vendredi 9 août 2019

Hong-Kong: alerte à la répression sanglante par la dictature chinoise.



Des policiers chinois lors de manœuvres menaçantes


Face aux menaces croissantes venant de Pékin, plusieurs associations et ONG, dont Memorial 98, alertent et interpellent les gouvernements français et européens






Déclaration commune du 8 août 2019
« A Hong Kong, il est du devoir de la communauté internationale de peser pour éviter une répression sanglante »

Depuis plus de deux mois la population de Hong Kong réclame en masse dans la rue que le pouvoir mis en place par Pékin respecte les accords concernant la cession à la Chine de l’ancienne colonie britannique et des Nouveaux Territoires. Depuis ce mardi 6 août 2019, elle se voit menacée d’une intervention armée qui, au regard de toutes les situations semblables, récentes ou passées, risque forcément d’être meurtrière.

Devant la menace d’une répression sanglante, nous demandons au gouvernement français ainsi qu’aux autres gouvernements européens d’affirmer avec force et au plus vite leur vive réprobation d’une solution militaro-policière violente et d’exiger le respect par la Chine du droit au suffrage universel énoncé dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Le Bureau pékinois des affaires de Hong Kong et Macao a adressé lors d’une conférence de presse tenue le 6 août dernier un avertissement à ce qu’il qualifie de « tout petit groupe de criminels violents et sans scrupules et les forces répugnantes qui se cachent derrière eux » : « À jouer avec le feu, vous allez vous brûler à coup sûr. Ce n’est qu’une question de temps, le châtiment viendra. » a-t-il déclaré.

Les protestataires de Hong Kong ont voulu d’abord rejeter le danger immédiat d’un projet de loi d’extradition vers la Chine qui aurait rendu tout récalcitrant justiciable d’un appareil judiciaire chinois qui ignore le respect de la Constitution, la séparation des pouvoirs, l’indépendance des juges et le libre exercice de leur profession par les avocats saisis de dossiers « sensibles ». Sans oublier les condamnations à la peine capitale qui pourraient être prononcées.

Mais par-delà cette crainte immédiate, il y a le désir de fonder sur le suffrage universel la vie politique du territoire, pour que l’exécutif et le Conseil législatif émanent de la population dans son ensemble et non de corps électoraux restreints et désignés de telle manière que Pékin en aura toujours le contrôle. Le suffrage universel, promis dans la loi fondamentale qui organise le territoire, est toujours reporté et refusé. Ce refus est évidemment prévisible, de la part d’un pouvoir qui depuis soixante-dix ans refuse le suffrage universel à son milliard de ressortissants : l’on voit mal pourquoi il courrait le danger de l’accorder à Hong Kong.

La Chine ne veut pas s’embarrasser des libertés de Hong Kong et se donne le droit d’y faire la loi s’il en est besoin. « La Chine ne sera pas faible avec ceux qui enfreignent la loi, menace Pékin. Ne sous-estimez jamais la ferme détermination et la puissance immense du gouvernement central ».

A l’heure où se durcit la menace d’une intervention armée, il est du devoir de la communauté internationale de peser pour éviter une répression sanglante.

Signataires :

  • ACAT France – Action des Chrétiens contre la torture
  • ECPM – Ensemble contre la peine de mort
  • Ligue des droits de l’Homme
  • Memorial 98
  • Solidarité Chine



 
Autres publications de Memorial 98 sur la Chine:




 http://www.memorial98.org/2018/06/justice-pour-les-morts-de-tienanmen-victimes-de-la-dictature.html


samedi 27 juillet 2019

Pierre Péan: vie et mort d'un négationniste


La mort de Pierre Péan, journaliste et écrivain, donne lieu à une véritable avalanche d'éloges. Il est présenté comme un modèle de rigueur et d’indépendance. On le désigne même comme celui qui aurait découvert et publié les turpitudes de Mitterrand à l’époque de Vichy, alors que celles-ci étaient connues depuis fort longtemps.
La mort de Péan a également servi aux adversaires de Mediapart et des enquêtes journalistiques en général à le présenter comme l’anti-modèle de ce travail d’investigation. Péan avait depuis longtemps emboîté le pas à la haine de Mitterrand et de ses amis et obligés à l'encontre d'Edwy Plenel, fondateur de ce média.

Or Péan a porté le drapeau du négationnisme sur le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 au cours duquel un million de personnes ont été massacrées en quelques semaines. Il a défendu la politique des autorités françaises de l’époque qui ont permis et couvert ce génocide et notamment celle de Mitterrand alors président de la République. Il a inventé un « complot » des victimes Tutsi qui aurait été responsable du déclenchement du génocide. Ses thèses alimentent encore largement la propagande négationniste en la matière.
Notons que Péan ne s’est jamais rendu au Rwanda.
Cette fureur négationniste concernant un génocide en Afrique, continent dont il se présentait comme un spécialiste, est parfaitement en phase avec les discours du pouvoir et de la haute hiérarchie militaire. Elle soulève pose évidemment de graves interrogations sur l’ensemble de l’œuvre de Péan. 

