lundi 20 février 2017

Olivier Sauton : Dieudonné et lui, prochain "spectacle " à venir ?

Sur l'autobiographie qu'il expose sur son site, Olivier Sauton , interprète de la "pièce à succès" "Luchini et moi" est très bavard sur certains de ses  mentors, Fabrice Luchini ou Jean-Claude Brialy. Très bavard aussi sur les théâtres et les scènes où il a joué. 

Manque pourtant l'une d'entre elles, le théâtre de la Main d'Or, et un de ses mentors, celui qui sans doute a le plus fait pour lui, Dieudonné. 

Du coup, c'est toute une partie de sa carrière qu'Olivier Sauton passe aux oubliettes. Son rôle dans "l'Antisémite", où il côtoyait Alain Soral et Robert Faurisson : un "film" en forme de pamphlet négationniste, homophobe et raciste. Il écarte aussi "Métastases",  autre morceau de bravoure du 7ème art fasciste, où il incarne la victime du complot des médecins qui profitent ignominieusement de son cancer . Olivier Sauton zappe également le temps où Dieudonné l'accueillait pour son one-man show " Au pays de Sushi", qui fera certaines soirées de la Main d'Or, entre deux meetings d'extrême-droite avec toute la mouvance antisémite et raciste française. 

Quelques années plus tard, Olivier Sauton est donc devenu une des étoiles montantes du théâtre français, par le biais d'une pièce " Luchini et moi", jouée au Théâtre de la Bruyère dont la promotion est assurée jusque sur BFM TV, mais qui a aussi bénéficié de critiques élogieuses du Monde et de Télérama, et le prix du public du Off à Avignon. 

Et alors diront les "larges d'esprit" ? Pourquoi pas, pourquoi stigmatiser le compagnon de route d'un antisémite notoire, un acteur qui a joué dans des films d'extrême-droite et après ? Après tout Marine Le Pen est donnée en tête de la présidentielle, va-t-on continuer à stigmatiser l'art fasciste quand il sera demain peut-être bien financé par le Ministère de la Culture ?

Et alors, diront les défenseurs de la "liberté d'expression" et des pauvres racistes "persécutés" ? Olivier Sauton doit-il porter le poids de ses péchés passés ?

Et alors diront les amoureux de l'art dégagé de toute contingence politique, de quoi nous mêlons-nous, le public n'est-il pas assez grand pour juger ? 

Soit, encore faudrait-il qu'on l'informe , le fameux public. Or, très étrangement, Olivier Sauton n'est pas le seul à éluder son passé, au moins sur son site officiel. C'est le cas de tous les articles, de tous les sujets qui lui sont consacrés pour sa nouvelle pièce. Du Monde à Télérama en passant par BFM, on évoque bien son parcours, son admiration pour Jean-Claude Brialy, le cours de théâtre qu'il a suivi, ses apparitions dans des Festivals mais absolument rien sur sa période dieudonniste . 

Il serait bien difficile pourtant de l'ignorer, pour les journalistes qui font les rubriques culture: sa filmographie sur Allociné propose bien "Métastases", et il suffit de taper "Au pays de Sushi" son premier one man show sur Google pour tomber sur un lien datant de l'époque où il l'a joué à la Main d'Or, avant de le reprendre aux Blancs Manteaux, théâtre dont la direction ne pouvait rien ignorer de la scène précédente où jouait Sauton. 

Bref, tout le monde sait, mais personne ne dit rien. Un silence éloquent, celui de la gêne devant l'antisémitisme et le négationnisme , un détail qui n'empêche pas Sauton d'être salué par une partie du  monde de la culture, mais un détail que ce même monde n'a pas envie d'assumer ouvertement. Ce qu'on ne dit pas ne se voit pas, et personne ou presque ne verra donc le gros coup de Tippex appliqué sur la biographie d'Olivier Sauton dans les articles de presse. 

