lundi 16 décembre 2019

Mélenchon diffuse le poison de l'antisémitisme et récidive

Mise à jour du 15 juillet 2020: Mélenchon récidive en reprenant un thème antisémite issu de l’Église catholique et qui a servi à justifier les persécutions contre les Juifs " déicides".

Mélenchon répond à une journaliste BFM  qui lui demande si les forces de police doivent rester passives comme Jésus et déclare «Je ne sais pas si Jésus était sur la Croix, je sais qui l’y a mis paraît-il, mais ce sont ses propres compatriotes». 
Celui qui se réclame du combat laïc reprend ainsi un thème antisémite particulièrement choquant, d'origine religieuse .
En effet il s'agit du mythe ancien diffusé par la haute hiérarchie de l’Église catholique contre le peuple juif décrété "déicide", justifiant ainsi les persécutions  et pogroms contre les Juifs.
La calomnie a été retirée seulement lors du concile "Vatican 2"  en 1965, vingt ans après la fin de la Shoah et le silence du pape Pie XII lors de celle-ci.
Ce sont les courants catholiques intégristes antisémites qui  continuent à diffuser la calomnie d'un Jésus victime de ses " propres compatriotes" et pas du pouvoir romain qui occupait la Judée, symbolisé par Ponce-Pilate. 
La reprise de ce mythe par le dirigeant de la LFI représente à la fois une aberration et un scandale.
MEMORIAL 98



Le cancer de l'antisémitisme à gauche poursuit ses méfaits. Après avoir dévoré la gauche britannique en raison de la politique de Corbyn (voir ci-dessous), il est maintenant relayé par Jean-Luc Mélenchon.

                                          
                  Manifestation contre l'antisémitisme au sein du Labour

Suite à la défaite du Labour lors des élections législatives, le chef de la LFI joue la surenchère nationaliste et raciste, dans un texte largement diffusé et que nous reproduisons ci-dessous.
Il attribue ainsi aux "communautaristes" juifs britanniques la défaite de la gauche. Sa critique violente et injurieuse à l’encontre de Corbyn, qu'il portait aux nues précédemment, est notamment que ce dernier se serait trop excusé face aux accusations d’antisémitisme dans le Labour. 
Ces excuses auraient découragé "l'électorat populaire", ainsi désigné lui-même comme antisémite. Selon Mélenchon, ces mises en cause sont uniquement issues d’un complot du premier ministre israélien Netanyahou et de ses relais en Grande-Bretagne. Plutôt que de se pencher sur ce grave problème qui a touché le Labour depuis plusieurs années, comme mentionné dès 2016 ici, il choisit une explication complotiste et manipulatoire.
  
Mélenchon poursuit par une diatribe particulièrement nauséabonde, dans laquelle il nomme ses ennemis et cibles, dont les Juifs du CRIF.
Il écrit: " Retraite à point, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogante des communautaristes du CRIF : c’est non. Et non c’est non ». 
En plein mouvement social sur les retraites,  Mélenchon aligne ainsi le CRIF à côté de la retraite à points, dans une énumération à priori incohérente.
 Il renforce l’aspect conspirationniste de son propos qui prend la dimension d’un « complot juif » international organisé afin de peser sur les scrutins et sur la démocratie en France, Grande-Bretagne et sans doute dans bien d'autres pays, selon lui.
Quelques jours après avoir félicité Marine Le Pen pour son "humanisme"   face à la réforme des retraites, Mélenchon franchit ainsi toutes les limites d'une politique de gauche.

