mardi 28 novembre 2017

Sauvons les Rohingya de Birmanie: halte à l'épuration ethnique.







Mise à jour du 27 juin 2018 ( voir d'autres mises à jour à la suite de l'article):

C'est la haute hiérarchie de l'armée et de la police qui ont décidé et planifié la répression violente et l'épuration ethnique contre les Rohingyas. C'est ce montrent des rapports très documentés de Amnesty international et de l'Union européenne
 

MEMORIAL 98 



Mise à jour du 19 mai 2018
 L'horreur des viols de guerre


Neuf mois après le début de la grande campagne de l'armée birmane contre les Rohingyas, qui a provoqué l'exode massif au Bangladesh voisin, les camps de réfugiés se préparent avec anxiété aux naissances d'enfants issus de viols de soldats.
Dans ces cités de tentes, soignants et volontaires rohingyas sont lancés dans une course contre la montre pour trouver les femmes cachant leur grossesse, par honte de l'opprobre. Ce phénomène est très habituel dans les suites des viols de guerre et il est d'ailleurs voulu par les bourreaux.
Les travailleurs sociaux craignent des abandons de nouveaux-nés et la mort de femmes en couches dans le secret du plus grand camp de réfugiés du monde.
C'est un motif  supplémentaire pour défendre les populations Rohyngias et  condamner leurs bourreaux. 

MEMORIAL 98


 Lors de la visite du pape François en Birmanie, le chef local de l’Église catholique lui a demandé de ne pas utiliser le terme Rohingya, afin de ne pas déplaire aux autorités birmanes. Les chefs de l’armée et les extrémistes rejettent en effet cette dénomination, car elle représente à leurs yeux une reconnaissance de l’existence de cette minorité nationale. Ils ne veulent reconnaître aucun droit collectif à cette population et la rangent dans la catégorie des "étrangers et apatrides", migrants musulmans tout juste arrivés du Bangladesh voisin.

On connaît ce type de mise à l’écart. Lors de nombreux crimes contre l’humanité et génocides, les populations de victimes  ont été d’abord été discriminées, stigmatisées, dépouillées de leurs droits. Elles ont ensuite  été désignées comme étrangères,  ennemies, regroupées marquées et « étiquetées » sous différentes formes.

Quelques jours après le verdict du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie qui a condamné le général Mladic à la prison à perpétuité pour génocide (Srebrenica) et crimes de guerre et crimes contre l’humanité (notamment lors du siège de Sarajevo) la mise en œuvre d’une « épuration ethnique » des Rohingya est évidemment niée par ceux-là même qui la mettent en œuvre.  

Ainsi le chef de l'armée birmane, Min Aung Hlaing, accusé de diriger la campagne de "nettoyage ethnique" envers les Rohingya, a-t-il déclaré au pape, selon un message sur Facebook diffusé par ses services : 
"La Birmanie n'exerce aucune discrimination religieuse" et "De même, notre armée (...) agit pour la paix et la stabilité du pays".
 ˝Mettez fin au nettoyage ethnique des Rohingya˝.


Une photo accompagne ce message d'Amnesty International. Des hommes, des femmes, des enfants, dépenaillés, des regards apeurés. Une femme piétine, un bébé dans les bras. Les hommes portent sur leurs épaules des ustensiles dérisoires et pourtant indispensables. C'est la saison des moussons. Épuisés, ils errent dans la boue.

Minorité persécutée, peuple oublié, épuration ethnique, recherche des mots pour le dire et pour évoquer cette minorité que sont les Rohingya, population musulmane du nord de la province birmane d'Arakan, située à la frontière du Bangladesh. Plus de 600 000 d'entre eux ont été contraints de fuir dans ce dernier. L'armée a mené une campagne d’assassinats, de viols collectifs, d'incendies, afin de les terroriser. 

Qui sont les Rohingya ?
Le terme même de Rohingya est contesté et son utilisation politiquement connotée. Pourtant, dès 1798, un géographe et botaniste écossais, Francis Buchanan-Hamilton écrivait à propos des langues parlées en Birmanie : ˝un peuple nommé Rooinga vit dans le Nord de l'Arakan”. Le mot signifie “'habitant du Rohang”, nom donné anciennement à l'Arakan par les musulmans de ces régions. Cette dénomination a été abandonnée, puis reprise en 1970, par des activistes ˝Rohingya˝. Ces derniers désirent forger une identité singulière et contrer le terme de˝ Bengali”  expression que les Birmans utilisent comme une injure à leur égard.  

