dimanche 3 octobre 2021

3 Octobre 1940: Pétain, héros de Zemmour, proclame le statut d'exclusion des Juifs

Zemmour défend sans cesse la politique de Pétain qui selon lui "aurait donné les Juifs étrangers afin de sauver les Juifs français" . Il reçoit pour cela l'appui de Jean Marie Le Pen, qui déclare à ce sujet  « C’était pas Pétain le patron, il a défendu les juifs français et livré les étrangers. La police française procédait à une formalité de manière plus humaine, il est facile de dire soixante ans après “y a qu’à faut qu’on”. » Et ajoute « La seule différence entre Eric et moi, c’est qu’il est juif. Il est difficile de le qualifier de nazi ou de fasciste. Cela lui donne une plus grande liberté. » La judéité de Zemmour ne nous empêche évidemment pas de le qualifier pour ce qu'il est : un fasciste qui a recours aux thèmes traditionnels de l'extrême-droite, déclinisme, racisme, sexisme, antisémitisme, appel répétés à la guerre civile et raciale... Memorial 98 écrivait déjà le 28 mars 2010: " Loin d'être un néophyte en politique , Zemmour a derrière lui une longue carrière à la droite de la droite; il a beaucoup fréquenté Pasqua et ses acolytes.

Il fut particulièrement proche de William Abitbol, conseiller politique et rédacteur des discours de Pasqua et aussi ancien militant du groupe fasciste Occident comme Longuet, Devedjian, Hervé Novelli... La judéité de ces deux compères ne les empêche d’ailleurs pas de nager dans les eaux de la droite la plus radicale, celle qui brandit la xénophobie comme étendard."
Pour Zemmour  il s'agit d'aboutir à un abaissement de l'Etat de droit et des libertés publiques,  d'imposer une "remigration" forcée de nombreux étranger et d' aller vers une stigmatisation systématique des Français de confession musulmane, etc. Sa réhabilitation de Vichy et du maréchal Pétain n'a pas d'autre dessein : accoutumer les esprits à une politique radicale contre les étrangers, les "ennemis de l'intérieur" et les "mauvais Français"
 
Cette causalité entre la réhabilitation de Vichy et une politique radicale contre les étrangers, les "ennemis de l'intérieur" et les "mauvais Français" a été lancée par 
 le lepénisme le plus dur. Dans le numéro de National-Hebdo du 15 au 22 janvier 1998, soit cent ans jour pour jour après la parution du "J’accuse" de Zola, l’éditorialiste et directeur du journal ( Martin Peltier) résume ainsi l’identité antisémite de son parti et la place cruciale qu’il attribue à cet engagement; il dénonce “ la tétrade satanique racisme-xénophobie-antisémitisme-négationnisme… ” : et ajoute "c’est le préjugé antiraciste qui empêche de rétablir l’ordre et de résoudre le problème de l’immigration…nous devons expliquer aux Français que tant que l’on n’aura pas débloqué l’affaire du “ détail ” les banlieues continueront à flamber et la France à sombrer… ."C'est ce  sillon sanglant que creuse sans cesse Zemmour  qui appelle à la guerre raciale et religieuse.
 

3 octobre 1940 : premier statut des Juifs de Vichy.

Ce statut d’exclusion, basé sur la mise à l’écart de la « race juive » a été durci personnellement par Pétain, comme le montrent ses mentions manuscrites sur le projet (ci-dessous) . Ainsi il supprime d'un trait de plume l'exemption prévue pour les Juifs nés français ou naturalisés avant 1880.

Ces révélations confirment que Pétain, nourri des théories de « l’Identité nationale », a favorisé les courants les plus antisémites de son entourage et a directement aggravé le statut.

Au lendemain de la promulgation du statut des Juifs, Pétain signait le 4 octobre 1940 la "loi sur les ressortissants étrangers de race juive" permettant leur internement "dans des camps spéciaux".

Ils étaient 11.000 internés en zone occupée avant l'été 1942

Quelques jours après , il demanda à rencontrer Hitler et officialisa la collaboration avec le nazisme à Montoire.

Quelques mois plus tard, en mai 1941, débutaient les premières rafles de Juifs

Pétain n’a en rien constitué un « bouclier » contre les nazis, comme le prétendait une partie de l’historiographie de la droite et comme le proclament l’extrême-droite et  Eric Zemmour .

