vendredi 22 janvier 2021

Vichy contre les Juifs: entretien avec Laurent Joly

A l'occasion de la parution en poche du livre L’État contre les juifs. Vichy, les nazis et la persécution antisémite (1940-1944), édition revue et mise à jour, Paris, Flammarion/Champs histoire, 372 p., 10 €.

A la veille du 27 janvier, qui marque la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de la Shoah et de prévention des crimes contre l'humanité, entretien avec Laurent Joly sur des points clés de la politique pétainiste contre les Juifs de France.

Laurent Joly a aussi coordonné l'important numéro de la Revue d'histoire de la Shoah d'octobre 2020 consacré à "Vichy, les Français et la Shoah : un état de la connaissance scientifique"

Il a également témoigné récemment lors du procès intenté à Zemmour par plusieurs associations pour contestation de crimes contre l'humanité en raison de ses déclarations sur le sauvetage des Juifs par Pétain.

Le parquet y a réclamé 10000 Euros d'amende contre Zemmour.

Laurent Joly est l'auteur de plusieurs livres et films documentaires ( voir ci-dessous). Nous le remercions d'avoir accepté de répondre à nos questions.

 

Memorial 98 


L'État contre les juifs

Le premier chapitre de l’ouvrage est consacré à la genèse du statut des Juifs de Vichy promulgué en octobre 1940.

En quoi le statut s’inscrit-il dans le contexte de la politique nazie de la fin des années 30, marquée par les étapes suivantes:  « Nuit de Cristal » du 9 novembre 1938, déclaration "prophétique" d’Hitler au Reichstag le 30 janvier 1939: “ si le judaïsme financier international en et hors d’Europe devait réussir à pousser les peuples une fois encore dans une guerre mondiale, alors le résultat ne sera pas la bolchévisation de la Terre et par là la victoire du judaïsme, mais l’anéantissement de la race juive en Europe”, invasion de la Pologne en septembre 1939?

L’interprétation que je défends inscrit en effet l’adoption du statut des Juifs par Vichy, régime né du désastre de 1940, dans ce contexte. 

Depuis la fin de 1938 et le début de 1939, le projet et la formule même de « statut des Juifs » (laquelle est venue sous la plume de Charles Maurras en 1911) ont de plus en plus d’audience dans la propagande antisémite française : articles dans la presse d’extrême droite, brochures, papillons, etc.

Ceux qui en parlent le plus fort, le conseiller municipal de Paris Darquier de Pellepoix (futur commissaire général aux Questions juives), l’activiste ultra-nationaliste Marcel Bucard, le quotidien royaliste L’Action française, l’hebdomadaire fasciste Je suis partout, Céline dans ses pamphlets (Bagatelles pour un massacre en 1937 et  l’École des Cadavres en 1938)  font beaucoup de bruit.

Assurément, la politique antijuive nazie, codifiée en 1935 dans les lois raciales de Nuremberg, imitée par l’Italie de Mussolini en 1938, marque les esprits. Elle résonne avec le facteur national qui inclut la tradition antidreyfusarde, la théorie maurrassienne de l’antisémitisme d’État, la haine homicide à l’encontre de Léon Blum et la stigmatisation des responsables (juifs) de la défaite 

L’idée selon laquelle la France doit, elle aussi, résoudre le « problème juif » a de plus en plus de partisans, avant même le choc de la déroute militaire.

En outre, le régime pétainiste ambitionne de s’insérer dans l’« ordre nouveau » hitlérien, dont on pense à Vichy qu’il dominera durablement l’Europe. 

La loi raciale, qu’ont adoptée l’État hongrois (avril 1938), l’Italie fasciste (septembre 1938), la Slovaquie (avril 1939) puis la Roumanie (août 1940), apparaît dès lors comme un passage obligé. 

Ce facteur de dynamique européenne est au moins aussi important que le facteur national propre, pour comprendre pourquoi Vichy a promulgué si rapidement un statut des Juifs, qui a mis au ban de la nation des dizaines de milliers de Français « regardés » par le législateur comme de « race juive »...

 

Ton chapitre 4 « Sacrifier les juifs étrangers pour sauver les français ? » fait écho aux polémiques suscitées par Éric Zemmour. N’y a-t-il pas une difficulté éthique à polémiquer avec Zemmour sur le sort des Juifs français et étrangers?  Pour contrer son discours, on veut démontrer que les Juifs français ont aussi été touchés, comme si la déportation des seuls Juifs étrangers pouvait être acceptée ?

  

On peut d’abord rappeler qu’il y a chez Zemmour un déni de l’éthique parfaitement anachronique.

« Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangers sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux ». Ces paroles de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, dans sa lettre pastorale du 23 août 1942, qui constitue la première protestation publique contre la livraison des juifs apatrides par la police de Vichy à cette période, ont eu un impact exceptionnel dans l’opinion. 

Le fait est que ce qui a choqué, ému, les gens n’était pas qu’on arrêtait  plutôt des étrangers ou des Français, mais qu’on s’en prenait à des femmes, des enfants, des invalides, pour les envoyer on ne sait où à l’Est, pour y travailler dur, y être maltraités et certainement y périr. 