Tout le monde n'a pas la chance d'Olivier Sauton, chez les soutiens de Dieudonné: pensons à tous ces inconnus, ces moins que rien pas du tout artistes qui à l'époque où Sauton déblatérait des saloperies antisémites dans les films de Dieudonné, se sont retrouvés eux au tribunal pour avoir défendu le fasciste, et reproduit son salut fasciste, la trop fameuse quenelle. Il ne s'agit pas de plaindre des soutiens de l'extrême-droite, mais juste de mesurer une nouvelle fois le traitement social différencié entre le jeune fasciste de banlieue , surtout issu de l'immigration , qui bien souvent n'avait même jamais rencontré Dieudonné, et le comédien qui fut l'un de ses proches, de ses élèves et de ses obligés. 

Lui, n'est même pas sommé de s'expliquer, sans parler  d'excuses. Non pas que l'homme n'assume pas lorsqu’une blogueuse, une seule,  l'interroge sur ce sujet. Certes il affirme que l'engagement de Dieudonné n'était pas le sien, qu'il est "apolitique", mais dans le même temps il affirme que Dieudonné a été sa grande inspiration. Que le politicien fasciste est "réellement sympathique", "tellement drôle", "l'un des meilleurs". 
Que lui reproche-t-il alors, aujourd'hui ? De s'être engagé avec "Alain Soral". Pirouette éculée de tous les antisémites prétendûment repentis qui mettent sur le dos de Soral, ce qui a toujours été aussi assumé par Dieudonné, qui n'a eu besoin de personne pour construire ce qu'il appelle des spectacles, mais qui ne sont qu'un alignement d'ordureries racistes, antisémites et homophobes. Et la pirouette est particulièrement grotesque dans le cas d'Olivier Sauton: celui-ci n'avait en effet pas les grandes préventions qu'il affiche contre les "politiques" lorsqu'il jouait dans "l'Antisémite", avec Soral et Faurisson. 

Mais enfin, plus c'est gros plus ça passe. Et au fond, Olivier Sauton, en rendant hommage à Luchini, lui même grand admirateur de l'antisémite Céline,  ne fait que boucler la boucle d'une histoire française sans fin. 

Celle du vieil antisémitisme qu'on tolère fort bien dans tous les milieux sociaux, quitte à mettre entre parenthèses les saillies un peu trop vives de nos "grands artistes". Puisque Bagatelle pour un Massacre n'a pas empêché Céline d'avoir sa Pléiade, pourquoi l'Antisémite devrait-il priver Sauton des pages de Télérama et d'un prix à Avignon. 

On est indulgent et raisonnable dans ce pays, et si l'on a un peu de mauvaise conscience, il suffira de pointer du doigt le "nouvel antisémitisme", celui qui est porté par des jeunes certes pas du tout de chez nous, pas du tout influencés par notre belle culture.

Ce n'est pas comme si ces jeunes là n'avaient pas été des fans de Dieudonné, des assidus de ses vidéos, baignés depuis quinze ans dans la propagande sordide de cette mouvance, dont Sauton fut l'un des acteurs, dans tous les sens du terme. Non, non, ça vient d'ailleurs l'antisémitisme, surtout pas d'Avignon .
Ou de chez Ruquier, chez qui Sauton , un jour proche sans doute sera interviewé par Yann Moix, qui lui aussi a été le compagnon de route des antisémites, mais de manière apolitique , parce qu'il étaient "sympathiques", sûrement. N'en faisons pas tout une Histoire. 
Seuls les antifascistes obsessionnels verront dans la première phrase du spectacle " Luchini et moi" « Il était une fois une histoire vraie qui n'a jamais existé.", un petit salut à ses amis Dieudonné et Faurisson. Chez eux , ça s'appelle une quenelle.

Mise à jour du 25 février 2017:

Suite à la reprise de nos informations par le site Conspiracy Watch, Olivier Sauton s'est senti contraint de réagir dans une réponse reproduite sur ce site

Nous y apprenons donc que nous serions "des FFI (résistants des Forces Françaises de l'Intérieur) de la dernière heure". Évidemment, il ne nous viendrait pas à l'idée de nous comparer avec les Résistants, mais nous notons tout de même que Monsieur Sauton s'identifie spontanément au camp adverse, celui des fascistes et des collaborateurs. Rappelons que notre collectif se consacre à la lutte contre tous les racismes depuis 1998 et que nous combattons Dieudonné et sa mouvance depuis qu'elle sévit, et que les premières déclarations objectivement antisémites de Dieudonné datent du tout début des années 2000 . 

