vendredi 5 avril 2019

25 ans après le génocide des Tutsi au Rwanda: l'implication française doit être reconnue et jugée.


Mise à jour du 21 avril 2019:
un documentaire programmé le 25 avril sur France,  à voir dès maintenant en suivant le lien ci-dessous, avec les témoignages de Guillaume Ancel et d'autres lanceurs d'alerte. On comprend clairement l'importance de l'engagement de l'armée française dans la formation militaire de l'armée génocidaire https://www.telerama.fr/television/a-voir-sur-telerama.fr-retour-a-kigali,-un-documentaire-implacable-sur-le-genocide-au-rwanda,n6221374.php?fbclid=IwAR1CRqUqvpTsiUvHlSfsLAFIo9lOQGgA5sGVibK8ZSNfTu0a1iQtph0JfLU
 Memorial 98


A l'occasion du 25e anniversaire du début du génocide des Tutsi au Rwanda, un ébranlement est en train de se produire en France, concernant à la fois la mémoire de cet immense crime et également la mise en lumière des responsabilités des autorités françaises avant, pendant et après le massacre. La multiplication des articles de presse en témoigne.

La chape de plomb qui entoure la mise à jour ces responsabilités est en train de craquer de toute part. Ce mouvement se produit grâce à la détermination des survivants du génocide et à des militaires français qui ont décidé de témoigner.

Le pionnier a été Guillaume Ancel, ancien officier de l’armée de terre qui a affirmé que les militaires français  ont laissé faire des massacres et ont reçu l'ordre de "livrer des armes aux génocidaires dans les camps de réfugiés."
Cet officier a pris part à l'opération dite Turquoise au Rwanda, en 1994, en tant que capitaine du 2e régiment étranger d'infanterie.
Son livre Rwanda, la fin du silence montre que les troupes envoyées par Paris lors de cette opération avaient pour mission de "stopper le FPR, donc d'empêcher la victoire de ceux qui combattaient les génocidaires"
Un général qui se trouvait au Rwanda a également témoignéAujourd'hui âgé de 84 ans, Jean Varret est nommé fin 1990 chef de la Mission militaire de Coopération (MMC). A Kigali, le colonel rwandais Pierre-Célestin Rwagafilita, chef d'état-major de la gendarmerie, vient lui demander des armes lourdes pour faire du maintien de l'ordre, en lui expliquant: «Je vous demande ces armes, car je vais participer avec l'armée à la liquidation du problème. Le problème, il est très simple : les Tutsi ne sont pas très nombreux, on va les liquider». De retour à Paris, le général Varret rend compte du risque de soutenir un pouvoir obsédé par la menace d'une «cinquième colonne» tutsi, au moment où le Front patriotique rwandais (FPR, tutsi) mené par Paul Kagame tente d'entrer au Rwanda depuis l'Ouganda. Le général est lu, mais personne ne l'écoute, affirme-t-il.

Face à ces révélations et au scandale qui menace, Emmanuel Macron louvoie. Il reçoit à l’Élysée les responsables de l’association Ibuka mais refuse de se rendre au Rwanda pour ce 25e anniversaire.
Il crée une commission d’historiens censée faire la lumière sur la période des années 1990-1994 mais en élimine l’historienne du CNRS Hélène Dumas, spécialiste du Rwanda dont elle maîtrise la langue.  
Nous soutenons la protestation contre cette exclusion qui laisse penser que la commission ne sera pas indépendante et appelons à en signer l'appel .
La composition de la commission a d'ailleurs  fait réagir la communauté historienne ces derniers jours, après l’annonce de la mise à l’écart de deux des principaux spécialistes français du sujet : Hélène Dumas seule experte à maîtriser le kinyarwanda et Stéphane Audoin-Rouzeau directeur d’études à l’EHESS. 
Ce dernier, qui dit avoir été reçu par la cellule Afrique de l’Élysée quelques jours avant l’annonce, explique qu’on lui a laissé entendre que « certains de [ses] écrits sur le rôle de l’armée française au Rwanda avaient pesé dans la balance et que [sa] présence serait une source de blocage. Et ce, après m’avoir expliqué au préalable que mes travaux avaient contribué à motiver la création de cette commission ».  
Il n’y a d’ailleurs aucun spécialiste du Rwanda dans la commission.
Le  doute subsiste également sur la capacité qu’auront les chercheurs à avoir accès aux archives de François Mitterrand. C’est Dominique Bertinotti, ancienne ministre déléguée à la famille, qui est la mandataire des archives du double septennat de l’ancien président français. Elle peut, à ce titre, s’opposer à la consultation du fonds. 
On comprend donc  la prudence de Marcel Kabanda, président d’Ibuka qui déclare: " J'ai le sentiment que la France est largement impliquée, mais jusqu'où ? Ce sont peut-être ces archives qui vont nous l'apprendre.
"Je pense aussi que tout ne se trouve pas dans ces papiers. Nous avons souvent été déçus, ou trahis. Donc j'ai des craintes »

