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dimanche 12 juillet 2020

Srebrenica: 25 ans près le dernier génocide du vingtième siècle, des attentats d'extrême-droite commis en son nom.


                                     Au cimetière de Potocari



Le dernier génocide du vingtième siècle, qui en connut tant, a eu lieu à Srebrenica en Bosnie à partir du 11 juillet 1995, un an après le génocide des Tutsi au Rwanda.


Les  conséquences de ce génocide continuent à résonner 25 ans après, dans la région des Balkans mais également dans le monde entier.
Génocides et crimes de guerre motivent et inspirent la poursuite des actes de violence raciste
Le négationnisme est un terreau fertile pour des nationalistes et des mouvements d’extrême droite, avec pour cible principale les communautés musulmanes. « Les extrêmes droites et les néonazis partout dans le monde ont repris le discours de Karadzic et  Mladic ( chefs serbes génocidaires condamnés) , sur comment combattre l’islam et ceux qu’ils considèrent comme des “barbares”, des “sauvages” 
De la même manière les nostalgiques d'Hitler et du nazisme tuent encore des Juifs au nom de cette idéologie dans les synagogues de Pittsburgh et de Halle.
La version négationniste serbe de l’histoire de l’ex-Yougoslavie est ainsi très présente dans les déclarations d'Anders Breivik, auteur des attentats contre les jeunes militants travaillistes à Oslo et Utoya, en Norvège en juillet 2011, ou de Brenton Tarrant, responsable des attaques contre des fidèles musulmans dans deux mosquées de Christchurch, ayant fait 51 morts en Mars 2019.
Dans son texte « 2083 : Une déclaration européenne d’indépendance », Breivik étale au fil des 1500 pages une véritable obsession pour les Balkans et ne cache pas sa fascination pour certains chefs de guerre serbes. Il appelle à expulser d’Europe les Bosniaques musulmans et les Albanais ou, s’ils refusent, à les anéantir par des moyens militaires.
Brenton Tarrent, son imitateur, est obsédé par la croisade des nationalistes serbes contre les Musulmans de Bosnie.
 Tarrant, qui s’est affirmé « véritablement inspiré » par Breivik, s’est filmé roulant vers la mosquée Al-Noor, où il allait tuer 51 fidèles musulmans, en train d’écouter une chanson serbe à la gloire de Radovan Karadzic. Initialement intitulée Karadzic, Lead Your Serbs (Karadzic, commande tes Serbes), elle est devenue populaire sur les sites Internet des extrêmes droites occidentales sous le titre Remove Kebabs qui signifie, dans le langage de ces militants, Supprimons les musulmans.
 
Un négationnisme qui vient de loin:
Le phénomène du déni n’a rien de nouveau: il commence même le plus souvent au moment où le crime est commis, voire en amont.
C’est le cas de tous les génocides et crimes contre l’humanité. L’exemple de la Shoah est connu puisque les nazis furent les premiers négationnistes de ce génocide en travaillant à effacer les traces de leurs méfaits par l’exhumation et le brûlage des cadavres.
Dans le cas de Srebrenica, le déni a procédé dans le même esprit avec la volonté de masquer le crime: des centaines de cadavres ont été déterrés pendant des mois des fosses communes originelles pour être enterrés ou éparpillés ailleurs. Cela conduit à un deuil particulièrement traumatique pour les familles des victimes.

   Des mères et veuves de Srebrenica dans un acte symbolique avec 8000 tasses de café

Ainsi Fatima Mujic récite plusieurs fois par jour la prière des morts, pour ses fils et son mari tués à Srebrenica.
Mais elle hésite chaque fois en pensant à Refik, l'aîné, dont le corps n'a pas été retrouvé, 25 ans après le massacre.
"Je pense toujours qu'il est vivant quelque part. Pour les autres, je sais, mais quand je prie pour lui mes mains se mettent à trembler, je ne sais pas quoi faire", raconte cette veuve.
Deux de ses trois fils et son mari, dont les restes ont été retrouvés dans des fosses communes après la guerre, ont été enterrés en 2010 dans le centre mémorial proche de Srebrenica, où reposent à ce jour 6.643 victimes du massacre du mois de juillet 1995.
Les forces serbes bosniennes du général Mladic, condamné à perpétuité par la justice internationale, avaient alors tué plus de 8.000 hommes et adolescents bosniaques (musulmans).
Ce massacre  a été qualifié d'acte de génocide par la justice internationale et l’ONU .
Les corps de mille personnes sont toujours recherchés.
Fatima Mujic, 75 ans, habite aujourd'hui Ljesevo, un village proche de Sarajevo. Elle dit "vivre pour l'appel" qui lui annoncera que les restes de Refik ont été retrouvés. Il avait 25 ans, une fille de 18 mois et un garçon âgé de 40 jours.
Mais les dernières des 84 grandes fosses communes ont été découvertes en 2010.

