mardi 7 avril 2020

Génocide des Tutsi au Rwanda: un 26e anniversaire à l'ombre de la pandémie.



La commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda revêt cette année un caractère particulier, en raison de l’épidémie du Covid19.

Nous nous associons à nos partenaires de l’association Ibuka-France et appelons à participer aux actions en ligne qu’ils organisent (voir ci-dessous).
Le combat contre le négationnisme concernant ce génocide est plus que jamais d’actualité. Ainsi, c’est au sein du Sénat que s’est tenu le 9 mars dernier un colloque négationniste.
Les protestations associatives n’ont pas pu empêcher sa tenue, car Gérard Larcher président du Sénat l’a maintenu. Honte à lui; voir ici le compte-rendu établi par l'association Survie
Aujourd’hui même, le journal Le Point rendant compte de  la découverte d’un charnier de victimes utilise la formule confusionniste et négationniste de « génocide entre les Tutsis et les Hutus »
Sur France Inter c'est une chronique profanatrice qui a constitué la seule mention du génocide le 7 avril. Dans ce billet prétendument humoristique, le chroniqueuse comparait le génocide à "une bataille de polochons". 
Cette horreur s'est produite dans l'émission  Par Jupiter qui se présente comme critique et progressiste.
Nous soutenons la protestation des associations de rescapés et exigeons avec eux des excuses publiques ( voir ci-dessous)

 
Mise à jour: 
Après sa profanation du génocide, la chroniqueuse Constance présente des excuses désinvoltes et se victimise( ci-dessous)
Chers auditeurs,
Ma chronique du 7 avril sur France Inter a suscité une très vive émotion dans la communauté Tutsi et au-delà. A tous ceux qui ont été choqués, je voudrais dire que mon intention n’était pas de blesser, de minimiser l’importance des faits et encore moins de nier la réalité du génocide qui s’est déroulé en 1994 au Rwanda.
Pour m’éloigner du sujet qui ne prêtait pas à rire, j’ai usé de formules lapidaires qui ont jeté du sel sur des blessures immenses. Telle n’était pas mon intention.
J’ai depuis reçu de très nombreux messages faisant part, parfois de manière parfaitement outrancière, de leur colère. J’ai bien entendu leur émotion. Je veux leur dire qu’elle me touche et que je la comprends.
Je suis humoriste, pas éditorialiste. Mon rôle est de faire rire, et d’apporter un peu de bonheur aux gens. Alors quand mon travail soulève autant d’émotion, qu’il heurte toute une communauté, force est de reconnaître que l’objectif est manqué. Je vous prie de bien vouloir m’en excuser.
Constance


Un autre enjeu est la poursuite de la mise à jour des responsabilités des autorités françaises dans le déroulement du génocide.
Les révélations se sont multipliées ces dernières années, malgré les blocages et pressions, dont celles des proches de François Mitterrand
Face au scandale qui menace, Emmanuel Macron a choisi de louvoyer. Il a proclamé une journée nationale de commémoration du génocide le 7 avril mais semble peu désireux d’aboutir à la vérité dans ce domaine, aussi dérangeante soit-elle.   
Il a ainsi créé une commission d’historiens censée faire la lumière sur la période des années 1990-1994 mais en a éliminé l’historienne du CNRS Hélène Dumas, spécialiste du Rwanda dont elle maîtrise la langue ainsi que l'historien Stéphane Audoin-Rouzeau. Tous les deux étaient considérés comme trop critiques; 
C'est ce que nous avions rappelé lors d'une allocution de Memorial 98 le soir du 7 avril 2019, dans le cadre de la veillée organisée comme chaque année par l'association Ibuka-France en mémoire des victimes du génocide. 
Nous y appelions à la vigilance face aux nombreuses tentatives pour bloquer un accès complet aux archives, voir ici la vidéo de cette intervention: https://www.youtube.com/watch?v=MaYgH39DV4Y