L'historien Laurent Joly analyse ainsi  dans son entretien avec Memorial 98 la genèse du statut des Juifs de Vichy promulgué en octobre 1940.

" Question: En quoi le statut s’inscrit-il dans le contexte de la politique nazie de la fin des années 30, marquée par les étapes suivantes:  « Nuit de Cristal » du 9 novembre 1938, déclaration "prophétique" d’Hitler au Reichstag le 30 janvier 1939: “ si le judaïsme financier international en et hors d’Europe devait réussir à pousser les peuples une fois encore dans une guerre mondiale, alors le résultat ne sera pas la bolchévisation de la Terre et par là la victoire du judaïsme, mais l’anéantissement de la race juive en Europe”, invasion de la Pologne en septembre 1939?

Réponse de LJ: L’interprétation que je défends inscrit en effet l’adoption du statut des Juifs par Vichy, régime né du désastre de 1940, dans ce contexte. 

Depuis la fin de 1938 et le début de 1939, le projet et la formule même de « statut des Juifs » (laquelle est venue sous la plume de Charles Maurras en 1911) ont de plus en plus d’audience dans la propagande antisémite française : articles dans la presse d’extrême droite, brochures, papillons, etc.

Ceux qui en parlent le plus fort, le conseiller municipal de Paris Darquier de Pellepoix (futur commissaire général aux Questions juives), l’activiste ultra-nationaliste Marcel Bucard, le quotidien royaliste L’Action française, l’hebdomadaire fasciste Je suis partout, Céline dans ses pamphlets (Bagatelles pour un massacre en 1937 et  l’École des Cadavres en 1938)  font beaucoup de bruit.

Assurément, la politique antijuive nazie, codifiée en 1935 dans les lois raciales de Nuremberg, imitée par l’Italie de Mussolini en 1938, marque les esprits. Elle résonne avec le facteur national qui inclut la tradition antidreyfusarde, la théorie maurrassienne de l’antisémitisme d’État, la haine homicide à l’encontre de Léon Blum et la stigmatisation des responsables (juifs) de la défaite 

L’idée selon laquelle la France doit, elle aussi, résoudre le « problème juif » a de plus en plus de partisans, avant même le choc de la déroute militaire.

En outre, le régime pétainiste ambitionne de s’insérer dans l’« ordre nouveau » hitlérien, dont on pense à Vichy qu’il dominera durablement l’Europe. 

La loi raciale, qu’ont adoptée l’État hongrois (avril 1938), l’Italie fasciste (septembre 1938), la Slovaquie (avril 1939) puis la Roumanie (août 1940), apparaît dès lors comme un passage obligé. 

Ce facteur de dynamique européenne est au moins aussi important que le facteur national propre, pour comprendre pourquoi Vichy a promulgué si rapidement un statut des Juifs, qui a mis au ban de la nation des dizaines de milliers de Français « regardés » par le législateur comme de « race juive »

Pétain et Laval se sont ainsi inscrits dans un double logique à la fois de soumission à l'idéologie nazie et d'application du rêve antisémite de l'extrême-droite nationalise française.

 L’hommage qui fut rendu à Pétain, par la fleurissement de sa tombe le 11 novembre pendant la présidence de François Mitterrand et sur ordre de ce dernier, n’en est que plus scandaleux.

Mitterrand connaissait parfaitement le rôle de Pétain et aussi celui de son propre ami personnel René Bousquet, chef de la police de Vichy, collaborateur zélé de la déportation et organisateur de la rafle du Vel' d'Hiv' .

Il s’agit de taches indélébiles sur le parcours de celui qui symbolisa le Parti Socialiste. Il en de même pour Emmanuel Macron quia voulu rendre hommage au "grand soldat" en 2018 avant de renoncer face au scandale.