"Maman, ne me laisse pas"

Depuis juillet 2019, "les restes de treize victimes seulement ont été retrouvés". 
Lors du 25e anniversaire du massacre samedi 11 juillet, Fatima se souvient de son "combat" devant la base des forces de l’ONU à Potocari, près de Srebrenica, où se trouve aujourd'hui le Mémorial du génocide, pour  sauver son plus jeune fils, Nufik, âgé de 16 ans.
Des milliers de femmes, d'enfants et de vieillards surtout s'étaient massés là, le 11 juillet 1995, dans l'espoir d'être protégés par les soldats néerlandais de l’ONU.
Les soldats serbes séparaient les hommes et les adolescents des autres, et les amenaient à l'exécution.
Nufik "s'était accroché à moi et m'a dit Maman, ne me laisse pas  J'ai caressé ses cheveux bouclés. Je ne te laisserai pas. Ils l'ont pris, je les ai suivis. Je ne sais pas s'ils m'ont frappée, je ne me souviens plus de rien", raconte Fatima.
Ses deux autres fils et son mari, qui avaient fui par les collines boisées, ont été capturés et tués.

Un génocide planifié

Dès le mois de mars 1995, un ordre est signé par le chef des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic à l'intention du chef militaire Mladic. C'est la fameuse "directive n° 7"  qui ordonnait aux soldats bosno-serbes de « créer une situation insupportable d’insécurité totale sans aucun espoir de survie ou de vie pour les habitants de Srebrenica ».
Le 11 juillet 1995, alors que les milices serbes de Bosnie approchent de l'enclave de Srebrenica, des dizaines de milliers de civils musulmans prennent la route de Potocari, à 8 kilomètres de distance de la ville. C'est là qu'est basé le quartier général du bataillon néerlandais de soldats de la (Force de protection des Nations unies (Forpronu). Quatre cent cinquante casques bleus y sont chargés d'assurer la protection des quelque 40 000 habitants de Srebrenica, en majorité des Musulmans 
Parmi les réfugiés du camp néerlandais, il y avait le traducteur du bataillon, avec toute sa famille (père, mère et petit frère), et l’électricien. Le 13 juillet, l’électricien et le petit frère du traducteur furent chassés du camp par les militaires néerlandais. Le père du traducteur les suivit. Les trois hommes furent massacrés avec les autres, et à la fin de la guerre, leurs proches déposèrent une plainte contre le gouvernement des Pays-Bas.
Quand les miliciens serbes de Bosnie commencent à séparer les hommes des femmes, les soldats néerlandais le voient et laissent faire. Les hommes sont entassés dans des cars et seront exécutés. 8.000 hommes ont été tués et jetés dans les fosses communes par les forces serbes. Ce massacre a été, à juste titre, qualifié de génocide par la Cour Internationale de Justice et par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). L'ordre écrit donné en amont plusieurs mois en avance, puis sa réalisation par le tri et la séparation des hommes ainsi que leur extermination massive, "industrielle", portent les caractères du génocide.
Parmi les hommes qui ont choisi de se placer sous la protection des Nations unies, pratiquement aucun n'a survécu. Seuls ceux des habitants de Srebrenica qui se sont réfugiés dans les forêts ont eu un peu plus de chances de survie.
Le mandat de l'ONU en Bosnie prévoyait pourtant clairement un recours à la force en cas de besoin. Le 10 juillet, la veille du massacre, le commandant du bataillon néerlandais avait demandé au général français Bernard Janvier, qui assumait le commandement militaire des Nations unies en ex-Yougoslavie, de lancer des frappes contre les forces serbes de Bosnie. Mais il n'a pas été entendu.
 
Les Nations unies ont reconnu leur responsabilité dans le massacre de Srebrenica en 1999. Un rapport présenté par son secrétaire général d'alors, Kofi Annan, reconnaissait alors la « faillite de la politique dans des zones de sécurité ».
Le rapport ajoute : « La communauté des nations, en décrétant un embargo sur les armes, a laissé les Serbes dans une position de supériorité militaire écrasante et a, en fait, privé la République de Bosnie-Herzégovine de son droit de légitime défense, consacré dans la Charte des Nations unies ». « La fourniture d'une aide humanitaire n'était pas une initiative suffisante face aux opérations de ´´nettoyage ethnique´´ et de génocide ». « Srebrenica a été le révélateur d'une vérité que l'ONU et le reste du monde ont comprise trop tard, à savoir que la Bosnie était une cause morale autant qu'un conflit militaire. La tragédie de Srebrenica hantera à jamais notre histoire ». Comme au Rwanda mais aussi au Sri-Lanka, autres lieux de faillite de l'ONU.

