samedi 26 décembre 2020

Nouvelle diatribe antisémite de Houria Bouteldja.

Mise à jour du 19 janvier: soutien complaisant à Houria Bouteldja.

Un appel de soutien à sa tribune vient d'être publié. 

Il reprend la rhétorique habituelle selon laquelle Bouteldja aurait condamné les attaques antisémites contre April Benyaoum. C'est factuellement faux, comme le montre sa référence à l"anti juifisme" ( ci-dessous)Dans l'appel lui-même il est affirmé que HB rejette " l"essentialisation et  le judéocentrisme"  Ce dernier terme est communément employé par les pires antisémites, qui stigmatisent ainsi l'attention portée à la Shoah. Jean-Marie Le Pen déclarait ainsi que le procès Papon en 1987 était sous-tendu par le "judéo-centrisme" On retrouve aussi très fréquemment ce terme méprisant dans la prose de Soral et de ses acolytes. On notera aussi que selon les signataires, la tribune de HB s'inscrit carrément dans la continuité d'Aimé Césaire, Sartre et même Albert Memmi. Or ce dernier, récemment décédé et auteur de travaux remarquables sur le colonialisme mais aussi sur  l'oppression des Juifs, a souvent été dénoncé par la mouvance des signataires comme "sioniste". La récupération post-mortem, exercice malhonnête, est ici particulièrement abjecte.

Honte absolue pour ceux et celles qui se réclament de la gauche radicale et de l'antiracisme afin de légitimer l'antisémitisme.

Memorial 98 

Publiée sur son blog Mediapart cette tribune a été exceptionnellement dépubliée par le site mais se trouve facilement sur sa page Facebook et ici

Tous les clichés antisémites amalgamés à l’antisionisme se trouvent dans ce texte: si April Benyaoum, Miss Provence, a été insultée et menacée en référence à Hitler, c'est bien sûr de sa faute, si on écrit à son sujet: 
«Tonton Hitler, t’as oublié d’exterminer Miss Provence»


 

 

Bouteldja reprend à son compte la campagne anti-juive qui se dissimule à peine derrière un propos "anti-sioniste", selon la méthode bien connue en ce domaine.

Cette invention des "sionistes" comme nom de code des Juifs est directement issue du vocabulaire créé par Staline lors de ses campagnes antisémites après la Shoah. Ce travestissement grossier a été maintes foi recyclé depuis. Bouteldja lui donne une nouvelle portée en déclarant " On ne peut pas être Israélien innocemment"

De plus, Bouteldja introduit dans sa tribune le terme particulièrement nauséabond " anti juifisme" qu'elle attribue successivement aux Palestiniens puis aux "indigènes vivant dans l’hexagone". 

C'est la pratique habituelle des idéologues de la haine, qui attribuent leurs propres turpitudes racistes et antisémites à des populations censées porter ces aspirations. Ce qualificatif abject a été popularisé par l'antisémite enragé Ahmed Moualek, compagnon de route de Dieudonné et Soral, avant de se brouiller avec eux. Il avait auparavant participé au voyage de ces derniers au Liban et en Syrie en 2006,et participé avec eux à la campagne des Le Pen en 2007 avant de figurer sur leur "liste antisioniste" lors des élections européennes de 2008.

On a vu récemment le même type d'argumentation à propos de l'antisémitisme dans le Labour Party britannique. Suite à la défaite du Labour lors des élections législatives de 2019, Jean-Luc Mélenchon a attribué aux "communautaristes" juifs britanniques la défaite de la gauche. Il y a ajouté une critique violente à l’encontre de Corbyn, qu'il portait aux nues précédemment, car ce dernier se serait trop excusé face aux accusations d’antisémitisme dans le Labour. 

Pour Mélenchon, ces excuses auraient découragé "l'électorat populaire" du Labour,  qu'il désigne ainsi lui-même comme antisémite. L'électorat populaire serait antisémite tandis que les Juifs, qui ont toujours voté très massivement pour le Labour, sauf lors de cette élection, auraient uniquement succombé aux manipulations de Netanayahou.  

Selon Bouteldja, en tant que fille d'un père israélien, April Benyaoum devrait se proclamer antisioniste et anti-israélienne, sinon ce qui lui arrive est au fond justifié car " On ne peut pas être israélien innocemment" 

Suit la comparaison avec Rokhaya Diallo, agressée lors d'une émission en liaison avec son destin en Afrique ("Madame Diallo, elle n’aurait pas bénéficié de tout ce que donne la France, je crois qu’elle serait en Afrique avec 30 kilos de plus, quinze gosses, en train de piller le mil par terre et d’attendre que Monsieur lui donne son tour entre les 4 autres épouses”)  et que la droite ne soutient pas alors qu'elle condamne les menaces contre April Benyaoun.