Sur le coup, une grande partie de la population a eu conscience de cela, a compris que ce que faisait Vichy était une transgression inacceptable des normes morales de base. C’était un réflexe d’humanité.

Pour justifier l’injustifiable, les dirigeants de l’État français ont inventé l’argument du « moindre mal ». Ce serait en effet une difficulté éthique pour l’historien si cet argument était fondé, si effectivement Vichy avait livré les Juifs apatrides pour protéger les français, si effectivement Vichy n’avait pas eu d’autre choix que celui de livrer telle catégorie pour en épargner une autre. Mais ce n’est pas le cas. Je le démontre dans mon chapitre 4 du livre, à la suite des travaux fondateurs de Joseph Billig, Georges Wellers, Robert Paxton ou Serge Klarsfeld.

Et c’est ce qui rend l’argumentaire vichyste, développé au moment de la Libération par les avocats de Pétain, par Laval et Bousquet eux-mêmes, et mis au goût du jour par Zemmour, avec le soutien de certains historiens, irrecevable sur le plan scientifique.

On n’est donc pas face à un problème éthique, mais tout simplement face à un problème de respect ou non des faits. Le régime pétainiste avait les moyens de dire « non » grâce aux outils de protection que représentaient  la convention d’armistice franco-allemande , la convention de La Haye, la zone libre.

C’est ce qu’il fera d’ailleurs un an plus tard avec le refus de la dénaturalisation collective des Juifs devenus français depuis 1927. Mais auparavant, en mettant à l’été 1942 toute la puissance de sa police au service des nazis, aboutissant à 42 000 juifs déportés sur les quelque 40 000 initialement programmés par la SS, il ne s’est absolument pas mis en situation de protéger les Juifs français.

Ainsi trois sur quatre des enfants Juifs arrêtés à Paris en juillet 1942 étaient français – 3 000 petits Français à titre définitif, en vertu de la loi de 1927, nés en France, scolarisés. 

Il faut donc le rappeler, non pas pour signifier que déporter des enfants étrangers aurait été moins « grave », mais pour souligner le caractère mensonger de l’argumentaire vichyste.

 

À quel moment les dirigeants de Vichy ont-ils su que le sort des juifs conduisait à leur mise à mort  ?

À l’été 1942, qui correspond notamment à la rafle du Vel D'hiv' à Paris, Laval ou Bousquet ne peuvent pas ne pas avoir compris que la mort était au bout du voyage. Ils ont fait le choix du déni, sur fond de mauvaise conscience agressive et hâbleuse. La récente publication du Journal de guerre de Paul Morand, dont j’ai pu intégrer les principaux apports dans la nouvelle édition de mon livre, m’a permis plus particulièrement d’étayer le chapitre du livre intitulé « Que savait-on de l’extermination des Juifs ? ». 

Bousquet se vante d’avoir « liquidé 13 000 » Juifs ; Laval refuse de lire les preuves de l’extermination systématique des Juifs qu’on lui apporte, fait des blagues douteuses et demande à ses interlocuteurs de la SS des éléments de langage… 

L’époque où l’on pouvait penser de bonne foi, comme l’historien Léon Poliakov, que Laval était un politicien naïf et désireux de faire au mieux, est révolue. La recherche historique, couronnée par la récente et magistrale biographie de Laval par Renaud Meltz, dont j’ai pu aussi intégrer les principaux apports dans cette nouvelle édition, est maintenant au clair sur qui était Laval et sur sa politique.

Le dernier chapitre de ton livre porte sur l’épuration. Au sujet des policiers et administrateurs impliqués dans la Shoah, tu estimes que la punition par l'institution policière était pour eux plus grave que celle par la justice. Est-ce comparable?

Si l’on s’arrête aux résultats de l’épuration judiciaire concernant les cadres de l’appareil d’État impliqués dans la politique antijuive, des responsables du « fichier juif » à la préfecture de Police de Paris jusqu’aux commissaires ayant exécuté les rafles en passant par les préfets et les chefs de la police les ayant organisées, on peut se dire qu’il n’y a pas eu d’épuration.

En effet on ne compte plus  les acquittements, ainsi celui de Bousquet, en 1949, par la Haute Cour de Justice ou de classements révoltants.

Mais c’est oublier l’impact de l’épuration dite administrative. Pour un préfet, pour un policier, être révoqué, c’est perdre tout ce qui donne sens à sa vie. C’est une sanction terrible. Même un Bousquet a vu sa carrière et ses ambitions brisées. Ce n’est pas rien. Sans parler du fait que la plupart de ces acquittements et classements étaient précédés de longs mois, parfois plusieurs années, en prison. Le bilan que je fais de l’épuration face au sort des juifs est donc nuancé. Malgré de nombreux ratés, les comités et tribunaux de l’épuration n’ont pas chômé : des centaines de policiers anti juifs, de fonctionnaires antisémites, de délateurs de Juifs ont été sanctionnés.