   
Ses écrits ont donné lieu à un procès en 2008. A la suite de la publication de son ouvrage « Noires fureurs, Blancs menteurs » Péan ainsi que son éditeur Claude Durand (Fayard) étaient poursuivis par Ibuka, association de rescapés du génocide des Tutsi du Rwanda et SOS Racisme  pour diffamation raciale et provocation à la discrimination raciale. Quatre pages dans le premier chapitre, expliquaient, entre autres, que «  le Rwanda est aussi le pays des mille leurres tant la culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis et, dans une moindre part, par imprégnation, chez les Hutus ». D'autres passages reprennent ce propos, étayé par des citations d'anciens colons allemands ou belges et l'accentuent même.

Pendant trois jours de procès, les 24, 25, 26 septembre 2008, on a souvent débattu de l'«ubwenge», concept rwandais qui, selon les défenseurs de Pierre Péan, s'apparente au mensonge systématique mais « pas de façon négative comme chez nous, en France », ou selon ceux de la partie civile, à de l'intelligence. Face à cette querelle d'africanistes, la procureure de la République, Anne de Fontette a, au terme des débats, remis certains points sur les i. : «  Les témoins sont venus dans un drôle de mouvement intellectuel nous dire que le mensonge, au Rwanda, serait une qualité. Pour ma part, je note que le terme a été utilisé en français, sans précision sur les diverses traductions que pouvait revêtir le mot en kinyarwanda, au Rwanda. Or, le terme est ici utilisé à la française, où il n'a pas une connotation positive. » La représentante du ministère public s'est également étonnée du choix de certains auteurs des citations choisies par Pierre Péan, comme Paul Dresse, proche de l'extrême droite et dont le « langage colonial de l'époque », comme le souligne l'auteur, n'hésite pas à qualifier les Tutsis «  de race des plus menteuses sous le soleil ». Et Anne de Fontette de conclure que les deux délits étaient bel et bien constitués.

A l’occasion récente du 25e anniversaire du génocide, les mises en cause à propos de l’implication de dirigeants français de l’époque ont été actualisées. L’attention s’est portée sur Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères et surtout à l’époque secrétaire général de l’Élysée. Or ce même Védrine a comparu afin de défendre Péan en 2008 lors du procès de ce dernier. La boucle est bouclée dans ce petit monde qui gravitait autour de Mitterrand.  Le déroulement de ce procès démontre les ressorts et arguments des négationnistes, si proches de ceux qu’on retrouve dans des cas semblables (lire ici le compte rendu qu'en fit Memorial 98 sous la plume de Souâd Belhaddad)
   

Au moment du génocide, Mitterrand était président et Balladur chef d’un gouvernement de cohabitation, suite aux élections de 1993. Védrine jouait un rôle capital et bénéficiait de l’entière confiance du président.    

Mitterrand et Védrine étaient particulièrement complaisants à l’égard des chefs Hutu, considérés comme favorables à la France car francophones, alors que les dirigeants Tutsi, qui avaient dû se réfugier en Ouganda, étaient considérés comme favorables au monde anglophone. Péan,  souverainiste  et nationaliste très proche de Chevènement, partageait cette vision « géopolitique » anti-Tutsi.
Les habitants et les pouvoirs publics de notre pays ont un devoir particulier en ce qui concerne le Rwanda.
En effet, une partie du combat est aujourd'hui celui de la pleine reconnaissance par l’État français de ses responsabilités.
Cet État qui prétend parler en notre nom, persiste aujourd'hui à garder un silence complice sur l’implication de l’armée française dans le génocide des Tutsi.
Or le pouvoir Hutu extrémiste a reçu de manière continue et appuyée le soutien des autorités françaises tant au plan politique, militaire que financier, avant, pendant et après le génocide. Toute la vérité doit être faite au sujet de cette implication : tous les documents doivent être rendus publics. C’est pourquoi nous soutenons et partageons pleinement le combat de nos amis et partenaires de Ibuka, du CPCR et de Survie afin que la vérité se fasse jour et que les coupables éventuels soient jugés.

On notera que Védrine est toujours présent sur la scène politique et médiatique. Il s’est manifesté en organisant très récemment l'offensive rageuse des fidèles de Mitterrand à propos du génocide des Tutsi. Ces derniers ont adressé une lettre à Olivier Faure, dirigeant du Parti socialiste afin de mettre en cause Raphaël Glucksmann, tête de la liste commune PS-Place Publique pour les élections européennes de mai 2019. A leurs yeux, il a péché en osant rappeler le rôle de l'ancien président et de son entourage dans l'aide apportée par les autorités françaises aux génocidaires .