Articles de Memorial 98 en rapport avec ce dossier:

 

http://www.memorial98.org/article-zemmour-rehabilite-petain-pour-qui-pourquoi-124774288.html

 

http://www.memorial98.org/article-memoire-la-rafle-meconnue-du-20-aout-1941-82199443.html


http://www.memorial98.org/article-collaboration-avec-les-nazis-une-exposition-d-actualite-125314945.html 


http://www.memorial98.org/2019/04/75-ans-apres-la-rafle-d-izieu-symbole-du-sort-des-enfants-juifs-face-au-nazisme.html


http://www.memorial98.org/article-30-janvier-1933-le-desastre-114868033.html

 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/10/il-ya-80-ans-petain-lancait-la.html 

 

http://www.memorial98.org/article-antisemitisme-le-double-anniversaire-du-3-octobre-58213369.html 


http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/04/celine-en-vedette-propos-du-covid19-une.html


http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/11/nuit-de-cristal-commemoration-2020-en.html

 

mercredi 29 septembre 2021

Il y a 80 ans: 33700 Juives et Juifs assassiné-es à Babi Yar


                                     

                                                           Le ravin de Babi Yar

 Le 19 septembre dernier, lors du rassemblement organisé par le Réseau d'Actions contre l'Antisémitisme et tous les Racismes ( RAAR), les intervenants de Memorial 98 ont débuté leur prise de parole par ces mots: 

"Dans 10 jours, le 29 septembre, aura lieu le 80e anniversaire du premier grand massacre de la Shoah

Le 29 et 30 septembre 1941, trente-trois mille sept cents Juifs et Juives ukrainiens de tous âges furent tués par les nazis au lieu-dit du ravin Babi Yar à proximité de Kiev. 

Ce massacre, réalisé par fusillade,  est le plus important de cette première phase de la Shoah; il dépasse même les chiffres des tueries quotidiennes dans les camps de la mort.

 Et il y a des gens qui osent se coller des étoiles jaunes sur la poitrine ?  Comment ne pas hurler face à cette négation ? ..." 

 La vidéo complète de ce rassemblement est à voir ici

 

 
Il y a 80 ans jour pour jour débutait en effet l'une des plus grands massacres de la Shoah. Il demeura longtemps camouflé par Staline et ses acolytes, afin d'en atténuer la portée spécifique d'extermination génocidaire et antisémite des Juifs. Staline interdit d'ailleurs la parution du " Livre noir de l'extermination des Juifs  en URSS et Pologne" rédigé par Vassili Grossman  et Ilya Ehrenbourg. Il fit ensuite assassiner les animateurs du Comité Antifasciste Juif et d'inventer le  prétendu complot antisémite des Blouses Blanches 
 


Alors que les antisémites ont  relevé la tête à l'occasion de la crise sanitaire et que Zemmour mène une campagne fortement antisémite et négationniste, la mémoire  
 
Le 29 et 30 septembre 1941, trente-trois mille sept cents Juifs ukrainiens de tous âges et des deux sexes ont été tués par les nazis au lieu-dit Babi Yar (le «ravin de la vieille femme» en russe) à proximité de Kiev. 

Ce massacre est le plus important de cette première phase de la Shoah; il dépasse même les chiffres des tueries quotidiennes dans les camps de la mort.

Ce crime de masse survient dix jours après l'entrée des troupes nazies dans ce qui était alors la capitale de l'Ukraine soviétique. La ville de Kiev comptait 900.000 habitants, dont environ 120.000 Juifs .

Ces derniers ont été convoqués par les autorités allemandes à Babi Yar le 28 septembre, veille cette année là de la grande fête juive de "Yom Kippour"  et menacés d'exécution sur place en cas de désobéissance. 

Croyant d'abord à un départ vers un camp quelconque, les Juifs sont immédiatement conduits par groupes de dix vers le bord du ravin, obligés de se dévêtir et massacrés à la mitrailleuse. Les rescapés de ce premier massacre vont être tués à leur tour et jetés dans le ravin au cours des mois suivants, au rythme de deux jours de tuerie par semaine.


Le site de Babi Yar a été jusqu'en 1943 le théâtre d'exécutions massives: jusqu'à 100.000 personnes y ont été tuées, parmi lesquelles des Juifs, des Roms, des combattants de la résistance et des prisonniers de guerre soviétiques.

Après la guerre, la mémoire de ce début de la Shoah fut longtemps masquée.

Le carnage des 29 et 30 septembre 1941 a certes été révélé lors des grands procès de Nuremberg en 1946, mais les dirigeants de l'URSS, dont l'Ukraine faisait  alors partie, ont toujours cherché à minimiser ce drame, pour ne pas avoir à admettre que les victimes étaient juives. 