Memorial 98

 

Parmi les autres livres de Laurent Joly: 

 




 

 



 


 

Articles de Memorial 98 en rapport avec cet entretien:

http://www.memorial98.org/article-zemmour-rehabilite-petain-pour-qui-pourquoi-124774288.html

 

http://www.memorial98.org/article-memoire-la-rafle-meconnue-du-20-aout-1941-82199443.html


http://www.memorial98.org/article-collaboration-avec-les-nazis-une-exposition-d-actualite-125314945.html 


http://www.memorial98.org/2019/04/75-ans-apres-la-rafle-d-izieu-symbole-du-sort-des-enfants-juifs-face-au-nazisme.html


http://www.memorial98.org/article-30-janvier-1933-le-desastre-114868033.html

 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/10/il-ya-80-ans-petain-lancait-la.html 

 

http://www.memorial98.org/article-antisemitisme-le-double-anniversaire-du-3-octobre-58213369.html 


http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/04/celine-en-vedette-propos-du-covid19-une.html


http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/11/nuit-de-cristal-commemoration-2020-en.html




samedi 26 décembre 2020

Nouvelle diatribe antisémite de Houria Bouteldja.

Mise à jour du 19 janvier: soutien complaisant à Houria Bouteldja.

Un appel de soutien à sa tribune vient d'être publié. 

Il reprend la rhétorique habituelle selon laquelle Bouteldja aurait condamné les attaques antisémites contre April Benyaoum. C'est factuellement faux, comme le montre sa référence à l"anti juifisme" ( ci-dessous)Dans l'appel lui-même il est affirmé que HB rejette " l"essentialisation et  le judéocentrisme"  Ce dernier terme est communément employé par les pires antisémites, qui stigmatisent ainsi l'attention portée à la Shoah. Jean-Marie Le Pen déclarait ainsi que le procès Papon en 1987 était sous-tendu par le "judéo-centrisme" On retrouve aussi très fréquemment ce terme méprisant dans la prose de Soral et de ses acolytes. On notera aussi que selon les signataires, la tribune de HB s'inscrit carrément dans la continuité d'Aimé Césaire, Sartre et même Albert Memmi. Or ce dernier, récemment décédé et auteur de travaux remarquables sur le colonialisme mais aussi sur  l'oppression des Juifs, a souvent été dénoncé par la mouvance des signataires comme "sioniste". La récupération post-mortem, exercice malhonnête, est ici particulièrement abjecte.

Honte absolue pour ceux et celles qui se réclament de la gauche radicale et de l'antiracisme afin de légitimer l'antisémitisme.

Memorial 98 

Publiée sur son blog Mediapart cette tribune a été exceptionnellement dépubliée par le site mais se trouve facilement sur sa page Facebook et ici

Tous les clichés antisémites amalgamés à l’antisionisme se trouvent dans ce texte: si April Benyaoum, Miss Provence, a été insultée et menacée en référence à Hitler, c'est bien sûr de sa faute, si on écrit à son sujet: 
«Tonton Hitler, t’as oublié d’exterminer Miss Provence»


 

 

Bouteldja reprend à son compte la campagne anti-juive qui se dissimule à peine derrière un propos "anti-sioniste", selon la méthode bien connue en ce domaine.

Cette invention des "sionistes" comme nom de code des Juifs est directement issue du vocabulaire créé par Staline lors de ses campagnes antisémites après la Shoah. Ce travestissement grossier a été maintes foi recyclé depuis. Bouteldja lui donne une nouvelle portée en déclarant " On ne peut pas être Israélien innocemment"

De plus, Bouteldja introduit dans sa tribune le terme particulièrement nauséabond " anti juifisme" qu'elle attribue successivement aux Palestiniens puis aux "indigènes vivant dans l’hexagone". 

C'est la pratique habituelle des idéologues de la haine, qui attribuent leurs propres turpitudes racistes et antisémites à des populations censées porter ces aspirations. Ce qualificatif abject a été popularisé par l'antisémite enragé Ahmed Moualek, compagnon de route de Dieudonné et Soral, avant de se brouiller avec eux. Il avait auparavant participé au voyage de ces derniers au Liban et en Syrie en 2006,et participé avec eux à la campagne des Le Pen en 2007 avant de figurer sur leur "liste antisioniste" lors des élections européennes de 2008.

On a vu récemment le même type d'argumentation à propos de l'antisémitisme dans le Labour Party britannique. Suite à la défaite du Labour lors des élections législatives de 2019, Jean-Luc Mélenchon a attribué aux "communautaristes" juifs britanniques la défaite de la gauche. Il y a ajouté une critique violente à l’encontre de Corbyn, qu'il portait aux nues précédemment, car ce dernier se serait trop excusé face aux accusations d’antisémitisme dans le Labour. 

Pour Mélenchon, ces excuses auraient découragé "l'électorat populaire" du Labour,  qu'il désigne ainsi lui-même comme antisémite. L'électorat populaire serait antisémite tandis que les Juifs, qui ont toujours voté très massivement pour le Labour, sauf lors de cette élection, auraient uniquement succombé aux manipulations de Netanayahou.  