Un négationnisme qui vient d’en haut

La Bosnie a été divisée après la guerre en deux entités, la Republika Srpska  ( RS serbe) et la Fédération croato-musulmane. Les musulmans de Bosnie ont demandé à plusieurs reprises le démantèlement de la RS, fondée à la suite d'un génocide.
Milorad Dodik, chef des Serbes de Bosnie dans cette RS,  qui règne par la haine et la corruption, a décrété en 2017 qu’il était interdit d’évoquer dans les manuels scolaires de son entité le génocide de Srebrenica et le siège de Sarajevo, parce que ces événements « ne sont pas vrais ». Il pense ainsi garantir la poursuite des sentiments de haine auprès des jeunes. Il a qualifié l’année suivante les tueries de Srebrenica de « tragédie mise en scène pour sataniser les Serbes ». Ces dernières années, des monuments, plaques, peintures murales et graffitis à la gloire de Karadzic et Mladic fleurissent plus que jamais en territoire serbe. 


       En territoire Serbe, le terme génocide a été effacé de cette plaque à coups de burin

Ce 11 juillet 2020, quelques heures après la cérémonie en hommage aux victimes au cimetière-mémorial de Srebrenica, un contre-hommage était organisé à Bratunac, à quelques kilomètres de là, à la gloire du général Mladic. Déni contre vérité.
Amor Masovic, qui dirige l’Institut pour les personnes disparues de Sarajevo et recherche depuis vingt-cinq ans les charniers et les cadavres des victimes de la guerre, estime que « l’étape finale d’un génocide est supposée être le déni, or, aujourd’hui, ils ont ajouté encore une étape supplémentaire : le triomphalisme. C’est comme si la race supérieure n’avait rien fait de mal, puisqu’elle est la race supérieure. Des criminels de guerre libérés sont élus maires et parlementaires, en République serbe et en Serbie. Ils ont compris qu’il n’y aurait aucune conséquence sur la scène internationale. Cette absence de réaction a conduit au déni, puis au triomphalisme ».
Les gouvernements occidentaux portent en effet une lourde responsabilité dans le développement du négationnisme en ne sanctionnant pas ses manifestations.
L’académie du prix Nobel de littérature a quant à elle choisi de l’attribution du prix Nobel de littérature en 2019 à l'écrivain autrichien Peter Handke.
Le fait de décerner une récompense aussi prestigieuse à un proche ami de Milosevic (initiateur de la guerre de purification ethnique),  auteur de divers ouvrages contestant la réalité des guerres yougoslave a été ressentie comme une agression par la communauté bosniaque musulmane victime de la guerre, par la communauté sarajévienne ayant lutté pour défendre la coexistence intercommunautaire, et plus généralement par tous ceux qui combattent le négationnisme.
L’écrivain Aleksandar Hemon,  exilé de Sarajevo qui vit aux Etats-Unis, pense que « la ligne directrice en Europe occidentale est l’islamophobie. Handke fait partie de cette culture qui se sent supérieure aux Bosniaques musulmans et à tous les musulmans. Les jurés sont des hypocrites. Ce prix Nobel est islamophobe et fait partie de l’essor de l’extrême droite en Europe et aux Etats-Unis ».

Nos pensées vont aux victimes du génocide de Srebrenica, à leurs familles marquées à jamais et dont la souffrance est entretenue et intensifiée par le négationnisme. Nous rendons aussi un hommage particulier aux militantEs serbes qui luttent pour la justice et la reconnaissance du génocide, dans des conditions particulièrement difficiles. C'est le cas notamment des "Femmes en noir", une association pacifiste dont la branche serbe fut créée au début des guerres de Yougoslavie et qui organise des rassemblements commémoratifs. C'est le cas aussi de l’association de jeunes "Youth Initiative for Human Rights" (YIHR) qui a mené dès 2005 une première campagne de sensibilisation en occupant la moitié des panneaux d’affichage de Belgrade. On y voyait s’étaler des photographies des victimes de Srebrenica accompagnées des mots : « Pour voir, pour savoir, pour se souvenir. »

Pour faire face au négationnisme et à ses conséquences mortifères, les familles de Srebrenica, les Bosniaques, les combattants contre le négationnisme en Serbie, ont  plus que jamais besoin de la solidarité de l'opinion internationale, afin de bâtir un autre futur.




dimanche 28 avril 2019

Synagogue de San Diego: attaque meurtrière d'un antisémite et islamophobe.