MEMORIAL 98


 Avec Ibuka-France

26ème commémoration du génocide contre les Tutsi
Le 7 avril 2020, journée internationale de commémoration du génocide commis contre les Tutsi au Rwanda en 1994, l’association Ibuka France et ses partenaires associatifs sur le territoire français appellent, malgré le confinement national, au recueillement et au souvenir du dernier génocide du XXème siècle.
Durant cent jours, d’avril à juillet 1994, plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants furent assassinés au Rwanda, parce que nés Tutsi. 
En 2020, pour la première fois, les commémorations en France de ce crime lors du 7 avril s’inscrivent dans un cadre national officiel, reconnu par le décret présidentiel du 13 mai 2019. 
L’actuelle épidémie de COVID-19 qui frappe la planète nous contraint toutefois à repousser à une date encore inconnue les cérémonies publiques prévues au mois d’avril.
Ibuka France a une pensée pour les victimes de cette pandémie et adresse ses condoléances aux familles éprouvées. 
Ce report ne doit pourtant pas empêcher le recueillement. Mardi prochain 7 avril 2020, comme chaque année, nous dédierons nos pensées aux victimes du génocide, à celles et ceux qui ont perdu leur vie en voulant les défendre et aux rescapés dont la présence et les voix portent jusqu’à nous le souvenir du crime perpétré il y a vingt-six ans. 
Les efforts engagés dans ce sens demeurent nécessaires face aux menées du négationnisme, toujours actif sous les diverses formes qu’il emprunte pour falsifier, nier et/ou atténuer la nature génocidaire du crime commis en 1994 contre les Tutsi au Rwanda.
Dans cette situation exceptionnelle, Ibuka France organisera le 7 avril une cérémonie d’hommage aux victimes du génocide des Tutsi par des moyens virtuels.
Si nous ne pouvons pas rassembler les survivants et les familles qui ont été endeuillés pour un moment de communion, nous souhaitons leur adresser tout notre soutien à distance, à travers des messages qui seront diffusés durant sept jours à compter du 7 avril. La période de confinement actuelle fait, en effet, rejaillir pour beaucoup d’entre eux la peur et la détresse ressenties en 1994 dans leurs cachettes.
Programme du 7 avril au 13 avril 2020
  • Le 7 avril à 14h
  1. Allumage de bougies suivi d’une minute de silence.
  2. Partage des témoignages, vidéo, poèmes, chants de recueillement..., sur les réseaux sociaux de notre association
Merci de nous envoyer vos vidéos de soutien et témoignages par e-mail: contact@ibuka-france.org et qui seront postées et partagées sur les comptes de réseaux sociaux d’Ibuka France.
  • Du 8 au 13 avril  à 14h: 
Partage de témoignages, vidéos, poèmes, chants de recueillement sur les réseaux sociaux de l’association.
Retrouvez-nous sur:
C’est avec une détermination intacte et une vigilance permanente qu’Ibuka France entend poursuivre son œuvre auprès de tous les publics, fort du soutien de ses différents partenaires et de celui de chacun et chacune d’entre vous.
Ibuka-France

 Un génocide planifié et préparé.

C'est en effet le 7 avril 1994 que débutèrent au Rwanda les massacres qui allaient voir la mort d'au moins un million de personnes jusqu'à juillet de la même année: des individus définis comme Tutsi, constituant la majorité des victimes, mais aussi des Hutu opposés aux partisans de l'idéologie raciste dite "Hutu Power"
D'une durée de cent jours, ce fut le génocide le plus bref et concentré de l'histoire et celui de la plus grande ampleur quant au nombre de morts par jour de tuerie.
Fruit d'une idéologie raciste mise en œuvre sur des décennies, ce génocide s'est appuyé, pour diffuser la haine, avant et pendant, sur une forme perverse d'humour, notamment à la Radio Télévision des Milles Collines, mais aussi sur les caricatures déshumanisantes de la propagande génocidaire .
Comme pour tous les projets génocidaires, celui-ci s'accompagne de campagnes négationnistes, de difficultés à faire reconnaître les responsabilités entre autres les responsabilités françaises et à faire vivre la mémoire. Il a fallu attendre 20 ans pour qu'enfin une stèle au Père Lachaise à Paris commémore ce génocide et encore 2 ans avant que soit inauguré un Jardin de la Mémoire dans un parc parisien.
Des progrès limités ont aussi été réalisés dans le domaine de la justice puisque enfin des génocidaires ont été jugés et condamnés en France. Ces procès doivent beaucoup à l’action de nos amis du Collectif des parties civiles pour le Rwanda qui poursuivent un combat incessant pour que le Parquet et les tribunaux jouent enfin leur rôle. En effet la justice demeure très partielle, lente et laborieuse. Des génocidaires présumés lui échappent.
Les habitants de nôtre pays ont un devoir particulier en ce qui concerne le Rwanda. En effet, une partie du combat est aujourd'hui celui de la pleine reconnaissance par l’État français de ses responsabilités. Cet État qui prétend parler en notre nom, persiste aujourd'hui à garder un silence complice sur l’implication de l’armée française dans le génocide des Tutsi.
Or le pouvoir Hutu extrémiste a reçu de manière continue et appuyée le soutien des autorités françaises tant au plan politique, militaire que financier, avant, pendant et après le génocide.
 Toute la vérité doit être faite au sujet de cette implication : tous les documents doivent être rendus publics.
Les preuves s'accumulent maintenant quant à la participation des pouvoirs publics français et d’institutions financières à l’exécution du crime.
Nos amis et partenaires des associations Ibuka, qui regroupe des rescapés tutsi et du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) qui mène un énergique combat judiciaire ainsi que l'ONG Sherpa, ont porté plainte contre la banque BNP. Ils l’accusent d’avoir favorisé le génocide en finançant la livraison d’armes, malgré l’embargo décidé par l’ONU.

