mardi 27 mars 2018

Contre les crimes antisémites et le racisme: mobilisation !







L’assassinat de Mme Mireille Knoll s’inscrit dans le contexte d’une multiplication des actes et propos antisémites en France et en Europe.

Les Juifs de France, qui représentent moins de 1 % de la population, sont, selon les statistiques officielles, la cible d’un tiers des actes haineux recensés dans le pays.

Ce crime revêt un caractère particulièrement dramatique en raison de l’histoire de cette femme. Elle a survécu à la Shoah. Née en 1932 à Paris, Mireille Knoll a pu s’échapper de Paris avec sa mère avant quelques jours avant l’arrestation massive de plus de 13 000 Juifs en juillet 1942, lors de la rafle du Vel' d’Hiv. C’est un passeport brésilien hérité de son père qui lui avait alors permis de trouver refuge au Portugal. Après la guerre, elle avait épousé un survivant d’Auschwitz, décédé il y a une quinzaine d’années

Elle a été tuée à quelques centaines de mètres de l’Hyper-cacher de la porte de Vincennes, à proximité également du gymnase Japy, lieu de rafles des Juifs pendant la 2e guerre. 

Son domicile se situe dans le même arrondissement que celui ou a été tuée Mme Sarah Halimi  dans un crime à caractère antisémite en avril 2017. Dans ce dernier cas, il avait fallu plusieurs mois et de nombreuses mobilisations de ses proches avant que soit pris en compte et reconnu par la justice la part de l'antisémitisme dans son meurtre ( voir ci-dessous la mise à jour du 13 juillet 2018 suite à une nouvelle expertise psychiatrique) 



 Dans ce même quartier travaillait Ilan Halimi dont l’assassinat en 2006 avait ouvert un cycle antisémite sanglant.

Nous appelons à une lutte active contre l'antisémitisme, qui prend aujourd'hui en Europe des formes  alarmantes, particulièrement tragiques en France, alors que partout en Europe et aux USA, les tenants du fascisme et du nazisme sont à l'offensive notamment en AllemagneAutriche, Hongrie, Pologne, Italie. 
Il ne s'agit pas ici d'un "nouvel antisémitisme" mais de la continuité sanglante de la persécution des Juifs. La confirmation de la condamnation de Jean-Marie Le Pen pour ses propos récidivistes de 2015 sur les chambres à gaz illustre cette continuité. Il a d'ailleurs financé la campagne présidentielle de Marine Le Pen à hauteur de 6 million d'euros, pulvérisant ainsi la fable de la "dédiabolisation".

L’assassinat de Mme Knoll est ainsi survenu trois jours après la relaxe judiciaire d'Alain Soral, accusé d’incitation à la haine raciale  après que celui-ci ait diffusé une nouvelle fois un montage antisémite. Les juges ont estimé que  "Le montage en cause, aussi contestable soit-il, ne constitue ainsi pas une provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence, contenant un appel ou une exhortation, même implicite, rejaillissant sur la totalité d'une communauté définie par l'appartenance à la religion juive". 
Les magistrats ont utilisé la jurisprudence de la Cour de cassation, qui estime depuis juin 2017 qu'une "incitation manifeste" ne suffit pas à caractériser le délit et qu'il faut désormais "pour entrer en voie de condamnation" que les propos relèvent d'un "appel" ou d'une "exhortation".  Ainsi il faudrait maintenant un appel direct à la violence raciste pour que la justice agisse. 

Devant l’adhésion que suscitent Dieudonné et Soral dans une partie de la jeunesse, comment ne pas s’interroger sur le rôle qu’ils peuvent jouer dans la radicalisation ultra-rapide de beaucoup de jeunes, qui épousent les thèses et la cause des intégristes de Daech en quelques mois, en quelques semaines ? Pour qu’une graine pousse à vitesse accélérée, il lui faut un terreau fertile; force est de constater que la culture pathologiquement antisémite, propagée par l’extrême-droite française depuis des années, constitue une part importante de ce terreau fatal.