Il s’agit d’un choix délibéré de posture complotiste et de division. Mélenchon est en l’occurrence un acteur actif du poison antisémite qui a déjà fait tant de dégâts mortels dans la gauche et la société.
Certains à gauche se taisent lâchement ou tentent de défendre le chef de la LFI, en prétendant qu’il critique seulement les positions politiques du CRIF, qui relaierait celles du gouvernement israélien. 
Mais le choix de ses termes prouve le contraire: la «  génuflexion » dont il fait mention est un classique antisémite, selon lesquelles les nations seraient contraintes, par la ruse et la force, de se mettre à genoux devant les Juifs et leur puissance occulte et "arrogante" selon les termes de Mélenchon à propos du CRIF ("oukase arrogante")
De même pour le terme « communautariste » utilisé par la droite et l’extrême-droite et Macron pour stigmatiser les minorités qui se défendent contre les attaques dont elles sont victimes. 
En fait, le CRIF est ici un terme codé qu'il utilise afin de  désigner un prétendu « lobby juif » agissant en France et en Grande-Bretagne.
On est loin du quidam qui peste devant son ordinateur et relaye des propos racistes et antisémites. Mélenchon est un dirigeant politique majeur qui jouit d’une audience massive, à gauche (bien qu’il rejette ce terme) et bien au delà. Il a ainsi plus d’un million de followers sur Facebook, qui ont été exposés à sa diatribe. 
Ses propos ont comme conséquence directe de renforcer un antisémitisme déjà très actif en France, en Europe et dans le monde. Il ne faut donc pas se taire ou détourner le regard, quelque que soient les prétextes de ce silence honteux. Se taire c’est approuver, ou considérer que tout cela n’a pas d’importance. 
Ni le mouvement social en cours sur les retraites, ni le front unitaire en défense de ce mouvement, ni les futures alliances municipales ne peuvent justifier l’attentisme.
Il ne s’agit pas ici des aigreurs de Mélenchon, ou de son mauvais caractère, ou de son combat singulier contre la direction du CRIF. 
Il ne s’agit pas non plus de déterminer si dans son for intérieur, Mélenchon est antisémite ou pas, comme le fait le journaliste Claude Askolovitch Ce dernier répond par immédiatement la négative, car " il le connaît" et choisit de mettre en avant des explications psychologiques et tenant au caractère de l’intéressé.
Les propos écrits de Mélenchon sont sans conteste de caractère antisémite, ils produisent déjà d’énormes dégâts.
Il faut donc les combattre afin de faire reculer ce racisme mâtiné de complotisme, ingrédient qui permet de le faire circuler encore plus massivement.

Le discours sectaire et antisémite de Mélenchon doit être fermement dénoncé et rejeté par tous les antiracistes et par toutes toutes les forces de gauche, y compris bien sûr par les militantEs de la LFI. 
Qui peut accepter une telle reprise de thèmes antisémites, qui placent les Juifs au centre de complots internationaux ? Rappelons que lorsque François Ruffin, député LFI, a congratulé l’antisémite et négationniste Etienne Chouard à propos du référendum RIC, de nombreuses voix se sont élevées et l’ont contraint à un recul, même si celui-ci a été partiel. 

Ce n'est certes pas la première fois que Mélenchon tient des propos douteux dans ce domaine, comme nous le rappelons ci-dessous, mais cette fois-ci il s'agit d'une autre dimension qui relaye le thème antisémite fondateur du "complot juif" international .

La gauche, héritière et porteuse du combat contre l'antisémitisme depuis l'affaire Dreyfus, après avoir erré et hésité en la matière, doit absolument  faire le ménage dans ses idées et son langage pour en bannir toute immondice de ce genre. Il en va de l'avenir du projet d'émancipation humaine.

Concernant la direction du CRIF et son action fautive lors de la marche en mémoire de Mireille Knoll  le 28 mars 2018, nous écrivions à l’époque (voir ici ) « Marine Le Pen peut remercier les dirigeants du CRIF.  En appelant à exclure Jean-Luc Mélenchon, mis dans le même panier que le parti de la continuité antisémite qu'est le FN, ils ( les dirigeants du CRIF NDLR) ont sorti la dirigeante du FN de son isolement et contribué à banaliser la continuité antisémite de son parti. C'est là que réside leur faute. Au passage, ils ont exonéré Laurent Wauquiez de ses turpitudes alors que sa première mesure, en tant que président de Conseil régional, a consisté à réduire la subvention de Mémorial des enfants juifs d’Izieu déportés par Klaus Barbie.