Parmi les signataires de ce texte, Hubert Védrine, principal suspect dans ces décisions mais également Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères de Mitterrand. Or Dumas est depuis fort longtemps passé du côté des dictateurs en Afrique, fait appel à des thèmes antisémites et assistait au meeting-spectacle de Dieudonné au Zénith de Paris dès 2006, en compagnie de ses amis de la famille Le Pen.

Cette lettre de menaces a montré quel point les amis de Mitterrand sont soucieux d'empêcher que la vérité se fasse jour à propos de ce génocide et des responsabilités françaises.

C'est ce que nous avions également rappelé lors d'une allocution de Memorial 98 le soir du 7 avril, dans le cadre de la veillée organisée comme chaque année par l'association Ibuka-France en mémoire des victimes du génocide. 
Nous y appelions à la vigilance face aux nombreuses tentatives pour bloquer un accès complet aux archives, voir ici la vidéo de cette intervention: https://www.youtube.com/watch?v=MaYgH39DV4Y

Péan soutient Mitterrand sur la (non) responsabilité de Vichy et Pétain dans la déportation des Juifs de France.

Contrairement à la légende qui entoure son livre sur Mitterrand intitulé « Une jeunesse française » Péan ne voulait pas compromettre le président de l’époque, comme il l'a lui-même indiqué à de nombreuses reprises. Il cherchait au contraire à maitriser avec lui le flot de révélations qui se faisait jour. Il a d’ailleurs souvent manifesté son agacement face à l’interprétation trop négative qui aurait été faite de sa publication et insisté sur la cordialité et le caractère affectueux maintenu de ses relations avec Mitterrand après la parution du livre.


La clé se trouve dans son livre  Dernières volontés, derniers combats, dernières souffrances (de Mitterrand publié en 2002). L'essentiel de cet ouvrage  est consacré aux rapports de Mitterrand et de la place de Vichy et Pétain dans la déportation des Juifs de France.  L’antisémitisme y affleure dans de nombreuses pages.
Péan fait comme si Mitterrand avait été victime d'un complot animé par Serge Klarsfeld, ayant des prolongements jusqu'en Israël, et qui visait à "remettre la Shoah au centre de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale". Selon Mitterrand, approuvé par Péan, Klarsfeld voulait " mettre la République à genoux" 
Il y justifie qu'un président de la République ait pu organiser un véritable mur du silence autour de son passé avec décoration par la francisque de Pétain, de son amitié maintenue avec René Bousquet, et avec la même impudence,  ait pu rompre ce silence en banalisant Vichy.
                    Bousquet avec des hauts officiers SS et ci-dessous dans                           l'intimité de Mitterrand à Latché en 1974 





En effet Mitterrand a maintenu durant ses deux septennats la fiction d'une non responsabilité des autorités françaises dans la déportation des Juifs de France. Il faisait même fleurir très régulièrement la tombe de Pétain.   
Ainsi chaque 11 novembre, de 1987 à 1992, François Mitterrand alors président de la République, a fait déposer une gerbe de fleurs présidentielle sur la tombe du Maréchal Pétain, à l’île d’Yeu, au prétexte du rôle de ce dernier lors la première guerre mondiale
Les associations de résistants et de victimes du nazisme avaient beau protester unanimement, rien n'y faisait. En 1992 le scandale fut plus important, car une large campagne publique se déroulait contre ce geste de révérence à l'égard du chef de la collaboration. 
Du coup, le préfet de la Vendée, chargé par la présidence de la République de fleurir la tombe  le 11 novembre, dut attendre cette année-là 17 h 15 pour se rendre en hélicoptère sur l'île d'Yeu, lieu de sépulture de Pétain. Il craignait  d'être confronté aux manifestants présents sur place. C'était juste après que Serge Klarsfeld et la quarantaine de personnes l'accompagnant eurent pris le dernier bateau régulier de retour de l'île. Ils étaient venus «s'assurer qu'une gerbe ne sera plus déposée sur la tombe de Pétain par le président de la République». Au bout du compte, la gerbe du préfet côtoyait celles déposées dans les heures précédentes par Jean-Marie Le Pen et par "l'Association nationale Pétain Verdun" (ANPV, émanation des nostalgiques de Vichy). 
Devant l’ampleur du scandale, Mitterrand fut contraint de suspendre l'hommage à Pétain à partir de 1993, c'est à dire à la toute fin de son deuxième septennat.