En même temps les mises en cause se multiplient à propos de l’implication de dirigeants français de l’époque. L’attention se concentre sur Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères et surtout à l’époque secrétaire général de l’Élysée à l'époque du génocide, déjà plusieurs fois cité.



A ce moment (1993-1995) Mitterrand était président et Balladur chef d’un gouvernement de cohabitation, suite aux élections de 1993. Védrine jouait un rôle capital et bénéficiait de l’entière confiance du président.    

Selon le journaliste Patrick de Saint-Exupéry,  spécialiste du Rwanda, fondateur de la revue XXI et qui a dénoncé le génocide dès 1994, un haut fonctionnaire chargé d’examiner les archives de l’Elysée de 1990 à 1994 affirme que les autorités françaises ont bien donné l’ordre de réarmer les auteurs du massacre, alors que ces derniers venaient d’être mis en déroute par le Front patriotique rwandais (FPR).
Le fonctionnaire, anonyme mais manifestement très bien informé, qui a eu accès aux archives au moment de leur ouverture par François Hollande en 2015, évoque un document faisant état d’une fronde de certains militaires français contre la décision des autorités françaises de réarmer les génocidaires.
En marge de ce document et concernant le trouble de ces militaires, une note manuscrite d’Hubert Védrine insistait sur la nécessité de «s’en tenir aux directives fixées» et donc de livrer les armes.

 
Selon un autre spécialiste du Rwanda, Jacques Morel, cité par Libération, on retrouve la signature de Védrine en bas d’une note sur une dépêche officielle citée par l’agence Reuters et datée du 15 juillet 1994.
La dépêche était titrée: «Paris prêt à arrêter les membres du gouvernement intérimaire rwandais.», eux qui avaient orchestré le génocide et qui s’étaient repliés dans les zones sous contrôle français.
En marge de la dépêche, Hubert Védrine avait écrit: «Lecture du Président (Mitterrand): ce n’est pas ce qui a été dit chez le Premier ministre (Balladur).»
L’arrestation fut donc annulée.

Mitterrand et Védrine étaient particulièrement complaisants à l’égard des chefs Hutu, considérés comme favorables à la France car francophones, alors que les dirigeants Tutsi, qui avaient dû se réfugier en Ouganda étaient considérés comme favorables au monde anglophone.
De plus Mitterrand défendait la thèse négationniste du « double génocide », selon lequel les torts étaient partagés entre génocidaires et victimes. Ainsi après le sommet franco-africain de Biarritz en 1994, il lance à un journaliste qui l’interroge : “De quel génocide parlez-vous, monsieur ? De celui des Hutus contre les Tutsis ou de celui des Tutsis contre les Hutus ? ”
                                          
Védrine a de son côté défendu l’auteur négationniste Pierre Péan en 2008 ( décédé récemment)  lors du procès de ce dernier après la parution de son livre sur le Rwanda « Noires fureurs, blancs menteurs ». Le déroulement de ce procès démontre les ressorts et arguments des négationnistes, si proches de ceux qu’on retrouve dans des cas semblables (lire ici le compte rendu qu'en fit Memorial 98)
   