Nous n'avons donc pas attendu la dernière heure, ce qui évidemment, nous amène à dénoncer, celles et ceux qui ont travaillé avec lui jusqu'à une date très récente et prétendent désormais que c'était "apolitique". Pour le reste, la déclaration de Sauton est typique chez les dieudonnistes, il dit : " C'est une erreur de croire que tous ses suiveurs, ses admirateurs sont de méchants négationnistes. La plupart sont avant tout de grands fans de l'humour dieudonnesque. C'est toute l'éternelle contradiction entre l'œuvre et l'homme. »".

L'humour "dieudonnesque", ce sont les chansons négationnistes, les mises en scène où Dieudonné abat des journalistes désignés comme Juifs, ce sont des films où Robert Faurisson joue son propre rôle, et des sorties homophobes, racistes et antisémites qui font des spectacles entiers.

 L'humour d'Olivier Sauton, ce sont ces tweets abjects qui ressortent suite à notre article :




Il y a évidemment des grasses plaisanteries d' "humour" fasciste comme il y a des œuvres d’écrivains  fascistes. Et ceux qui apprécient ou participent le reprennent à leur compte, et deviennent  ainsi des militantEs comme les autres. En le niant, tout en portant aux nues l'humour de Dieudonné, Olivier Sauton démontre au fond mieux encore que nous ne l'avons fait qu'il n'a pas changé.

Les antiracistes conséquents n'ont pas non plus de raison de changer, surtout lorsque l'excuse de l'humour devient la règle générale pour justifier son racisme et son antisémitisme. Dieudonné "plaisante", Mehdi Meklat "plaisantait", lorsqu'il postait des tweets violemment antisémites et homophobes sous pseudo, avant d'entamer une carrière réussie comme écrivain et chroniqueur. Bref, ne faisons pas d'histoires, tout le monde s'amuse ? Pas les victimes d'antisémitisme, en tout cas, qu'on assassine et qu'on tabasse dans la France contemporaine.
Merci à celles et ceux qui ont relayé notre article, et qui  auront contribué à rétablir les faits, et à dénoncer le silence complice qui règne malheureusement très souvent dans ce domaine.


Ces remerciements ne s'adressent pas au site raciste JSS News, qui a manifestement autant de problèmes de mémoire que Olivier Sauton. Nous avions en effet choisi de ne pas réagir à l'attaque lancée contre Memorial 98 par ce même site le 1er novembre 2016, suite à  un de nos articles sur le dessinateur d'extrême-droite Marsault. Nous avons alors estimé que le degré de bassesse des insultes  proférées notamment contre le fondateur de notre association, Albert Herszkowicz,  n'appelait rien d'autre que le mépris le plus profond. 
Mais il y a décidément des gouffres dont on n'atteint jamais le fond, dans certaines mouvances politiques: voilà qu'aujourd'hui, JSS News nous cite en une de leur article, comme si de rien n'était. Nous voilà donc contraints de rappeler que nous combattons tous les racismes et que nous n'avons rien à voir avec aucun d'entre eux, alors qu'ils ont tout en commun. 

MEMORIAL 98




vendredi 10 février 2017

Yann Moix , le charme inattendu de la Corée du Nord, et la racaille qui n'est pas celle qu'on croit

Mise à jour 30 août 2019: les informations de ce dossier de Février 2017 sont éclairées par les révélations concernant les écrits et dessins antisémites de Yann Moix dans la revue qu'il dirigeait; voir ici notre nouveau dossier 
 Memorial 98

« Entre une baston de caillera à Paris et une journée à Pyonyang paisible, je préfère la journée de Pyonyang paisible. La Corée du Nord c'est pas noir tout le temps. »

Yann Moix France Inter, 9 février 2017

Mardi 7 février 2017, Nagui recevait dans son émission « La Bande originale » sur France Inter, l'écrivain, essayiste, chroniqueur, filmographe Yann Moix.

L'occasion de se demander comment « on » définit un fasciste. Normalement une personne qui vante les qualités d'un des régimes dictatoriaux les pires au monde, tout en tenant un discours ouvertement raciste peut être rangé dans cette catégorie.