San Diego six mois après Pittsburgh
Nouvelle tuerie antisémite par un suprémaciste blanc (voir la définition de ce terme à la fin de l'article)
John Earnes, 19 ans, a attaqué une synagogue le jour de la fin de la Pâques juive/Pessah, qui était aussi un Shabbat.
Nos pensées pour les victimes. La femme tuée, Lori Gilbert-Kaye,
s’est semble-t-il portée en protection du rabbin de la synagogue, attaquée six mois jour pour jour ( 27 octobre- 27 avril) après celle de Pittsburgh.
 
Le terroriste souverainiste antisémite et islamophobe de San Diego, dans son "manifeste" publié juste avant la tuerie, stigmatise les Juifs pour  leur place dans les médias,  les banques  et Hollywood. Mais aussi "pour leur rôle dans le féminisme qui a asservi les femmes au péché"
Le tueur de Pittsburgh qui l'a inspiré,
Robert Bowers, blâmait les Juifs car ceux-ci étaient selon lui, coupables de favoriser les migrants "afin de détruire l'Amérique". C'est la reprise des accusations les plus traditionnelles de la haine antisémite
Earnest revendique également un incendie volontaire contre une mosquée de Californie, une semaine après les attaques de Christchurch et se déclare également inspiré par leur auteur Brenton Tarrent. 
D'après les médias locaux et la police, il avait annoncé publiquement sur internet son intention de tuer des juifs. "Nous avons des copies de ses publications sur les réseaux sociaux et de sa lettre ouverte, et nous les examinerons pour déterminer leur authenticité et savoir ce que cela apporte à l'enquête", a déclaré le chef de la police.
Ce drame qui survient dans la suite des tueries de Christchurch et du Sri-Lanka montre à nouveau l'urgence de lutter contre les chevaliers de la haine qui tuent au nom au nom de prétendues "guerres de civilisation". Juifs, musulmans, chrétiens, Noirs, femmes leurs victimes sont diverses et multiples. 
Sous Donald Trump, le racisme violent et le suprémacisme blanc prospèrent. Il a plusieurs fois manifesté sa complaisance à l'égard de ces groupes qui ont soutenu son élection  comme à l'occasion de la tuerie de Charlottesville en  août 2017. Ses slogans America First et Make America Great Again sont issus de cette tradition extrémiste, comme ses campagnes violentes contres les migrants.

Le mois d'avril qui se termine si tragiquement à San Diego est celui de la commémoration des grands crimes de masse du 20e siècle: génocide des Tutsi du Rwanda, génocide des Arméniens, génocide des Juifs d'Europe. Ces drames terribles montrent à quoi conduisent les idéologies de haine et leur mémoire nourrit nos combats quotidiens contre le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie et toutes les formes de discrimination.

Le suprémacisme blanc est une idéologie raciste, fondée sur l'idée de la supériorité de ceux parmi les humains dont la peau est blanche. Pour ses tenants, tous les moyens, y compris les plus violents, sont autorisés et recommandés afin de sauvegarder cette supériorité.
 

Memorial 98

lundi 23 avril 2018

"Nouvel antisémitisme" : la supercherie d’un appel.


                       Latifa Ibn Ziaten et Samuel Sandler

La parution d’un appel contre l’antisémitisme est à priori une bonne nouvelle.
Nous ne serons jamais de trop pour lutter contre l’antisémitisme et tous les racismes.

En effet, nous ne sommes pas de ceux qui, au sein même de la gauche, tergiversent ou minimisent la gravité des actes antisémites ou qui cherchent à les excuser au nom de la situation au Moyen-Orient.
L'horreur des actes et crimes antisémites nous révolte et nourrit notre combat.

Nous rejetons tous les antisémitismes, anciens ou prétendument nouveaux, quelle que soit leur justification, car ils représentent tous la continuité de la persécution des Juifs. 
Nous prenons au sérieux la gravité de la situation ici et dans toute l'Europe au moment ou l'antisémitisme fait un retour fracassant dans le sillage de la droite radicale antisémite au pouvoir en Pologne, en Hongrie et en Autriche, et  qui menace en Allemagne
Nous sommes sensibles à la peine et à l'inquiétude de ceux et celles qui subissent les manifestations de l'antisémitisme et nous mobilisons pour les soutenir, comme récemment lors de la marche en mémoire de Mme Knoll


C'est au nom même de cet engagement résolu contre tous les actes et discours antisémites, quelle que soit leur origine ou leur prétexte, que nous condamnons le contenu de l'appel Val-Sarkozy-Wauquiez-Ferry-Valls.  

La présence d’islamophobes et de racistes parmi les signataires semblait indiquer d’emblée qu’il s’agissait d’une initiative douteuse. 
Le texte publié dans Le Parisien par Philippe Val (reproduit intégralement ci-dessous) a une toute autre fonction que son objet proclamé, comme en atteste son argumentation particulièrement sensationnaliste et perverse.