En effet, les autorités soviétiques staliniennes niaient et dissimulaient le caractère antisémite des exactions nazies, ajoutant ainsi une occultation au génocide lui-même. 
Dans le cas de Babi Yar , les victimes juives étaient présentées comme des « citoyens soviétiques pacifiques » sans mention de leur judéité et de l'acharnement des nazis contre elles.  
Pendant des décennies, les rassemblements de commémoration furent interdits dans le ravin.
La publication en 1961 du poème  "Babi Yar" , du poète  russe contestataire Evgueni Evtouchenko, fit l'effet d’un choc salutaire, car il proclamait que les victimes étaient  exterminées parce que juives et il évoquait les pogroms en Russie. 

Le poème débute ainsi : 

" Non, Babi Yar n'a pas de monument.
Le bord du ravin, en dalle grossière.
L'effroi me prend.
J'ai l'âge en ce moment
Du peuple juif. Oui, je suis millénaire.
Il me semble soudain-
l'Hébreu, c'est moi, ..."

En 1966, les autorités soviétiques érigèrent sur place un monument qui passait encore sous silence les victimes juives. 
Ce n’est qu’en 1991, après la chute de l'URSS, que le gouvernement ukrainien autorisa la création d'un monument spécifique à ces victimes. Ce monument fut inauguré 10 ans plus tard, en septembre 2001, soit soixante ans après les faits. Le débat sur la mémoire de Babi Yar se poursuit comme le montre ce dossier de Lisa Vapné  .
 
Le sort de la symphonie n°13, du compositeur Chostakovitch, sous titrée Babi Yar, illustre la censure.

La symphonie, créée le 18 décembre 1962 à Moscou, présente des poèmes de Evtouchenko sur le massacre, ainsi que d'autres textes sur la Shoah. La symphonie fut composée alors que la censure triomphait en Union soviétique et Krouchtchev au pouvoir menaça de stopper l'exécution de l'œuvre. D'ailleurs en 1965 Evtouchenko fut contraint de réécrire la première strophe de son poème pour proclamer que des Russes et des Ukrainiens non juifs avaient péri aux côtés des Juifs à Babi Yar. La partition avec le texte original a été à nouveau publiée en 1970.

Chostakovitch avait confié à son ami Solomon Volkov :

"... Il serait temps que les Juifs puissent vivre heureux et en paix là où ils sont nés: en Russie. On ne devrait jamais oublier la dangerosité de l'antisémitisme, et nous devrions continuer à faire de la prévention, parce que cette infection est toujours en vie, et qui sait si un jour elle disparaîtra.

C'est d'ailleurs pourquoi j'ai été réjoui, lorsque j'ai lu le texte de Babi Yar : le poème m'a surpris. Et il a surpris des milliers de gens : beaucoup avaient entendu parler de Babi Yar, mais c'est avec le texte, écrit par Evtouchenko, qu'ils s'en sont vraiment rendus compte. Beaucoup avaient essayé de détruire la mémoire de Babi Yar, d'abord les Allemands eux-mêmes, puis le gouvernement ukrainien (soviétique/stalinien); mais ce texte est devenu une preuve même que ce qui s'est passé à Babi Yar ne sera jamais oublié. Voilà une preuve de la puissance de l'art.

Les gens savaient ce qu'il s'était produit à Babi Yar, même avant le poème de Evtouchenko, mais ils ont décidé de se taire. Le texte de cette symphonie a brisé le silence. L'art détruit le silence."

La création de l'œuvre de Chostakovitch fut mouvementée, en raison de multiples blocages et sabotages organisées par le pouvoir jusqu'à la représentation elle-même. Lorsque chœur, soliste et chef arrivèrent  sur scène et prononcèrent les premiers vers de Babi Yar, le public fut frappé de plein fouet. À la fin de la symphonie, le succès fut énorme et le public acclama le compositeur.

L'exécution de Babi Yar s'est déroulée le jour de la fête la plus importante du calendrier juif, Yom Kippour. 

Les nazis, dans leur rage antisémite, utilisaient souvent les dates des fêtes religieuses juives afin de procéder à des persécutions particulières.

