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dimanche 28 décembre 2014

Allemagne : les antifascistes mobilisés contre les manifestations islamophobes

Allemagne: une situation contrastée.

A Dresde les manifestations islamophobes sous l'égide de Pegida ("patriotes européens contre l'islam") s'étendent, mais environ 5000 personnes sont descendues dans la rue à l'appel du collectif "Dresde sans nazis".
A Munich 12000 personnes selon la police, ont manifesté contre Pegida avec pour mot d'ordre "les réfugiés sont les bienvenus". "Ici, des milliers de personnes se dressent ensemble contre le racisme et l'exclusion", a lancé le maire social-démocrate de la ville, Dieter Reiter.
Ailleurs, des contre-manifs ont rassemblé 2.500 personnes à Bonn (ouest), 2.000 à Kassel (centre) et 700 à Würzburg (sud). Dans ces villes, les déclinaisons locales de Pegida n'ont à chaque fois pas dépassé les 250 personnes.

Les initiatives locales en solidarité avec les réfugiés se multiplient: cours d'allemand gratuits, examens et soutien psychologique pour les enfants qui viennent de zones de guerre, formations spéciales pour les travailleurs sociaux afin de mieux appréhender les problématiques propres aux réfugiés...
Des étudiants berlinois ont créé un site (www.fluechtlinge-willkommen.de qui signifie bienvenue aux demandeurs d'asile) collectant, pour les réfugiés, des annonces de chambres libres dans des colocations. Ou encore cette journaliste, Birte Vogel, qui a créé un blog rassemblant les projets de
soutien aux réfugiés. Aide aux repas, achats de matériel dans des supermarchés: la Berlinoise Ulrike Meier met la main à la pâte dans un foyer qui héberge depuis début décembre une centaine de réfugiés dans le centre de la capitale allemande. "Accueillir des réfugiés est un défi énorme" mais "nous sommes ouverts et nous voulons aider", explique-t-elle à l'AFP.
Pegida est "un mouvement extrêmement populiste" qui reflète en un sens une partie de la société mais
certainement "pas ce qu'est l'Allemagne" dans sa totalité. 

 

mercredi 5 novembre 2014

Se souvenir des migrants morts à Calais, parce que l'indifférence tue notre humanité

Nous reprenons ici la liste des victimes à Calais de la fermeture des frontières, dressée par le site Passeurs d'hospitalité, un site qui recense au quotidien ce que vivent les migrants à Calais, ce qui se joue derrière les annonces ministérielles et les règlementations.
Alors que le Ministre de l'Intérieur annonce l'ouverture d'un centre d'hébergement de jour, mais surtout des renforts policiers pour démanteler les filières de passeurs et expulser les sans-papiers, le site Passeurs d'hospitalité explique que les policiers sont loin d'être en sous-effectifs. Les CRS affectés à Calais étaient 80 en 2012, ils sont aujourd'hui 350 et attendent une centaine d'agents en renfort !


Ils sont morts, ici, à Calais, depuis un an, parce qu'ils voulaient passer une frontière. Ce n'est pas pour préserver leur humanité qu'il faut se souvenir d'eux. 
C'est pour préserver la nôtre, qui s'effrite un peu chaque jour, usée par nos indifférences.

Robiel Habton, 24 ans, venu d’Érythrée, mort le 9 octobre 2013 en essayant d’entrer dans le port à la nage.

Yemani Gebrenegous Eokbo, venu d’Érythrée, mort dans la nuit du 9 au 10 décembre 2013 d’une maladie cardiaque chronique, alors qu’il ne réussissait pas à obtenir à Calais le traitement dont il avait besoin.

Un exilé, 17 ans, venu d’Iran, mort dans la nuit du 30 au 31 janvier 2014, fauché sur l’autoroute, le chauffeur ne s’est pas arrêté.

Un exilé, 30 ans, venu d’Iran, mort dans la nuit du 2 au 3 février 2014, tué d’un coup de fusil.

Un exilé, une vingtaine d’années, venu d’Albanie, mort le 9 mars d’un coup de couteau sur un parking d’autoroute au sud de Calais.