Pour autant, il ne faut pas cacher ni oublier que, à plusieurs reprises, Jean-Luc Mélenchon a manifesté des ambiguïtés dans la lutte contre l'antisémitisme, en sous-estimant la gravité de propos qui en relevaient.
Nous avions mentionné ce problème dès 2011 après des déclarations à l'époque de Christian Jacob contre DSK, puis à nouveau lors de sa polémique douteuses contre les propos "pas français" de Pierre Moscovici en 2013. Plus récemment en 2017, il a défendu la position calamiteuse de François Mitterrand à propos de la responsabilité des autorités françaises dans la déportation des Juifs. "  

Le texte de Mélenchon 
13 décembre, 12:00 · 
CORBYN : LA SYNTHÈSE MÈNE AU DÉSASTRE

J’avoue que je ne suis pas étonné par le terrible revers électoral du parti travailliste et de Jeremy Corbyn. Il doit servir de leçon.

Première leçon : l’avant-gardisme bien-pensant ne mène nulle part. Ils ont fait du Tsípras avant même d’être élu. Annoncer qu’il voulait un nouveau référendum sur le Brexit, c’était inviter ceux qui veulent le Brexit à voter directement pour ceux qui le mettent en œuvre. Surtout que Corbyn a précisé qu’en cas de vote, il ne s’en mêlerait pas. On ne pouvait faire pire. À quoi bon des leaders qui ne s’engagent pas à propos de l’avenir de leur pays ? Les bastions ouvriers du nord qui votaient PS ont basculé dans le vote conservateur parce que ceux-ci leur garantissaient le Brexit. C’était toujours ça de pris !

Deuxième leçon. Pourquoi ont-ils fait une aussi grossière faute ? C’est le résultat des jeux d’appareils internes au Labour. Le Labour, c’est le PS anglais. Corbyn aurait du le refondre totalement au lieu de composer avec lui. Ou bien le quitter. Les vieux appareils bureaucratiques comme le Labour Party produisent des jeux d’appareils et rien de plus. Construire son raisonnement politique en fonction des points d’équilibre interne, c’est se tromper à coup sûr. Les problèmes comme les solutions sont dans les masses populaires, leurs attentes, leur volonté, leurs besoins. C’est là que Corbyn aurait du aller chercher ses consignes. Il a voulu plaire aux importants. En vain.

Corbyn a passé son temps à se faire insulter et tirer dans le dos par une poignée de députés blairistes. Au lieu de riposter, il a composé. Il a du subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud (parti d’extrême droite de Netanyahou en Israël). Au lieu de riposter, il a passé son temps à s’excuser et à donner des gages. Dans les deux cas il a affiché une faiblesse qui a inquiété les secteurs populaires.

Cette envie de bonne réputation, je l’ai vue de près. Quand je lui ai rendu visite, nous avons parlé en espagnol de ce qui se passait dans le monde. Il a publié un communiqué à ma sortie se félicitant de notre intérêt commun pour l’investissement public dans les entreprises. Ce genre de façon, je l’ai connu souvent. À l’étranger et en France. Ça ne mène nulle part ceux qui les adoptent. Au contraire. Les gens sérieux regardent en coin et comprennent qu’il y a anguille sous roche. Comment croire que nous ayons discuté d’investissement public alors que reposait sur nous l’espoir d’une bascule de notre famille dans le camp du changement des règles du jeu du monde ?
Tel est le prix pour les « synthèses » sous toutes les latitudes. Ceux qui voudraient nous y ramener en France perdent leur temps. En tous cas je n’y céderai jamais pour ma part. Retraite à point, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogante des communautaristes du CRIF : c’est non. Et non, c'est non"

Dans le Labour britannique, une complaisance coupable

Dès 2016 nous alertions, suite à des informations qui nous étaient parvenues ( voir ici)  " "Les révélations britanniques sonnent comme un avertissement particulièrement grave, montrant une diffusion de thèses antisémites, complotistes et négationnistes, au motif de défendre la cause palestinienne. Cette dernière se trouve au contraire salie et affaiblie par la tonalité antisémite de ces "soutiens".   

