dimanche 12 juillet 2020

Srebrenica: 25 ans près le dernier génocide du vingtième siècle, des attentats d'extrême-droite commis en son nom.


                                     Au cimetière de Potocari



Le dernier génocide du vingtième siècle, qui en connut tant, a eu lieu à Srebrenica en Bosnie à partir du 11 juillet 1995, un an après le génocide des Tutsi au Rwanda.


Les  conséquences de ce génocide continuent à résonner 25 ans après, dans la région des Balkans mais également dans le monde entier. Génocides et crimes de guerre motivent et inspirent la poursuite des actes de violence raciste
Le négationnisme est un terreau fertile pour des nationalistes et des mouvements d’extrême droite, avec pour cible principale les communautés musulmanes. « Les extrêmes droites et les néonazis partout dans le monde ont repris le discours de Karadzic et  Mladic ( chef serbes génocidaires condamnés) , sur comment combattre l’islam et ceux qu’ils considèrent comme des “barbares”, des “sauvages” 
De la même manière les nostalgiques d'Hitler et du nazisme tuent encore des Juifs au nom de cette idéologie  dans les synagogues de Pittsburgh et de Halle.
La version négationniste serbe de l’histoire de l’ex-Yougoslavie est ainsi très présente dans les déclarations d'Anders Breivik, auteur des attentats contre les jeunes militants travaillistes à Oslo et Utoya, en Norvège en juillet 2011, ou de Brenton Tarrant, responsable des attaques contre des fidèles musulmans dans deux mosquées de Christchurch ayant fait 51 morts en Mars 2019. Dans son texte « 2083 : Une déclaration européenne d’indépendance », Breivik étale au fil des 1 500 pages une véritable obsession pour les Balkans et ne cache pas sa fascination pour certains chefs de guerre serbes. Il appelle à expulser d’Europe les Bosniaques musulmans et les Albanais ou, s’ils refusent, à les anéantir par des moyens militaires.
Brenton Tarrent, son imitateur est obsédé par la croisade des nationalistes serbes contre les Musulmans de Bosnie. Tarrant, qui s’est affirmé « véritablement inspiré » par Breivik, s’est filmé roulant vers la mosquée Al-Noor, où il allait tuer les fidèles musulmans, en train d’écouter une chanson serbe à la gloire de Radovan Karadzic. Initialement intitulée Karadzic, Lead Your Serbs (Karadzic, commande tes Serbes), elle est devenue populaire sur les sites Internet des extrêmes droites occidentales sous le titre Remove Kebabs qui signifie, dans le langage de ces militants, Supprimons les musulmans.
 
Un négationnisme qui vient de loin:
Le phénomène du déni n’a rien de nouveau: il commence même le plus souvent au moment où le crime est commis, voire en amont. C’est le cas de tous les génocides et crimes contre l’humanité. L’exemple de la Shoah est connu puisque les nazis furent les premiers négationnistes de ce génocide en travaillant à effacer les traces de leurs méfaits par l’exhumation et le brûlage des cadavres.
Dans le cas de Srebrenica, le déni a procédé dans le même esprit avec la volonté de masquer le crime : des centaines de cadavres ont été déterrés pendant des mois des fosses communes originelles pour être enterrés ou éparpillés ailleurs. Cela conduit à un deuil particulièrement traumatique pour les familles des victimes.



Ainsi Fatima Mujic récite plusieurs fois par jour la prière des morts, pour ses fils et son mari tués dans le génocide de Srebrenica, en Bosnie orientale.
Mais elle hésite chaque fois en pensant à Refik, l'aîné, dont le corps n'a pas été retrouvé, 25 ans après le massacre.
"Je pense toujours qu'il est vivant quelque part. Pour les autres, je sais, mais quand je prie pour lui mes mains se mettent à trembler, je ne sais pas quoi faire", raconte cette veuve de Srebrenica.
Deux de ses trois fils et son mari, dont les restes ont été retrouvés dans des fosses communes après la guerre, ont été enterrés en 2010 dans le centre mémorial proche de Srebrenica, où reposent à ce jour 6.643 victimes du massacre du mois de juillet 1995.
Les forces serbes bosniennes du général  Mladic condamné à perpétuité par la justice internationale, avaient alors tué plus de 8.000 hommes et adolescents bosniaques (musulmans).
Ce massacre  a été qualifié d'acte de génocide par la justice internationale et l’ONU .
Les corps de mille personnes sont toujours recherchés.
Fatima Mujic, 75 ans, habite aujourd'hui Ljesevo, un village proche de Sarajevo. Elle dit "vivre pour l'appel" qui lui annoncera que les restes de Refik ont été retrouvés. Il avait 25 ans, une fille de 18 mois et un garçon âgé de 40 jours.
Mais les dernières des 84 grandes fosses communes ont été découvertes en 2010.

"Maman, ne me laisse pas"

Depuis juillet 2019, "les restes de treize victimes seulement ont été retrouvés".  du 25e anniversaire du massacre samedi, Fatima se souvient de son "combat" devant la base des forces de l’ ONU à Potocari, près de Srebrenica, où se trouve aujourd'hui le Mémorial du génocide , pour  sauver son plus jeune fils, Nufik, âgé de 16 ans.
Des milliers de femmes, d'enfants et de vieillards surtout s'étaient massés là, le 11 juillet 1995, dans l'espoir d'être protégés par les soldats néerlandais de l’ONU.
Les soldats serbes séparaient les hommes et les adolescents des autres, et les amenaient à l'exécution.
Nufik "s'était accroché à moi et m'a dit Maman, ne me laisse pas « J'ai caressé ses cheveux bouclés. Je ne te laisserai pas. Ils l'ont pris, je les ai suivis. Je ne sais pas s'ils m'ont frappée, je ne me souviens plus de rien", raconte Fatima.
Ses deux autres fils et son mari, qui avaient fui par les collines boisées, ont été capturés et tués.