Mais lorsque Yann Moix déroule le « coup de gueule » dont il sera question ici (1) , une gêne s'installe. Le format de l'émission de Nagui n'est absolument pas prévu pour ce genre de propos. C'est une émission bienveillante, « Au programme : du gai savoir, des livres, des chroniques et de la bonne humeur… » . Nagui et ses chroniqueurs reçoivent des acteurs ou personnages de la culture qu'ils apprécient, taquinent les invités avec les humoristes, leur posent des questions personnelles
L'émission de Nagui est totalement politique, sans l'être : un invité pourra y tenir les propos politiques qu'il veut mais le format « léger » rend les réponses plus malaisées à ceux qui se veulent avant tout « animateurs bon enfant » .

Ainsi lorsqu'en fin d'émission, Yann Moix part dans un « coup de gueule » sur la racaille, la politesse du Nord-Coréen inculquée par un régime autoritaire mais qui n'a pas que des mauvais côtés, puis sur un mélange infâme assimilant Daech, le rap, le shit et les manifestations contre la Loi Travail, l'équipe de la bande originale ne sait plus trop quoi faire.

On notera les belles oppositions de Nagui (« Casse-toi »), les oppositions de Leila Kaddour-Boudadi (« Je peux pas vous laisser dire ça ») qui cherche à reprendre le fil de sa chronique, les tentatives aussi, moins belles, de ramener le discours inacceptable de Yann Moix à quelque chose d'acceptable (« c'est pas inintéressant mais faut faire la distinction ; faut faire attention ; faut être précis »).

Yann Moix profite de cette déstabilisation pour dérouler les outrances et les tentatives des chroniqueurs de le ramener à l'acceptable l'encouragent simplement à aller un peu plus loin, en faisant comme s'il ce qu'avait dit procédait de la logique sans mauvaise intentions.

L'explication la plus plausible sur cette tension entre l'opposition claire au discours fasciste et la tentative de le faire rentrer dans un format acceptable est que l'équipe de Nagui ne s'attendait pas à recevoir le fascisme et à ce qu'il s'exprime à l'antenne. L'équipe de Nagui attendait un chroniqueur, un collègue parmi d'autres, un « animateur » de débats lui aussi, qui passe à la télé chaque semaine.

Et c'est le cœur du problème,la banalisation du discours pro-fascistes dans tous les médias. Une banalisation qu'il est difficile à reprocher à un média en particulier. C'est toute une chaîne de réputation que le fascisme construit de bout en bout pour se rendre acceptable. Yann Moix a publié dans la Règle du Jeu, à fait « Podium » un gros film à succès, est devenu chroniqueur chez Ruquier (qui s'était pourtant excusé d'avoir permis le succès de Zemmour).

Mais il y a une autre face de Yann Moix, qu'aucun de ses employeurs ne peut ignorer. Un aspect du personnage qui va très bien avec ses discours pro-Corée du Nord et anti « racailles ». Yann Moix est un homme qui croise très souvent des membres des sphères antisémites et négationnistes les plus radicales, mais toujours malencontreusement, toujours "par hasard", toujours à l'insu de son plein gré .

Pour commencer par la fin, en avril 2016, les sites d'extrême-droite antisémite s'amusent beaucoup en rediffusant un selfie de Frédéric Châtillon avec un Yann Moix souriant. Frédéric Châtillon est un des pivots qui relie le Front National, Marine Le Pen, et les mouvances soraliennes, dieudonnistes, et néo-nazies.
Ex- dirigeant du GUD , entrepreneur florissant, pro-Assad, violemment antisémite, Châtillon est actuellement au cœur des enquêtes judiciaires qui secouent le FN.

Que fait Yann Moix avec Frédéric Châtillon ? Rien, il l'a croisé « par hasard » à Rome et le fasciste a voulu faire un selfie avec lui. Yann Moix affirme sur son compte Facebook avoir été piégé car il ne connaissait pas Châtillon.

Une explication plausible ? Pour d'autres oui, pour Yann Moix, elle pourrait sonner faux.