Lionel Jospin, qui a succédé à François Mitterrand à la tête du Parti socialiste, avait pris d'emblée du recul à l'égard de ce dernier lorsqu'il fut le candidat de la gauche à l'élection présidentielle de 1995.  Il fit état d'un « droit d'inventaire » par rapport aux positions de Mitterrand à l'égard du régime de Vichy, et notamment aux liens d'amitié qui l'unissaient à René Bousquet, ancien dirigeant de la police du régime pétainiste, organisateur notamment de la rafle du Vel’d’Hiv’. Cette rupture avec le passé mitterrandien lui valut d'ailleurs des haines féroces de la part des proches de l'ancien président et un soutien de ce dernier à  la candidature de Chirac. Ses fidèles Pierre Bergé et Roger Hanin se chargèrent des attaques violentes à l'encontre du candidat socialiste. par une ironie de l’Histoire, c’est ce même Chirac qui prit le parti de rompre avec l’hypocrisie et de reconnaître enfin en juillet 1995 que « "...Ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été, chacun le sait, secondée par des Français, secondée par l'État français. La France, patrie des Lumières, patrie des Droits de l'homme, terre d'accueil, terre d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable..."


A droite, c'est Sarkozy qui lança, dès sa campagne électorale de 2007, une offensive d'ampleur contre la "repentance" et contre la reconnaissance de la participation des autorités françaises à la Shoah
Sarkozy a même boycotté la cérémonie du 8 mai 2007, pour ne pas se retrouver à côté de Chirac qui avait reconnu les responsabilités françaises dans la déportation des Juifs. Son successeur Laurent Wauquiez  a poursuivi dans la même voie par un accueil en grande pompe de Eric Zemmour qui travaille à réhabiliter Pétain et son régime. 
Plus récemment, Emmanuel Macron a voulu rendre hommage à Pétain, lors du centenaire de la fin de la 1e guerre mondiale. Il a repris l’argumentation bien connue sur le « grand soldat » qui aurait ensuite fait « des choix funestes ». Face au scandale, il a du renoncer à cet hommage.


Au total, Pierre Péan, prétendument rigoureux et indépendant a de manière croissante dans son œuvre, épousé les méandres des froids intérêts de pouvoirs en place. Il a sacrifié toute retenue à la défense d'une propagande négationniste à propos du génocide de Tutsi au Rwanda et de l’implication de Mitterrand dans le déroulement de ce terrible massacre. Cette dérive avait débuté bien avant, notamment par sa complaisance à l’égard des ambiguïtés de Mitterrand face à Pétain et Vichy.

Albert Herszkowicz 
MEMORIAL 98 

De nombreux liens et références figurent dans ce texte. Ils donnent une image plus complète des problèmes traités. On pourra aussi consulter les articles suivants concernant d'autres proches de Mitterrand qui le suivirent dans ses méandres et mensonges concernant la Shoah ou le génocide des Tutsi : Jean d'Ormesson ainsi que Jean-Luc Mélenchon





lundi 22 juillet 2019

Ghetto de Varsovie: avant la révolte, la déportation en action.



                                          La muraille isolant le ghetto de Varsovie

A Varsovie, le 22 juillet marque le début de la  grande déportation des Juifs du ghetto en juillet 1942, six jours après la rafle du Vel d'Hiv' à Paris et quatre mois après la liquidation du ghetto de Cracovie .

Alors que le gouvernement polonais actuel multiplie les déclarations et actes à caractère antisémite,en s'attaquant notamment à l'histoire de la Shoah, cette date revêt une signification particulière.

Elle se produit au lendemain de l’agression par des fascistes d’une manifestation de défense des droits des LGBT à Bialystok dans la partie orientale de la Pologne. Il y a quelques semaines, c’est à Paris qu’un colloque sur la Shoah en Pologne a été perturbé par des militants antisémites et nationalistes polonais.


                           Le général SS Stroop sur l'Umschlagplatz en 1943

Chaque 22 juillet, une marche démarre du monument de l'"Umschlagplatz" lieu d'où partaient les convois de déportés, parcourt l'ancien espace du ghetto, dont il ne subsiste strictement rien et termine devant le centre culturel et de mémoire dédié à Emmanuel Ringelblum, héroïque historien du ghetto et animateur du réseau "Oneg Shabbat" qui en préserva la mémoire. 

Le ghetto de Varsovie a été instauré le 12 octobre 1940, qui correspondait cette année-là à la fête juive de Yom Kippour. Les nazis annoncèrent à la population juive qu'elle devait déménager dans ce "quartier juif" exigu qui sera ceint de barbelés.    


L"Aktion" de déportation vers la mort, comme l’appelaient les nazis, débuta le 22 juillet 1942,.

Elle s’inscrivait dans le cadre de la plus vaste "Aktion Reinhardt", organisée par les nazis en Pologne occupée; celle-ci inclut la construction des camps d'extermination de Belzec (mars 1942), Sobibor (mai 1942) et Treblinka (juillet 1942). 