1994, le génocide 
Le 7 avril 1994 marque le début du génocide des Tutsi du Rwanda et des "jours de sang" du mois d'avril:
C'est à ce génocide que revient  chaque année le triste privilège d'ouvrir les commémorations du mois d'avril, au cours duquel est honorée la mémoire des victimes des trois génocides majeurs du XXe siècle : celui des Tutsi du Rwanda le 7 avril, date du début des massacres en avril 1994, celui de la Shoah le 19 avril correspondant au début de la révolte du ghetto de Varsovie le 19 avril 1943 celui des Arméniens le 24 avril correspondant aux premières arrestations des intellectuels arméniens à Constantinople/Istanbul en avril 1915.
Nous y associons le premier génocide du XXe siècle commis en 1904 par l'Allemagne impériale  contre les peuples Herero et Nama en Afrique australe, les actions génocidaires en Bosnie à Srebrenica, au Darfour, le génocide des Roms, les actions génocidaires du régime khmer rouge au Cambodge et la récente tentative d’extermination des Yézidis d’Irak par Daech, les actions génocidaires contre les Rohingya en Birmanie ...


Memorial 98 appelle à participer aux initiatives de commémoration et de solidarité organisées dans différentes villes par nos partenaires de l'association de rescapés Ibuka .


C'est en effet le 7 avril 1994 que débutèrent au Rwanda les massacres qui allaient voir la mort d'au moins un million de personnes jusqu'à juillet de la même année: des individus définis comme Tutsi, constituant la majorité des victimes, mais aussi des Hutu opposés aux partisans de l'idéologie raciste dite "Hutu Power"
D'une durée de cent jours, ce fut le génocide le plus bref et concentré de l'histoire et celui de la plus grande ampleur quant au nombre de morts par jour de tuerie.
Fruit d'une idéologie raciste mise en œuvre sur des décennies, ce génocide s'est appuyé, pour diffuser la haine, avant et pendant, sur une forme perverse d'humour, notamment à la Radio Télévision des Milles Collines, mais aussi sur les caricatures déshumanisantes de la propagande génocidaire .
Comme pour tous les projets génocidaires, celui-ci s'accompagne de campagnes négationnistes, de difficultés à faire reconnaître les responsabilités entre autres les responsabilités françaises et à faire vivre la mémoire. Il a fallu attendre 20 ans pour qu'enfin une stèle au Père Lachaise à Paris commémore ce génocide et encore 2 ans avant que soit inauguré un Jardin de la Mémoire dans un parc parisien.
Des progrès limités ont aussi été réalisés dans le domaine de la justice puisque enfin des génocidaires ont été jugés et condamnés en France. Ces procès doivent beaucoup à l’action de nos amis du Collectif des parties civiles pour le Rwanda qui poursuivent un combat incessant pour que le Parquet et les tribunaux jouent enfin leur rôle. En effet la justice demeure très partielle, lente et laborieuse. Des génocidaires présumés lui échappent.
Les habitants de nôtre pays ont un devoir particulier en ce qui concerne le Rwanda. En effet, une partie du combat est aujourd'hui celui de la pleine reconnaissance par l’État français de ses responsabilités. Cet État qui prétend parler en notre nom, persiste aujourd'hui à garder un silence complice sur l’implication de l’armée française dans le génocide des Tutsi.
Or le pouvoir Hutu extrémiste a reçu de manière continue et appuyée le soutien des autorités françaises tant au plan politique, militaire que financier, avant, pendant et après le génocide. Toute la vérité doit être faite au sujet de cette implication : tous les documents doivent être rendus publics.
Les preuves s'accumulent maintenant quant à la participation des pouvoirs publics français et d’institutions financières à l’exécution du crime.
Nos amis et partenaires des associations Ibuka, qui regroupe des rescapés tutsi et du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) qui mène un énergique combat judiciaire ainsi que l'ONG Sherpa, ont porté plainte contre la banque BNP. Ils l’accusent d’avoir favorisé le génocide en finançant la livraison d’armes, malgré l’embargo décidé par l’ONU.