En effet, ce n'est pas la première rencontre « accidentelle » de Yann Moix avec l'extrême-droite la plus assumée. Une autre au moins a été médiatisée : celle de sa signature en 2010, sur une pétition en faveur de Vincent Reynouard, néo-nazi et négationniste. La pétition est initiée par Paul Eric Blanrue, figure des milieux d'extrême-droite et du royalisme depuis des dizaines d'années, hagiographe du négationniste Faurisson. L'immense majorité des signataires est issue des milieux fascistes les plus durs. Yann Moix qui s'affichait plus jeune avec Soral et l'écrivain antisémite Marc-Edouard Nabe ne peut pas ne pas avoir croisé une partie d'entre eux.

Là encore, Yann Moix affirme s'être fait piéger. Il recourt pour l'occasion à une justification parfaitement ignoble : Paul Eric Blanrue lui aurait promis la signature de Robert Badinter, et finalement ce fut Robert Faurisson. Yann Moix s'appuie sur le fait que Badinter a toujours été contre la loi pénalisant le négationnisme pour expliquer sa « méprise ».

Or, qui peut penser que Robert Badinter aurait signé avec les négationnistes et les néo-nazis qui le poursuivent de leur haine depuis des années ? Moins de trois ans avant cette pétition, en 2007, Faurisson a ainsi osé traduire Badinter en justice devant le tribunal pour « diffamation ». Pendant l'audience Badinter se retourne vers Faurisson et lui dit "Pour moi, jusqu'à la fin de mes jours, jusqu'à mon dernier souffle, je me battrai contre vous et vos semblables. Vous serez toujours des faussaires de l'histoire" .

Yann Moix qui prétend se battre contre l'antisémitisme de toutes ses forces, peut-il ignorer ces choses là ?  Étrangement, à part les journalistes de Droites Extrêmes, personne ne se posera la question.

Personne et surtout pas Laurent Ruquier qui embauche Yann Moix pour «  On n'est pas couchés » en 2015. Or juste avant le lancement de l'émission, Paul Eric Blanrue sort sur son blog un exposé de sa longue relation avec Moix. Encore une fois, celui-ci prétend n'avoir jamais entendu Blanrue parler d'antisémitisme... chose tout à fait extraordinaire à propos d'un homme qui a fait de l'antisémitisme sa profession. Yann Moix prétend avoir rompu avec Blanrue après l'affaire de la pétition, Blanrue publie des mails postérieurs de plusieurs années à la pétition de soutien à Reynouard.

A retracer tous ces "malheureux hasards" des rencontres entre Yann Moix et l'extrême-droite la plus dure, évidemment ses propos admiratifs sur la Corée du Nord, ou son envolée contre les « racailles » est moins étonnante.

Une question demeure : parmi mille chroniqueurs possibles, mille écrivains de talent, pourquoi Laurent Ruquier et d'autres choisissent ils Yann Moix, qui est pour le moins dans un rapport ambigu avec les fascistes assumés ?

La question d'ailleurs ne se pose pas que pour Yann Moix , mais pour l'ensemble des intervenants qu'on voit partout et qui suscitent ces brefs moments de « gêne » lorsqu'ils dévoilent le fond réel de leur pensée, et qui sont pourtant maintenus à l'antenne, à commencer par Eric Zemmour.

Malheureusement, la question est de fait rarement posée : ainsi personne n'aura vraiment remarqué l'envolée de Yann Moix sur la Corée du Nord et les « racailles ». Elle ne suscitera aucune protestation spécifique dans les jours suivants. Il faut dire que la semaine était déjà bien chargée  entre un sketch violemment homophobe de Canteloup dirigé contre un jeune victime d'un viol policier, et un syndicaliste justifiant le terme de "Bamboula" à l'antenne de C dans l'air.

Voilà où nous en sommes. A devoir choisir le plus choquant et le plus raciste et à n'avoir que l'embarras du choix.