Un génocide planifié

Dès le mois de mars 1995, un ordre est signé par le chef des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic à l'intention du chef militaire Mladic. C'est la fameuse "directive n° 7"  qui ordonnait aux soldats bosno-serbes de « créer une situation insupportable d’insécurité totale sans aucun espoir de survie ou de vie pour les habitants de Srebrenica ».
Le 11 juillet 1995, alors que les milices serbes de Bosnie approchent de l'enclave de Srebrenica, des dizaines de milliers de civils musulmans prennent la route de Potocari, à 8 kilomètres de distance de la ville. C'est là qu'est basé le quartier général du bataillon néerlandais de soldats de la (Force de protection des Nations unies (Forpronu). Quatre cent cinquante casques bleus y sont chargés d'assurer la protection des quelque 40 000 habitants de Srebrenica, en majorité des Musulmans 
Parmi les réfugiés du camp néerlandais, il y avait le traducteur du bataillon, avec toute sa famille (père, mère et petit frère), et l’électricien. Le 13 juillet, l’électricien et le petit frère du traducteur furent chassés du camp par les militaires néerlandais. Le père du traducteur les suivit. Les trois hommes furent massacrés avec les autres, et à la fin de la guerre, leurs proches déposèrent une plainte contre le gouvernement des Pays-Bas.
Quand les miliciens serbes de Bosnie commencent à séparer les hommes des femmes, les soldats néerlandais le voient et laissent faire. Les hommes sont entassés dans des cars et seront exécutés. 8.000 hommes ont été tués et jetés dans les fosses communes par les forces serbes. Ce massacre a été, à juste titre, qualifié de génocide par la Cour Internationale de Justice et par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). L'ordre écrit donné en amont plusieurs mois en avance, puis sa réalisation par le tri et la séparation des hommes ainsi que leur extermination massive, "industrielle", portent les caractères du génocide.
Parmi les hommes qui ont choisi de se placer sous la protection des Nations unies, pratiquement aucun n'a survécu. Seuls ceux des habitants de Srebrenica qui se sont réfugiés dans les forêts ont eu un peu plus de chances de survie.
Le mandat de l'ONU en Bosnie prévoyait pourtant clairement un recours à la force en cas de besoin. Le 10 juillet, la veille du massacre, le commandant du bataillon néerlandais avait demandé au général français Bernard Janvier, qui assumait le commandement militaire des Nations unies en ex-Yougoslavie, de lancer des frappes contre les forces serbes de Bosnie. Mais il n'a pas été entendu.
 
Les Nations unies ont reconnu leur responsabilité dans le massacre de Srebrenica en 1999. Un rapport présenté par son secrétaire général d'alors, Kofi Annan, reconnaissait alors la « faillite de la politique dans des zones de sécurité ».
Le rapport ajoute : « La communauté des nations, en décrétant un embargo sur les armes, a laissé les Serbes dans une position de supériorité militaire écrasante et a, en fait, privé la République de Bosnie-Herzégovine de son droit de légitime défense, consacré dans la Charte des Nations unies ». « La fourniture d'une aide humanitaire n'était pas une initiative suffisante face aux opérations de ´´nettoyage ethnique´´ et de génocide ». « Srebrenica a été le révélateur d'une vérité que l'ONU et le reste du monde ont comprise trop tard, à savoir que la Bosnie était une cause morale autant qu'un conflit militaire. La tragédie de Srebrenica hantera à jamais notre histoire ». Comme au Rwanda mais aussi au Sri-Lanka, autres lieux de faillite de l'ONU.

Un négationnisme qui vient d’en haut

La Bosnie a été divisée après la guerre en deux entités, la Republika Srpska  ( RS serbe) et la Fédération croato-musulmane. Les musulmans de Bosnie ont demandé à plusieurs reprises le démantèlement de la RS, fondée à la suite d'un génocide.
Milorad Dodik, chef des Serbes de Bosnie dans cette RS,  qui règne par la haine et la corruption, a décrété en 2017 qu’il était interdit d’évoquer dans les manuels scolaires de son entité le génocide de Srebrenica et le siège de Sarajevo, parce que ces événements « ne sont pas vrais ». Il pense ainsi garantir la poursuite des sentiments de haine auprès des jeunes. Il a qualifié l’année suivante les tueries de Srebrenica de « tragédie mise en scène pour sataniser les Serbes ». Ces dernières années, des monuments, plaques, peintures murales et graffitis à la gloire de Karadzic et Mladic fleurissent plus que jamais en territoire serbe. 


       En territoire Serbe, le terme génocide a été effacé de cette plaque à coups de burin

Ce 11 juillet 2020, quelques heures après la cérémonie en hommage aux victimes au cimetière-mémorial de Srebrenica, un contre-hommage était organisé à Bratunac, à quelques kilomètres de là, à la gloire du général Mladic. Déni contre vérité.
Amor Masovic, qui dirige l’Institut pour les personnes disparues de Sarajevo et recherche depuis vingt-cinq ans les charniers et les cadavres des victimes de la guerre, estime que « l’étape finale d’un génocide est supposée être le déni, or, aujourd’hui, ils ont ajouté encore une étape supplémentaire : le triomphalisme. C’est comme si la race supérieure n’avait rien fait de mal, puisqu’elle est la race supérieure. Des criminels de guerre libérés sont élus maires et parlementaires, en République serbe et en Serbie. Ils ont compris qu’il n’y aurait aucune conséquence sur la scène internationale. Cette absence de réaction a conduit au déni, puis au triomphalisme ».
Les gouvernements occidentaux portent en effet une lourde responsabilité dans le développement du négationnisme en ne sanctionnant pas ses manifestations.
L’académie du prix Nobel de littérature a quant à elle choisi de l’attribution du prix Nobel de littérature en 2019 à l'écrivain autrichien Peter Handke.
 Le fait de décerner une récompense aussi prestigieuse à un proche ami de Milosevic (initiateur de la guerre de purification ethnique),  auteur de divers ouvrages contestant la réalité des guerres yougoslave a été ressentie comme une agression par la communauté bosniaque musulmane victime de la guerre, par la communauté sarajévienne ayant lutté pour défendre la coexistence intercommunautaire, et plus généralement par tous ceux qui combattent le négationnisme.
L’écrivain Aleksandar Hemon,  exilé de Sarajevo qui vit aux Etats-Unis, pense que « la ligne directrice en Europe occidentale est l’islamophobie. Handke fait partie de cette culture qui se sent supérieure aux Bosniaques musulmans et à tous les musulmans. Les jurés sont des hypocrites. Ce prix Nobel est islamophobe et fait partie de l’essor de l’extrême droite en Europe et aux Etats-Unis ».