Ni oubli, ni pardon: la mémoire des crimes du nazisme inspire nos combats

 

Memorial 98 

Articles de Memorial 98 en rapport:

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/08/la-nuit-des-poetes-juifs-assassines-le.html 

 http://www.memorial98.org/article-liberation-d-auschwitz-70-ans-apres-les-images-temoignent-125439876.html 

 http://info-antiraciste.blogspot.com/2021/09/rassemblons-nous-le-19-septembre-contre.html

 http://info-antiraciste.blogspot.com/2021/07/shoah-etoile-jaune-rafle-du-vel-dhiv.html

 http://info-antiraciste.blogspot.com/2021/08/le-camp-de-drancy-symbolise-la-shoah-et.html

 http://www.memorial98.org/article-zemmour-rehabilite-petain-pour-qui-pourquoi-124774288.html

 


 

 

dimanche 5 septembre 2021

Rassemblons nous le 19 septembre contre l'antisémitisme.


 Rassemblement de protestation le dimanche 19 septembre - 16 h 00 - Place Baudoyer ( Mairie du 4e Métro Hôtel de Ville), - Paris

 Appel du RESEAU D’ACTIONS CONTRE L'ANTISEMITISME ET TOUS LES RACISMES (RAAR) soutenu par Memorial 98 


 

Nous appelons à diffuser largement l'appel unitaire ci-dessous et à mobiliser pour l'échéance du 19 septembre.

"La pandémie du Covid a déjà donné lieu à une déferlante antisémite et complotiste. Dès avril 2020, Soral avait ainsi  publié une liste de patronymes de médecins et responsables politiques à consonance juive, en la qualifiant de « liste de  Schindler » 

On assiste actuellement à une nouvelle vague de cette propagande. Elle prend la forme de l’assimilation de la  vaccination et du pass sanitaire à la Shoah.

Des étoiles jaunes sont brandies par des opposants à la vaccination. On  condamne un « pass nazitaire » et on le compare à l’inscription sinistre du portail d’Auschwitz.


 

Les propos et actes  antisémites ont explosé dans et hors des manifestations récentes, notamment ceux désignant des  personnalités juives comme responsables de la situation sanitaire, sous forme directe et explicite, ou par l’utilisation du  terme antisémite codé « Qui ? », lequel cherche à stigmatiser les Juifs-ves qui seraient à la fois les responsables et les  bénéficiaires de la pandémie. 

La stèle de Simone Veil à Perros-Guirec a été souillée et profanée à plusieurs reprises,  ce contre quoi un rassemblement unitaire a protesté le 20 août; le local parisien de l’Union syndicale Solidaires a  également été l’objet de tags racistes et fascistes.  

Les partisans de l’extrême-droite sont au premier rang de cette campagne. Il s’agit notamment de Florian Philippot,  ancien porte-parole de Marine Le Pen, chef auto-proclamé de l’opposition à toute précaution face au Covid. Mais les  propos et discours antisémites sont tolérés bien au-delà. Le débat légitime sur le contenu des mesures sanitaires et  l’appréciation de la politique gouvernementale est détourné au profit de théories du complot totalement  réactionnaires.  

Face à cette situation, il est nécessaire et urgent que les antiracistes se manifestent et condamnent fermement et sans  ambiguïté ces manifestations de haine et de complotisme, dont on connaît les liens profonds avec  l’antisémitisme. Non, les Juifs-ves n’empoisonnent pas les puits ni ne sont les grands bénéficiaires de l’épidémie en  cours. L’accusation séculaire qui les cible continue à les stigmatiser comme porteurs d’un complot mondial visant à  déposséder les peuples. Il est temps de condamner fermement cette idéologie meurtrière qui a déjà conduit à de  nombreux massacres. Il en va d’une nécessaire clarté politique, car le complotisme antisémite constitue un véritable  poison pour le mouvement social, la gauche, l’émancipation et toute analyse critique de la société. Consentir à  cette confusion, c’est ouvrir la voie à l’extrême-droite, comme l’histoire en a témoigné à de nombreuses reprises.  

Nous souhaitons ainsi alerter les organisations syndicales, associatives, politiques qui se réclament du progrès social  sur le fait qu’il n’est pas possible de rester passifs face à des manifestations où l’antisémitisme s’exprime de manière  récurrente. Nous devons faire front ensemble contre le danger antisémite et refuser de cautionner la confusion et le  complotisme.  