Dans ces mobilisations contre l’antisémitisme et tous les racismes, nous dénonçons les chevaliers de la haine qui cherchent à susciter la haine et la division. C’est le cas notamment de Laurent Wauquiez, croisé du racisme dénonciateur exclusif du «  nouvel antisémitisme » des musulmans. Or sa première mesure en tant que président de Conseil régional a consisté à réduire la subvention de Mémorial des enfants juifs d’Izieu déportés par Klaus Barbie. Nous n’oublions pas qu’un des candidats à la primaire de la droite Jean- Frédéric  Poisson a tenu publiquement des propos antisémites. Il n’a pas été sanctionné et a été maintenu dans la primaire par une décision unanime de tous les autres candidats. 

Nous faisons partie de celles et ceux qui affirment que tous les racismes sont liés, que tous les fascismes et les intégrismes s’alimentent les uns les autres, dans une guerre de tous contre tous qui nourrit les haines.

La lutte contre le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie constitue un enjeu décisif pour toutes et tous. Elle ne  doit pas se diviser, sous peine de devenir une caricature stérile et impuissante.

C’est ce que nous affirmons en participant à toutes les marches et mobilisations qui font suite à ce nouveau crime antisémite et notamment aux Marches Blanches du 28 mars. Il ne s'agit pas d'un problème de "communautés" mais d'un enjeu crucial dans la lutte contre tous les racismes. 

Mise à jour du 28 mars 2018:


Nous marcherons aujourd'hui contre l'antisémitisme et tous les crimes racistes. La direction du CRIF a cru bon faire des déclarations contre la présence de Jean-Luc Mélenchon, mis dans le même panier que le parti de la continuité antisémite qu'est le FN. Il a ainsi ouvert la porte à une polémique qui permet à Marine Le Pen de prétendre combattre l'antisémitisme. 
 Sera-t-elle accompagnée de son conseiller et ami le néo-nazi Frédéric Chatillon, complice du négationniste Faurisson et de Dieudonné

                                           Chatillon, Faurisson, Dieudonné, Marine Le Pen



Mise à jour du 30 mars
 Au lendemain des marches blanches, nous en tirons le bilan et appelons à poursuivre le combat contre l'antisémitisme ici  






MEMORIAL 98 

Mise à jour du 13 juillet 2018:

Une nouvelle expertise psychiatrique a eu lieu dans le cas de Mme Sarah Halimi et entraîne de nombreuses interrogations et réactions. Un des avocats de la famille proteste contre le principe même de cette nouvelle expertise. Or cette expertise collégiale ne remet pas en cause le caractère antisémite du crime mais considère que le coupable présumé présentait un état psychotique au moment des faits. Dans ce cas selon la loi, son discernement est considéré comme aboli et il ne peut pas être jugé. C'est un principe permanent qui a résisté aux nombreuses tentatives venues de la droite dure et de l'extrême-droite afin de le remettre en cause, au nom de la défense des victimes et de leurs familles. Il est donc nécessaire de tenter de comprendre les analyses et appréciations des différents experts et d'éviter la confusion avec la détermination du caractère antisémite.      
Par une ordonnance datée du 4 avril – date anniversaire du meurtre – les trois experts psychiatres ont été chargés de répondre notamment aux questions suivantes : « Dire si le sujet présente des anomalies mentales ou psychiques et dans l’affirmative, les décrire » et « préciser si l’intéressé était atteint au moment des faits d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli/altéré son discernement ou le contrôle de ses actes ».
« Oui », ont-ils répondu à la première question dans le rapport d’expertise psychiatrique de vingt-neuf pages que Le Monde a pu consulter dans son intégralité : « Kobili Traoré souffre d’un trouble psychotique chronique, vraisemblablement de nature schizophrénique, faisant suite à un épisode délirant aigu inaugural. Il souffre par ailleurs d’une addiction ancienne au cannabis ». Il dispose également d’une « personnalité pathologique antisociale » (incapacité à se conformer aux normes sociales, impulsivité, irritabilité, agressivité, irresponsabilité...) et d’une propension à la violence.
« Oui », ont-ils également tranché à propos de son discernement : il était « aboli ». Kobili Traoré est « inaccessible à une sanction pénale », affirment-ils, précisant que les soins seront « longs et difficiles » : « On ne peut que constater l’extrême dangerosité de ce patient que nous considérons, hélas, comme durable en dehors d’un milieu psychiatrique ».
Interné en hôpital psychiatrique depuis la nuit du drame, le jeune homme est, depuis juillet 2017, mis en examen pour « homicide volontaire ». Mais il avait fallu attendre la fin du mois de février, après une seconde audition du suspect par la juge Ihuellou, pour que le caractère antisémite soit retenu. Ce que les parties civiles et le parquet réclamaient depuis des mois.