Ce dernier camp joue un rôle particulier dans l'extermination des Juifs de Varsovie. 280 000 Juifs déportés de la capitale polonaise y seront assassinés. 

L'Aktion de Varsovie prend fin temporairement le 21 septembre suivant, à nouveau durant le jour de la plus importante fête juive, Yom Kippour. Elle avait débuté le jour de Tish'a Beav, qui commémore par le deuil et le jeûne la destruction du Temple juif de Jérusalem par l'armée romaine en l'an 70 de notre ère.

Les nazis, dans leur rage antisémite, utilisaient souvent les dates des fêtes religieuses juives afin de procéder à des persécutions particulières ou de marquer leur "connaissance" du judaïsme.

Après cette grande déportation, le ghetto de Varsovie est réduit à  un camp de travail où 36 000 Juifs survivent officiellement et où 20 à 25 000 clandestins se terrent. Son sursis tenait d’une part à la pénurie de main-d’œuvre gratuite dont l'administration nazie voulait disposer, et d'autre part à la nécessité d’une pause afin de recenser et d’expédier vers le Reich les biens volés dans le ghetto. 

Quelques jours après le début de la déportation de juillet, la résistance juive s’unifie dans un « Bloc antifasciste » et se dote d’une branche armée, l’Organisation juive de combat (OJC), fondée le 28 juillet 1942. Cette démarche débouchera plusieurs mois plus tard sur la révolte du ghetto de Varsovie.

Les premières opérations de l'OJC sont dirigées contre les responsables de la "police juive" et autres collaborateurs.

En janvier 1943, une seconde Aktion visant à liquider le reste du ghetto est interrompue par les nazis eux-mêmes, face à la résistance et au fait que la population se cache dans un réseau souterrain creusé durant des mois.
Himmler en déplacement à Varsovie,  ordonne alors la destruction du ghetto et de ses habitants. 

Le 19 avril 1943, les unités SS chargées de la mise en œuvre de cet ordre sont repoussées par des centaines de combattants ne disposant que de quelques revolvers et grenades.
C'est le début du soulèvement du Ghetto

Le commandant allemand est relevé de ses fonctions, le général SS Jürgen Stroop lui succède. Plus de 2000 SS, soutenus par de l‘artillerie et des blindés incendient maison après maison. Les Juifs sont asphyxiés, carbonisés, enterrés vivants dans les abris où ils sont retranchés. Le 16 mai 1943, Stroop fait dynamiter la grande synagogue. Il câble à Himmler : « Il n’existe plus de quartier juif à Varsovie. ». 

Le principal dirigeant de l’insurrection et de l’Organisation Juive de Combat (OJC), Mordehaï Anilewicz, se suicide le 8 mai, suivi quelques jours plus tard par Szmuel Zygielbojm, représentant du mouvement ouvrier juif Bund dans le gouvernement polonais en exil à Londres.

Nos pensées vont vers les victimes de cette extermination et vers ceux qui au cœur des ténèbres, entamèrent la préparation de leurs actes héroïques qui apparurent au grand jour dans les mois qui suivirent. 

Soixante-dix-sept après les déportations de Varsovie, le nazisme est défait mais son héritage est plus que jamais à combattre 
Ses héritiers  rêvent toujours de massacrer des Juifs comme le montrent les attentats récents dans les synagogues de San Diego, et Pittsburgh.
Des propagandistes de la haine déversent des flots de propos complotistes et racistes, grâce à la complaisance des grandes plates-formes et à l'indulgence de juges qui les protègent en reculant devant l’application des lois limitant le négationnisme, comme dans le cas de Soral et Dieudonné
L'extrême-droite parrainée et soutenue par Trump et Poutine, pèse lourdement dans de nombreux pays d’Europe, comme on peut le constater à l’occasion des élections européennes du mois de mai. 
En France, Allemagne, Autriche, Hongrie, Pologne, Italie, Grande-Bretagne, Estonie, les nostalgiques et racistes de tout poil sont à l'offensive et pour certains déjà installés au pouvoir . 
Nous en appelons plus que jamais au combat contre les idéologies et actes racistes et antisémites  quels que soient leur prétextes, ainsi que pour la mémoire des génocides et crimes contre l'humanité (à voir ici et ici  )

MEMORIAL 98

mardi 4 juin 2019

La révolte se poursuit à Hong-Kong, 30 ans après Tienanmen




22 juillet 
Le régime chinois lance ses bandes à l'assaut des manifestant.e.s de Hong-Kong. Lors de l'immense mobilisation du dimanche 21 juillet, des groupes de gangsters nommés " triades" ont violemment attaqué ceux qui revenaient du défilé, notamment dans le métro. Les liens des triades avec Pékin sont connus; un député pro-Pékin a été photographié alors qu'il félicitait les gangsters .