C’est dans cette sphère du déni qu’avait aussi agi le juge « anti-terroriste » Jean-Louis Bruguière chargé d’une enquête sur l’attentat qui le 6 avril 1994, toucha l’avion transportant le président du Rwanda Habyarimana, abattu par deux missiles à son approche de l’aéroport de la capitale Kigali.
Bruguière conclut, au terme d’une enquête partiale conduite depuis Paris, sans déplacement sur les lieux de l’attentat, à la responsabilité des rebelles tutsi (FPR) ; il lança des mandats d’arrêt internationaux contre de hauts responsables du FPR au pouvoir à Kigali.
Suite aux  conclusions du rapport Bruguière, les thèses négationnistes se renforcèrent et obtinrent une sorte de droit de cité dans le discours public, notamment français. L’attribution au FPR de la responsabilité de l’attentat du 6 avril a servi  à protéger des questions embarrassantes les dirigeants politiques de cette époque de cohabitation : Mitterrand, Balladur, Léotard, Juppé,  Roussin, Hubert Védrine, les responsables militaires et tous les officiels ayant joué un rôle dans la complicité militaire, politique, diplomatique et financière de la France dans le génocide.
Bruguière, parti à la retraite avant une carrière politique dans les rangs de l’UMP, son successeur, le magistrat anti-terroriste Marc Trévidic se rendit à Kigali en 2012, ce que n’avait jamais fait Bruguière, et aboutit à des conclusions totalement inverses sur le déroulement de qui allait constituer le prétexte de la mise en œuvre du crime.

Les habitants et les pouvoirs publics de notre pays ont un devoir particulier en ce qui concerne le Rwanda.
En effet, une partie du combat est aujourd'hui celui de la pleine reconnaissance par l’État français de ses responsabilités.
Cet État qui prétend parler en notre nom, persiste aujourd'hui à garder un silence complice sur l’implication de l’armée française dans le génocide des Tutsi.
Or le pouvoir Hutu extrémiste a reçu de manière continue et appuyée le soutien des autorités françaises tant au plan politique, militaire que financier, avant, pendant et après le génocide. Toute la vérité doit être faite au sujet de cette implication : tous les documents doivent être rendus publics. C’est pourquoi nous soutenons et partageons pleinement le combat de nos amis et partenaires de Ibuka, du CPCR et de Survie afin que la vérité se fasse jour et que les coupables éventuels soient jugés. On notera que Védrine est toujours présent sur la scène politique et médiatique. Il semble qu’il soit écouté par le nouveau président français. Il serait même  à l’origine du tournant consistant à s'allier avec Bachar El Assad sous prétexte de « lutter contre le terrorisme » alors que Assad en est le principal responsable et parrain. Védrine a aussi beaucoup de sympathie « réaliste » envers Poutine. 
Dans ce domaine de la responsabilité des États la justice des Pays-Bas a émis un verdict historique, bien qu'incomplet et frustrant. Elle juge que les autorités de son pays ont laissé se dérouler le génocide de Srebrenica (un an à peine après celui des Tutsi), sans permettre le sauvetage des personnes qui tentaient de se réfugier dans l'enclave des Casques Bleus néerlandais présents sur place. C'est le résultat d'une longue bataille des victimes et de leurs avocats avec le soutien d'ONG néerlandaises et internationales, mobilisées pour la justice et contre l'impunité.
Cette reconnaissance est importante car elle trace la responsabilité des gouvernements qui laissent se dérouler des génocides et crimes contre l'humanité et n'interviennent pas pour sauver des vies humaines. C’est dans le même sens que nous devons agir afin que soit levée la chape de plomb de la dissimulation au nom de la raison d’État.

En effet, à l’inverse, l'impunité des auteurs des génocides et massacres représente un facteur évident de récidive et de perpétuation des actes génocidaires.  On se souvient notamment du propos de Hitler trouvant un encouragement dans la manière dont le génocide arménien de 1915 était nié :
« Mais qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? » déclarait-il dans une allocution aux commandants en chef de l'armée allemande le 22 août 1939, quelques jours avant l'invasion de la Pologne.
 
C'est pourquoi, plus que jamais et en permanence,  la mémoire des génocides nourrit nos combats. 