Il s’agit surtout pour ses promoteurs de stigmatiser et désigner la population musulmane comme principale, voire seule coupable de l’antisémitisme dans ce pays et au passage de dénoncer la gauche, les médias et les « élites ».
Cela se fait  par un message véritablement « populiste » qui triture le langage et lance des accusations vagues et dangereuses.
Le recours à la notion d’« épuration ethnique » dont seraient victimes les Juifs de ce pays de la part des musulmans, donne la mesure d’une volonté d’opposer des populations par la référence à de situations dramatiques de guerre et de persécutions.
On notera que les musulmans Rohingya sont actuellement victimes d’une réelle épuration ethnique de la part de l’armée et du pouvoir de Birmanie. Des centaines de milliers de personnes ont du fuir leur villages et leurs maisons sous la menace.   

La phrase introductive du texte donne le ton : « Pourtant, la dénonciation de l’islamophobie - qui n’est pas le racisme anti-Arabe à combattre - dissimule les chiffres du ministère de l’Intérieur : les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. »  

Il s’agit donc à nouveau de nier l’existence de l’islamophobie dans la société française en manipulant une concurrence des victimes d’actes racistes et en les opposant, alors qu'il faut au contraire tisser des liens entre elles. 
Plusieurs des signataires de l’appel mènent depuis des années un combat acharné contre la notion d’islamophobie et ont ainsi trouvé le moyen de poursuivre cette croisade.
Puis il est question d’un prétendu silence des médias à propos de l’antisémitisme. Ce silence est attribué à des « élites », dont ne feraient donc pas partie les signataires ? Ces élites nieraient le danger islamiste ou l’excuseraient. 
On reconnaît la patte de Manuel Valls qui, déclarait après les attentats de janvier 2015 « « Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser » avant de devoir retirer ce propos provocateur.

A qui s’adresse l’accusation suivante, contresignée notamment par trois anciens premiers ministres ( Raffarin, Valls, Cazeneuve) et un ancien président de la République, Sarkozy ?   «  …Parce que la bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif… ». Qui est ainsi désigné et accusé ?
 
On notera que concernant Sarkozy, il a pour sa part toujours été cherché les voix  du FN ,tenant du « vieil antisémitisme »  . Il était conseillé en cela par son mentor Patrick Buisson, adepte des thèses de Charles Maurras, dont le centenaire de la naissance rappelle qu’il fut le grand porteur de l’antisémitisme dans la société française.  

La preuve la plus évidente de la perversité des intentions de cet « appel » est son thème de conclusion qui demande « que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par [le concile] Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime »
Ainsi donc, il suffirait que des «autorités théologiques » musulmanes condamnent l’antisémitisme et triturent le Coran. Mais qui peut penser une seconde que cela provoquerait le moindre effet sur des personnes « radicalisées » ?  Celles-ci rejettent au contraire les « autorités théologiques »  et toute interprétation qui ne justifie pas leurs actes .
Au passage les auteurs mentent effrontément en prétendant que les "incohérences de la Bible"  ont été "abolies". De quelles "incohérences" s'agit-il?  Qui a « aboli » quoi, et comment ? On se demande comment le grand rabbin Korsia peut cautionner de tels propos mensongers.

Au total, il s’agit donc d’une manipulation politique qui n’a que l'islamophobie à proposer comme solution en matière de lutte contre l'antisémitisme. Or il y a urgence en la matière, non seulement en France mais dans toute l'Europe.

C'est dans ce contexte que nous interpellons les pouvoirs publics: où sont donc les plans ambitieux, annoncés autrefois par les différents gouvernements dans ce domaine ? Quels nouveaux outils ont été mis à la disposition de celles et ceux qui souhaitent combattre le fléau de l'antisémitisme ? Où est l’effort d’éducation et de solidarité nécessaire ?
 
Depuis l'unique annulation d'un meeting de Dieudonné à Nantes en janvier 2014, accompagné par la promesse de Manuel Valls de faire fermer les principaux sites antisémites français, de réguler enfin l'expression de la haine sur les réseaux sociaux, qu'est ce qui a été fait concrètement ?  Le négationnisme en ligne se porte toujours aussi bien.