                                     Les "triades" criminelles en action 

Les gangsters, armés de battes et de bâtons, organisés militairement et vêtus de manière reconnaissable se sont littéralement déchaînés. Il s'agit d'une nouvelle tentative de la dictature de Pékin afin de stopper ce mouvement qui défie son autorité. Cela a notamment été la cas le 21 juillet lors d'une manifestation devant le "bureau de liaison" chinois qui représente le véritable pouvoir sur place.

La dictature prétendument communiste rêve de procéder comme à Tienanmen en 1989 en écrasant et en massacrant les manifestants (voir ci-dessous) mais elle n'est pas en capacité de le faire à ce stade. C'est pourquoi elle a recours à ces gangs.
Il est crucial de continuer à soutenir le combat de Hong-Kong pour la justice et la démocratie, comme au Soudan et en Algérie.
 Memorial 98

   


15 juillet 2019: la mobilisation est toujours aussi puissante malgré la violence policière

Depuis plus d'un mois, l'immense mobilisation de la population de Hong-Kong se poursuit sans relâche (voir ci-dessous). Des millions de personnes ont déjà manifesté afin de réclamer le retrait définitif de la loi sur les extraditions et le départ de Carrie Lam, cheffe pro-Pékin d'un gouvernement désigné selon des modalités  anti-démocratiques.
Hier à nouveau, les forces de police ont violemment réprimé ces manifestations comme on peut le voir ici  
Nous apportons une fois de plus notre plein soutien à ce combat pour les libertés et la démocratie, contre une dictature sanglante.
Memorial 98


1er juillet: Nouvelle manifestation de masse

500 000 personnes ont manifesté à nouveau à Hong-Kong lors du vingt-deuxième anniversaire de la rétrocession de l'ancienne colonie anglaise à la Chine . Elles réclamaient encore le retrait définitif de la loi sur les extraditions et des excuses du gouvernement en raison des violences policières. Plusieurs centaines de jeunes ont envahi le Parlement avant que la police ne reprenne le bâtiment. C'est cet aspect qui a été mis en exergue par les médias internationaux qui ont à peine évoqué l'énorme manifestation du jour.
 Parallèlement la cheffe pro-Pékin du gouvernement, Carrie Lam, célébrait en grande pompe la même date. Appuyée par la dictature chinoise, elle espère pouvoir se maintenir. Les chefs du régime ont imposé à la réunion du G20 qui se tenait il ya quelques jours à Osaka (Japon) de ne pas aborder la situation à Hong-Kong.
La complaisance et la lâcheté des gouvernements et dirigeants qui se réclament de la démocratie à l'égard de la dictature chinoise leur à fait accepter cette exigence.

Memorial 98
 


16 juin: 
Nouvelle mobilisation très massive: deux millions de de personnes manifestent ce jour à Hong-Kong qui compte 7,4 millions d'habitants, soit la grande majorité de la population en âge de défiler. (ci-dessus) . 
Elles exigent le retrait définitif de la loi sur les extraditions et des excuses du gouvernement en raison des violences policières. La cheffe du gouvernement, Carrie Lam , a été contrainte de reconnaître qu'elle était responsable du " conflit et des querelles" actuelles. Elle doit partir. 
Cet immense mouvement va avoir des répercussions positives en Chine continentale,  car il montre que la dictature peut être battue et contrainte à reculer.
C'est la première fois que Xi Jin Ping est ainsi défait, 30 ans jour pour jour après l'écrasement de Tienanmen. D'ailleurs, le pouvoir chinois qui craint la contagion impose une censure totale sur les événements de Hong-Kong.

Memorial 98

15 juin
Première et importante victoire de la mobilisation: le projet de loi sur les extraditions est ajourné. Le combat continue pour obtenir son retrait complet ainsi que pour condamner les violences policières. 
La cheffe de l'exécutif, Carrie Lam est élue selon des règles non-démocratiques et soumise de fait à l'autorité du régime chinois. Or Xi JinPing et ses sbires ne veulent surtout pas que l'immense mouvement de Hong-Kong rappelle le grand combat démocratique de Tienanmen, écrasé 30 ans jour pour jour avant la révolte de Hong-Kong. Ils ont donc fait marche arrière et attribué la responsabilité du projet de loi contesté à la cheffe de l'exécutif. Forte de cette première victoire, la population va descendre dans la rue le 16 juin pour ce qui sera sans doute encore un grand cortège.
Memorial 98 

10 juin
La mobilisation se poursuit à Hong-Kong. La police multiplie les violences mais le gouverneur est contraint de repousser l'examen de la loi permettant les extraditions. 
Notre entier soutien au combat pour les libertés et la démocratie.