Rohingya signifie ˝habitant de l'Arakan˝ dans la langue indo-européenne qui est celle de ce peuple. Les premiers Rohingya sont les descendants lointains de commerçants bengalis. Leur présence en Arakan est antérieure au VIIIe siècle. 
Ils ont été, au cours des siècles, mêlés aux populations de la région:  arabes, mongols, turcs, bengalis voire portugais. Ils se sont convertis, tardivement, à l'Islam, au XVème siècle, par l'intermédiaire des Routes de la soie. À l'époque la région était un État vassal du Bengale.

Une discrimination incessante

Au XVIII siècle, les Rohingya sont victimes de nombreuses attaques de la part des soldats birmans. Vingt mille personnes sont emmenées comme esclaves ou brûlées vives. Ceci explique le soulagement avec laquelle les Rohingya ont accueilli l'occupation britannique en 1826 pendant laquelle ils retrouvèrent une certaine liberté culturelle et même politique.

Les guerres anglo-birmanes (1824-1826,1852 et 1885) ont opposé la Birmanie aux forces britanniques établies en Inde voisine. Les Rohingya servent alors de supplétifs dans l'armée britannique. Ils sont alors considérés comme des traîtres par les indépendantistes birmans.
Durant la 2e guerre mondiale ils subissent les massacres de l'armée japonaise  avec des centaines de morts en 1942, provoquant déjà la fuite vers l'Inde de 22000 habitants.

Après la Seconde guerre mondiale, par peur de se faire persécuter, ils soutiennent de nouveau les Anglais face aux Birmans.

Indépendance de la Birmanie en 1948

En 1948, la Birmanie acquiert  son indépendance et les Rohingya retrouvent pendant quelques années  une légitimité en tant que minorité nationale, au sein de ce pays qui compte de très nombreuses nationalités

En 1962, lors de l'arrivée au pouvoir du dictateur général, Ne Win, les Rohingya sont plus de nouveau rejetés et persécutés. Pendant toute cette période les autorités chinoises soutiennent fortement le régime militaire.
  
De 1962 à 2012 la succession de juntes militaires entraîne une politique de ˝birmanisation." nationaliste.

Ainsi les Bamars, membres de “l'ethnie” dominante bouddhiste, ne les reconnaissent pas en tant que minorité nationale mais uniquement en tant que pratiquant de la religion musulmane. Ils les considèrent comme des intrus, des immigrés, des étrangers.
C’est cette notion d’ ˝immigrés˝ qui n'a de cesse de revenir comme un fléau, tout au long de l’histoire des Rohyngia.

Une population apatride

En 1982, une loi adoptée par la junte militaire de l'époque a décidé d'octroyer la citoyenneté birmane exclusivement aux populations présentes sur le territoire avant 1823, date de l'arrivée des colons britanniques. Les Rohingya sont ainsi exclus de la liste officielle recensant les 135 minorités nationales et sont privés des droits les plus élémentaires. Leurs déplacements sont étroitement contrôlés, leurs terres confisquées, leur droit à fonder des familles mis en cause. Ils sont soumis à toutes sortes de brimades de la part d'une administration qui les méprise
On estime cette population à un million. 
C'est un chiffre approximatif, car ils ne sont pas recensés, preuve qu'on ne les considère pas comme appartenant à la population ni même existant en tant qu'êtres humains.
Pas de nationalité, pas de recensement, persécutions,  tel est le destin de cette population depuis soixante dix ans.

Un peuple persécuté

Les Rohingya, considérés comme des migrants illégaux venus du Bengladesh, vont subir des persécutions sans précédent

Au mois d'octobre 2015, le gouvernement birman organise des élections législatives, en dépit des violences et des milliers de Rohingya déplacés dans des camps. Les musulmans Rohingya sont privés de liberté de mouvement, d'éducation, de soins et donc de vote. Ils sont déjà au moins cent vingt mille entassés dans de sordides camps de tôles et de bâches aux portes de Sittwe, la capitale de l'État de Rakhine (Arakan).

Face à ces violences, s'est constituée ˝l'Armée du salut des Rohingya de l'Arakan˝ (Arsa)
Le 25 août 2017, plusieurs centaines de ses hommes ont attaqué des postes de police, ce qui a provoqué une répression sanglante par l'armée birmane. 600000 femmes, hommes et enfants ont fui vers le Bangladesh. Ils y vivent parqués dans des campements insalubres.
Des villages sont brûlés en représailles. ˝Partez !" vous avez une minute pour quitter le village ! "Partez où vous allez tous mourir˝. Ce sont les ordres donnés par l'armée birmane à ceux qui ont la chance d'avoir entendu cet avertissement et qui ont pu quitter la Birmanie. Les exécutions,  viols et incendies sont pratique courante comme le montrent notamment les rapports des ONG et de l’ONU.
Pieds nus, sans bagages, les Rohingya fuient vers les pays voisins où ils sont cloîtrés depuis dans des conditions inhumaines.