Selon Bouteldja, en tant que fille d'un père israélien, April Benyaoum devrait se proclamer antisioniste et anti-israélienne, sinon ce qui lui arrive est au fond justifié car " On ne peut pas être israélien innocemment" 

Suit la comparaison avec Rokhaya Diallo, agressée lors d'une émission en liaison avec son destin en Afrique ("Madame Diallo, elle n’aurait pas bénéficié de tout ce que donne la France, je crois qu’elle serait en Afrique avec 30 kilos de plus, quinze gosses, en train de piller le mil par terre et d’attendre que Monsieur lui donne son tour entre les 4 autres épouses”)  et que la droite ne soutient pas alors qu'elle condamne les menaces contre April Benyaoun.

Mais évidemment les antiracistes, dont Bouteldja ne fait pas partie, luttent également contre toutes les haines et toutes les discriminations sans en exclure aucune victime 

Ils soutiennent donc Rokhaya Diallo prise à partie sur un mode raciste, sexiste et essentialiste tout comme April Benyaoum. Cette dernière est renvoyée à la Shoah, qui aurait du l'éliminer de la surface de la terre, tandis que Rokhaya Diallo est ramenée à son sort fantasmé de femme africaine, comme Danièle Obono représentée en esclave chargée de chaînes par le magazine raciste Valeurs Actuelles.

A l'inverse de cette démarche globale,  pour Bouteldja et ses acolytes du Parti des Indigènes, l'antisémitisme est excusable et témoignerait même d'une conscience politique "anticoloniale". C'est ce qui est contenu dans son affirmation de Mars 2015 selon laquelle « Les Juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe. »

Sa diatribe la plus récente représente donc une justification de la violence antisémite qui va dans le sens de ses déclarations précédentes et les aggrave.

Mise à jour du 28 décembre:

Un dirigeant de l'UJFP, qui soutient Bouteldja et son texte, écrit ceci en réponse au texte ci-dessus ( à lire ici)  : "

"Contresens complet. Houria dénonce l'antisémitisme dans ce texte (en caractérisant certains propos tenus contre la Miss comme antisémites). Mais elle récuse aussi l'assimilation de l'antisionisme à l'antisémitisme.
Comme juif, je partage cette analyse."

Réponse : Un grand classique: brandir sa judéité afin de minimiser ou excuser des propos et actes antisémites.

Cela fait immanquablement penser aux Juifs membres du PCF dans les années 1950,  qui "en tant que juifs", approuvaient  les campagnes antisémites menées en URSS et dans tous les pays sous sa domination, jusqu'au prétendu complot des Blouses blanches.

Déjà à l'époque on utilisait le terme codé de "sionistes" pour nommer les Juifs .

En effet Staline et ses sbires ont recyclé les termes issus de l'extrême-droite  sur le " complot juif international". 
 

Mais ils ont du innover et ruser puisque leur référence au "communisme" leur interdisait de recourir trop ouvertement au vocabulaire antisémite classique. Ils choisirent donc de recourir au terme codé de "sionistes" afin de discriminer et réprimer jusqu'à la mort les Juifs qu'ils voulaient éliminer. Arthur London, dirigeant du Parti communiste tchécoslovaque inculpé dans le procès Slansky de 1952, le démontre très clairement dans son livre "L'Aveu" ( Folio) .  

"Ses tortionnaires– des policiers tchèques supervisés par des
Russes du KGB – l’interrogeaient sur les communistes qui étaient avec lui
dans les Brigades internationales, en Espagne. Chaque fois que London
donnait le nom d’un Juif, et cela arrivait souvent, les interrogateurs
notaient dans leur rapport : « sioniste » London leur disait : « Non, Untel n’est pas sioniste, c’est un vieux militantcommuniste ». Et on lui répondait : « Nous sommes dans un pays socialiste,
l’antisémitisme est illégal et il est interdit d’utiliser le mot “Juif”.
C’est pourquoi nous écrivons “sioniste” ".

Ainsi lors du prétendu complot des "Blouses blanches",  Staline dénonça les médecins "sionistes" qui auraient prévu de l'assassiner. Le PCF fit monter en première ligne des médecins juifs afin de soutenir ce complot antisémite; C'est en cohérence presque ironique avec l'approbation par Bouteldja du mot d'ordre " Sionistes au Goulag" (photo ci-dessus) voir plus précisément ici http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/08/la-nuit-des-poetes-juifs-assassines-le.html 

On notera à cette occasion que l'UJFP n'a jamais mené une quelconque action contre l'antisémitisme. Sa seule ligne en ce domaine consiste à justifier les dérives antisémites de personnes telles que Bouteldja et ses compères.

Cela remonte à fort loin puisque déjà en 2006 ce groupe a boycotté avec d'autres organisations tout aussi aveuglées, le rassemblement de protestation après le meurtre antisémite de Ilan Halimi, au prétexte que la police et la justice qui n'avaient pas établi le caractère antisémite de l'affaire.  

Cet étrange raisonnement, s'agissant d'organisations habituellement peu enclines à s'aligner sur les analyses policières, témoignait d'une réticence habituelle à s'emparer du combat contre l'antisémitisme, en raison des liens supposés avec la situation au Moyen-Orient.