Mesfin Germa, venu d’Éthiopie, mort le 12 mars 2014 fauché par un véhicule sur l’autoroute, le chauffeur ne s’est pas arrêté.

Senay Berhay, venu d’Éthiopie, retrouvé mort dans le canal le 14 mars 2014, il avait disparu et ses amis le cherchaient depuis plusieurs jours.

Un exilé, venu d’Éthiopie, mort le 15 mars 2014 écrasé sous le chargement du camion qui l’emmenait dans la mauvaise direction.

Mengs Mehdane, 16 ans, venu d’Érythrée, mort le 5 mai 2014 en sautant du camion qui l’emmenait dans la mauvaise direction.

Youssef Haroun, 18 ans, venu du Soudan, mort le 23 mai 2014 en essayant de se glisser sous un autocar sur un parking.

Ahmed Abdallah, 16 ans, venu du Soudan, mort le 23 juillet sur le sol britannique en tombant du bus sous lequel il était caché.

Un exilé, venu du Soudan, mort le 26 septembre 2014 noyé dans le canal lors d’une bagarre.

Sara, 16 ans, venue d’Éthiopie, morte dans la nuit du 20 au 21 octobre 2014 fauchée par une voiture sur l’autoroute.

Un exilé, venu du Soudan, mort le 22 octobre 2014 en sautant d’un pont sur un camion.

Afom, 26 ans, venu d’Érythrée, mort le 25 octobre 2014 après neuf jours de coma, il avait été renversé par une voiture quand il revenait du commissariat de Coquelles après une arrestation.


lundi 27 octobre 2014

En matière d'obscurantisme, personne ne peut donner de leçons. Mesures racistes et paranoïa liées au virus Ebola

En ce moment, on on voit beaucoup de reportages sur les rumeurs, et les paniques dans les pays africains touchés par Ebola, et dont le système de santé publique ne permet pas d'enrayer l'épidémie. Beaucoup d'entre eux ont un ton assez condescendant et paternaliste sur l'obscurantisme qui sévirait dans ces pays.
Mais le recensement des mesures racistes, des crises de paranoïa dirigées contre les populations noires et/ou étrangères en Europe et aux Etats Unis, alors qu'il n'y a pas d'épidémie, montre bien une chose: en matière d'obscurantisme, personne ne peut donner de leçons.

Les Inrocks listent un certain nombre de décisions racistes motivées par Ebola aux Etats-Unis. Alors qu'aucun cas n'est signalé au Rwanda, l'infirmière scolaire d'une petite ville du New Jersey annonce qu'elle prendra régulièrement la température de deux élèves rwandais. Vu le climat (enseignants menaçant de ne pas enseigner, parents annonçant le retrait de leurs enfants), ce sont les parents des enfants rwandais qui n'ont pas envoyé leurs enfants à l'école... Une université du Texas annule l'admission de deux élèves nigérians car l'établissement n'accepte pas d'élèves étrangers venant de pays où des cas d'Ebola sont confirmés" ... Sans compter les remarques sur le président Obama et ses origines
Mais la France n'est pas épargnée : la ligue des droits de l'homme combat un arrêté pris dans le Loiret par le Conseil Général, instaurant des mesures discriminatoires pour les mineurs isolés étrangers. Ceux-ci sont accueillis uniquement s'il y a une place disponible, et s'ils ont un certificat médical attestant qu'ils ne sont pas atteints par le virus.

On peut également signaler la psychose qui s'était emparée d'une école de Boulogne dans les Hauts de Seine. Evidemment, aucun enfant n'a été atteint par le virus Ebola dans cette école.
Par contre trois enfants ont subi un traumatisme et un rejet qui les poursuivra sans doute dans l'avenir, et l'ensemble de la famille s'est retrouvé confrontée à l'horreur d'une mise en cause médiatique nationale.
Tout ça à cause de trois parents imbéciles, racistes, irresponsables et de tous ces journalistes qui leur ont tendu leur micro pour répandre leur psychose et s'acharner sur une autre famille.
Le virus de la haine est décidément le plus contagieux et le plus répandu en France en ce moment: concernant Ebola, il serait grand temps de s'attaquer à la source du mal , à savoir les sites racistes qui propagent la peur et l'irrationnel sur ce sujet depuis des mois.