« Un préjugé se mue en haine délirante »

La première expertise, réalisée par le psychiatre Daniel Zagury, avait conclu que Kobili Traoré, sans antécédent psychiatrique, était atteint, au moment des faits, d’une « bouffée délirante aiguë » provoquée par une forte consommation de cannabis – une quinzaine de joints par jour, selon les déclarations du suspect. Selon Daniel Zagury, son discernement était « altéré » mais pas « aboli », un avis qui le rendait passible de poursuites pénales.

Le psychiatre avait également conclu que le crime de M. Traoré était un « acte délirant et antisémite ». Il indiquait dans une formule particulièrement problématique : « Aujourd’hui, il est fréquent d’observer, lors d’efflorescences [en psychiatrie, perte de contrôle lors d’une phase délirante] délirantes, chez les sujets de religion musulmane, une thématique antisémite : le juif est du côté du mal, du diabolique. Ce qui est habituellement un préjugé se mue en haine délirante. (…) Dans son bouleversement délirant, c’est l’incarnation du diable qu’il terrassait. »

Sur ces conclusions du Docteur Zagury, le collège de trois "nouveaux"  experts déclare : « Nous sommes en plein accord avec le diagnostic d’état psychotique aigu et avec l’analyse qui est faite de la dimension antisémite du geste », même si, indiquent-ils, « nous ne pensons pas qu’elle a été déterminante dans le processus psychopathologique du passage à l’acte » :
« Nous dirions en résumé que Monsieur Traoré était au moment des faits, du fait de la prégnance du délire, un baril de poudre. Mais que la conscience du judaïsme de Madame Attal a joué le rôle de l’étincelle. »
Le « seul » désaccord entre les deux expertises porte sur « les conséquences médico-légale de la consommation de cannabis » : « La particularité du délire aigü de Monsieur Traoré est le rôle possiblement déclencheur du cannabis. La question se posant donc de savoir s’il s’agit d’un trouble induit par le cannabis ou si le cannabis n’a joué qu’un rôle précipitant d’un délire. » Le docteur Zagury avait estimé que sa consommation excessive de cannabis était « consciente et volontaire ». Pour les trois psychiatres, ce n’était pas le cas. L’existence de délires induits surviennent à des doses importantes et « s’amendent dès l’arrêt de l’intoxication ».
Or, soulignent-ils, les taux de THC (le principe actif du cannabis) relevés dans le sang du suspect étaient modérés – ce qui ne correspond pas à la consommation alléguée le jour du drame – et ses idées délirantes ont persisté « longtemps après l’arrêt de l’intoxication ». Pour le collège d’experts, la prise de cannabis n’a pas donc pas induit une crise aigüe mais n’a fait qu’aggraver un processus psychotique déjà amorcé. C'est en conséquence de ce raisonnement médical  et médico-légal que le discernement est considéré comme aboli.

MEMORIAL 98





 

   





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