La même confusion s'est poursuivie lors de la marche blanche après le meurtre de Madame Knoll en 2018  puisque l'UJFP s'est alors rangée sous la bannière de Daniel Knoll, qui défendait également la présence du Front National lors de cette marche (voir ici)

 

 MEMORIAL 98 

Articles de Memorial 98 en lien:

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/08/la-nuit-des-poetes-juifs-assassines-le.html 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2016/09/shoah-par-balles-babi-yar-septembre-1941.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2019/12/melenchon-diffuse-le-poison-de.html

 http://www.memorial98.org/article-33829718.html  Ilan Halimi

http://info-antiraciste.blogspot.com/2018/03/contre-lantisemitisme-et-tous-les.html

 

mercredi 11 novembre 2020

Algérie: le référendum boycotté marque une victoire de la mobilisation du Hirak

 

           Une des manifestations du Hirak

Les résultats du référendum organisé en Algérie le 1er novembre et portant sur la nouvelle constitution sont limpides: le " oui" l’emporte, certes, avec 66,80%, mais 5 586 256 millions de citoyens seulement se sont exprimés sur 24 millions de votants potentiels, soit un taux de participation de 23,70 % au scrutin et 76,30 % d’abstentions. Il s'agit du plus mauvais taux de participation jamais enregistré depuis l’indépendance.

Pendant la période la période du prétendu "socialisme algérien" à la Houari Boumediene les scores aberrants aboutissaient à 99% de votants et d’approbations du régime.

Contrairement aux attentes des promoteurs de ce projet, ce scrutin n'a pas été ce " festival démocratique " répété plusieurs fois par jour par les médias audiovisuels publics aux ordres. Les électrices et les électeurs ont, en dernière analyse, donné une réponse défavorable aux desseins du pouvoir en place. Ce pouvoir avait prétendu promettre de
"satisfaire ce qui reste des revendications du Hirak engagé le 22 Février 2019 “.

Le Hirak ( mouvement en arabe), grand soulèvement démocratique a débuté à cette date lorsque des dizaines de milliers d'Algérien.ne.s descendent spontanément dans les rues du pays pour protester contre la perspective d'un 5e mandat du président sortant Abdelaziz Bouteflika.

 A 80 ans, le chef de l'État malade, et son entourage prévoyaient une nouvelle candidature imposée  au scrutin prévu en avril 2019 . Rapidement, pourtant, il fut poussé vers la sortie et l'armée reprend totalement la main, à travers son chef, le général Gaïd Salah. S'ensuivit une série d'arrestations dans l'entourage de Bouteflika et le report, à deux reprises, du scrutin présidentiel. Pourtant, les manifestations se poursuivirent avec une revendication centrale: "la fin du système". Une présidentielle largement rejetée, le 12 décembre 2019, portera au pouvoir Abdelmadjid Tebboune. Quant aux manifestations du Hirak, elles se poursuivirent chaque vendredi jusqu’à l’arrivée du Covid.

 A l'est, à l'ouest et au sud le peuple dans sa grande masse a tourné le dos aux urnes lors du référendum. En Kabylie, où le Hirak a débuté, l'opération a carrément été annulée dans l'écrasante majorité des communes alors même qu'un point important pour les berbérophones figurait dans la le texte de la nouvelle constitution.

A travers ce geste, les AlgériennEs ont adressé un message clair, net et sans bavure à l'éternelle et insupportable alliance malfaisante de l’armée, ses généraux, ses sinistres "services”, ses prisons avec l'oligarchie prédatrice et corrompue.

Tous les secteurs de ce peuple : chômeurs, précaires, travailleurs, fonctionnaires, personnes vivant de "l'informel “, fonctionnaires, médecins, avocats, magistrats ont clairement montré leur impatience.

L'ensemble de cette population réarmée moralement, remobilisée par et dans le Hirak réclame un " sérieux changement démocratique " l'instauration d'un véritable Etat de droit avec une vraie séparation des pouvoirs, une " justice juste" ' (propos d'un passant entendu à la radio au cours d'un micro- trottoir). Les gens veulent voir leur " glorieuse Armée Nationale Populaire " ne pas faire de politique," rentrer et rester dans les casernes ou stationner aux frontières, ça serait le vrai travail des généraux " (micro-trottoir aussi).
Le pouvoir vient de perdre une importante bataille : celle de la participation, donc celle de la légitimité.
Les généraux, les puissants services secrets, l'oligarchie corrompue voulaient faire oublier les tristes années Bouteflika devenue momie, c'est à dire réparer le handicap de la présidentielle du 12 Décembre 2019. Ce dernier mandat avait submergé de honte la population toute entière, se rendant bien compte que ce pays était la risée du monde entier. Bref, on se devait de donner un nouvel élan à la " Nouvelle Algérie »

Mais d'autres ont perdu, aussi, une très grande bataille : ce sont les partis islamistes. Ils ont fait campagne pour le Non sur des bases ultra-réactionnaires. Selon eux le texte de la nouvelle constitution aurait un "contenu beaucoup trop laïc" et donc " mettrait gravement en péril la figure et la personnalité profonde de l’Algérie ". 