Mais évidemment les antiracistes, dont Bouteldja ne fait pas partie, luttent également contre toutes les haines et toutes les discriminations sans en exclure aucune victime 

Ils soutiennent donc Rokhaya Diallo prise à partie sur un mode raciste, sexiste et essentialiste tout comme April Benyaoum. Cette dernière est renvoyée à la Shoah, qui aurait du l'éliminer de la surface de la terre, tandis que Rokhaya Diallo est ramenée à son sort fantasmé de femme africaine, comme Danièle Obono représentée en esclave chargée de chaînes par le magazine raciste Valeurs Actuelles.

A l'inverse de cette démarche globale,  pour Bouteldja et ses acolytes du Parti des Indigènes, l'antisémitisme est excusable et témoignerait même d'une conscience politique "anticoloniale". C'est ce qui est contenu dans son affirmation de Mars 2015 selon laquelle « Les Juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe. »

Sa diatribe la plus récente représente donc une justification de la violence antisémite qui va dans le sens de ses déclarations précédentes et les aggrave.

Mise à jour du 28 décembre:

Un dirigeant de l'UJFP, qui soutient Bouteldja et son texte, écrit ceci en réponse au texte ci-dessus ( à lire ici)  : "

"Contresens complet. Houria dénonce l'antisémitisme dans ce texte (en caractérisant certains propos tenus contre la Miss comme antisémites). Mais elle récuse aussi l'assimilation de l'antisionisme à l'antisémitisme.
Comme juif, je partage cette analyse."

Réponse : Un grand classique: brandir sa judéité afin de minimiser ou excuser des propos et actes antisémites.

Cela fait immanquablement penser aux Juifs membres du PCF dans les années 1950,  qui "en tant que juifs", approuvaient  les campagnes antisémites menées en URSS et dans tous les pays sous sa domination, jusqu'au prétendu complot des Blouses blanches.

Déjà à l'époque on utilisait le terme codé de "sionistes" pour nommer les Juifs .

En effet Staline et ses sbires ont recyclé les termes issus de l'extrême-droite  sur le " complot juif international". 
 

Mais ils ont du innover et ruser puisque leur référence au "communisme" leur interdisait de recourir trop ouvertement au vocabulaire antisémite classique. Ils choisirent donc de recourir au terme codé de "sionistes" afin de discriminer et réprimer jusqu'à la mort les Juifs qu'ils voulaient éliminer. Arthur London, dirigeant du Parti communiste tchécoslovaque inculpé dans le procès Slansky de 1952, le démontre très clairement dans son livre "L'Aveu" ( Folio) .  

"Ses tortionnaires– des policiers tchèques supervisés par des
Russes du KGB – l’interrogeaient sur les communistes qui étaient avec lui
dans les Brigades internationales, en Espagne. Chaque fois que London
donnait le nom d’un Juif, et cela arrivait souvent, les interrogateurs
notaient dans leur rapport : « sioniste » London leur disait : « Non, Untel n’est pas sioniste, c’est un vieux militantcommuniste ». Et on lui répondait : « Nous sommes dans un pays socialiste,
l’antisémitisme est illégal et il est interdit d’utiliser le mot “Juif”.
C’est pourquoi nous écrivons “sioniste” ".

Ainsi lors du prétendu complot des "Blouses blanches",  Staline dénonça les médecins "sionistes" qui auraient prévu de l'assassiner. Le PCF fit monter en première ligne des médecins juifs afin de soutenir ce complot antisémite; C'est en cohérence presque ironique avec l'approbation par Bouteldja du mot d'ordre " Sionistes au Goulag" (photo ci-dessus) voir plus précisément ici http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/08/la-nuit-des-poetes-juifs-assassines-le.html 

On notera à cette occasion que l'UJFP n'a jamais mené une quelconque action contre l'antisémitisme. Sa seule ligne en ce domaine consiste à justifier les dérives antisémites de personnes telles que Bouteldja et ses compères.

Cela remonte à fort loin puisque déjà en 2006 ce groupe a boycotté avec d'autres organisations tout aussi aveuglées, le rassemblement de protestation après le meurtre antisémite de Ilan Halimi, au prétexte que la police et la justice qui n'avaient pas établi le caractère antisémite de l'affaire.  

Cet étrange raisonnement, s'agissant d'organisations habituellement peu enclines à s'aligner sur les analyses policières, témoignait d'une réticence habituelle à s'emparer du combat contre l'antisémitisme, en raison des liens supposés avec la situation au Moyen-Orient.

La même confusion s'est poursuivie lors de la marche blanche après le meurtre de Madame Knoll en 2018  puisque l'UJFP s'est alors rangée sous la bannière de Daniel Knoll, qui défendait également la présence du Front National lors de cette marche (voir ici)

 

 MEMORIAL 98 

Articles de Memorial 98 en lien:

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/08/la-nuit-des-poetes-juifs-assassines-le.html 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2016/09/shoah-par-balles-babi-yar-septembre-1941.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2019/12/melenchon-diffuse-le-poison-de.html

 http://www.memorial98.org/article-33829718.html  Ilan Halimi

http://info-antiraciste.blogspot.com/2018/03/contre-lantisemitisme-et-tous-les.html

 

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