L’assassinat de Mme Mireille Knoll est ainsi survenu trois jours après la relaxe judiciaire d'Alain Soral, accusé d’incitation à la haine raciale pour avoir diffusé une nouvelle fois un montage antisémite.
 Les juges l'ont acquitté au prétexte que  "Le montage en cause, aussi contestable soit-il, ne constitue ainsi pas une provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence, contenant un appel ou une exhortation, même implicite, rejaillissant sur la totalité d'une communauté définie par l'appartenance à la religion juive". 
Les magistrats ont utilisé la jurisprudence de la Cour de cassation, qui estime depuis juin 2017 qu'une "incitation manifeste" ne suffit pas à caractériser le délit et qu'il faut désormais "pour entrer en voie de condamnation" que les propos relèvent d'un "appel" ou d'une "exhortation". 
Ainsi il faudrait maintenant un appel direct à la violence raciste pour que la justice agisse.
Devant l’adhésion que suscitent Dieudonné et Soral dans une partie de la jeunesse, comment ne pas s’interroger sur le rôle qu’ils peuvent jouer dans la radicalisation ultra-rapide de beaucoup de jeunes, qui épousent les thèses et la cause des intégristes de Daech en quelques mois, en quelques semaines ? 
Pour qu’une graine pousse à vitesse accélérée, il lui faut un terreau fertile; force est de constater que la culture pathologiquement antisémite, propagée par l’extrême-droite française depuis des années, constitue une part importante de ce terreau fatal. L'appel ne fait aucune référence à ces grands diffuseurs d'un antisémitisme violent.
L’appel de Philippe Val et de ses soutiens représente par son orientation de division et de haine, un mauvais coup porté au combat contre l’antisémitisme.  


Nous sommes plus que jamais déterminés à combattre tous les antisémites et tous les racistes, quelles que soient leurs justifications et leurs obédiences. Il n'y a aucune excuse ou justification dans ce domaine, pas plus que pour tout autre acte raciste.
 Nous rejetons également toute minimisation ou banalisation de la gravité des actes et propos antisémites. Les Juifs de France, qui représentent moins de 1 % de la population, sont, selon les statistiques officielles, la cible d’un tiers des actes haineux recensés dans le pays.

Notre soutien va vers toutes les initiatives de  terrain qui veulent construire une réelle solidarité contre l'antisémitisme et tous les racismes. Il en est par exemple ainsi du combat commun de Latifa Ibn Ziaten et Samuel Sandler, parents des victimes de Merah

MEMORIAL 98


   
Nous rappelons ici quelques récentes turpitudes des responsables politiques signataires, voire porte-parole de l’appel:

Laurent Wauquiez: une de ses premières mesures en tant que président de la région ARA a été de diminuer la subvention attribuée au Mémorial des enfants juifs d'Izieu. Face au scandale, il a du ensuite revenir en arrière; voir ici http://info-antiraciste.blogspot.fr/2015/04/enfants-juifs-dizieu-les-traces-de-la.html
Wauquiez veut mettre en cause le droit du sol, reprenant ainsi les thèses identitaires du Front national, intégrées dans la droite par l'intermédiaire du Club de l'Horloge. 

Manuel Valls, Elisabeth Badinter islamophobe revendiquée, Gilles Clavreul délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (Dilcra) au bilan catastrophique et leurs proches du « Printemps républicain » également soutiens de la manipulation de Sarkozy sur le burkini voir ici http://info-antiraciste.blogspot.fr/2016/01/vallsa-lattaque-contre-la-laicite.html

Sarkozy, dont l’activité politique a toujours reposé sur la récupération des thèmes du FN voir ici http://info-antiraciste.blogspot.fr/2016/08/sarkozy-est-lordonnateur-direct-des.html et ici http://info-antiraciste.blogspot.fr/2015/12/sarkozy-legitime-nouveau-le-front.html

Luc Ferry, soutien affiché de Poutine et Assad, tenant de la thèse négationniste d’un « génocide vendéen » voir ici http://info-antiraciste.blogspot.fr/2015/05/luc-ferry-evoque-le-genocide-vendeen-et.html

Memorial 98 


 Le texte de l’Appel «Cette terreur se répand »

« L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs, c’est l’affaire de tous. Les Français, dont on a mesuré la maturité démocratique après chaque attentat islamiste, vivent un paradoxe tragique. Leur pays est devenu le théâtre d’un antisémitisme meurtrier. Cette terreur se répand, provoquant à la fois la condamnation populaire et un silence médiatique que la récente marche blanche a contribué à rompre.
Lorsqu’un Premier ministre à la tribune de l’Assemblée nationale déclare, sous les applaudissements de tout le pays, que la France sans les Juifs, ce n’est plus la France, il ne s’agit pas d’une belle phrase consolatrice mais d’un avertissement solennel : notre histoire européenne, et singulièrement française, pour des raisons géographiques, religieuses, philosophiques, juridiques, est profondément liée à des cultures diverses parmi lesquelles la pensée juive est déterminante. Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés - et certains torturés - parce que Juifs, par des islamistes radicaux.