En même temps les mises en cause se multiplient à propos de l’implication de dirigeants français de l’époque. L’attention se concentre sur Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères et surtout à l’époque secrétaire général de l’Élysée à l'époque du génocide, déjà plusieurs fois cité.


A ce moment (1993-1995) Mitterrand était président et Balladur chef d’un gouvernement de cohabitation, suite aux élections de 1993. Védrine jouait un rôle capital et bénéficiait de l’entière confiance du président.    

Selon le journaliste Patrick de Saint-Exupéry,  spécialiste du Rwanda, fondateur de la revue XXI et qui a dénoncé le génocide dès 1994, un haut fonctionnaire chargé d’examiner les archives de l’Elysée de 1990 à 1994 affirme que les autorités françaises ont bien donné l’ordre de réarmer les auteurs du massacre, alors que ces derniers venaient d’être mis en déroute par le Front patriotique rwandais (FPR).
Le fonctionnaire, anonyme mais manifestement très bien informé, qui a eu accès aux archives au moment de leur ouverture par François Hollande en 2015, évoque un document faisant état d’une fronde de certains militaires français contre la décision des autorités françaises de réarmer les génocidaires.
En marge de ce document et concernant le trouble de ces militaires, une note manuscrite d’Hubert Védrine insistait sur la nécessité de «s’en tenir aux directives fixées» et donc de livrer les armes.

 
Selon un autre spécialiste du Rwanda, Jacques Morel, cité par Libération, on retrouve la signature de Védrine en bas d’une note sur une dépêche officielle citée par l’agence Reuters et datée du 15 juillet 1994.
La dépêche était titrée: «Paris prêt à arrêter les membres du gouvernement intérimaire rwandais.», eux qui avaient orchestré le génocide et qui s’étaient repliés dans les zones sous contrôle français.
En marge de la dépêche, Hubert Védrine avait écrit: «Lecture du Président (Mitterrand): ce n’est pas ce qui a été dit chez le Premier ministre (Balladur).»
L’arrestation fut donc annulée.

Mitterrand et Védrine étaient particulièrement complaisants à l’égard des chefs Hutu, considérés comme favorables à la France car francophones, alors que les dirigeants Tutsi, qui avaient dû se réfugier en Ouganda étaient considérés comme favorables au monde anglophone.
De plus Mitterrand défendait la thèse négationniste du « double génocide », selon lequel les torts étaient partagés entre génocidaires et victimes. Ainsi après le sommet franco-africain de Biarritz en 1994, il lance à un journaliste qui l’interroge : “De quel génocide parlez-vous, monsieur ? De celui des Hutus contre les Tutsis ou de celui des Tutsis contre les Hutus ? ”
                                          
Védrine a de son côté défendu l’auteur négationniste Pierre Péan en 2008 lors du procès de ce dernier après la parution de son livre sur le Rwanda « Noires fureurs, blancs menteurs ». Le déroulement de ce procès démontre les ressorts et arguments des négationnistes, si proches de ceux qu’on retrouve dans des cas semblables (lire ici le compte rendu qu'en fit Memorial 98)
   