Nos pensées vont aux victimes du génocide de Srebrenica, à leurs familles marquées à jamais et dont la souffrance est entretenue et intensifiée par le négationnisme. Nous rendons aussi un hommage particulier aux militantEs serbes qui luttent pour la justice et la reconnaissance du génocide, dans des conditions particulièrement difficiles. C'est le cas notamment des "Femmes en noir", une association pacifiste dont la branche serbe fut créée au début des guerres de Yougoslavie et qui organise des rassemblements commémoratifs. C'est le cas aussi de l’association de jeunes "Youth Initiative for Human Rights" (YIHR) qui a mené dès 2005 une première campagne de sensibilisation en occupant la moitié des panneaux d’affichage de Belgrade. On y voyait s’étaler des photographies des victimes de Srebrenica accompagnées des mots : « Pour voir, pour savoir, pour se souvenir. »

Pour faire face au négationnisme et à ses conséquences mortifères, les familles de Srebrenica, les Bosniaques, les combattants contre le négationnisme en Serbie, ont  plus que jamais besoin de la solidarité de l'opinion internationale, afin de bâtir un autre futur.





vendredi 3 juillet 2020

Marseille: issue heureuse malgré les manoeuvres entre la droite et le RN.



Mise à jour du 4 juillet: 
Issue heureuse à Marseille

Le projet d'accord de la droite avec le RN (voir ci-dessous) a capoté car sa révélation a provoqué des divisions en son sein, avec la candidature de l'élu LR Lionel Royer-Perreaut, qui dénonçait explicitement ce projet. Il s'est ensuite retiré suite à un engagement de Vassal et Teissier de ne pas faire d'accord avec le RN de Ravier. La rage de ce dernier qui a boycotté les deux tours de scrutin, constitue un indice supplémentaire des manœuvres d'alliance qui se concoctaient.
Guy Tessier, candidat LR, ancien dirigeant d'un parti d'extrême-droite, est battu. C'est un signe pour le combat contre le RN et le racisme. 

Pour autant nous n'oublions pas les déclarations et actes plus que douteux de la sénatrice Samia Ghali, désormais deuxième adjointe de la maire Michèle Rubirola, notamment contre les Roms.

Memorial 98


Marseille: Grandes manœuvres entre la droite et le RN à la veille de l'élection d'un(e) maire.




                                 Martine Vassal avec la députée pro-Assad Valérie Boyer      

A Marseille, se joue une nouvelle tentative d’alliance entre la droite et le RN.

Le prétexte est que l'âge avancé de ce dernier lui garantirait l'élection en cas d'égalité des suffrage avec la candidate de la gauche et dirigeante du Printemps marseillais, Michèle Rubirola.
Mais en réalité il s'agit de créer les conditions d'un accord avec le RN, sous la dénomination d'un "pacte marseillais" que propose l'extrême-droite par la bouche de l'ultra-raciste Stéphane Ravier.
Un élu LR, Lionel Royer-Perreaut, maire d'arrondissement, a d'ailleurs mentionné ce risque  en annonçant  sa candidature au poste de maire et son refus de soutenir Guy Teissier. « Je sais qu’il y a des ententes en cours avec le Front national, et je ne peux pas m’inscrire dans une stratégie d’alliance avec le Front national », déclare-t-il .

Teissier est en effet bien placé pour réaliser un tel accord.
Il se situe dans l'aile la plus dure de LR et il a fait partie de la direction du Parti des Forces Nouvelles ( PFN) parti d'extrême-droite concurrent du FN.
En 1976, Teissier était même membre du comité central de ce parti, alors dirigé par François Brigneau, ex-milicien( corps des terroristes et des assassins de Vichy) , négationniste et antisémite parmi les plus violents , et un autre collabo nommé Roland Gaucher. Ce dernier était membre pendant la guerre du parti fasciste de Déat nommé Rassemblement national populaire Le 22 avril 1944, Gaucher  demande au gouvernement de Vichy de « dresser des listes d'otages et des poteaux d'exécution » à un rythme plus soutenu.  A la Libération, il est condamné pour intelligence avec l'ennemi.
 
Teissier "facho-LR" poursuit la voie qu'avait déjà emprunté Jean-Claude Gaudin, maire sortant de Marseille.
Dès 1986, Jean-Claude Gaudin a constitué une alliance politique avec le Front National dirigé par Jean-Marie Le Pen afin d’être élu à la tête de la région PACA. Il a géré de concert la région avec le parti d’extrême-droite jusqu'en 1992, à coup de nominations et de désistements réciproques lors des échéances électorales.
Cette gestion commune a servi de laboratoire et de "modèle" à d’autres dirigeants régionaux de la droite qui ont finalisé leurs accords avec le FN lors des élections régionales d’avril 1998
Gaudin a ensuite récupéré de nombreux cadres et élus FN locaux de sa région, rebaptisés par lui « droite républicaine » sans qu’ils aient rien changé de leurs idées et de leurs pratiques. 