« Une épuration ethnique à bas bruit »

Pourtant, la dénonciation de l’islamophobie - qui n’est pas le racisme anti-Arabe à combattre - dissimule les chiffres du ministère de l’Intérieur : les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. 10 % des citoyens juifs d’Ile-de-France - c’est-à-dire environ 50 000 personnes - ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Clemenceau.
Pourquoi ce silence ? Parce que la radicalisation islamiste - et l’antisémitisme qu’il véhicule - est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale, alors que le même phénomène s’observe dans des sociétés aussi différentes que le Danemark, l’Afghanistan, le Mali ou l’Allemagne… Parce qu’au vieil antisémitisme de l’extrême droite, s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des Juifs en victimes de la société. Parce que la bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif.

« Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie »

Or à la marche blanche pour Mireille Knoll, il y avait des imams conscients que l’antisémitisme musulman est la plus grande menace qui pèse sur l’islam du XXIème siècle et sur le monde de paix et de liberté dans lequel ils ont choisi de vivre. Ils sont, pour la plupart, sous protection policière, ce qui en dit long sur la terreur que font régner les islamistes sur les musulmans de France.
En conséquence, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime.
Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie. Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France. »





samedi 19 novembre 2016

#ParisAgainstTrump, 19 novembre 2016

Une première manifestation contre Donald Trump a réuni des centaines de participantEs ce 19 novembre à Paris. Beaucoup de colère mais aussi de solidarité avec des pancartes et des slogans réaffirmant explicitement la nécessité de l'unité de toutes les luttes contre toutes les formes de racisme et d'antisémitisme, contre le sexisme , l'homophobie , la transphobie ou le validisme. Très peu d'organisations progressistes françaises étaient présentes, mais beaucoup d'antiracistes étaient quand même venus, d'où aussi des pancartes anti-FN et de bienvenue aux réfugiés.

Évidemment, l'extrême-droite antisémite et raciste avait choisi de venir jouer la provocation. Les plus connus d'entre eux, Vincent Lapierre et son équipe d’Égalité et Réconciliation, le site de Soral, ont été reconnus et éconduits fermement. Face à leur volonté manifeste de chercher les coups pour jouer les martyres, des slogans antifascistes et un cordon sanitaire a fini par les repousser. 
Ils n'étaient cependant pas seuls, puisque des militants d'un autre média d'extrême-droite, Independenza Web TW, ont également déambulé dans la manifestation. Ces incidents illustrent une nouvelle fois la nécessité d'une vigilance accrue dans les mobilisations: de nombreuses personnes ne savent pas qui sont les fascistes qui se présentent comme "journalistes indépendants", et c'est aussi aux organisateurs qu'incombe la responsabilité de protéger les gens contre l'extrême-droite, même si chacun doit être prudent de son côté et ne pas s'exprimer devant une caméra sans s'être renseigné avant sur l'identité des prétendus " journalistes". 


 













MEMORIAL 98

jeudi 25 août 2016

Sarkozy est l'ordonnateur direct des arrêtés anti-burkini





                                   A Nice, les policiers de Estrosi en action.







Plusieurs mises à jour à la suite de l'article dont une rappelle le rôle central de David Lisnard, maire de Cannes.

25 aout
C’est l’entrée en campagne de Sarkozy pour la primaire de la droite qui a déterminé la décision des maires de son parti de prendre des arrêtés dit « anti-burkini » et d’ouvrir ainsi un nouvel épisode de la stigmatisation des musulman.e.s de ce pays.

Nulle théorie du complot dans ce constat mais un examen de la chronologie des événements, des thèmes de campagne sarkozystes et du casting de ses responsables ( Hortefeux, Wauquiez, Ciotti) . 
On y ajoutera le mode de fonctionnement très centralisé des soutiens de Sarkozy, qui laisse fort peu de place aux initiatives locales  

Le 28 juillet, le maire LR de Cannes, David Lisnard,  relativement peu connu, prend le premier arrêté. C'est un proche de Ciotti.
Il est immédiatement suivi par le député-maire de Villeneuve-Loubet LR Lionnel Luca, qui se présente comme le représentant de la "garde de fer sarkozyste " adepte des références antisémites et nostalgique du fascisme roumain. 
Son arrêté reprend exactement les termes de celui de Cannes
Puis vient Estrosi, dont on sait qu'il est le petit télégraphiste habituel de Sarkozy, malgré quelques mises en scène de brouilles temporaires.

A cette période Sarkozy a  évidemment déjà fixé le cadre de sa campagne qui sera lancée par son interview à Valeurs actuelles le 11 aout.  
Son livre est bouclé, les ralliements de dirigeants LR sont en cours.

Peut-on penser un seul instant que les maires en question agissent alors de leur propre initiative ? C'est en coordination directe avec lui, voire à son initiative personnelle qu'ils publient leurs arrêtés identiques.
D'ailleurs, dans l’un des phrases clé de son interview au journal de la droite radicale, Sarkozy déclare à propos du FN :   

"Les Français ont vu que le FN avait atteint un plafond de verre aux dernières élections. Il nous faut les ramener vers nous en répondant à leurs attentes et en proposant des solutions concrètes." 