C’est pourquoi nous appelons toutes celles et ceux qui rejettent l’antisémitisme et toutes les formes de racisme à se  rassembler avec le RAAR et les autres organisations soutenant cette démarche sur la Place Baudoyer ( Mairie du 4e Métro Hôtel de Ville), à  Paris le dimanche 19 septembre 2021 à 16h, dans le respect des règles sanitaires. 

Le RAAR appelle toutes les associations et organisations antiracistes, les organisations syndicales et les partis démocratiques à se joindre dès maintenant à cet appel et à participer aux rassemblements organisés à Paris et  dans différentes villes et localités."

Ce rassemblement est déjà soutenu par ( premiers signataires) l'Union Syndicale Solidaires, la FSU, le Collectif Cases rebelles,  la Jeune Garde, l'UCL, l'Union des Juifs pour la résistance et l'entraide ( UJRE) la LDH, Attac-France, la Fondation Copernic...  


  MEMORIAL 98

 

Articles de Memorial 98 en rapport: 


http://info-antiraciste.blogspot.com/2021/08/appel-laction-contre-la-vague-de.html 

  

 
 
 


vendredi 20 août 2021

80 ans après, le camp de concentration de Drancy symbolise la Shoah et la collaboration

Le quatre-vingtième anniversaire de l’ouverture du camp de Drancy (20 aout 1941-20 août 2021) a lieu alors qu’une grande vague de propagande antisémite déferle sur le pays.

                                              Le camp de Drancy 

La pandémie actuelle du Covid donne lieu à une déferlante de propagande antisémite et complotiste sous la forme la plus violente.

Dans la dernière période, cela a pris la forme de l'assimilation de la vaccination et du pass sanitaire à la Shoah

Des étoiles jaunes sont brandies par les opposants organisés à la vaccination. On condamne un "pass nazitaire" et compare ce pass à l'inscription sinistre du portail d'Auschwitz ). Des listes de personnes juives sont brandies. Les propos et actes antisémites ont explosé dans et hors des manifestations, notamment celles désignant des personnalités juives comme responsables de la situation sanitaire, sous forme directe et explicite, ou par l’utilisation du terme antisémite codé « Qui ? ». 

Une stèle en mémoire de Simone Veil est profanée à plusieurs reprises à Perros-Guirec (Côtes d'Armor)      

 

La grande rafle du 20 août 1941 à Paris

Le matin du 20 août 1941, des policiers français, accompagnés par des Allemands en uniforme, envahissent les rues du XIe arrondissement de Paris.

Ce jour-là, en plein Paris, ces policiers français soutenus par les militaires allemands, arrêtent 4232 Juifs afin de les envoyer vers le camp de Drancy, qui vient d’ouvrir ses portes.

Tous les hommes, français ou étrangers, sont contrôlés et les Juifs envoyés vers la place Voltaire. Toutes les entrées des stations de métro entre République et Nation sont bouclées.

Ceux des Juifs qui étaient allés s’enregistrer dans les commissariats, conformément à l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940 publiée en zone occupée, ont déjà été appréhendés directement chez eux.

L'ordre stipulait que « toute personne juive devra se présenter jusqu’au 20 octobre auprès du sous-préfet de l’arrondissement dans lequel elle a son domicile habituel pour se faire inscrire sur un registre spécial » 

Même sort pour ceux qui étaient « connus » comme faisant partie des familles juives du quartier, même non répertoriées. Les femmes sont épargnées. Personne ne sait vers où les Juifs sont emmenés.

Cette rafle « surprise » utilise comme prétexte un simple contrôle d’identité à la préfecture de Police, contrairement à celle qui l’a déjà précédée le 14 mai et qu'on a nommée " rafle du billet vertes.

4232 personnes arrêtées sont toutes conduites dans des autobus de la régie des transports parisiens à partir de la place Voltaire, en direction du camp de Drancy, « inauguré » à cette occasion.

Aucune différence n'est faite entre citoyens français et étrangers.

Ces premières rafles avaient sans doute pour but de fournir de la main d’œuvre aux nazis. C’est ce qui explique que beaucoup des Juifs qui en ont fait partie furent libérés. En effet, la rafle ayant été faite de manière systématique, une majorité des personnes raflées était inadaptée aux travaux que les nazis prévoyaient, en raison de la malnutrition subie et des maladies. Certains furent donc libérés assez rapidement (malades, handicapés, vieillards)

Cette rafle d’août 1941 a eu lieu onze mois avant celle du Vel' d’Hiv' de Juillet 1942

Souvent absente des manuels d’histoire, elle est le résultat du zèle du gouvernement de l’État français, dirigé par le maréchal Pétain.