La mise en place d'un pacte diabolique entre LR et le FN afin de barrer la route à la gauche constituerait la récidive exacte de ce qui s'est passé en 1998 dans plusieurs conseils régionaux. Le prétexte à l'époque était la "menace communiste" ou "trotskyste" ( en Picardie avec Eric Woerth, toujours dirigeant de LR).

Cette fois-ci les termes ont changé et il s'agirait de l"ultra-gauche" voire même des "gilets jaunes" Néanmoins il s'agit bien de la même doctrine formulée par Charles Pasqua  à la veille de la présidentielle de 1988, dans le magazine Valeurs actuelles du 2 mai 1988: « Sur l'essentiel, le Front national se réclame des mêmes préoccupations, des mêmes valeurs que la majorité (la droite)  »
Depuis Sarkozy a sans cesse appliqué cette doctrine en légitimant l'extrême-droite et en recherchant ses électeurs lors des présidentielles de 2007 et 2012

Une telle forfaiture à Marseille, où s'agite également la députée LR raciste et islamophobe  Valérie Boyer, lobbyiste d'Assad et Poutine avec le rallié RN Thierry Mariani, représenterait un indice significatif dans la perspective de la prochaine élection présidentielle.




MEMORIAL 98
 

samedi 16 mai 2020

Génocide des Tutsi: l'organisateur enfin arrêté, graves questions sur sa longue impunité.

Mise à jour 

Grande et bonne nouvelle: Félicien Kabuga, considéré comme le financier du génocide des Tutsis et l’un des principaux accusés encore recherchés par la justice internationale, a été arrêté le 16 mai. Cette arrestation survient un mois après la 26e commémoration du début du génocide 
Agé de 84 ans, Félicien Kabuga, qui résidait à Asnières-sur-Seine (92) sous une fausse identité, est notamment accusé d’avoir créé les milices Interahamwe , principales structures armées du génocide de 1994.
Il est visé par un mandat d’arrêt du Mécanisme international, la structure chargée d’achever les travaux du Tribunal international pour le Rwanda (TPIR). 
Selon le communiqué des autorités françaises, il faisait partie des fugitifs les plus recherchés au monde.

Il a présidé la Radio génocidaire des Mille-Collines

Son arrestation montre que les responsables de génocide peuvent être contraints de rendre des comptes, même vingt-six ans après leurs crimes, a commenté le procureur du Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI)
En 1994, Félicien Kabuga – dont une fille était mariée à un fils du président rwandais Juvénal Habyarimana – appartenait au cercle restreint de ce dernier, dont l’assassinat, le 6 avril 1994, allait déclencher le génocide.

Il présidait la Radio télévision  des Mille-collines (RTLM), qui diffusait des appels aux meurtres des Tutsi et dont le rôle toxique fut extrêmement important.
Dans les jours qui précèdent le début du génocide le 6 avril 1994, il est annoncé à l'antenne de cette radio que "Le 4 ou le 5, il va se passer un petit quelque chose (...) une petite chose est prévue. Cette petite chose va continuer les jours suivants… Hohoho !". 
Le génocide débute finalement le , immédiatement après que l'avion du président Habyarimana a été abattu, vers 20h30. 
Radio Mille Collines diffuse des listes de personnes à exécuter dès 21h, montrant la radio était un instrument de la planification du génocide.
Au cours du génocide, la RTLM encourage sans cesse les tueries en indiquant les endroits où des Tutsi se cachent, donnant des noms de personnes à abattre, galvanisant les miliciens pour qu'ils attrapent et découpent les inyenzi et "remplissent les fosses". Inyenzi, un mot dans la langue commune locale kinyarwanda qui signifie « cafard », « cancrelat », est alors utilisé pour désigner les Tutsi.

Kabuga dirigeait aussi le Fonds de défense nationale (FDN) qui collectait des fonds destinés à financer la logistique et les armes des miliciens hutu Interahamwe, selon l’acte d’accusation du TPIR.

Dans ce cadre, il est également accusé d’avoir ordonné aux employés de sa société […] d’importer un nombre impressionnant de machettes ( les armes du génocide) au Rwanda en 1993, avant de les faire distribuer en avril 1994 aux Interahamwe. 
Le document ci-dessous montre le bon de transport de 987 cartons de machettes ( matchets) commandés par Kabunga
 
Les machettes constituent l'arme atroce du génocide. Elles provoquent des souffrances terribles. De nombreux témoignages de survivant.e.s racontent comment les victimes des tueurs suppliaient d’échapper à la machette et d'être tuées par balles. Mais les génocidaires réclamaient alors d'être payés pour compenser "le prix de la balle". 

Réfugié en Suisse en juillet 1994 avant d’être expulsé, Félicien Kabuga avait ensuite temporairement rejoint Kinshasa en RDC. Il avait été signalé en juillet 1997 à Nairobi, où il avait échappé à une opération destinée à l’arrêter, puis à une autre en 2003,
Il doit désormais être rapidement présenté au parquet de Nanterre en vue de son incarcération puis au parquet général de Paris dans les prochains jours.

Graves interrogations sur le séjour de Kabuga en France: qui l'a protégé? 
Son arrestation, qui constitue une excellente nouvelle, pose également de nombreuses interrogations que formule Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda( CPCR) lequel combat pour que les génocidaires cachés en France soient extradés vers le Rwanda ou à défaut jugés en France.
« Le fait qu’il soit arrêté près de Paris sous une fausse identité soulève évidemment la question du niveau de protection dont il a pu bénéficier . Comment est-il parvenu à obtenir ses faux-papiers ? Comment est-il arrivé jusqu’ici ? J’espère que l’enquête et le procès permettront de le savoir. Cette arrestation très importante ne doit pas faire oublier qu’il reste d’autres génocidaires en liberté et que certains sont toujours recherchés par le TPIR..."  