 Sans compter les propos génocidaires de Jean-Marie Le Pen, au même moment que sa sortie sur la "fournée" contre Patrick Bruel

Accuser une population discriminée d'être responsable de la diffusion de maladies est un classique du racisme. 
On l'a vu au début de l'épidémie de Sida, lorsque les victimes haïtiennes ont été mis en cause dans le développement de la pandémie. Dans les années 1920, les Juifs réfugiés des pays de l'Est furent accusés par l'extrême-droite d'alors d'être porteurs d'une mystérieuse maladie infectieuse dite "maladie n°9" qui n'a jamais existé. 
A d'autres périodes, l'accusation peut s'aggraver et justifier des massacres. Ainsi, durant la période de la peste noire en Europe (1347-1350) les Juifs furent accusés de sa diffusion volontaire. Entre 1347 et 1350, la peste noire emporte un tiers de la population du continent. Certains y voient un acte satanique orchestré par les Juifs qui voudraient dominer le monde en empoisonnant l'air et l'eau. Malgré une bulle du pape Clément VI de 1348, dans laquelle il explique que les Juifs ne sont pas épargnés par la maladie et que l'épidémie sévit même dans les régions sans population juive, des groupes fanatisés partent massacrer les Juifs : 2000 morts à Strasbourg, d'autres victimes nombreuses à Colmar, Worms, Francfort, Cologne et ailleurs. Aucune communauté importante d'Allemagne n'est épargnée par les massacres et les pillages. 

dimanche 12 octobre 2014

Contre la traque des migrants en Europe !

Du 13 au 26 octobre 2014, tout juste un an après le drame de Lampedusa, différentes polices des États de l’Union Européenne procèderont à des contrôles massifs dans l’espace Schengen, jusqu'aux frontières extérieures.
Nous reproduisons ci-dessous en fin d'article la déclaration commune des organisations de défenses des droits de l'homme regroupées dans le collectif Frontexit.

Cette opération s'intitule "Mos maiorum", d'une expression latine signifiant "coutume des ancêtres", et  désigne dans l'antiquité romaine le mode de vie et le système des valeurs ancestrales, par opposition à un présent jugé décadent.

Selon le site allemand Heise, l'opération concernera principalement les transports : gares, autoroutes, aéroports... La note du Conseil de l'Europe sur la mission est reproduite en anglais sur le site Statewatch.

Les opérations de contrôle des migrants sont devenues courantes au sein de l'Union Européenne. Elles se déroulent environ tous les 6 mois, sous la houlette des Etats qui tiennent la présidence du Conseil Européen.
Les opérations précédentes se nomment Aerodromos (pilotée par la Grèce, elle a visé 39 aéroports européens et conduit à l'arrestation de 139 personnes), Perkunas (sous la présidence lituanienne, elle visait à établir les liens entre le passage des frontières externes de l'Europe et les "mouvements secondaires", entre pays membres de l'UE. Dans le cadre de cette opération 10 459 sans papiers ont été interpelés).
 
Comme le rappelle le communiqué ci-dessous, ce sont les restrictions de la libre circulation des personnes et la fermeture des frontières qui créent des situations de clandestinité et le recours à des voies d'entrée en Europe dangereuses et même meurtrières. Ce sont plus de 3000 migrants qui ont perdu la vie en cherchant à traverser la Méditerranée depuis janvier 2014, un triste record... Les frontières terrestres étant de plus en plus sécurisées (notamment celles avec la Turquie), les migrants n'ont plus d'autres choix que la voie maritime.

Malgré la montée des discours xénophobes et racistes, malgré les manifestations de groupes d'extrême-droite, malgré des politiques de répression des migrants et de ceux qui les soutiennent et défendent leurs droits, la solidarité existe. Quelques exemples.