En effet, le gouvernement de Pétain est allé au-delà des directives de l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940; il a  promulgué le premier "Statut des Juifs" dès le 4 octobre 1940 (voir Antisémitisme: le double anniversaire du 3 Octobre)

Drancy-Cité de la Muette


 

Du jour de son ouverture le 20 août 1941 jusqu'à sa libération le 17 août 1944, plus de 70.000 Juifs, dont 11.000 enfants (le plus jeune est un bébé de 15 jours) sont passés par le camp de Drancy en banlieue immédiate de Paris, avant d'être déportés à Auschwitz.  En effet à partir de Mars 1942, le camp de Drancy devient un camp de transit dont la population est tout simplement redirigée vers les camps, afin d’y être exterminée.

Le 27 Mars 1942, des détenus juifs sont déportés à Auschwitz : il s'agit du premier convoi de déportation entre Drancy et Auschwitz

Arrivée des Juifs au Camp de Drancy  (Bundesarchiv Bild 183-B10920).

Lors de la rafle du Vel'd'Hiv', les couples sans enfants et les célibataires sont amenés à Drancy.

Après leur arrestation par la  le , les enfants d'Izieu furent envoyés à Drancy avant d'être déportés et assassinés à Auschwitz.

Au total, de 1942 à 1944, une soixantaine de convois français de déportés juifs sont partis de Drancy.  

Ce sont au total entre 70000 et 80000 Juifs qui sont internés au camp de Drancy, pour une durée plus ou moins longue qui varie de quelques heures à quelques jours, de l’été 1941 à l’été 1944. Environ 63000 Juifs sont déportés depuis le camp de Drancy, de la gare du Bourget-Drancy puis de la gare de Bobigny, à destination d’Auschwitz-Birkenau principalement

Seuls 2000 d'entre eux ont survécu.

17 AOÛT 1944 : la libération

 

Alors que les Alliés débarquent en Normandie le 6 juin 1944 et que les combats pour la libération du territoire français font rage, Aloïs Brunner, commandant nazi du camp de Drancy et adjoint zélé de Eichmann continue la « chasse aux Juifs ». Il poursuivra ensuite sa carrière au service de la dictature du régime des Assad en Syrie

 

                     Beate et Serge Klarsfeld manifestent contre la présence de Brunner en Syrie
 

 

Environ un millier d’internés arrivent au camp de Drancy en juin, mille autres en juillet , parmi lesquels 250 enfants raflés entre le 21 et le 25 juillet 1944 dans les maisons d’enfants de l’UGIF en région parisienne.

 Le 31 juillet, soit 17 jours avant la libération du camp de Drancy, 1300 internés dont 330 enfants sont déportés au camp d’Auschwitz.

Dans le camp règne une atmosphère de terreur. Certains signes annoncent le départ imminent des nazis. Ces derniers donnent l’ordre de détruire les archives du camp, mais des internés parviennent à sauver le fichier nominatif du camp de Drancy.

Malgré les efforts de Brunner pour déporter le millier d’internés restants, la grève des cheminots lancée par la Résistance paralyse le réseau ferré.

Finalement Brunner obtient la mise à disposition de trois wagons grâce auxquels il est en mesure de quitter le camp le 17 aout 1944, à destination du camp de Buchenwald, déportant encore 51 internés, principalement des résistants. Au moins 21 déportés parviendront à s’évader durant le transport de ce convoi.

Après plusieurs heures d’incertitude, les internés réalisent que les nazis ont définitivement quitté le camp et que pour eux le cauchemar s'est arrêté.

Le camp de Drancy est alors remis à ceux qui représentent la Résistance . Les internés quittent le camp en quelques jours.

 

Dans nos combats contre contre tous les génocides et contre tous les racismes dont , les dates du 20 aout 1941 et du 17 aout 1944 représentent des échéances importantes au cours de laquelle nous honorons la mémoire des victimes et renouvelons notre engagement à lutter contre toutes les formes de racisme,  d'antisémitisme et de négationnisme.