Mise à jour du 9 juin 2018: manifestation immense à Hong-Kong pour les libertés



Immense mobilisation ce jour à Hong-Kong contre un projet de loi facilitant les extraditions vers la Chine. Un million de personnes ont manifesté pour la défense des libertés alors que plusieurs personnes y ont déjà été kidnappées et sont "réapparues" aux mains de la police chinoise. Quelques jours auparavant, 200 000 personnes s'étaient rassemblées au même endroit afin de marquer le 30e anniversaire de la répression à Tienanmen. 



Memorial 98

Le 4 juin 1989 demeure le symbole d'un immense mouvement démocratique noyé dans la brutalité la plus extrême. Lors du 30e anniversaire du massacre de la place Tienanmen, les représentants de la dictature continuent à défendre ce massacre qui représentait selon eux "l'attitude correcte à adopter" 


Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, soldats et blindés avaient mis fin par les armes au mouvement des étudiants et ouvriers qui occupaient depuis un mois et demi la place Tienanmen, au cœur de Pékin. 
Les manifestants réclamaient la fin de la corruption et une ouverture démocratique.
                                                Sur la place Tienanmen
  
Le bilan de cet assaut était généralement évalué à un millier de morts mais de nouvelles révélations se sont faites jour sur l'ampleur de la répression
Un rapport de l'ambassadeur de Grande-Bretagne mentionne plusieurs milliers de  morts en une nuit, des cadavres "en pâte" sous les blindés et des manifestants achevés à la baïonnette par l'armée, confirmant ainsi les photos prises sur place et publiées par des journalistes ( voir ci-dessus). Le régime chinois, qui impose un tabou absolu sur cette période, avait de son côté affirmé fin juin 1989 que la répression des "émeutes contre-révolutionnaires" avait fait 200 morts chez les civils et "plusieurs dizaines" du côté des forces de l'ordre. 

La révolte démocratique de 1989 et sa répression restent l'un des sujets les plus tabous en Chine. Il sont bannis des livres, des manuels scolaires, des films et sont censurés sur les réseaux sociaux. Chaque année le 4 juin, la plateforme chinoise de microblogs WeChat empêche ainsi ses usagers d'échanger des sommes d'argent pour 89,64 ou 64,89 yuans, montants faisant allusion à la date du 4 juin 1989.       

 "Chaque année lorsque nous voulons commémorer (nos proches), nous sommes contrôlés, placés en résidence surveillée, ou éloignés de chez nous", déplorent les "mères de Tiananmen", une association regroupant des parents ayant perdu un enfant lors de la répression. En 2018 elles déclaraient  dans une lettre ouverte adressée à Xi Jinping et diffusée par l'ONG Human Rights in China. 
"En tant que dirigeant d'un grand pays, vous n'êtes certainement pas insensible au massacre qui s'est déroulé il y a 29 ans, ni aux familles de victimes", Le Parti communiste chinois (PCC) présente toujours officiellement les manifestants de la place Tiananmen comme "une petite minorité de personnes ayant provoqué des troubles contre-révolutionnaires". 
"Alors que nous sommes au soir de notre vie, nous espérons assister un jour, avant notre mort, à la réhabilitation de nos proches", expliquent ces "mères de Tiananmen" à Xi Jinping. "Nous avons toujours trois revendications: la vérité, des indemnisations et l'établissement des responsabilités.
A l’approche du 30e anniversaire de la révolte en juin prochain, l’appareil de censure chinois resserre les rangs pour empêcher toute mention et commémoration de l’évènement sur Internet.
Des arrestations de défenseurs des droits de l’homme se sont multipliées en amont de cette date. L'encyclopédie Wikipédia est rendue inaccessible

Une mobilisation est donc nécessaire afin de soutenir ceux et celles qui combattent pour la justice et la démocratie.
Des résultats peuvent être obtenus dans ce domaine, comme l'a montré la libération de la poétesse Liu Xia, veuve du prix Nobel Liu Xiaobo, suite à une position ferme des autorités allemandes qui ont constamment exigé qu'elle puisse se réfugier dans leur pays. A l'inverse l'attitude des autorités françaises se caractérise par un silence honteux: symboliquement, Mme Macron a été désignée comme " marraine" des pandas offerts par le régime chinois à un zoo français et a gardé le silence total sur le sort de Liu Xia. 

Les signatures de contrats s’enchaînent notamment lors de la dernière visite de XI Jin Ping à Paris, les Airbus s'envolent, on se congratule et, selon Macron, on aborde même les droits fondamentaux et quelques cas individuels de répression .