L'arrestation de Kabunga constitue une victoire contre l'impunité; elle doit aussi permettre d'avance beaucoup plus fortement dans la recherche de la vérité concernant la responsabilité des autorités françaises dans le déroulement du génocide (voir ici nôtre dossier à ce sujet )

Voir d'autres articles de Memorial 98 à propos du génocide des Tutsi et du négationnisme qui poursuit son œuvre:







MEMORIAL 98

vendredi 8 mai 2020

8 mai: une mémoire actuelle, 75 ans après la chute du nazisme.


Le soixante quinzième anniversaire de la victoire contre le nazisme est commémoré cette année dans les conditions particulières de la pandémie du Covid.

Cela a déjà été le cas cette année des anniversaires en avril du génocides des Tutsi, de celui des Arméniens ainsi que de la révolte du ghetto de Varsovie   
75 ans après l'effondrement du nazisme, la crise sanitaire du Covid donne lieu à un déferlement de propagande complotiste et antisémite et à des manifestations à tonalité d’extrême-droite dans plusieurs pays. 

Des partis d’extrême-droite apparaissent certes en recul, notamment en Italie et en Allemagne; de plus les gestions aventuristes de Trump et Bolsonaro affaiblissent leur crédibilité globale.
Néanmoins plusieurs éléments annoncent qu’ils pourront sans doute rebondir et exploiter la suite des événements Ainsi le succès des théories conspirationnistes sur l’origine du coronavirus et la crise ouverte de l’Union européenne jouent en leur faveur.

En France on assiste ainsi à des attaques contre des responsables de santé d’origine juive .
Soral, toujours en liberté malgré ses condamnations à des peines de prison ferme, est évidemment  au premier plan avec sa vidéo nommée Couillonavirus Communauté organisée qui tient la France
Il y stigmatise "le gang qui a en charge la médecine d’État : Buzyn, Lévy, Bauer, Hirsch, Jacob, Guedj, Salomon… C’est la liste de Schindler. » il éructe que les Juifs « veulent faire du pognon sur le dos des Français, affaiblir le peuple français par le nombre de morts » .
Mais au delà de sa propagande, de nombreuses «  explications diaboliques » envahissent les réseaux sociaux et les milieux déjà touchés par l’intervention de réseaux complotistes d’extrême-droite, notamment lors du mouvement des Gilets jaunes.

Cette propagande se focalise sur la diabolisation d’Agnès Buzyn et de son mari Yves Lévy, ancien directeur de l’Inserm, qui entraveraient l'action du fameux Professeur Raoult.  
Afin qu'on comprenne bien de quoi il s'agit, l'euro-député RN Gibert Collard insiste grossièrement dans une tribune sur le site de ce parti, sur la parenté d'Agnès Buzyn en la décrivant comme" elle-même divorcée de Pierre-François Veil, fils de Simone..."
De son côté Marine Le Pen multiplie les allusions à une origine « mystérieuse et inconnue » du coronavirus.
Elle prolonge ainsi les thèse de son parti contre les acquis de la santé publique.

Aux États-Unis les manifestations contre les mesures de protection sanitaire se sont multipliées, notamment dans le États dirigés par les démocrates. Elles sont soutenues par Trump et organisées par une coalition de suprémacistes, d’intégristes et de lobbyistes des armes à laquelle se sont joints les complotistes « anti-vaxxers », hostiles aux vaccinations. De nombreux slogans antisémites ont été lancés lors de ces manifestations,
s’ajoutant ainsi aux crimes des synagogues de Pittsburgh et San Diego et à la manifestation meurtrière des suprémacistes blancs à  Charlottesville en août 2018.  
                                              L'appel à la manifestation fasciste de Charlottesville

En Allemagne, une mobilisation du même type se nomme «  Résistance 2020 » et s’appuie sur le parti d’extrême-droite AfD (Alternative pour l'Allemagne)
 Le co-président de ce parti Alexander Gauland vient d’ailleurs de  décrire le jour de la fin de la Seconde Guerre mondiale, comme étant un "jour de défaite absolue".
Il réagissait aux appels répétés en Allemagne pour faire du 8 mai un jour férié, ce qui n’est pas le cas actuellement sauf à Berlin. Dans cette ville qui constitue aussi un État, le 8 mai est fêté et férié cette année à titre exceptionnel, en tant que symbole de libération du nazisme.  Une pétition nationale demande la généralisation de cette démarche.
 "Le 8 mai n'a pas le potentiel d'être un jour férié car c'est un jour ambivalent", a déclaré Gauland. "Pour les détenus des camps de concentration, c'était une journée de libération. Mais ce fut aussi un jour de défaite absolue, un jour de perte de grandes parties de l'Allemagne ( à l'Est) et de la possibilité de façonner de nouvelles choses".   
Gauland  n’en est pas à son premier dérapage en la matière, alors qu’il se présente comme le leader l’aile « modérée » de l’AfD, opposée au négationniste Bjorn Hoecke, chef du parti en Thuringe. 
En juin 2018, il avait comparé la période nazie à “une fiente d’oiseau” au regard de 6 000 ans d’histoire allemande. Une manière de réduire le IIIe Reich à un détail, ce qui avait déjà provoqué une vague de critiques. Il avait aussi vanté “les performances des soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale”, en septembre 2017.

La date du 8 mai rappelle à nouveau que le fascisme et le nazisme ont finalement été vaincus mais que si on les laisse prospérer, ils auront auparavant provoqué d'immenses drames et nombreuses catastrophes humaines.

1945: la capitulation et la joie


Le 7 mai 1945, à 2h41 du matin, l'Allemagne nazie capitule. C'est la fin des combats en Europe.
Hitler, arrivé au pouvoir le 30 Janvier 1933, vient de se suicider, le 30 avril. Le "Reich de 1000 ans" qu'il promettait aura duré 12 ans. Il a eu néanmoins le temps de déclencher la 2e guerre mondiale et de mettre en œuvre la Shoah.

Le lendemain, une immense vague de joie déferle sur la planète, provoquant des scènes de liesse dans toutes les capitales, à l’exception de Berlin et Tokyo.