Le génocide des Tutsi est également le récit d'une horreur absolue, dans laquelle des voisins massacrent ceux qu'ils connaissent et fréquentent. Des victimes supplient qu'on les tue avec une arme à feu  afin d'échapper à la machette et au gourdin mais pour cela les massacreurs exigent qu'ils payent le le prix de la balle. De manière croissante des livres et témoignages rendent compte de ces atrocités. Les femmes subirent un sort particulier avec les très nombreux viols et tortures particulières. Les survivantes luttent pour leur dignité et se regroupent comme celles de la maison de Kigali qui ont écrit le récit de leurs souffrances et de leurs combats.
C 'est un immense champ de mémoire et de solidarité qui est en train de s'ouvrir et auquel nous appelons à participer, pour que justice soit faite.  

MEMORIAL 98




mercredi 5 février 2020

Allemagne: l'extrême-droite tente une alliance avec la droite et échoue.



                                         




4 mars: le pacte avec l'AfD balayé.

                      Bodo Ramelow (à gauche cravate bleue) refuse de serrer la main de Hoecke

Bodo Ramelow, candidat du parti de gauche Die Linke, soutenu par les sociaux-démocrates et les Verts, a été réélu président du Land de Thuringe ce 4 mars.
Les élus de la CDU ont été contraints de s'abstenir après leur faute, ce qui a permis l'élection au troisième tour de scrutin.
Les libéraux du FDP, qui avaient exécuté la manœuvre avec l'AFD, ont choisi de boycotter le scrutin .
A noter le geste fort de Ramelow qui a refusé de serrer la main tendue par Björn Hoecke ( ci-dessus), leader local de l'AfD et dirigeant de son aile nostalgique du nazisme 

Memorial 98


                                       
                                         Manifestation à Erfurt " Contre la haine "





15 février: manifestation en Thuringe contre le pacte avec l'AfD

Des milliers de personnes ont manifesté samedi 15 février à Erfurt, capitale de la Thuringe.
Quelque 18.000 personnes ont manifesté, selon les organisateurs, des ONG, artistes, syndicalistes et responsables politiques, unis dans le front #Unteilbar («indivisible» en français).
Les manifestants se sont retrouvés à la mi-journée dans le centre de la ville sous le mot d’ordre: «pas avec nous, pas de pacte avec les fascistes: jamais et nulle part!». Des banderoles proclamaient: «nous ne voulons pas de IVe Reich» ou encore «nous ne voulons pas le pouvoir à n’importe quel prix».
L’élection surprise le 5 février du "libéral" Kemmerich, grâce aux voix coalisées de la droite conservatrice et de l’extrême droite, avait déjà provoqué nombre de rassemblements spontanés dans toute l’Allemagne.
Signe de la tension dans tout le pays, plusieurs locaux du parti libéral FDP sont devenus la cible d’attaques dans toute l’Allemagne.
D’autant que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), le parti d’extrême droite  compte bien continuer à dynamiter le jeu politique allemand. En Thuringe, les institutions restent ainsi paralysées depuis plus d’une semaine.
L’extrême droite menace désormais de porter ses suffrages, en cas de nouvelle élection à la tête de cette région enclavée, sur Bodo Ramelow. Cette personnalité de la gauche radicale était à la tête de la région jusqu’en 2019. Il refuse catégoriquement tout apport de voix de l’AfD.
Les partis hors AfD doivent se réunir lundi à Erfurt pour trouver une solution permettant de gouverner cette région.
 En Thuringe aussi, le dirigeant de la CDU, Mike Mohring ( voir ci-dessous), a annoncé vendredi son départ pour permettre une «pacification» du parti conservateur.
Certains responsables  de la CDU, en particulier dans les régions d’ex-Allemagne de l’Est, sont tentés par un rapprochement avec l’extrême droite, particulièrement puissante dans ces régions. 
Dresde
Cette mobilisation contre l’extrême droite intervient aussi en pleine commémoration de la libération des camps nazis et du bombardement par les Alliés de la ville de Dresde il y a 75 ans. Ce bombardement est commémoré chaque année par l'extrême-droite qui oppose cette mémoire à celle du génocide nazi.
Environ 1.500 militants néonazis, et autant de contre-manifestants, sont descendus dans la rue samedi, sous étroite surveillance policière, dans cette ville de Saxe pour une «marche funèbre» cultivant le mythe d’une «ville martyre», injustement sacrifiée par les Alliés.