C’est dans cette sphère du déni qu’avait aussi agi le juge « anti-terroriste » Jean-Louis Bruguière chargé d’une enquête sur l’attentat qui le 6 avril 1994, toucha l’avion transportant le président du Rwanda Habyarimana,  abattu par deux missiles à son approche de l’aéroport de  la capitale Kigali.
Bruguière conclut, au terme d’une enquête partiale conduite depuis Paris, sans déplacement sur les lieux de l’attentat, à la responsabilité des rebelles tutsi (FPR) ; il lança des mandats d’arrêt internationaux contre de hauts responsables du FPR au pouvoir à Kigali.
Suite aux  conclusions du rapport Bruguière, les thèses négationnistes se renforcèrent et obtinrent une sorte de droit de cité dans le discours public, notamment français. L’attribution au FPR de la responsabilité de l’attentat du 6 avril a servi  à protéger des questions embarrassantes les dirigeants politiques de cette époque de cohabitation : Mitterrand, Balladur, Léotard, Juppé,  Roussin, Hubert Védrine, les responsables militaires et tous les officiels ayant joué un rôle dans la complicité militaire, politique, diplomatique et financière de la France dans le génocide.
Bruguière, parti à la retraite avant une carrière politique dans les rangs de l’UMP, son successeur, le magistrat anti-terroriste Marc Trévidic se rendit à Kigali en 2012, ce que n’avait jamais fait Bruguière, et aboutit à des conclusions totalement inverses sur le déroulement de qui allait constituer le prétexte de la mise en œuvre du crime.

Les habitants et les pouvoirs publics de notre pays ont un devoir particulier en ce qui concerne le Rwanda.
En effet, une partie du combat est aujourd'hui celui de la pleine reconnaissance par l’État français de ses responsabilités.
Cet État qui prétend parler en notre nom, persiste aujourd'hui à garder un silence complice sur l’implication de l’armée française dans le génocide des Tutsi.
Or le pouvoir Hutu extrémiste a reçu de manière continue et appuyée le soutien des autorités françaises tant au plan politique, militaire que financier, avant, pendant et après le génocide. Toute la vérité doit être faite au sujet de cette implication : tous les documents doivent être rendus publics. C’est pourquoi nous soutenons et partageons pleinement le combat de nos amis et partenaires de Ibuka, du CPCR et de Survie afin que la vérité se fasse jour et que les coupables éventuels soient jugés. On notera que Védrine est toujours présent sur la scène politique et médiatique. Il semble qu’il soit écouté par le nouveau président français. Il serait même  à l’origine du tournant consistant à s'allier avec Bachar El Assad sous prétexte de « lutter contre le terrorisme » alors que Assad en est le principal responsable et parrain. Védrine a aussi beaucoup de sympathie « réaliste » envers Poutine. 
Dans ce domaine de la responsabilité des États la justice des Pays-Bas a émis un verdict historique, bien qu'incomplet et frustrant. Elle juge que les autorités de son pays ont laissé se dérouler le génocide de Srebrenica (un an à peine après celui des Tutsi), sans permettre le sauvetage des personnes qui tentaient de se réfugier dans l'enclave des Casques Bleus néerlandais présents sur place. C'est le résultat d'une longue bataille des victimes et de leurs avocats avec le soutien d'ONG néerlandaises et internationales, mobilisées pour la justice et contre l'impunité.
Cette reconnaissance est importante car elle trace la responsabilité des gouvernements qui laissent se dérouler des génocides et crimes contre l'humanité et n'interviennent pas pour sauver des vies humaines. C’est dans le même sens que nous devons agir afin que soit levée la chape de plomb de la dissimulation au nom de la raison d’État.

En effet, à l’inverse, l'impunité des auteurs des génocides et massacres représente un facteur évident de récidive et de perpétuation des actes génocidaires.  On se souvient notamment du propos de Hitler trouvant un encouragement dans la manière dont le génocide arménien de 1915 était nié :
« Mais qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? » déclarait-il dans une allocution aux commandants en chef de l'armée allemande le 22 août 1939, quelques jours avant l'invasion de la Pologne.
 
C'est pourquoi, plus que jamais et en permanence,  la mémoire des génocides nourrit nos combats. 