Le régime impérial japonais poursuit les combats dans le Pacifique, la Seconde Guerre mondiale n’est pas encore terminée.

La joie est  ternie par la  découverte des camps de concentration, depuis quelques mois, au fur et à mesure de la progression des armées alliées, notamment soviétiques. Le dernier camp est libéré le 8 mai 1945; il s'agit de celui de Theresienstadt/Terezin, en Tchécoslovaquie alors que Auschwitz l'a été le 27 janvier de la même année. .

Alors même que s'effondrait le régime le plus réactionnaire que l'histoire ait connu, les peuples colonisés exprimèrent leurs aspirations à l’égalité et à l'auto-détermination. Ainsi l’Algérie "française"  connait, en ce jour du 8 mai, des scènes de répression d’une extrême violence. Les célébrations se terminent dans un bain de sang à Sétif, Guelma, et Kherrata, entraînant la mort d’environ 45 000 personnes.

Un passé toujours actuel

Le souvenir du 8 mai 1945 et plus généralement de la période de Vichy et de la collaboration avec les nazis demeure un sujet de  débat et de clivage notamment dans la droite mais aussi dans une partie de la gauche. 

Ainsi Giscard d'Estaing, alors président de la République, avait supprimé la commémoration du 8 mai à partir de 1975, sous prétexte de construction européenne.
Elle fut rétablie en 1981 par Mitterrand. 
Mais ce dernier a maintenu la fiction d'une non responsabilité des autorités françaises notamment dans la déportation des Juifs de France.
Il a dans ce cadre mis en œuvre, de 1987 à 1992,  un hommage à Pétain auquel il ne mit fin qu'à la suite d'un important scandale.
 
A droite, c'est Sarkozy qui lança, dès sa campagne électorale de 2007, une offensive d'ampleur contre la "repentance" et contre la reconnaissance de la participation des autorités françaises à la ShoahIl  a même boycotté la cérémonie du 8 mai 2007, pour ne pas se retrouver à côté de Chirac qui avait reconnu les responsabilités françaises dans la déportation des Juifs. 
A l'époque, Patrick Devedjian, alors dirigeant de premier plan de l'UMP, décédé récemment, en résumait ainsi les enjeux (dans le journal Le Monde du 10 avril 2007) : " La droite est sortie honteuse de la guerre. Depuis la Libération, la gauche exerce un magistère moral sur l'histoire, distribuant les bons et les mauvais points: à gauche le parti des fusillés, à droite les collaborateurs. Même Chirac n'a jamais dit qu'il était de droite, et Jospin n'a pas hésité à dire de la droite qu'elle était héritière d'un courant anti-dreyfusard, antisémite et raciste. Il (Sarkozy) a sorti nos valeurs de la réclusion, il redonne sa dignité à la  la droitisation de la société permet aujourd'hui ce réajustement idéologique qui anticipe la victoire politique".

Plus concrètement, il s'agissait alors pour la droite comme aujourd'hui de récupérer les thèmes et l'électorat du FN et donc de jouer sur le nationalisme. Sarkozy a sans cesse œuvré à légitimer  les thèses du Front National
Son successeur, Laurent Wauquiez, a poursuivi dans la même voie et accueilli en grande pompe Eric Zemmour qui travaille à réhabiliter Pétain et son régime. 

Plus récemment, Emmanuel Macron a voulu rendre hommage à Pétain, lors du centenaire de la fin de la première guerre mondiale. Il a repris l’argumentation bien connue sur le « grand soldat » qui aurait ensuite fait « des choix funestes ». Face au scandale, il a du renoncer à cet hommage.

Nous en appelons plus que jamais au combat contre les idéologies et actes racistes et antisémites quels que soient leur prétexte, et pour l'avenir d'un monde débarrassé de la menace fasciste.
En cette journée particulière, nos pensées vont aux millions de victimes de l'idéologie nazie et de tous les génocides mais aussi aux jeunes résistants allemands de la Rose Blanche et à leur combat héroïque.   


MEMORIAL 98



dimanche 19 avril 2020

Révolte du Ghetto de Varsovie: un combat héroïque au coeur des ténèbres.

                                              Dans le ghetto, pendant la révolte

Le 19 avril, date du début du soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943, symbolise l'extermination des Juifs d'Europe par les nazis

Elle est commémorée cette année dans les conditions particulières de la pandémie du Covid19, comme les autres génocides, marqués chaque année en avril.
La pandémie donne d'ailleurs lieu à un déferlement de propagande antisémite et complotiste, reprenant les thèmes les plus archaïques et nauséabonds en la matière.  
La révolte d'avril 1943 se produisit dans les conditions terribles d'un ghetto déjà en partie vidé de ses habitants. 
En effet, depuis le 23  juillet 1942, jour après jour, cinq à six mille personnes sont emmenées par les nazis, du ghetto vers la "Umschlagplatz"  ou "place du transbordement" puis déportées vers le camp d'extermination de Treblinka. 

Le début du ghetto et l'œuvre immense d'Emmanuel Ringelblum
Le ghetto de Varsovie a été instauré le 12 octobre 1940, qui correspondait cette année-là à la grande fête juive de Yom Kippour.
Les nazis, dans leur rage antisémite, utilisaient souvent les dates des fêtes religieuses juives afin de procéder à des persécutions particulières ou de marquer leur "connaissance" du judaïsme.
Les nazis annoncèrent à la population juive qu'elle devait déménager dans ce "quartier juif" exigu qui fut ceint de barbelés. 
   
L"Aktion" comme l’appelaient les nazis, de déportation vers la mort, débuta le 22 juillet 1942. Cette date correspondait au jour de Tish'a Beav, qui commémore par le deuil et le jeûne la destruction du Temple juif de Jérusalem par l'armée romaine en l'an 70 de notre ère.