La dictature chinoise est ainsi validée, alors que Xi a ouvert la voie à son propre règne à vie.
Le régime qu’il dirige met en place un contrôle de tous les instants de la population; en utilisant notamment l’ « intelligence artificielle » et la reconnaissance faciale ainsi que les caméras omniprésentes. La peine de mort fait des milliers de victimes. La presse est totalement bâillonnée, plaçant la Chine au 176e rang de la liberté de la presse sur 180 pays, et le régime a lancé une vaste offensive afin de peser sur les médias à l'échelle mondiale.  
De plus, depuis plus d’un an, les autorités chinoises mènent une intense campagne d’internements en masse, de surveillance intrusive, d’endoctrinement politique et d’assimilation culturelle forcée à l’encontre des Ouïghours, des Kazakhs et autres groupes ethniques majoritairement musulmans vivant dans la région du Xinjiang. Environ un million de personnes, musulmanes pour la plupart, sont détenues dans des camps d’internement dans un but de « rééducation ».
 
La complaisance et la lâcheté des gouvernements et dirigeants français à l'égard de la dictature chinoise et leur mépris à l’égard des un milliard et demi de Chinois ont été constants et le demeurent . 
Chirac, Sarkozy et Raffarin ont constamment porté cette complaisance, le dernier a de plus monté un immense business d'intermédiaire et de lobbyiste pour les patrons des deux pays.

En mai 2018 François Hollande rend visite et hommage à son "vieil ami" le  dictateur chinois Xi. Le 24 mai, alors qu’il visite une usine Airbus  il explique aux journalistes français qui l’accompagnaient qu’il est «  admiratif de la vision longue qu’ont les dirigeants chinois »
Alors que Xi Jiping a ouvert la voie à un règne à vie, ces louanges à la dictature revêtent une résonance sinistre.   
Lors de sa visite présidentielle en Chine en avril 2013, le même Hollande avait déjà "renoncé" à mentionner le nom du prix Nobel  Liu Xiaobo emprisonné afin de ne pas fâcher la dictature.
Hollande s'inscrit ainsi dans la longue lignée des politiciens français qui font silence sur la répression féroce qui règne dans ce pays et qui est exercée au nom du "marxisme".


                                      Manifestation pour Liu Xiaobo à Hong-Kong

Macron poursuit dans la même direction: ainsi le lendemain de la mort en détention de Liu Xiaobo, le 14 juillet 2017, il tenait une conférence de presse conjointe à Paris avec Donald Trump. Il s'agissait alors de mettre en scène leur amitié. 
Interrogés par un journaliste chinois sur leurs impressions à propos du "président" chinois (non élu)  Xi Jinping, ils célébrèrent « un des grands leaders de notre monde » (M. Macron), « un ami, un leader de talent, un homme très bon » (M. Trump), mais n’ont pas eu un mot pour dénoncer la mort d’un Prix Nobel de la paix en détention. Emmanuel Macron s'est contenté d'un tweet de 131 signes pour réagir à cette mort.  Même Barack Obama, qui a lui-même reçu le prix Nobel en 2008, un an avant le démocrate chinois, ne s’est  jamais engagé pour lui. En revanche le comité Nobel norvégien avait  déclaré que la Chine portait "une lourde responsabilité" dans la mort "prématurée" de Liu Xiaobo en le privant de soins médicaux adaptés.

Le "modèle chinois", de capitalisme contrôlé par la dictature du Parti Communiste (!)  chinois représente un rêve pour de nombreux gouvernants et patrons à travers le monde: pas de démocratie, pas d'élections, pas de syndicats indépendants, pas de presse libre, pas de lois protectrices, pas de liberté d'expression, Internet contrôlé. Serge Dassault grand patron ultra-libéral et autoritaire indiquait ainsi  "Les Chinois, ils travaillent 45 heures, ils dorment sur place dans leurs usines, ils font des bons produits pas chers."

 
Face à l’alliance mondiale de soutien à la dictature chinoise, nous devons être plus que jamais aux côtés de ceux et celles qui combattent pour les libertés démocratiques, la justice sociale, le droit à la santé, les droits des femmes et des LGBTQ,  les droits des minorités notamment au Tibet et au Xinjiang (population Ouïgour) et alertent sur le sort des personnes disparues. 

La dictature chinoise apparaît aujourd'hui comme une force d'une solidité inébranlable. Mais comme tout régime basé sur la tyrannie, la répression et  le mensonge, elle s'effondrera et ses crimes seront jugés.  

MEMORIAL 98

Voir les autres dossiers de Memorial 98 sur la Chine:

http://www.memorial98.org/2018/06/justice-pour-les-morts-de-tienanmen-victimes-de-la-dictature.html

http://www.memorial98.org/article-33611957.html Ouïgours

http://www.memorial98.org/article-chine-le-silence-complice-de-sarkoz-58726646.html

http://www.memorial98.org/article-32223728.html