Memorial 98

Mise à jour du 10 février: le séisme se poursuit, la présidente de la CDU contrainte à son tour de démissionner

Juste sanction: après le scandale de Thuringe, Annegret Kramp Karrenbauer (ci-dessus), cheffe de la CDU et "dauphine" d'Angela Merkel, est contrainte de démissionner de son poste à la tête du parti et ne sera pas candidate en 2021 pour devenir chancelière, comme il était prévu.
Elle n'a pas empêché la collaboration des élus CDU  de Thuringe avec les néonazis  de l' AfD.
Un membre du gouvernement nommé Christian Hirte a aussi été poussé vers la sortie après s’être ostensiblement félicité, dans un message publié sur Twitter, de l’élection de Thuringe
« La chancelière a proposé aujourd’hui au président fédéral le renvoi du secrétaire d’Etat Christian Hirte », a indiqué dans un communiqué le porte-parole d’Angela Merkel. Hirte était jusqu’ici secrétaire d’état au ministère de l' Economie et de l’Energie et, à ce titre, également commissaire du gouvernement aux États régionaux de l’est de l’Allemagne, chargé de coordonner la politique fédérale pour soutenir ces territoires toujours en retard économiquement sur l’ouest du pays.
Ce nettoyage doit se poursuivre, afin d'éradiquer toute velléité de collaboration avec l'AfD et ses idées. 
Cela n'a pas été fait en France. Ainsi Eric Woerth, ancien ministre et actuel  député dirigeant de LR, n'a jamais été inquiété pour sa collaboration prolongée avec le FN en Picardie lors des élections régionales de 1998 ( voir ici

MEMORIAL 98

 
Mise à jour du 6 février: le président de Thuringe contraint à la démission au bout de 24 H mais la crise demeure

Le mandat du président de l'état de Thuringe a duré à peine 24 h et 34 minutes. 


               Le 5 février, Kemmerich et Höcke (à droite) se congratulent après l'élection

Tout juste élu avec les voix des fascistes AfD , le " libéral" Kemmerich est contraint de démissionner face au scandale. Le développement des protestations et manifestations dans toute l'Allemagne a obligé le chef de son parti libéral à changer d'avis et à rétro-pédaler. Alors que celui-ci, nommé Lindner,  avait refusé hier de condamner l'élection, il s'est déplacé ce jour en Thuringe pour annoncer la fin de la présidence. Merkel avait également condamné l'élection " impardonnable" et appelé à de nouvelles élections. Le parti SPD commençait à agiter la menace d'une rupture de la coalition au pouvoir. 
La honte de Kemmerich, de son parti et des conseillers régionaux CDU de Thuringe qui ont voté pour lui  demeurent, pour avoir collaboré avec les néonazis. 

Ceux-ci vont maintenant pouvoir se présenter comme des victimes des "politiciens de l'Ouest" de l'Europe, des Juifs...




                          Sur la pancarte ci-dessus ces mots " Honte à vous"

 MEMORIAL  98

Un événement politique catastrophique se déroule en Thuringe: de nombreuses réactions et manifestations commencent à se dérouler sur place et dans toute l’Allemagne, notamment devant le siège du parti libéral FdP, qui bénéficie des votes de l'AfD.



    Manifestation devant le siège du Parlement régional à Erfurt ( sur la pancarte " Trahison des électeurs")

La direction de la CDU est contrainte de demander des nouvelles élections. Même le journal Bild  titre sur la poignée de main de la honte entre le nouveau président et le "nazi Hoecke"




De son côté, le dirigeant du parti libéral Christian Lindner refuse de se distancier de son représentant en Thuringe. Il utilise le prétexte habituel de ces alliances honteuses selon laquelle dans un tel vote à bulletins secret, c'est le résultat qui compte. Ce parti siège au Parlement européen dans le même groupe que le parti macroniste LREM intitulé " Renew Europe". Il est donc attendu que LREM exige le retrait du président de Thuringe élu par l'AfD et en cas de refus, l'exclusion de ce parti qui pactise ouvertement avec l'extrême-droite nazifiante.
Höcke et les autres dirigeants de l'AfD se réjouissent ouvertement de la réussite de leur manœuvre et appellent à un bloc de la droite dans toute l’Allemagne.