Surtout la langue amazighe ( berbère) est enfin reconnue comme langue nationale (donc enseignée et apparaissant dans les textes publics et officiels) et figurera dans la liste des huit points intangibles et ne pouvant être effacés. Il s'agirait d'une liste d'items ne pouvant être amendée. Ils ont aussi perdu la bataille de l'alphabet car pour ces formations politiques, les caractères arabes devaient prévaloir. Ces partis ont été finalement incapables de mobiliser leurs troupes sur leurs deux sujets de prédilection. La base de ces partis islamistes a été démoralisée, parce que corsetée et quasi immobilisée par des programmes et une idéologie s'étant heurtée frontalement au furieux torrent du Hirak.

Le pouvoir, avec ses nombreux services de renseignement, ses mouchards, ses infiltrés, ne méconnait pas les effets d'une mobilisation soutenue sur le long terme. Il sait qu'il a perdu une bataille. Comment va-t-il réagir ? De nombreuses arrestations de militant-e-s ont eu lieu au lendemain du référendum.
Crise économique, baisse du prix du pétrole et donc du gaz naturel qui induit une baisse de la rente pétrolière, pandémie Covid 19, crise permanente du logement, ou en est le contingent et la couche des sous-officiers de l'armée ? Tebboune choisi comme président par l’État-major de l'armée, fera t il encore l'affaire longtemps ? Telles sont les données et les questions
lancinantes posées à ce pouvoir chancelant.

Les réponses sont essentiellement dans la capacité du Hirak à perdurer.

Des grèves ont déjà éclaté dans plusieurs secteurs de l’industrie. En outre, à la suite du viol d'une autre jeune femme suivie d'assassinat, une mobilisation de femmes contre les féminicides en Algérie s’enracine. Le mouvement né le 22 février 2019 dans lesquelles les femmes et la jeunesse ont pris une place déterminante n'a pas fini de produire ses effets.


NB : les groupes de mots ou mots placés entre guillemets sont des éléments tirés de la presse ou des propos tenus et/ou entendus lors des micros-trottoirs de radios francophones ou encore des éléments de langage du pouvoir .

Les campagnes électorales jouissent maintenant d'assez grande liberté .C'est ensuite que cela peut se gâter.

Philippe Chamek pour Memorial 98

PS : les journaux : El Watan, Le Soir d'Alger, le Matin d'Algérie, les chaines de radio publique : Alger 3 et Alger 2 m'ont aidé à écrire cet article.

 

Voir les dossiers de Memorial 98 sur l'Algérie, sur ce site et sur http://www.memorial98.org/ :

 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/07/colonialisme-que-signifie-la.html ( restitution de corps de combattants algériens) 


http://www.memorial98.org/article-17-octobre-1961-un-massacre-colonial-120574236.html 

 


 
 
 

 
 

 

 

lundi 9 novembre 2020

Nuit de Cristal : commémoration 2020 en temps de pandémie

 

                                             Synagogue brûlée lors de la Nuit de Cristal

 

La situation sanitaire nous empêche d’organiser la commémoration de la Nuit de Cristal devant le Gymnase Japy avec nos partenaires habituels : Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le négationnisme] association Ibuka-France (Justice et soutien aux rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda), Ligue des Droits de l’Homme (LDH) association Fonds Mémoire Auschwitz  ( AFMA). 

Nous avons donc enregistré une vidéo réalisée par Bernard Henry-Beccarelli, que nous remercions pour son beau travail (voir en bas ses autres vidéos en rapport avec le 9 Novembre) . Pour visionner la vidéo, c'est ici:

https://vimeo.com/476935322?fbclid=IwAR2SkYMFtU9gZIbY7WC7PBdDXEjW-a5PEO-wu71zRiq5wsLpi7yMVbPrXhY

 Nuit de Cristal à Vienne : un rappel tragique  de l’actualité.

L’attentat djihadiste du 2 novembre,qui s’est déroulé à proximité de la grande synagogue de la ville, a rappelé que ce lieu de culte juif était le seul à ne pas avoir été détruit par les nazis dans la capitale autrichienne lors de la Nuit de Cristal. 

 En effet la vague de violences anti-juives, fut particulièrement meurtrière en Autriche, alors intégrée au Reich allemand.

C'est à Vienne, où s'étaient déjà produites des émeutes anti-juives lors de l'Anschluss en Mars 1938, que le pogrom prit ses formes les plus violentes et les plus meurtrières, avec 42 synagogues sur 43 incendiées, 27 personnes juives tuées et 88 grièvement blessées.

L'année 1938 avait débuté par l'annexion de l'Autriche par Hitler, l'Anschluss. L'armée allemande fit une entrée triomphale en Autriche le 12 mars 1938. Dès la fin cette  journée les bureaux des organisations juives furent saisis par les Nazis.
Dans les jours et les mois qui suivirent, presque tous les Juifs autrichiens perdirent leurs moyens de subsistance et dans la majorité des cas leur domicile. Les mesures antisémites du Reich s'appliquèrent immédiatement.
 

Au lendemain de l'Anschluss, les Juifs furent forcés de revêtir leurs habits de fête et de nettoyer les rues de Vienne, accroupis sous le regard de Viennois goguenards et ravis. 