La dame de Rangoon

Depuis l'automne 2015, suite au scrutin législatif, la “Ligue Nationale pour la Démocratie˝ (LND) le parti d'Aung San Suu Kyi a remporté une large victoire. Elle est l'icône de la résistance à l'oppression de la junte. Trente ans de lutte. Vingt ans en résidence surveillée. Prix Nobel de la paix en 1991.
Pourtant depuis ce 25 août, par son silence, elle a semblé soutenir l'armée. Certains l'excusent en prétendant que sa marge de manœuvre est fragile. Elle doit composer avec les militaires qui conservent 25% de sièges du Parlement et des postes clés comme le ministère de la défense. Ils disposent ainsi d’un grand pouvoir de décision.
Mille morts et quatre vingt mille déplacés. La communauté internationale, elle, estime qu'il y a crime contre l'humanité. Aung San Suu Kyi se tait et n'entreprend aucune action pour défendre les Rohingya. Elle sacrifierait leur sort pour préserver la fragile démocratie.
Onze prix Nobel ont fait part de leurs inquiétudes. La jeune prix Nobel de la paix en 2014, Malala Yousafzai critique son homologue, la dirigeante birmane, pour sa gestion du drame de la minorité des musulmans Rohingya en Birmanie, prenant la tête des protestations internationales.
˝Chaque fois que je regarde les informations, j'ai le cœur brisé face aux souffrances des musulmans Rohingya de Birmanie", écrit la jeune Pakistanaise sur son compte Twitter, suivie par près de 850.000 personnes. "Ces dernières années, je n'ai cessé de condamner le traitement honteux dont ils font l'objet »





Les paroles et les actes
Depuis le début de la crise et surtout depuis l’alerte lancée par les ONG et les médias internationaux, l’ONU, le pape, les gouvernements multiplient les prises de position. Mais cela ne débouche pour l’instant sur aucune mesure concrète. Or l’ONU a prouvé à maintes reprises son manque d’engagement pratique afin d’imposer le sauvetage et la mise à l’abri des populations menacées. Les exemples en sont malheureusement nombreux, de la Syrie à la Bosnie et du Rwanda au Sri-Lanka.
De même, peut-on croire à des accords de rapatriement de centaines de milliers de réfugiés du Bangladesh vers la Birmanie, alors que leurs droits élémentaires voire leur existence même n'y sont toujours pas reconnus?   
C’est donc par la mobilisation des opinions publiques et le soutien aux actions d’ONG telles Amnesty International et Human Rights Watch que nous pouvons agir afin d’empêcher l’épuration ethnique des Rohingya. Le cortège de massacres et de viols qui accompagne cette épuration nécessite l’urgence. 

Ne laissons se produire de nouveaux crimes contre l'humanité !
MEMORIAL 98
 EL et AH

˝Birmanie, le pouvoir des moines."
Un documentaire sur la chaîne Public Sénat, diffusé le 7 octobre 2017.

La Birmanie compte un taux très élevé cinq cent mille moines bouddhistes pour 50 millions d’habitants . En principe, ils ne s'occupent pas de politique mais sont chargés de promulguer la religion bouddhiste. Soit de manière éducative, soir de manière prosélyte et autoritaire.
Il existe des groupes bouddhistes plus radicaux qui mènent ouvertement campagne contre la communauté musulmane des Rohingya. En réalité le nationalisme bouddhiste occupe une place centrale dans la vie politique en Birmanie. Les réseaux sociaux sont un excellent conducteur de haine. L’objectif que se fixent tous les moines bouddhistes radicaux de Birmanie est de supprimer la communauté musulmane de l'Arakan c’est à dire la population Rohyngia.