MEMORIAL 98



(1) Retranscription des propos de Yann Moix, 7 février 2017, La Bande Originale France Inter.
  • Yann Moix : « bah moi je me sens bien en Corée du nord, ça relève peut être de la psychatrie mais parfois je me sens mieux en Corée du Nord qu'en France ca m'arrive, là bas ils sont carrés ils sont polis ils y'a pas d’incivilités
  • Nagui: Vous aimez la dictature alors ?
  • YM : Parfois oui j'aime bien la dictature. J'aime pas le régime nord coréen je vais pas dire ça mais
  • N: bah si vous voulez le dire dites le
  • YM : Non mais y'a en Corée du nord quelque chose dont on ne parle jamais c'est la population. Et la population nord coréenne qui est une population , qui est sous le joug, qui est endoctrinée et qui subit , donc je ne fais pas l'apologie du régime mais je dis parfois que il y a dans l’éducation coréenne et on le retrouve d'ailleurs au sud quelqque chose qui est basé uniquement sur le respect de l'autre, mais là c'est poussé à son paroxysme évidemment en Corée du nord mais euh entre une baston de caillera à Paris et une journée à Pyonyang paisible, je préfère la journée de Pyonyang paisible. La Corée du Nord c'est pas noir tout le temps. Il est clair que on aimerait que ce régime obscurantiste cesse et qu'il soit remplacé par un régime démocratique...
  • N: mais faudrait peut être comprendre pourquoi y'a une baston de caillera d'un côté et pourquoi c'est paisible de l'autre
  • YM : Oui mais vous savez en France tout n'est pas explicable par ce que euh on va, euh Nietzsche appelait la pulsion causale et à force de toujours trouver des excuses à des gens qui nous pourrissent en fait l’existence au jour le jour
  • N: Non mais je parlais de chercher des solutions pas de trouver des excuses
  • YM : Oui d'accord mais souvent dans le fait de chercher des solutions et c'est ce que disait Manuel Valls qui s'est fait taper dessus pour cette phrase que je trouve tout à fait juste, euh au bout d'un moment, toujours se flageller pour savoir pourquoi ces pauvres petits sont malheureux alors qu'une des motivations souvent c'est simplement de foutre la merde gratuitement non mais gratuitement... Ils faut arrêter de penser que les gens... vous savez toujours on dit c'est dégueulasse de stigmatiser les musulmans à cause des attentats mais y'a une autre catégorie de personnes qu'il faut arrêter de stigmatiser c'est les gens qui sont dans la misère sociale. Parce que les gens qui sont dans la misère sociale et dans la pauvreté ne se transforment pas tout le temps en délinquants et je peux vous dire que au bout d'un moment toujours justifier la dégueulasserie de petits cons qui dans le métro agressent les gens gratuitement euh qui nous emmerdent à brûler des bagnoles gratuitement pour une espèce de revanche d'on ne sait d'où elle sort alors que la plupart des gens qui sont dans la misère sociale ne font rien de mal euh vous savez y'a une phrase de sylvain tesson qui me... là je me met un peu en colère parce que j'en ai marre de la racaille en fait et je crois que beaucoup de gens en ont marre de la racaille et le mot racaille a été confisqué par l'extrême droite et par la droite et moi qui ne suis vraiment pas de ces bords là je peux vous dire que je l'utilise sans problème parce que Sylvain Tesson a dit un truc très juste un jour il a dit « la France est un pays de gens qui sont au paradis et qui se croient toute la journée en enfer. »
    Donc les petits combats des petits cons toute la journée qui molestent gratuitement les gens qui agressent des personnes. Et qui font qu'à cause de leur connerie on finit par tomber dans la case, je dit « on », beaucoup de français, du front national font que c'est vrai qu'en Asie, quand vous voyez que les gens sont dans la politesse dans le respect, la civilité, quand on revient en France on a l'impression de revenir dans la jungle. Et ce petit coup de gueule gratuit Nagui n'est pas un coup de gueule de réac mais un coup de gueule d'un type qui ne veut plus qu'on confisque, que ce discours soit confisqué par des gens qui sentent la mort.
  • (gros silence de 2 secondes. Leila enchaîne)
  • Leila Kaddour: D'accord. Euh bah en vous écoutant, je me disais euh bah juste avant le coup de gueule que je vous verrais bien écrire un récit de voyage (rires général, un peu forcé) nan mais c'est vrai, nan mais en même temps ce que vous dites...
  • N : après votre coup de gueule je pense à un truc c'est casses toi (on entend « euh quand même »)