Le 12 juillet 2014, à Calais, en période estivale, dix jours à peine après une expulsion policière violente d'un lieu occupé, l'arrestation et la dispersion des migrants à travers la France entière, la destruction des lieux de vie, la manifestation de solidarité avec les migrants organisée dans l'urgence , par des militantEs débordées avait réuni 450 personnes selon la presse.Voir un diaporama : http://www.humanite.fr/diaporamas/societe/solidarite-amenagement-dun-squat-pour-les-migrants-de-calais-547273
Le 7 septembre, la manifestation des fascistes de Sauvons Calais, qui s'était transformée en manifestation nationale de l'extrême-droite avec la participation de groupes activistes comme les ex des Jeunesses Nationalistes venus de toute la France aura réuni trois cent personnes au maximum.
En cette période, où l'on nous présente l'extrême-droite comme toute-puissante, et les réseaux progressistes en pleine déliquescence, où le pessimisme est parfois plus mortifère que les mauvaises nouvelles réelles, il n'est pas inutile de regarder le terrain, et ce que parviennent à construire, envers et contre tous les discours xénophobe, des collectifs locaux fondés sur la solidarité et l'universalisme.

Un marin français, Philippe Martinez, en concertation avec son équipage, a sauvé près de 2000 migrants en Méditerranée. Tout simplement en les recueillant lorsque son navire passe à proximité des embarcations de fortune que les migrants sont contraints d'utiliser...

Un prêtre retraité de Saint Etienne a ouvert depuis plusieurs années un centre paroissial afin d'héberger des sans papiers à la rue. Un arrêté municipal l'enjoint de procéder à « la fermeture au public de toute activité d’hébergement ». Assigné en justice, le prêtre a été relaxé le 10 septembre 2014... mais le parquet a immédiatement fait appel. 


Déclaration commune des organisations de défense de droits de l'homme en Europe, regroupées dans le collectif Frontex Exit (voir le site www.frontexit.org)
Opération « Mos Maiorum» : la traque aux migrants sans-papiers en Europe


10 octobre 2014

« Mos Maiorum» est un énième exemple de la guerre menée par l'UE contre un ennemi imaginaire.

Du 13 au 26 octobre 2014, les forces de police des États de l'Union Européenne (UE) procèderont à des contrôles massifs de personnes dans l'espace Schengen et aux frontières extérieures.

Une semaine après la commémoration du drame de Lampedusa d’octobre 2013, une « chasse aux migrants » nommée Mos Maiorum sera lancée, coordonnée par le ministère italien de l’Immigration avec le soutien de Frontex et d’Europol. Cette opération de grande envergure vise à intercepter et collecter des données personnelles sur les détenteurs de faux documents, les demandeurs d'asile déboutés et les passeurs.

Outre le fait grave que le Parlement européen ne semble pas avoir été averti de ce projet, le manque de clarté sur la base légale et la mise en œuvre de l’opération pose problème. Aucune information n’a été donnée sur les suites qui seront données à ces interpellations et si des opérations de retours conjoints seront prévues.

Une fois de plus, le séjour irrégulier est assimilé à un délit criminel, au mépris de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’UE (arrêt El Dridi qui condamne la pénalisation du séjour irrégulier). Une fois de plus, les demandeurs d'asile sont perçus comme de potentiels fraudeurs. Une fois de plus, la collecte de données personnelles sert une véritable chasse aux « sans-papiers ».

À travers de telles opérations, les institutions européennes nourrissent le fantasme d'une invasion criminelle en Europe. Adjuvant d'une politique discriminatoire, l’agence Frontex entrave les droits des migrants et des réfugiés comme l'a démontré le bilan de la campagne inter-associative Frontexit.

Alors que la société civile, l’ONU et le Conseil de l'Europe appellent à cesser l'hécatombe en facilitant l'accès au territoire européen, les annonces par la Commission de mesures énergiques pour mettre fin aux "drames de la migration" sont restées lettre morte. L'absence de mécanismes communs de sauvetage en mer et d'accueil des migrants et des réfugiés contraste avec cette frénésie sécuritaire.

Les réseaux mafieux et criminels n’existeraient pas si des voies d’entrées dites légales étaient accessibles pour les personnes migrantes et réfugiées.

Depuis le début de l’année 2014, plus de 3000 personnes ont trouvé la mort en Méditerranée. Le dialogue de sourds atteint son paroxysme.

La migration n'est pas un crime. Les migrants ne constituent pas une menace. Les réfugiés ont droit à une protection internationale. L'Europe doit cesser cette guerre meurtrière, dont Frontex est le symbole.