Chaque 22 juillet à Varsovie, une marche démarre du monument de l'"Umschlagplatz", lieu d'où partaient les convois de déportés puis parcourt l'ancien espace du ghetto, dont il ne subsiste strictement rien.
Elle se termine devant le centre culturel et de mémoire dédié à Emmanuel Ringelblum, héroïque historien du ghetto et animateur du réseau "Oneg Shabbat" qui en préserva la mémoire. 
Au moment où la Pologne est envahie par les Allemands en 1939,  Emmanuel Ringelblum a trente-neuf ans, c'est un spécialiste reconnu de l’histoire du peuple juif.
Il vit alors à Varsovie avec sa famille et a très vite compris le sort que les nazis réservent aux Juifs d’Europe. 
Il aurait pu quitter la Pologne avec sa famille mais sa femme et lui décident de rester pour témoigner «pour les générations futures». Leçon de courage, terrible choix, puisqu’en allant jusqu’au bout de sa mission d’historien, d’écrivain et de témoin, il meurt assassiné par les nazis dans la prison Pawiak en 1944 avec sa femme et son fils.
Ringelblum avait créé un groupe de travail culturel du nom d’« Oyneg Shabbos »  ( c'est à dire le plaisir du Shabbat).
Ce nom était en fait une couverture. L’objectif était de décrire précisément les terribles conditions de vie des Juifs dans le ghetto. Les activistes encouragèrent tous les habitants du ghetto à écrire eux-mêmes ce qu’ils vivaient au quotidien et à leur remettre leurs écrits. En janvier 1943, alors que sévissait la seconde grande rafle du ghetto, sentant «l’inéluctable fin», Emmanuel Ringelblum et les membres d’Oyneg Shabbos enfermèrent les milliers de documents et de témoignages recueillis pendant toutes ces années dans des bidons de lait en fer qu’ils cachèrent sous la terre, avec l’espoir qu’ils seraient retrouvés «un jour». Après la guerre, grâce à la ténacité de Rachel Auerbach, rescapée du ghetto, membre du groupe, une partie des archives fut retrouvée. Elles ont été classées au Patrimoine Mondial de l’Unesco. 
Un livre récemment paru du philosophe Georges Didi-Huberman commente les images contenues dans ces archives. 
 
Une révolte préparée

La déportation des Juifs de Varsovie s’inscrivait dans le cadre de la plus vaste "Aktion Reinhardt", organisée par les nazis en Pologne occupée; celle-ci inclut la construction des camps d'extermination de Belzec (mars 1942), Sobibor (mai 1942) et Treblinka (juillet 1942). 
Ce dernier camp joue un rôle particulier dans l'extermination des Juifs de Varsovie. 280 000 Juifs déportés de la capitale polonaise y seront assassinés. 

L'Aktion de Varsovie prit fin temporairement le 21 septembre suivant, à nouveau durant le jour de la plus importante fête juive, Yom Kippour.
Après cette grande déportation, le ghetto de Varsovie est réduit à un camp de travail où 36 000 Juifs survivent officiellement et où 20 à 25 000 clandestins se cachent. Son sursis tenait d’une part à la pénurie de main-d’œuvre gratuite dont l'administration nazie voulait disposer, et d'autre part à la nécessité d’une pause afin de recenser et d’expédier vers le Reich les biens volés dans le ghetto. 

Quelques jours après le début de la déportation de juillet, la résistance juive s’unifie dans un « Bloc antifasciste » et se dote d’une branche armée, l’Organisation juive de combat (OJC), fondée le 28 juillet 1942. Cette démarche débouchera plusieurs mois plus tard sur le soulèvement du ghetto
Les premières opérations de l'OJC sont dirigées contre les responsables de la "police juive" et autres collaborateurs.

En janvier 1943, une seconde Aktion visant à liquider le reste du ghetto est interrompue par les nazis eux-mêmes au bout de quatre jours, face à la résistance et au fait que la population se cache dans un réseau souterrain creusé durant des mois.
Heinrich Himmler, en déplacement à Varsovie, ordonne alors la destruction du ghetto et de ses habitants. Au même moment le ghetto de Cracovie est liquidé en Mars 1943.


Le 19 avril 1943, correspondant cette année là au début de la fête juive de Pessah,  les unités SS chargées de liquider le ghetto sont repoussées par les combattants. Ceux-ci ne disposent que de quelques revolvers et grenades. Quand le millier de soldats allemands pénètrent en force dans le ghetto, les résistants les attendent  barricadés dans leurs bunkers et leurs caves. Au nombre de 1000 environ, ils sont regroupés principalement dans l'Organisation des Combattants Juifs, (OJC, ZOB en polonais) commandée par le jeune Mordehaï Anilewicz, membre de l’organisation de jeunesse Hachomer Hatzaïr.
Dès l’invasion de la Pologne par les nazis, Anilewicz avait  rejoint avec des membres de son groupe l’est de la Pologne, pour aider à retarder l'avance allemande. Après l'invasion de ces régions orientales de la Pologne par les armées de Staline, à la suite du pacte germano-soviétique, les Soviétiques l'arrêtent et l'emprisonnent. Il est libéré peu de temps après, et retourne alors à  Varsovie


Face à l'insurrection, le commandant allemand est relevé de ses fonctions, le général SS Jürgen Stroop lui succède. Il est lui-même est pris de court par la rébellion des "sous-hommes" ainsi que les nazis qualifiaient les Juifs. Dès lors, les troupes SS vont incendier systématiquement les immeubles et propulser du gaz dans les souterrains afin d'en déloger les résistants. 
Ces derniers vont tenir pendant un mois, malgré leur très faible niveau d'armement et de nourriture. Plus de deux mille SS, soutenus par de l‘artillerie et des blindés, incendient le ghetto, maison après maison. Les Juifs sont asphyxiés, carbonisés, enterrés vivants dans les abris où ils sont retranchés. 
Six mille Juifs présents dans le ghetto trouvent la mort dans les combats ou se suicident. Sept mille sont fusillés sur place. Les autres sont déportés. Une poignée de miraculés échappe à la mort en s'enfuyant par les égouts.