Le génocide des Tutsi est également le récit d'une horreur absolue, dans laquelle des voisins massacrent ceux qu'ils connaissent et fréquentent. Des victimes supplient qu'on les tue avec une arme à feu  afin d'échapper à la machette et au gourdin mais pour cela les massacreurs exigent qu'ils payent le le prix de la balle. De manière croissante des livres et témoignages rendent compte de ces atrocités. Les femmes subirent un sort particulier avec les très nombreux viols et tortures particulières. Les survivantes luttent pour leur dignité et se regroupent comme celles de la maison de Kigali qui ont écrit le récit de leurs souffrances et de leurs combats.

A l'orée du 25e anniversaire, c'est un immense champ de mémoire et de solidarité qui est en train de s'ouvrir et auquel nous appelons à participer, pour que justice soit faite. 



MEMORIAL 98








jeudi 4 avril 2019

Dieudonné: les profits de la haine antisémite enfin jugés.




                                           Dieudonné arrive au procès

Le parquet de Paris a requis, le 3 avril, dix-huit mois de prison ferme contre Dieudonné, soupçonné notamment d’avoir détourné plus d’un million d’euros de recettes de ses spectacles et d’avoir fraudé le fisc.
Les poursuites portent sur la période 2009-2014.

Ce procès se produit enfin alors que Dieudonné et ses acolytes ont sans cesse cherché à infiltrer le mouvement des Gilets jaunes.
Ils  ont multiplié les provocations à base de "quenelles" complaisamment brandies devant les caméras.
Ainsi une vingtaine de dieudonnistes affublés de Gilets jaunes se sont exhibés lors du rassemblement du 22 décembre à Montmartre.


Avec d'autres, l'antisémite enragé ont tenté d'orienter le mouvement social vers des buts racistes et complotistes. A ce titre il représente un véritable danger.


Dieudonné est jugé à partir depuis le 26 mars pour fraude fiscale, blanchiment de fraude fiscale et abus de biens sociaux devant la 11e chambre correctionnelle de Paris, spécialisée dans les affaires financières. Il est accusé d’avoir dissimulé près de 1,5 million d’euros au fisc  durant la période de 2009 à 2014.
Tout au long des audiences de son procès le 26 mars, Dieudonné, le quenellier antisémitea opposé au tribunal correctionnel son « droit au silence » , tout en se disant « innocent » de ce qui lui est reproché. Mais pour les deux procureurs à l’audience, « les faits sont têtus » et « la culpabilité des prévenus » – Dieudonné, sa compagne et leur société, Les Productions de la plume – « ne fait aucun doute ».
 
Aux yeux de l’accusation, il « n’est pas un artiste bohème déconnecté » des chiffres, mais le gérant de fait de cette société dirigée officiellement par sa compagne, « créée pour favoriser sa dissimulation ». Entre 2009 et 2014, selon le calcul du parquet, « 1,2 million d’euros ne passent pas sur les comptes bancaires » de l’humoriste, qui se disait dans le même temps ruiné et insolvable.
Dieudonné est notamment soupçonné d’avoir détourné à son profit des recettes en liquide de ses spectacles, non comptabilisées sur les comptes des Productions de la plume, d’avoir minoré ses déclarations d’impôts, blanchi une partie des espèces en les expédiant à l’étranger, et organisé son insolvabilité. Plus de 657 000 euros en espèces avaient été retrouvés à son domicile en 2014, et lui et ses proches ont envoyé plus de 565 000 euros à l’étranger, principalement au Cameroun, où il a des liens familiaux. Son théâtre parisien de La Main d’or, dont il a depuis été expulsé, ne renfermait ni caisse enregistreuse ni terminal de paiement bancaire. Soit, selon le parquet, « une organisation entièrement tournée vers l’encaissement occulte des espèces ».


L'antisémitisme le plus violent rapporte gros, et les soi-disant "parias" ont un portefeuille bien rempli. 

Malgré quelques annulations de spectacle et  sanctions judiciaires de l'époque, le chiffre d’affaires de la société de Dieudonné a progressé de 45% en 2014.
Pour l’année 2014, sa société, Les Productions de la Plume - officiellement dirigée par sa compagne, Noémie Montagne - a déclaré un chiffre d’affaires de 4,2 millions d’euros. Ce montant est en hausse de 45% par rapport à l’exercice 2013 et plus de deux fois supérieur à celui de 2012. Le bénéfice avant impôts s’est établi à 1,6 million d’euros, soit plus de trois fois le résultat de 2013.

