mercredi 8 mai 2019

8 mai 1945: le nazisme défait, son héritage plus que jamais à combattre




 
Ce soixante-quatorzième anniversaire de la victoire contre le nazisme est marqué par l'offensive durable de l'extrême-droite à travers le monde. 

Celle-ci prend différentes formes, alliant des campagnes électorales et des participations dans des gouvernements, mais aussi des actes terroristes contre les minorités et les migrants, comme le montrent les attentats récents de San Diego, Christchurch et Pittsburgh. Des groupes dits « Identitaires » servent de troupes de choc à  des partis qui prétendent se normaliser.
Des propagandistes de la haine déversent des flots de propos complotistes et racistes, grâce à la complaisance des grandes plates-formes et à l'indulgence de juges qui les protègent en reculant devant lapplication des lois limitant le négationnisme (voir ici sur Soral) 
 
L'extrême-droite parrainée et soutenue par Trump et Poutine, pèse lourdement dans de nombreux pays d’Europe, comme on peut le constater à loccasion de la préparation des élections européennes du mois de mai. 
En France,  Allemagne, Autriche, Hongrie, Pologne, Italie, Grande-Bretagne, Estonie, les nostalgiques et racistes de tout poil sont à l'offensive et pour certains déjà installés au pouvoir . 
Nous en appelons plus que jamais au combat contre les idéologies et actes racistes et antisémites  quels que soient leur prétextes, ainsi que pour la mémoire des génocides et crimes contre l'humanité ( comme on peut le voir ici et ici  )

La date du 8 mai rappelle à nouveau que le fascisme et le nazisme seront finalement vaincus mais que si on les laisse prospérer, ils auront auparavant provoqué d'immenses drames et nombreuses catastrophes humaines.

1945: la capitulation et la joie


Le 7 mai 1945, à 2h41 du matin, l'Allemagne nazie capitule. C'est la fin des combats en Europe.
Hitler, arrivé au pouvoir le 30 Janvier 1933, vient de se suicider, le 30 avril. Le "Reich de 1000 ans" qu'il promettait aura duré 12 ans. Il a eu néanmoins le temps de déclencher la 2e guerre mondiale et de mettre en œuvre la Shoah.

Le lendemain, une immense vague de joie déferle sur la planète, provoquant des scènes de liesse dans toutes les capitales, à l’exception de Berlin et Tokyo.


Le régime impérial japonais poursuit les combats dans le Pacifique, la Seconde Guerre mondiale n’est pas encore terminée.

La joie est  ternie par la  découverte des camps de concentration, depuis quelques mois, au fur et à mesure de la progression des armées alliées, notamment soviétiques. Le dernier camp est libéré le 8 mai 1945; il s'agit de celui de Theresienstadt/Terezin, en Tchécoslovaquie alors que Auschwitz l'a été le 27 janvier de la même année. .

Alors même que s'effondrait le régime le plus réactionnaire que l'histoire ait connu, les peuples colonisés exprimèrent leurs aspirations à l’égalité et à l'auto-détermination. Ainsi l’Algérie "française"  connait, en ce jour du 8 mai, des scènes de répression d’une extrême violence. Les célébrations se terminent dans un bain de sang à Sétif, Guelma, et Kherrata, entraînant la mort d’environ 45 000 personnes.

Un passé toujours actuel

Le souvenir du 8 mai 1945 et plus généralement de la période de Vichy et de la collaboration avec les nazis demeure un sujet de  débat et de clivage notamment dans la droite mais aussi dans une partie de la gauche. 

Ainsi Giscard d'Estaing, alors président de la République, avait supprimé la commémoration du 8 mai à partir de 1975. Elle fut rétablie en 1981 par Mitterrand. 
Mais celui-ci a maintenu la fiction d'une non responsabilité des autorités françaises notamment dans la déportation des Juifs de France. Il faisait même fleurir la tombe de Pétain chaque année. En effet le 11 novembre de 1987 à 1992, François Mitterrand alors président de la République, a fait déposer une gerbe de fleurs présidentielle sur la tombe du Maréchal Pétain, à l’île d’Yeu, au prétexte du rôle de ce dernier lors la première guerre mondiale (au cours de laquelle il fut d'ailleurs particulièrement actif dans le massacre des soldats révoltés) 
Les associations de résistants et de victimes du nazisme avaient beau protester unanimement, rien n'y faisait. En 1992 le scandale fut plus important, car une large campagne publique se déroulait contre ce geste de révérence à l'égard du chef de la collaboration. 
Du coup, le préfet de la Vendée, chargé par la présidence de la République de fleurir la tombe  le 11 novembre, dut attendre cette année-là 17 h 15 pour se rendre en hélicoptère sur l'île d'Yeu, lieu de sépulture de Pétain. Il craignait  d'être confronté aux manifestants présents sur place. C'était juste après que Serge Klarsfeld et la quarantaine de personnes l'accompagnant eurent pris le dernier bateau régulier de retour de l'île. Ils étaient venus «s'assurer qu'une gerbe ne sera plus déposée sur la tombe de Pétain par le président de la République». Au bout du compte, la gerbe du préfet côtoyait celles déposées dans les heures précédentes par Jean-Marie Le Pen et par "l'Association nationale Pétain Verdun" (ANPV, émanation des nostalgiques de Vichy). 
Devant l’ampleur du scandale, Mitterrand fut contraint de suspendre l'hommage à Pétain à partir de 1993, c'est à dire à la toute fin de son deuxième septennat.