Les jeunesses hitlériennes paradaient en tirant des Juifs orthodoxes par leur barbe, d'autres Juifs furent obligés de brouter l'herbe au parc du Prater.

Ces actes furent rarement commis par des nazis allemands mais plutôt par des nazis autrichiens. A Vienne, les « parties de frottage », sont quotidiennes. Des groupes de S.A. sortaient les Juifs de leur maison ou de leur magasin, leur mettaient dans les mains un seau et une brosse et les obligeaient, sous les huées et les injures des gens qui font cercle autour d'eux, à effacer sur le macadam ou sur les murs des maisons les slogans appelant à s'opposer à l'Anschluss ou de  barbouiller de peinture jaune des magasins juifs. 

Lors de la Nuit de Cristal, la quasi-totalité des synagogues de Vienne furent détruites. Les commerces juifs furent vandalisés et saccagés. Des milliers de Juifs furent arrêtés et déportés vers les camps de concentration de Dachau ou de Buchenwald.

Les nazis autrichiens occupèrent une place centrale au sein de la galaxie national-socialiste, suivant l'exemple d'Hitler, lui même d'origine autrichienne. Adolf  Eichmann symbolise cette implantation au cœur de la mise en œuvre du génocide. 

Après guerre, la réintégration rapide des nazis dans l'espace politique se fit sous la protection des Alliés et du mythe d'une Autriche "victime" du nazisme. La présidence de Kurt Waldheim (1986-1992) fortement antisémite et qui avait participé à des crimes de guerre nazis dans les Balkans, poursuivit cette voie, aggravée en 1999 par la première victoire électorale du dirigeant d’extrême-droite Haider avec 27% des voix. Il accéda alors au gouvernement, en coalition avec la droite.

 

La Nuit de Cristal: une étape majeure de la persécution des Juifs 

 

« Je vais pour rentrer à mon hôtel, lorsque je vois le ciel [virer au] rouge sang. La synagogue brûle. [...] Nous ne faisons éteindre les incendies que si c'est nécessaire pour les bâtiments allemands du voisinage. Sinon, laisser brûler ...


Des vitres volent en éclats. Bravo, bravo ! Dans toutes les grandes villes, les synagogues brûlent. »

Goebbels à Munich, le 10 novembre 1938

 

Lors de cette vague de violences organisée par les nazis, plusieurs centaines de personnes juives furent tuées et plusieurs centaines d'autres se suicidèrent. A Berlin et Vienne uniquement, 400 morts par suicides furent dénombrées.  Le chiffre total des victimes juives se monte à plus de 2500.  Vingt-six mille personnes furent arrêtées et pour certaines jetées dans des camps de concentration. Deux cent soixante-quinze synagogues furent brûlées ou détruites (voir ici le déroulement organisé par les nazis). 

 

 



                        Magasin juif vandalisé, portant l'inscription  "Juda (Juif) crève!"

 

Dans la montée du nazisme et du fascisme en Europe, la Nuit de Cristal  a représenté un jalon important.

Les nazis, au pouvoir depuis 1933, franchissaient une nouvelle étape avec cette vague de violences antisémites commises au vu et au su de toute l'Europe. 

 Les images des synagogues incendiées, des enfants, des femmes et des hommes assassinés, arrêtés en masse, frappés et humiliés en public ne pouvaient pas être ignorées.

Pendant le pogrom, environ 30000 hommes juifs furent  emprisonnés  dans des camps de concentration. C'est la première fois que des fonctionnaires nazis procédaient  à des arrestations de masse de personnes avec pour unique raison le fait qu'ils étaient juifs, sans plus de justification.

Après la Kristallnacht, le régime nazi infligea à la communauté juive une amende d'un milliard de reichsmarks «en réparation» et s'empressa de promulguer de nombreux décrets et lois anti-juifs.

Pourtant, en France les informations venues d'Allemagne ne changèrent pas la situation; ni à la politique de refoulement des Juifs qui tentaient de fuir l'Allemagne, ni à la politique de laissez faire face à Hitler. La France fut ainsi la seule grande démocratie à ne pas avoir dénoncé officiellement les massacres perpétrés dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938.

Ainsi s’annonçait déjà la participation active du régime de Vichy à la déportation des Juifs de France et à la Shoah. Moins de deux ans après la Nuit de Cristal, Pétain édictait le statut d’exclusion des Juifs et s’inscrivait dans la galaxie nazie.

 

La lutte contre l’antisémitisme et le fascisme plus que jamais d’actualité 

La pandémie du Covid donne déjà lieu à une déferlante de propagande antisémite et complotiste dans le monde entier

En France, Soral, toujours en liberté malgré ses condamnations à des peines de prison ferme,  est évidemment  au premier plan avec sa vidéo nommée Couillonavirus Communauté organisée qui tient la France. Il y stigmatise 

"le gang qui a en charge la médecine d’État : Buzyn, Lévy, Bauer, Hirsch, Jacob, Guedj, Salomon… C’est la liste de Schindler. » Il éructe que les Juifs « veulent faire du pognon sur le dos des Français, affaiblir le peuple français par le nombre de morts ».