Le 16 mai 1943, Stroop fait dynamiter la grande synagogue du ghetto. Il  annonce à Himmler : « Il n’existe plus de quartier juif à Varsovie. »

                                
Cette photo célèbre provient du rapport adressé par le général SS Stroop à Himmler  après l'écrasement de la révolte. Elle a donc été prise et diffusée dans le cadre de la propagande nazie.
Elle porte la mention " forcés hors de leurs caves" 

Le testament de Mordehaï Anilewicz

La rébellion se termine à la mi-mai. Mordehaï Anilewicz se suicide le 8 mai avec une partie de la direction de l'OJC ; il a 24 ans. 
 Le 23 avril 1943, il avait écrit dans une dernière lettre :
«Les Allemands ont fui par deux fois du ghetto. L'une de nos compagnies a résisté 40 minutes et une autre s'est battue pendant plus de six heures... Nos pertes en vies humaines sont faibles et ceci est également une réussite...
Grâce à notre radio, nous avons entendu une merveilleuse émission relatant notre lutte. Le fait que l'on parle de nous hors du ghetto nous donne du courage.
Soyez en paix, mes amis de l'extérieur ! Peut-être serons-nous témoins d'un miracle et nous reverrons-nous un jour. J'en doute ! J'en doute fort !
Le rêve de ma vie s'est réalisé. L'auto-défense du ghetto est une réalité. La résistance juive armée et la vengeance se matérialisent. Je suis témoin du merveilleux combat des héros juifs...»


Quelques jours plus tard, le 12 mai, Szmuel Zygielbojm, représentant du mouvement ouvrier juif Bund dans le gouvernement polonais en exil à Londres, se suicide dans cette ville.
Il proteste ainsi contre l’inaction des gouvernements alliés, dûment avertis de la situation en Europe de l'Est et notamment en Pologne.
Lui-même avait alerté publiquement sur l'extermination en cours.
Il laissa une lettre dont voici des extraits :
« Derrière les murs du ghetto se déroule à présent le dernier acte d’une tragédie sans précédent dans l’Histoire. La responsabilité du forfait consistant à exterminer la totalité de la population juive de Pologne retombe au premier chef sur les exécutants; mais, indirectement, elle rejaillit également sur l’humanité tout entière. Les nations et les gouvernements alliés n’ont entrepris jusqu’ici aucune action concrète pour arrêter le massacre. 
En acceptant d’assister passivement à l’extermination de millions d’êtres humains sans défense - les enfants, les femmes et les hommes martyrisés - ces pays sont devenus les complices des criminels.[...]. Mes camarades du ghetto de Varsovie ont succombé, l’arme au poing, dans un dernier élan héroïque. Il ne m’a pas été donné de mourir comme eux, ni avec eux. Mais ma vie leur appartient et j’appartiens à leur tombe commune. Par ma mort, je désire exprimer ma protestation la plus profonde contre la passivité avec laquelle le monde observe et permet l’extermination du peuple juif.

Je suis conscient de la valeur infime d’une vie humaine, surtout au moment présent. Mais comme je n’ai pas réussi à le réaliser de mon vivant, peut-être ma mort pourra-t-elle contribuer à arracher à l’indifférence ceux qui peuvent et doivent agir pour sauver de l’extermination — ne fût-ce qu’en ce moment ultime — cette poignée de juifs polonais qui survivent encore. Ma vie appartient au peuple juif de Pologne et c’est pourquoi je lui en fais don… »
 (Londres, mai 1943)

Nos pensées vont vers les victimes de cette extermination et vers ceux qui au cœur des ténèbres, entamèrent la préparation de leurs actes héroïques qui apparurent au grand jour dans les mois qui suivirent. 



Soixante-dix-sept après les déportations de Varsovie,
le nazisme est défait mais son héritage est plus que jamais à combattre
Ses héritiers  rêvent toujours de massacrer des Juifs comme le montrent les attentats récents dans les synagogues de
San Diego, Pittsburgh, Halle
En Pologne même, l’antisémitisme et le racisme sont fortement stimulés par le pouvoir de droite radicale du PiS. Celui-ci a franchi une nouvelle étape dans sa tentative visant à réécrire l’histoire du pays.
Il a promulgué en février 2018 une loi sur la "mémoire". Sous prétexte de mise en cause du terme "camp de la mort polonais", le texte menace de prison quiconque évoque la collaboration de Polonais avec le nazisme,
voire le massacre des Juifs de Jedwabne, perpétré par leurs voisins polonais. Les protestations se sont multipliées dans le monde entier mais à ce jour le pouvoir maintient l’arme révisionniste de cette loi. Le premier ministre israélien Netnayahou s’est en revanche compromis dans un accord avec le gouvernement polonais, contre l’avis des responsables du mémorial de Yad Vashem.    Ces dernières années, les menaces et intimidations contre les historiens de la Shoah ont été nombreuses. En février 2019 c’est à Paris qu’un colloque sur la Shoah en Pologne a été perturbé par des militants antisémites et nationalistes polonais.


Des propagandistes de la haine déversent des flots de propos complotistes et racistes, grâce à la complaisance des grandes plates-formes et à l'indulgence de juges qui les protègent en reculant devant l’application des lois limitant le négationnisme, comme dans le cas de Soral et Dieudonné
L'extrême-droite parrainée et soutenue par Trump et Poutine, pèse lourdement dans de nombreux pays d’Europe. 
En France, Allemagne , Autriche, Hongrie, Pologne, Italie, Grande-Bretagne, Estonie, les nostalgiques et racistes de tout poil sont à l'offensive et pour certains déjà installés au pouvoir . 

Nous en appelons plus que jamais au combat contre les idéologies et actes racistes et antisémites  quels que soient leur prétextes, ainsi que pour la mémoire des génocides et crimes contre l'humanité

MEMORIAL 98