Ces chiffres reflètent la réussite des spectacles et des DVD de Dieudonné mais aussi d’un "merchandising" savamment entretenu. Sur la boutique en ligne de son site, les fans peuvent acheter des casquettes, des verres, des coques de téléphone, des lunettes et  des tongs à l’effigie de “Dieudo”.”

A ce sujet d'ailleurs, une information sur le procès en expulsion qui a eu lieu pour son théâtre de la Main d'Or évoquait un autre aspect de l’indulgence dont Dieudonné a pu bénéficier durant de longues années. Le politicien antisémite a pu exercer son activité sans disposer de l'assurance obligatoire et ce pendant deux ans. Les fermetures d'établissements commerciaux pour raison de sécurité ne manquent pourtant pas dans la capitale, pas plus que les contrôles sur les lieux recevant du public.

Concernant le procès actuel, le juge d’instruction avait ordonné le renvoi de Dieudonné devant le tribunal correctionnel pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale ainsi que pour l’organisation frauduleuse de son insolvabilité
Déjà condamné à de multiples reprises pour ses sorties antisémites, il est accusé d’avoir dissimulé près de 1,5 million d’euros au fisc.
Les investigations, déclenchées en 2013, ont mis au jour des énormes sommes en liquide manipulées pendant cinq ans par Dieudonné, qui se disait à l’époque ruiné et insolvable,
Dieudonné conservait « depuis des années des recettes de ses spectacles en espèces non comptabilisées » sur les comptes de sa société « dans des proportions importantes », écrit le juge Renaud Van Ruymbeke dans son ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel.
En janvier 2014, les enquêteurs avaient ainsi découvert plus de 650 000 euros en espèces dans les coffres forts de la propriété d’Eure-et-Loir du couple, vendue par Dieudonné pour solder ses dettes, mais rachetée par sa société de production, officiellement gérée par sa compagne.
Dieudonné avait justifié cette somme par la billetterie de sa tournée en France pour son spectacle Le Mur.
« Ce montant est hors de proportion avec la caisse déclarée depuis l’origine », estime le juge, qui relève également la présence « d’importantes grosses coupures, peu compatible avec des paiements d’une clientèle se rendant au spectacle ».
670 000 euros de virements à l’étranger
Par ailleurs, entre 2009 et 2014, Dieudonné, qui ne remplissait plus que de faibles déclarations de revenus, voire aucune pour l’année 2011, a réalisé d’importants transferts d’espèces à l’étranger. Près de 670 000 euros ont été envoyés, parfois par l’intermédiaire de ses proches, au Cameroun, en Chine et aux Émirats arabes unis.
Début 2014, lors d'une perquisition à la propriété du couple, au Mesnil-Simon (Eure-et-Loir), les enquêteurs avaient saisi des piles d'enveloppes remplies de billets de 5 à 500 euros dans des coffre-fort. Total révélé à l'époque: 650.000 euros et 15.000 dollars en liquide.
"Le produit de la billetterie", avait alors justifié l'un de ses avocats, Jacques Verdier.
Pour le juge d'instruction, ces montants sont pourtant "hors de proportion" avec le montant des recettes déclarées les années précédentes, a indiqué la source proche du dossier.
Les enquêteurs se sont aussi intéressés à un compte bancaire en Suisse, qui a permis au couple de s'offrir un bateau de plaisance en 2012, pour environ 70.000 euros, a raconté la source. Entendu par la justice suisse, en décembre 2015, l'homme gérant ce compte a prétendu qu’il était destiné à recevoir l'argent des spectacles de Dieudonné en Suisse.

Le démagogue antisémite est également un profiteur cupide prêt à tout pour faire prospérer son commerce de la haine. 

