a décidé  le gouvernement coréen à autoriser la statue de Busan, qu'elle avait d'abord fait enlever, dans le contexte de la destitution de la présidente corrompue Park Geun-hye .
Ainsi il ne s'agit donc pas de "bisbilles diplomatiques" ainsi que l'explique la presse française, mais bien d'une exigence fondamentale de justice des femmes victimes de tortures terribles dans le cadre de la 2e guerre mondiale. 
Nous renouvelons notre soutien à leur combat.

MEMORIAL 98
 



Mises à jour et actualisations


Actualisation du 9 décembre 2016

Lors des immenses manifestations réclamant le départ de Park Geun-hye, l'accord humiliant signé par cette dernière avec le Japon a été mis en cause.
La déchéance votée par le Parlement contre la présidente va donc conduire à rouvrir ce dossier et, espérons-le, à imposer les revendications des "femmes de réconfort " et de ceux qui les soutiennent.

Memorial 98 



Actualisation 27 mai 2016:

A l'occasion de la visite de Barack Obama à Hiroshima:
Le bombardement nucléaire qui a frappé cette ville ainsi que Nagasaki a été une horreur et des excuses seraient bienvenues. De même que des excuses du gouvernement japonais à l'égard des atrocités commises contre les "femmes de réconfort" 

Memorial 98




Actualisation du 30 décembre:
Plusieurs centaines de personnes ont manifesté ce mercredi 30 décembre devant l'ambassade du Japon à Séoul. Elles comptaient dénoncer l'accord conclu entre les gouvernements coréen et japonais et qu'elles considèrent "humiliant".
Parmi les manifestants figuraient plusieurs de ces Sud-Coréennes qui furent les esclaves sexuelles de l'armée impériale  pendant la Seconde Guerre mondiale et qui ont promis de continuer à se battre pour obtenir justice.
L'accord a outré nombre de ces "femmes de réconfort" notamment parce que le Japon n'a pas endossé la responsabilité officielle des atrocités commises par son armée. Tokyo a présenté en outre le versement d'un milliard de yens comme une "aide", et non comme une" réparation formelle"  formelle.

 reconfort-1-1280



"Le combat continue", a déclaré Lee Yong-Soo, victime et combattante dont nous avions salué la lutte dès 2007, lors de la manifestation en face de l'ambassade du Japon à Séoul, qui est le théâtre depuis des années de rassemblements hebdomadaires sur ce thème. "Nous continuerons de nous battre pour que le Japon endosse la responsabilité juridique afin de rendre justice aux victimes déjà décédées", a ajouté Mme Lee, 88 ans.
Le rassemblement de mercredi a débuté par un hommage très solennel aux neuf "femmes de réconfort" décédées cette année, avant que les manifestants ne scandent des slogans hostiles au Premier ministre japonais Shinzo Abe. Certains brandissaient des pancartes dénonçant l'engagement pris par Séoul de déplacer la statue symbolisant le combat des "femmes de réconfort" et installée juste en face de l'ambassade. Selon un récent sondage, 66% des Sud-Coréens étaient hostiles au déplacement de la statue qui symbolise ce combat.
reconfort-2-1280