  • L: nan c'est pas du tout ça, nan je dis que c'est intéressant, puis après euh je crois que la position de Manuel Valls que vous venez d'évoquer elle est pas inintéressante non plus sauf que il faut aussi savoir faire la distinction entre tout d'un coup ce que vous appelez vous la racaille
  • YM : oui j'assume ce mot hein
  • L: voilà qui cherche des ennuis gratuitement aux gens...
  • YM : D'ailleurs je vais écrire un livre qui va s'appeler Racaille parce que j'en ai marre que ce mot soit confisqué par la droite et par l'extrême droite et que c'est tout à fait hypocrite, tout le monde sait, tout le monde sait qu'en France en ce moment y'a une racaille, d'ailleurs les gens qui partent faire le djihad c'est pour ré-instituer et David Thomson l'explique très bien, racaille land. Toutes les incivilités grandeur nature sur le terrain, le rap, le shit euh les nanas auxquelles on manque de respect les français sur le terrain là bas choquent même les djihadistes les plus aboutis par leur comportement avec les femmes y'a un...
  • (Leila le coupe) L : le rap en revanche je peux pas vous laisser dire ça parce que c'est associer un mouvement musical...
  • (quelqu'un) non un certain rap
  • YM : un cert..., voilà
  • L: voilà non mais attention
  • YM : non mais ils expliquent, la première chose qu'ils font là bas... non mais attendez, tout est miné en France, à chaque fois que vous dites un mot en France le mot est miné et dès que vous marchez sur le mot quelque chose explose et quand vous parlez avec les gens...
  • N: c'est vous qui venez de le miner en disant que le rap était une insulte aux femmes
  • YM : Non j'ai dit un certain rap (il ne l'as pas dit quelqu'un l'a dit à sa place)
  • (Nagui se rassure) N : ah oui, d'accord
  • YM : J'adore le rap par ailleurs donc euh
  • L: voilà non mais faut être précis
  • YM : Et je peux vous dire une chose le livre de David Thomson est passionnant parce qu'on voit très bien qu'ils essayent d'instituer là bas toutes les incivilités ici qu'on essaye de leur demander de garder dans leur poche, là bas c'est racaille land à Raqqa et quand je dis racaille il n'y a pas de stigmatisation parce que c'est un mot qu'on aime beaucoup y compris sur France Inter, sur toutes les radios, de milieux social, je répète, la racaille c'est pas forcément des gens défavorisés je viens de le dire, c'est des gens aussi qui croient qu'il faut avoir ce genre d'attitude pour exister. Et si vous voulez et après je me tais la dessus, c'est que toutes les conversations, des gens de gauche comme des gens de droite, et Hollande dans le livre avec les deux journalistes le dit qu'il y a un problème, y'a un type d'individus en France qui sèment la zizanie qui fout la merde, tout le monde dans les conversations parisiennes le reconnaît mais plutôt, on préfère mourir que de le dire dans un micro à la radio. Oui en France et tant pis si ça choque les auditeurs de France inter, y'a une catégorie de la population qui n'est pas forcément défavorisée, que j'appelle la racaille, dedans il peu y avoir des français euh de toute éternité comme le dirait Marine le Pen et c'est ça qui est grave d'ailleurs c'est qu'on ne peut plus appeler quoi que ce soit comme il le faudrait... qu'est-ce qu'il faudrait dire des blancs européens ? Dedans y'a des chinois, y'a des japonais y'a des coréens, y'a de tout, si vous voulez. Il ne faut évidemment pas dire que ce que j'appelle Racaille viendrait des milieux arabes musulmans ça c'est faux.
  • L: non mais le mot est connoté
  • N: y'a des voyous partout et y'a des cons partout
  • L: non mais le mot est connoté, le mot est chargé...
  • YM: sauf que, vous voyez bien que...
  • L: et c'est là où je dis que si vous faites la distinction vous...
  • N: faut créer une autre motivations
  • L: en faisant cette définition là, c'est un terme qui peut être réutilisé ensuite et on en parle toujours hein...
  • YM: non je vais prendre racaille... bah justement j'essaye de l'arracher à ceux qui l'utilisent toute la journée, les casseurs etc. y'a une bande de types qui en France euh vraiment commence à agacer les patiences, contre lesquelles on ne fait rien parce qu'on a justement peur qu'à chaque fois qu'on les touchent tout d'un coup ça va être récupéré soit par l'extrême droite soit par l'extrême gauche. Il faut arrêter d'être pris dans un étau entre d'un côté avoir peur de passer pour un raciste et de l'autre passer pour un facho, appelons un chat un chat et...