Articles et dossiers supplémentaires de Memorial 98 concernant Dieudonné ci-dessous:









MEMORIAL 98





mardi 26 mars 2019

Face à la dictature chinoise: soutien aux combattants de la liberté


La visite de Xi Jinping en France ainsi qu’en Italie et à Monaco se déroule dans une atmosphère fastueuse : dîner privé avec le couple présidentiel, visite à l’Arc de Triomphe, dîner d’État a l’Élysée... 

Les signatures de contrats s’enchaînent, les Airbus s'envolent,  on se congratule et, selon Macron, on aborde même les droits fondamentaux et quelques cas individuels de répression .

La dictature chinoise est ainsi validée, alors que Xi a ouvert la voie à son propre règne à vie.
Le régime qu’il dirige met en place un contrôle de tous les instants de la population; en utilisant notamment l’ « intelligence artificielle » et la reconnaissance faciale ainsi que les caméras omniprésentes. La peine de mort fait des milliers de victimes. La presse est totalement bâillonnée, plaçant la Chine au 176e rang de la liberté de la presse sur 180 pays, et le régime a lancé une vaste offensive afin de peser sur les médias à l'échelle mondiale.  
De plus, depuis plus d’un an, les autorités chinoises mènent une intense campagne d’internements en masse, de surveillance intrusive, d’endoctrinement politique et d’assimilation culturelle forcée à l’encontre des Ouïghours, des Kazakhs et autres groupes ethniques majoritairement musulmans vivant dans la région du Xinjiang. Environ un million de personnes, musulmanes pour la plupart, sont détenues dans des camps d’internement dans un but de « rééducation ».
 
La complaisance et la lâcheté des gouvernements et dirigeants français à l'égard de la dictature chinoise et leur mépris à l’égard des un milliard et demi de Chinois ont été constants et le demeurent . 
Chirac, Sarkozy et Raffarin ont constamment porté cette complaisance, le dernier a de plus monté un immense business d'intermédiaire et de lobbyiste pour les patrons des deux pays.

En mai 2018 François Hollande rend visite et hommage à son "vieil ami" le  dictateur chinois Xi. Le 24 mai, alors qu’il visite une usine Airbus  il explique aux journalistes français qui l’accompagnaient qu’il est «  admiratif de la vision longue qu’ont les dirigeants chinois »
Alors que Xi Jiping a ouvert la voie à un règne à vie, ces louanges à la dictature revêtent une résonance sinistre.   
Lors de sa visite présidentielle en Chine en avril 2013, le même Hollande avait déjà "renoncé" à mentionner le nom du prix Nobel  Liu Xiaobo emprisonné afin de ne pas fâcher la dictature.
Hollande s'inscrit ainsi dans la longue lignée des politiciens français qui font silence sur la répression féroce qui règne dans ce pays et qui est exercée au nom du "marxisme".


                                      Manifestation pour Liu Xiaobo à Hong-Kong

Macron poursuit dans la même direction: ainsi le lendemain de la mort en détention de Liu Xiaobo, le 14 juillet 2017, il tenait une conférence de presse conjointe à Paris avec Donald Trump. Il s'agissait alors de mettre en scène leur amitié. 
Interrogés par un journaliste chinois sur leurs impressions à propos du "président" chinois (non élu)  Xi Jinpeng, ils célébrèrent « un des grands leaders de notre monde » (M. Macron), « un ami, un leader de talent, un homme très bon » (M. Trump), mais n’ont pas eu un mot pour dénoncer la mort d’un Prix Nobel de la paix en détention. Emmanuel Macron s'est contenté d'un tweet de 131 signes pour réagir à cette mort.  Même Barack Obama, qui a lui-même reçu le prix Nobel en 2008, un an avant le démocrate chinois, ne s’est  jamais engagé pour lui. En revanche le comité Nobel norvégien avait  déclaré que la Chine portait "une lourde responsabilité" dans la mort "prématurée" de Liu Xiaobo en le privant de soins médicaux adaptés.

Le "modèle chinois", de capitalisme contrôlé par la dictature du Parti Communiste (!)  chinois représente un rêve pour de nombreux gouvernants et patrons à travers le monde: pas de démocratie, pas d'élections, pas de syndicats indépendants, pas de presse libre, pas de lois protectrices, pas de liberté d'expression, Internet contrôlé. Serge Dassault grand patron ultra-libéral et autoritaire indiquait ainsi  "Les Chinois, ils travaillent 45 heures, ils dorment sur place dans leurs usines, ils font des bons produits pas chers."