Un tremblement de terre politique et une digue qui se brise

Pour la première fois depuis l’après-guerre et la chute du nazisme, le président d’un des Lands (états fédéraux), la Thuringe, a été élu mercredi 5 février grâce aux voix de l’extrême droite.
Le candidat du Parti libéral-démocrate (FDP), Thomas Kemmerich, a été élu au troisième tour de scrutin par l’assemblée régionale de cet État de l’est de l’Allemagne. 
Son infime majorité est de 45 voix contre 44 mais elle lui donne la présidence. Il a bénéficié des voix de tous les élus du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), et de celles de la plupart des membres de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti de la chancelière Angela Merkel.
 Il a devancé d’une voix le ministre-président sortant de Thuringe, Bodo Ramelow, membre du parti de gauche  Die Linke, qui était, lui, soutenu par les sociaux-démocrates et les Verts.

Bodo Ramelow dont le parti de gauche  Die Linke est arrivé en tête des élections régionales avec 31% des suffrages, comptait se faire réélire à la tête d’un gouvernement minoritaire de gauche, pensant que les partis de la droite traditionnelle n’accepteraient jamais de s’allier à l’extrême droite. Jusqu’ici les partis de droite et de centre droit en Allemagne, comme la CDU ou le FDP,  ont en effet toujours refusé toute coopération ou alliance avec l’extrême droite.    
Mais les élus régionaux du parti libéral et de la CDU ont choisi de s’allier avec une délégation AfD ouvertement dominée par des éléments fascistes.
 
En effet le chef de file de l’AfD en Thuringe, Björn Höcke,  est le chef de la tendance la plus droitière du mouvement baptisée "l'aile" ( Flügel en allemand)
Ce courant a été « mis sous surveillance » par l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV), le service chargé du renseignement intérieur en Allemagne, ce dernier reprochant notamment aux partisans de Björn Höcke de « relativiser le national-socialisme dans sa dimension historique ».
Hoecke a été accusé, à juste titre, d’avoir préparé le terrain idéologique pour l’attentat antisémite de Halle le 9 octobre dernier, où un immense massacre dans un synagogue prévu par le terroriste néo-nazi  a été évité de peu, tout en faisant 2 morts. Ses déclarations contre la "repentance" des crimes nazis ont pavé la voie de cet acte terroriste.
Il a par exemple qualifié le Mémorial de la Shoah à Berlin de « monument de la honte »
 en déclarant « Jusqu’à ce jour, notre état d’esprit est celui d’un peuple totalement vaincu (…) nous Allemands, notre peuple, est le seul peuple au monde qui a planté au cœur de sa capitale un monument de la honte »
Il avait ensuite déclaré au Wall Street Journal : « C’est un grand problème de décrire Hitler comme le mal absolu, alors que nous savons que l’histoire ne s’écrit pas en noir et blanc." 
 « Pour moi, Höcke est un nazi », avait d’ailleurs déclaré lors de la campagne des régionales Mike Mohring,  tête de liste de la CDU  en Thuringe.  Il avait lui-même été menacé de mort par un mystérieux groupe de « musiciens de l’orchestre du Reich » dont l’e-mail se concluait par la formule « Sieg Heil und Heil Hitler ». Pour autant Mohring joue un rôle trouble dans cette crise. Il a organisé le vote des élus CDU avec l'AFD,  pour la candidat FdP après avoir rejeté catégoriquement l'installation d'un gouvernement minoritaire de gauche. 
Les autres thèmes de campagne de Björn Höcke  reprenaient les thèmes racistes chers à l’AfD, que ce soit pour dénoncer « l’africanisation et l’orientalisation qui menacent l’Allemagne » ou expliquer que « le multiculturalisme conduit au multicriminalisme », »



 Le choc de Thuringe se déroule six jours après l’anniversaire de l’accession d’Hitler au pouvoir le 30 janvier 1933 et dix jours après le soixante-quinzième anniversaire de la découverte et libération du camp d’Auschwitz le 27 janvier 1945. 
 
                                     Hitler est nommé chancelier le 30 janvier 1933
A cette occasion les dirigeants allemands avaient réaffirmé leur engagement dans la lutte contre la résurgence du racisme et de l’antisémitisme.
De plus c’est en Thuringe que pour la première fois le parti nazi (NSDAP)  a participé à une coalition gouvernementale au niveau régional en 1929, avant d’accéder au pouvoir en 1933.
Ces références historiques donnent la mesure de la gravité de ce qui se passe en Allemagne.