Lors de cette journée nous rappelons aussi les autres victimes de génocides plus récents ou  plus anciens afin que justice leur soit rendue et pour éviter de nouveaux crimes du même type.

En effet, l'impunité des auteurs de génocides et massacres représente un facteur évident de récidive et de perpétuation de ces actes criminels. C'est pourquoi, plus que jamais et en permanence,  la mémoire des génocides nourrit nos combats. 


Articles de Memorial 98 en rapport: 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2021/08/appel-laction-contre-la-vague-de.html 

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vendredi 13 août 2021

Appel à l’action contre la vague de propagande antisémite, toujours plus présente.

 

Déclaration d'alerte du RAAR, à laquelle Memorial 98 s'associe pleinement,  avec un appel à la diffuser le plus largement possible.

 

Communiqué du Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR) du 13 août :
Appel à l’action contre la vague de propagande antisémite, toujours plus présente
 
Le 19 juillet dernier, le RAAR publiait le communiqué suivant :
"La pandémie du Covid a déjà donné lieu à une déferlante de propagande antisémite et complotiste.
On assiste actuellement à une nouvelle vague de cette propagande. Elle prend la forme de l'assimilation de la vaccination et du pass sanitaire à la Shoah. Des étoiles jaunes sont brandies par des opposants organisés à la vaccination.
 On condamne un "pass nazitaire" et on le compare à l'inscription sinistre du portail d'Auschwitz. Des dizaines de milliers de personnes défilent dans ce cadre.

 
Les partisans de l’extrême-droite sont au premier rang de cette campagne. 
Il s’agit notamment de Florian Philippot, ancien porte-parole de Marine Le Pen, chef auto-proclamé de l'opposition à toute précaution face au Covid.
Mais cette manipulation, qui revient à minimiser et banaliser le génocide des Juifs, frappe bien au delà des rangs de l’extrême-droite.
Le débat légitime sur le contenu des mesures sanitaires et l’appréciation de la politique gouvernementale est détourné au profit de théories complotistes totalement réactionnaires et porteuses de lourds dangers négationnistes et antisémites.
C’est un mouvement mondial, comme l’ont montré les campagnes du même type aux États-Unis sous l'égide de mouvements complotistes comme QAnon et en Allemagne.
Le Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR) condamne avec force cette propagande antisémite.
Il appelle toutes les organisations antiracistes, les syndicats et les partis de gauche à faire front ensemble contre ce danger et à refuser de cautionner les manifestations et rassemblements qui se déroulent sous le signe de la confusion et du complotisme. "
Depuis, la situation s’est considérablement aggravée.
Les propos et actes antisémites ont explosé dans et hors des manifestations, notamment celles désignant des personnalités juives comme responsables de la situation sanitaire, sous forme directe et explicite, ou par l’utilisation du terme antisémite codé « Qui ? ». 
 
Le cas de Metz ( Cassandre Fristot) est symbolique.

La stèle de Simone Veil à Perros-Guirec a été souillée et profanée à plusieurs reprises ( ci-dessous).
 
 

De nombreux graffitis associent des croix gammées, des étoiles juives et le symbole « Qui ? ».
Le local parisien de l’Union syndicale Solidaires a également été l’objet de tags racistes et fascistes.
D’autres incidents inquiétants se produisent, au cours desquels des responsables syndicaux semblent s’accommoder de la présence de dirigeants locaux du RN, et vont jusqu’à favoriser leurs prises de parole.
Face à cette situation, il est nécessaire et urgent que les antiracistes se manifestent et condamnent fermement et sans ambiguïté ces manifestations de haine et de complotisme, dont on connaît les liens profonds avec l’antisémitisme.
Nous souhaitons alerter certaines organisations syndicales, associatives, politiques qui se réclament du progrès social sur le fait qu’il n’est pas possible de participer à des manifestations où l’antisémitisme s’exprime de manière récurrente sans qu’il suscite de réprobation. Il est plus que jamais nécessaire d’affirmer clairement un engagement de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.
Cet engagement à l’action devrait prendre dès maintenant la forme d’une déclaration publique en vue de préparer des initiatives unitaires autour de ce thème.
Attaché à l’action la plus large possible, le RAAR prendra de toute manière ses responsabilités.
Ne laissons passer impunément des actes et propos racistes et antisémites !
 
Vendredi 13 août 2021
 
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