Lionel Jospin, qui a succédé à François Mitterrand à la tête du Parti socialiste, avait pris d'emblée du recul à l'égard de ce dernier lorsqu'il fut le candidat de la gauche à l'élection présidentielle de 1995.  Il fit état d'un « droit d'inventaire » par rapport aux positions de Mitterrand à l'égard du régime de Vichy, et notamment aux liens d'amitié qui l'unissaient à René Bousquet, ancien dirigeant de la police du régime pétainiste. Cette rupture avec le passé mitterrandien lui valut d'ailleurs des haines féroces de la part des proches de l'ancien président.
A droite, c'est Sarkozy qui lança, dès sa campagne électorale de 2007, une offensive d'ampleur contre la "repentance" et contre la reconnaissance de la participation des autorités françaises à la Shoah

A l'époque, Patrick Devedjian, alors dirigeant de premier plan de l'UMP, en résumait ainsi les enjeux (dans le journal Le Monde du 10 avril 2007) : " La droite est sortie honteuse de la guerre. Depuis la Libération, la gauche exerce un magistère moral sur l'histoire, distribuant les bons et les mauvais points: à gauche le parti des fusillés, à droite les collaborateurs. Même Chirac n'a jamais dit qu'il était de droite, et Jospin n'a pas hésité à dire de la droite qu'elle était héritière d'un courant anti-dreyfusard, antisémite et raciste. Il (Sarkozy) a sorti nos valeurs de la réclusion, il redonne sa dignité à la  la droitisation de la société permet aujourd'hui ce réajustement idéologique qui anticipe la victoire politique".

Plus concrètement, il s'agissait alors comme aujourd'hui de récupérer les thèmes et l'électorat du FN et donc de jouer sur le nationalisme. Sarkozy a même boycotté la cérémonie du 8 mai 2007, pour ne pas se retrouver à côté de Chirac qui avait reconnu les responsabilités françaises dans la déportation des Juifs. Depuis l'ancien président a sans cesse œuvré à légitimer  les thèses du Front National. Son successeur Laurent Wauquiez  poursuit dans la même voie et accueille en grande pompe Eric Zemmour qui travaille à réhabiliter Pétain et son régime. 
Plus récemment, Emmanuel Macron a voulu rendre hommage à Pétain, lors du centenaire de la fin de la 1e guerre mondiale. Il a repris largumentation bien connue sur le « grand soldat » qui aurait ensuite fait « des choix funestes ». Face au scandale, il a du renoncer à cet hommage.


Un combat permanent 

Alors que partout le monde, les forces d'extrême-droite sont en progression, la date du 8 mai continue de symboliser l'espoir d'une victoire définitive contre le fascisme et ses idées. Celle-ci passe par un combat de tous les instants contre toutes les formes de racisme et d'antisémitisme, de xénophobie et de discrimination qui forment le terreau sur lesquels poussent les projets et pratiques de domination totalitaire. Leur retour entraîne l'humanité vers la barbarie exterminatrice.   


MEMORIAL 98


Mise à jour du 9 Novembre 2019


Ainsi le 27 octobre, le parti d'extrême-droite AfD a atteint  24% des voix lors des élections régionales de l’État de Thuringe. Ce score est d’autant plus inquiétant qu’il a été atteint quinze jours après l' attentat antisémite et xénophobe ayant fait deux morts, commis par un militant néonazi à Halle dans l’État voisin de Saxe-Anhalt, le 9 octobre, jour de la plus importante fête juive de Yom Kippour. Il avait planifié d'entrer dans la synagogue locale et d'y massacrer des dizaines de personnes.
                                    
                                              Recueillement devant la synagogue de Halle

Le chef de file de l’AfD en Thuringe, Björn Höcke, chef de la tendance la plus droitière du mouvement baptisée "l'aile" ( Flügel en allemand) a été accusé, à juste titre, d’avoir préparé le terrain idéologique pour les actes de Halle, où un immense massacre dans la synagogue a été évité de peu, par ses déclarations contre la "repentance" pour les crimes nazis. Il a par exemple qualifié le Mémorial de la Shoah à Berlin de « monument de la honte »

Memorial 98

Mise à jour du 17 juin 2019:


En Allemagne il s'agit bien d'un nouvel attentat terroriste d'extrême-droite. L'élu local et préfet Walter Lubcke, proche d'Angela Merkel, tué le 2 juin devant son domicile a été la cible d'un membre de la mouvance néo-nazie qui vient d'être interpellé par la police allemande et dont l'ADN a été retrouvé sur place. Cet individu a déjà été condamné pour des actes de violence contre des foyers de migrants et il a milité dans le parti néo-nazi NPD, qui n'est toujours pas interdit.
Lubcke était connu pour son soutien aux initiatives de Merkel pour l'accueil des réfugiés. Il avait été menacé à de nombreuses reprises pour cette raison. Après sa mort, les fascistes se sont déchainés sur les réseaux sociaux en se réjouissant de l'assassinat et en promettant le même sort à Merkel.  
 

Memorial 98



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