Il y a aussi une dimension particulière en France : en 1998, lors d’élections régionales, une partie de la droite a choisi de s’allier avec le Front national de Jean-Marie Le Pen et  Bruno Gollnish. Cela fut notamment le cas en Rhône-Alpes avec Charles Millon et en Picardie avec Charles Baur et Eric Woerth, encore dirigeant de LR. La voie avait été ouverte par Gaudin en région Paca dès 1986
Description : https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEj2FMrZboBMPpstz9aNUh-suSa8lpX_xaQKfhy-NuSN6NNMAGOX8PVY2dMGuNMOx-pOlPOMVM0FEGfKUX0XsYPgjy2d0IUJySpCqpwjcwB66EIe_GTC5CWuu8AquP9eGvq619u4xtq3bS8/s320/MILLON-GOLLNISCH.jpg


Une importante bataille politique vint à bout de ces alliances sauf en Languedoc-Roussillon. Charles Millon fut hué et expulsé d' une commémoration de la mémoire des enfants juifs d'Izieu 
Vingt ans plus tard il est évident que la légitimation du FN par une partie de la droite renforça considérablement la crédibilité du parti d’extrême-droite. Les mêmes tentatives se déroulent d'ailleurs actuellement sous les auspices de Zemmour, Robert Ménard et Marion Maréchal.

D’autres exemples se sont produits en Autriche (Sträche) en Italie (Salvini), en Espagne avec Vox et montrent à quel point la droite radicale et l’extrême aspirent à trouver les moyens de gouverner ensemble.

Il est donc crucial qu’une mobilisation démocratique et antifasciste s’organise dans toute l’Europe afin de combattre la catastrophe de Thuringe. 

Memorial 98

voir de nombreux textes et articles de Memorial 98, notamment:


















  


samedi 25 janvier 2020

Zemmour récidive dans ses appels à la guerre civile et raciale

Zemmour récidive et escalade.

 

Après été avoir injurié dans la rue lors d'un acte débile et injustifié, il en appelle à la guerre contre des populations entières, comme on peut le voir ici https://twitter.com/AlexLeroy90/status/1257382686009802752
 
C'est ce qu'il avait déjà fait lors de la Convention de la droite, avec Marion Maréchal en septembre 2019, en déclarant «  La question qui se pose donc à nous est la suivante : les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ? Si oui, ils méritent leur colonisation. Sinon, ils devront se battre pour leur libération" 

 

Sa présence quotidienne à l'écran sur Cnews constitue un danger et un scandale.


5 mai 2020

MEMORIAL 98







10 février  2020


Nouvelles déclarations violentes de Zemmour, appelant à laisser mourir les enfants migrants. 

Interpellé sur le sort des enfants « Et les enfants de migrants qui meurent en Méditerranée ? Zemmour  répond: "Je n'en ai cure ; je préfère que l'autre meurt pour protéger mes enfants.
La menace évoquée à l’égard de ses enfants est ce qu’il nomme l’envahissement migratoire et l’islamisation de la France. Le reste est à l'avenant, comme le montrent les citations précises rassemblées ci-dessus
  
La participation de ce dernier au show de Zemmour, condamné pour appel à la discrimination raciale est scandaleuse. Nous soutenons dans ce domaine l'action de nos partenaires de Sleeping GiantsFR qui interviennent publiquement auprès des annonceurs afin de leur demander de retirer leurs publicités au moment de l'émission de Zemmour.
Le collectif Sleeping Giants a étendu son action à Valeurs Actuelles, condamné en justice pour ses appels à la haine contre les Roms.

Afin d'agir contre ces déclarations racistes et violentes de Zemmour, signalez ces propos ci-dessus au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) qui devra prendre position  envers leur auteur  et la chaîne CNews.
Catégorie de signalement "La déontologie de l'information et des programmes”
L'émission est "Face à l'info" CNews 22/1 à 19H 00 (n'oubliez pas les minutes, sinon la démarche se bloque)

Sur Zemmour voir nos dossiers précédents:
http://info-antiraciste.blogspot.com/2015/11/zmmour-veut-bombarder-un-quartier-de.html 

Mise à jour du 3 février 2020: Marlène Schiappa légitime Zemmour.
  
Elle a accepté de débattre avec lui dans son émission der CNews "Face à l'info" le 10 février prochain. On apprend que la ministre considère le propagandiste raciste et pétainiste comme " très agréable et courtois en privé..."  
La caution apportée à Zemmour, condamné pour incitation à la haine raciale, est scandaleuse. C'est un raison supplémentaire d'agir contre lui en signalant ses propos récents au CSA ( voir ci-dessus) 

MEMORIAL 98