Le 4 juin prochain marquera le 30e anniversaire du massacre de la place Tienanmen. 


Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, soldats et blindés avaient mis fin par les armes au mouvement des étudiants qui occupaient depuis un mois et demi la place Tienanmen, au cœur de Pékin. 
Les manifestants réclamaient la fin de la corruption et une ouverture démocratique.
                                                Sur la place Tienanmen
  
Le bilan de cet assaut était généralement évalué à un millier de morts mais de nouvelles révélations se sont faites jour sur l'ampleur de la répression. Un rapport de l'ambassadeur de Grande-Bretagne mentionne plusieurs milliers de  morts en une nuit, des cadavres "en pâte" sous les blindés et des manifestants achevés à la baïonnette par l'armée, confirmant ainsi les photos prises sur place et publiées par des journalistes ( voir ci-dessus). Le régime chinois, qui impose un tabou absolu sur cette période, avait de son côté affirmé fin juin 1989 que la répression des "émeutes contre-révolutionnaires" avait fait 200 morts chez les civils et "plusieurs dizaines" du côté des forces de l'ordre. 

"Chaque année lorsque nous voulons commémorer (nos proches), nous sommes contrôlés, placés en résidence surveillée, ou éloignés de chez nous", déplorent les "mères de Tiananmen", une association regroupant des parents ayant perdu un enfant lors de la répression. En 2018 elles déclaraient  dans une lettre ouverte adressée à Xi Jinping et diffusée par l'ONG Human Rights in China. 
"En tant que dirigeant d'un grand pays, vous n'êtes certainement pas insensible au massacre qui s'est déroulé il y a 29 ans, ni aux familles de victimes", Le Parti communiste chinois (PCC) présente toujours officiellement les manifestants de la place Tiananmen comme "une petite minorité de personnes ayant provoqué des troubles contre-révolutionnaires". 
"Alors que nous sommes au soir de notre vie, nous espérons assister un jour, avant notre mort, à la réhabilitation de nos proches", expliquent ces "mères de Tiananmen" à Xi Jinping. "Nous avons toujours trois revendications: la vérité, des indemnisations et l'établissement des responsabilités.

La révolte démocratique de 1989 et sa répression restent l'un des sujets les plus tabous en Chine. Il sont bannis des livres, des manuels scolaires, des films et sont censurés sur les réseaux sociaux. Chaque année le 4 juin, la plateforme chinoise de microblogs WeChat empêche ainsi ses usagers d'échanger des sommes d'argent pour 89,64 ou 64,89 yuans, montants faisant allusion à la date du 4 juin 1989.       

A l’approche du 30e anniversaire de la révolte en juin prochain, l’appareil de censure chinois resserre les rangs pour empêcher toute mention et commémoration de l’évènement sur Internet.
Des arrestations de défenseurs des droits de l’homme  sont à craindre en amont de cette date. 
Une mobilisation est donc nécessaire afin de soutenir ceux et celles qui combattent pour la justice et la démocratie.
 Des résultats peuvent être obtenus dans ce domaine, comme l'a montré la libération de la poétesse Liu Xia, veuve du prix Nobel Liu Xiaobo, suite à une position ferme des autorités allemandes qui ont constamment exigé qu'elle puisse se réfugier dans leur pays. A l'inverse l'attitude des autorités françaises se caractérise par un silence honteux: symboliquement, Mme Macron a été désignée comme " marraine" des pandas offerts par le régime chinois à un zoo français et a gardé le silence total sur le sort de Liu Xia  

 
Face à l’alliance mondiale de soutien à la dictature chinoise, nous devons être plus que jamais aux côtés de ceux et celles qui combattent pour les libertés démocratiques, la justice sociale, le droit à la santé, les droits des femmes et des LGBTQ,  les droits des minorités notamment au Tibet et au Xinjiang (population Ouïgour) et alertent sur le sort des personnes disparues. 



MEMORIAL 98