On constate aussi une  tolérance inexcusable à l'égard de positions racistes antisémites au sein de partis de gauche, puisque des mesures ne sont prises que suite à des révélations et scandales, alors que la direction du Labour était bien alertée et informée des horreurs diffusées. 
 
Après des scandales récents semblables au sein de la gauche en Espagne et en Grèce , un grand "ménage" et une vigilance approfondie sont nécessaires afin de combattre ce fléau." L'Info antiraciste 28 avril 2016

En fait la situation s'est aggravée, malgré les promesses répétées de Corbyn et des ses proches s'engageant à combattre l'antisémitisme. En réalité ils ont couvert et minimisé la gravité de la situation, malgré de nombreuses protestations et des appels angoissés des Juifs de grande-Bretagne qui votaient traditionnellement en grande majorité pour le Labour.
C'est à la veille même des élections que Corbyn et son adjoint ont daigné s'excuser en continuant à mentir sur la manière dont les plaintes avaient traitées, comme le déclare maintenant Len McCluskey, dirigeant du principal syndicat britannique Unite et soutien de Corbyn en amont du scrutin. Le responsable syndical a entre autres mis en cause « l’échec de Corbyn à s’excuser pour l’antisémitisme dans le parti lorsqu'il était encouragé à le faire (à la BBC), symbolisant des années de mauvaise gestion du problème ».



                                         

John McDonnell, numéro 2 du Labour : l’antisémitisme pourrait nuire au parti lors des élections
À la veille des élections, et dans un contexte de fuites sur des plaintes d'antisémite non traitées, John McDonnell assurait que le parti avait  tiré la leçon d'une "période horrible"
Ce  haut dirigeant du Parti travailliste britannique, proche de Corbyns’est excusé le 8 décembre pour « les souffrances que nous avons infligées » à la communauté juive britannique et a admis que le scandale d’antisémitisme qui a secoué le parti pourrait affecter ses perspectives lors des élections générales du 12 décembre au Royaume-Uni.
« Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir et nous allons tirer d’autres leçons. Nous voulons être l’exemple éclatant de l’antiracisme que le Parti travailliste devrait être », a déclaré McDonnell, dans une interview accordée  à la BBC le 8 décembre, à 4 jours des élections
Le dirigeant et ses partisans ont donc à nouveau rejeté l’accusation, affirmant que les travaillistes avaient fait un effort pour réprimer les antisémites.
Mais des documents du service de contrôle interne du parti et qui ont été rendus publics ont révélé le contraire:  plus de 130 cas de membres du parti exprimant des opinions antisémites virulentes, y compris des appels à l’extermination des Juifs, et ayant été autorisés à rester dans le parti pendant des mois, voire des années, après que des plaintes aient été déposées contre eux. Corbyn s'est lui-même finalement excusé pour l'antisémitisme au sein de son parti lors d'une interview accordée à l'émission anglaise "This morning"."De toute évidence, je suis vraiment désolé pour tout ce qu'il s’est passé, mais je tiens à préciser que je suis en train de régler le problème", a-t-il répondu au présentateur Phillip Schofield.
Le chef du parti travailliste avait éludé les questions du présentateur, mais avait déclaré d'une manière générale que l'antisémitisme et toute autre forme de racisme n'avaient  "aucune place dans notre société".

C'est face à cette politique catastrophique de tolérance envers l'antisémitisme que Mélenchon reproche à Corbyn de s'être "trop excusé" .

Albert Herszkowicz pour MEMORIAL 98 


 







 

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