 Cette propagande s’est focalise sur la diabolisation d’Agnès Buzyn et de son mari Yves Lévy, ancien directeur de l’Inserm, qui entraveraient l'action du Pr Raoult,  

Elle a pris notamment pour prétexte d’une part le rôle de l’ancienne ministre de la Santé dans les débuts de l’épidémie et d’autre la présence d’Yves Lévy lors de l’accréditation d’un laboratoire de recherche de haute sécurité financé par la France à Wuhan, le 23 février 2017. 

Selon ces théories, le virus du Covid est issu de ce laboratoire et a été volontairement répandu avec la complicité, voire même sous la responsabilité d’Yves Lévy,  tandis que son épouse sabotait la prise en charge de l’épidémie en France. On peut même voir des caricatures montrant Agnès Buzyn en train d'empoisonner un puits, comme dans la tradition antisémite séculaire

De son côté Marine Le Pen a plusieurs fois relayé la rumeur d’une origine « mystérieuse et inconnue » du coronavirus.

Elle prolonge ainsi les thèse de son parti contre les acquis de la santé publique.

 

Aux États-Unis la présidence Trump a permis, avec sa bénédiction, un développement sans précédent des thèses complotistes et de campagnes antisémites, dirigées notamment contre Georges Soros. L’émeute néonazie de Charlottesville puis les attentats antisémites d’extrême-droite dans les synagogues  de Pittsburgh et de San Diego en constituent les conséquences directes.

 

En Europe l’attentat de la synagogue de Halle en octobre répondait lui-aussi au développement du parti d’extrême-droite AfD, allié du Rassemblement national, et à la présence massive en son sein de courants antisémites et négationnistes.

 

La commémoration du 9 novembre inclut pour nous la solidarité avec toutes les victimes de génocides et crimes contre l’humanité. 

L’actualité tragique place au premier plan la situation de la population arménienne frappée par la guerre au Haut-Karabakh lancée par les gouvernements d’Azerbaïdjan et de Turquie. La situation est dramatique, avec un énorme déséquilibre en termes de nombre de combattants et surtout de technologie, entre ceux qui défendent leur droit à rester vivre sur la terre de leurs ancêtres, et ceux qui promeuvent une idéologie de haine et veulent juste s’accaparer un territoire en le vidant de ses habitants.

Les  mécanismes de l’idéologie nationaliste qui a conduit au génocide de 1915 et aux épurations ethniques en Azerbaïdjan sont à l’œuvre ici.

En France même, la population d’origine arménienne subit des agressions de nationalistes turcs liés à la mouvance d’extrême-droite de l’organisation des Loups gris. Celle-ci vient enfin d’être dissoute ici. La profanation du centre de la mémoire arménienne à Décines a rappelé que le génocide de 1915, non reconnu par les autorités de Turquie, demeure une plaie béante de la mémoire historique.

Nous pensons également à l’actualité de la mémoire du génocide des Tutsi, alors que plusieurs de ses initiateurs ont enfin été arrêtés et que le négationnisme poursuit son œuvre. 

Marcel Kabanda, membre et ancien président de l'association Ibuka-France, qui regroupe des survivants du génocide des Tutsi nous a adressé le message suivant: 

 

"Malgré la dureté des temps que nous vivons, temps marqué par la récurrence des violences extrêmes, une crise sanitaire mondiale sans précédent dans sa virulence et dans ses effets sur la vie sociale des sociétés, nous pensons à d’autres temps. 

Ce 9 novembre 2020, je pense au 9 novembre 1938 dans l’Allemagne du IIIe Reich. Je me souviens de ce moment où la haine des Juifs s’est transformée en mouvement, s’est muée en actes de violence inouïe perpétrés par des groupes nazis contre les personnes juives, leurs biens, leurs lieux de prière et de culte.  Ce sont les fanatiques nazis qui ont commis les forfaits. Mais ceux-ci se sont accomplis au milieu de citoyens bien comme il faut, respectueux de la l’ordre et de la loi, prenant soin de leurs familles et de leurs biens. 

Ils ne se sont pas sentis responsables de la sécurité des juifs persécutés. La question est d’actualité.

Paradoxalement, l’injonction à la distanciation sociale n’est pas un appel à l’indifférence. C’est un appel à prendre conscience qu’il dépend de moi que l’autre vive. 

L’antisémitisme d’hier et d’aujourd’hui est notre affaire à tous. C’est pour cela que j’ai tenu à vous exprimer aujourd’hui ma sympathie. Je suis le gardien de mon frère ! Si j’ai pas la force nécessaire pour empêcher qu’il tombe, je dois au moins pleurer sa mort, protéger sa mémoire contre l’oubli ou le dénigrement, veiller à la continuité de son humanité au de là des actes de dégradation dont il a été victime"


La pandémie du Covid a perturbé cette année notre commémoration.

Espérons que bla fin de cette catastrophe sanitaire permette l’organisation des prochaines échéances de mémoire et de combat contre tous les racismes.

 

Memorial 98 

 

voir les articles et dossiers de Memorial 98 dans ce domaine:

Commémorations 2018 et 2019 avec les vidéos  http://info-antiraciste.blogspot.com/2019/11/9-novembre-rassemblons-nous-pour-les.html