Deux groupes sont particulièrement actifs:
˝Union des moines bouddhistes patriotiques˝
Uthu-sai- Tha fondateur de l'Union des moines bouddhistes patriotiques en est le secrétaire.
 Selon eux il s'agit d'empêcher les musulmans d'envahir le territoire birman et de venir dominer la religion bouddhiste. Ces moines estiment leur religion et leur culture menacée. Ils craignent de perdre de perdre l'identité birmane. Ce groupuscule d'à peine cent militants joue un rôle important dans le nationalisme birman. Ils mènent des actions spectaculaires et médiatiques. La foule entonne leurs slogans avec ferveur lors de meeting ou de manifestations dans les rues.
 Un seul combat : les empêcher de prendre l'Arakan pour en faire un état musulman et l'étendre à tout le pays. Ces groupuscules cultivent la peur du ˝migrant˝ et les sentiments anti musulmans, déjà profondément ancré dans les mentalités. Cette notion n'a de cesse de revenir à la surface comme une ˝tare˝.
Le gouvernement de Aung San Suu Kyi a suggéré un compromis entre Rohingya et birman, Le gouvernement birman, a considéré qu'il s'agissait d'un affront. Aung San Suu Kyi est accusée de vouloir un gouvernement musulman.
En 2015, généraux et groupuscules nationalistes ont crée une loi pour la protection de la race et de la religion.
Plus encore que la religion et la culture, le racisme est revendiqué haut et fort par des groupes extrémistes autour de l'identité nationale. C'est une victoire politique des moines les plus radicaux

Le Ma Da Tha ˝Pas de métèques au gouvernement˝.
C'est le groupe nationaliste le plus influent, protégé par les militaires. Populisme et discours antimusulmans triomphent. Ces derniers sont ainsi désignés : ˝ Ceux qui ont les dents longues, de la barbe, des grands yeux, la peau sombre…  Ils pillent nos ressources,  boivent notre eau, harcèlent  nos enfants. » Ces slogans ont un impact fort dans les zones rurales.  

Mise à jour du 6 mars 2018:
Six mois après le début d'une vaste campagne de répression, l'armée birmane poursuit ses exactions dans les zones rohingya: assassinats, viols systématiques, destruction de la nourriture. Il s'agit toujours de terroriser la population et de la pousser à fuir au Bangladesh. L'accord signé par le gouvernement  birman et qui devait prétendument organiser le retour des Rohingyas dans leurs villages se révèle être un leurre sanglant.
La population rohingya a plus que jamais besoin de notre soutien; faisons connaître leur sort.

MEMORIAL 98



Mise à jour du 14 décembre 2017:
 

L’organisation Médecins sans frontières est la première à publier une évaluation du nombre de victimes de la répression subie par les Rohingya en Birmanie. Selon l’ONG, la mortalité au sein de cette minorité a subi un pic brutal dans les semaines qui ont suivi l’attaque, le 25 août, par l’Armée du salut des Rohingya d’Arakan de plusieurs postes de police. Cette attaque a donné le prétexte à une vague de violences venant de l'armée. MSF estime qu’au moins 6700 civils Rohingya, dont 730 enfants de moins de 5 ans, ont été tués dans le mois qui a suivi ces événements.

Cette évaluation, volontairement modérée, se base sur une étude de mortalité réalisée auprès de 2 434 foyers, représentant 11 426 individus parvenus dans les camps de réfugiés de l’autre côté de la frontière, au Bangladesh. « Notre chiffre est clairement sous-estimé car il n’inclut pas les ménages totalement exterminés ni les populations restées au Myanmar [nom officiel de la Birmanie]. Nous n’avons pu interviewer que les survivants qui sont parvenus jusqu’aux camps », dit le docteur  Grellety, qui a travaillé sur le terrain.

MSF souligne que la méthodologie est particulièrement prudente afin d’être indéniable. 
"Nos conclusions permettent de décrire la situation de manière objective, on peut parler de nettoyage ethnique. »
Parmi ces morts violentes, 69,4 % des individus ont été abattus à l’arme à feu et 8,8 % ont été brûlés vifs (14,8 % pour les enfants de moins de 5 ans), la plupart du temps dans leurs maisons. 5 % ont été battus à mort et 2,6 % sont décédés du fait de violences sexuelles, d’autres encore ont marché sur des mines antipersonnel.
Plus de 646 000 personnes ont franchi la frontière depuis août. Il ne reste qu’un tiers de la population Rohingya dans l’État de Rakhine, dont beaucoup sont dans des camps de déplacés depuis de précédentes vagues de violence. Comme d’autres ONG, MSF demande un accès sans restriction à la zone, le nord de l’État, mais les autorités acceptent uniquement de travailler avec la Croix Rouge birmane.

Nous appelons à nouveau à soutenir la population Rohingya et le combat des ONG.


MEMORIAL 98












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