Sarkozy ne condamne donc pas la politique raciste du  FN sur le fond (il ne le fait jamais, comme le montre ce florilège)  mais lui reproche son inefficacité, laquelle contrasterait avec sa propre capacité à mettre en œuvre des politiques équivalentes. Dès lors, les arrêtés apparaissent comme un exemple de cette capacité


Sarkozy prolonge ainsi la ligne explicitée par son porte-parole l’ex-ministre Eric Woerth:
« Pour endiguer le FN, il faut montrer que la barrière est infranchissable en refusant toute alliance. A partir du moment où la digue est érigée, on peut aller très loin en s’approchant le plus possible de la frontière ».

Il s'agit  pour Sarkozy et LR  de capitaliser doublement, d'une part en légitimant les thèses racistes et islamophobes du FN afin de s'adresser à l'électorat de l'extrême-droite, tout en se proclamant les seul capables d'empêcher le désordre, notamment économique, que le FN apporterait selon eux.

Ou exprimé plus brutalement par Simonpieri (expert en la matière, maire de Marignane sous la bannière FN, intégré à l'UMP par Gaudin en 2004)  au lendemain du premier tour de la présidentielle de 2007 qui sert de référence à la Sarkozie :
«Beaucoup d'électeurs FN ont constaté que Nicolas Sarkozy disait les mêmes choses que Le Pen, mais que lui avait une chance de les mettre un jour en application. Ils ont donc voté utile. Parce qu'ils ont cessé de croire à l'accession de Le Pen au pouvoir» ( in Le Canard enchaîné du 25 Avril 2007

On retrouve donc le fond de commerce habituel de Sarkozy lors de ses campagnes de 2007 et 2012 et même dès 1998 (avant toute menace islamiste)  lorsqu’il approuve explicitement avec Balladur la thèse lepéniste de la  « préférence nationale »  mais cette fois-ci  pour 2017, il joue plus gros.

D’une part il doit affronter une primaire alors qu’il traîne des casseroles judiciaires et le souvenir de son échec. D’autre part Marine Le Pen et son parti sont en ordre de bataille.

Sarkozy cherche donc une transgression majeure inaugurant sa campagne, comme celle du Ministère de l'Identité Nationale en 2007.
 Il ne se satisfait pas de la remise en cause du droit du sol et du regroupement familial. Il lui faut un thème plus explosif et de plus susceptible de créer un écho au sein des courants de gauche sensibles à la propagande islamophobe. 
Là aussi le modèle de 2007 le hante, qui avait vu le ralliement de responsables du PS dont Eric Besson puis Bernard Kouchner. 

Il a déjà constaté en 2015 que Valls et Hollande avaient été disposés à reprendre son idée (commune avec le FN) de déchéance de nationalité.
Sait-il que cette fois-ci, à nouveau, Manuel Valls approuvera les arrêtés des maires de droite et que nombreux seront ceux  et celles qui à sa suite danseront au son de la musique raciste et islamophobe en pensant (ou feignant de penser) qu’on défend ainsi la laïcité, voir le droit des femmes ? 
Devine-t-il que Valls ira jusqu'à blâmer en direct Najat Vallaud-Belkacem afin d'imposer à gauche la ligne ignoble de Sarkozy, comme dans le cas de la déchéance de nationalité?
La ministre de l’Éducation nationale a fort modérément affirmé que "la prolifération des arrêtés" n'était "pas la bienvenue" et a ajouté "Jusqu’où va-t-on pour vérifier qu’une tenue est conforme aux bonnes mœurs ?" puis a évoqué une "dérive politique dangereuse pour la cohésion nationale" qui "libère la parole raciste". 
Valls la désavoue en direct et réaffirme son soutien aux mesures des maires LR parrainées et initiés par Sarkozy .
Notons que la ministre de la Santé, Marisol Touraine, s'oppose aussi aux arrêtés anti-burkini et à la stigmatisation du voile.

Dès lors, quoi de plus facile et de plus pervers pour Sartkozy que de s’attaquer aux femmes musulmanes, accusées de "faire allégeance au terrorisme" ? Qu’importe que le burkini et la présence à la plage soient honnis par les fondamentalistes islamistes? Qu’importe  que cette polémique génère une fracture chez de nombreux musulmans et puisse alimenter le discours djihadiste, comme l’explique le spécialiste David Thomson ? 

Sarkozy fait donc lancer par les maires LR la vague de l’attaque généralisée.
Dès sa première émission de télévision en tant que candidat, le 24 août il redouble ses coups et esquisse une interdiction généralisée du voile à l’Université, dans les entreprises, et sans doute demain dans la rue.

Sarkozy ne lâchera plus ce thème. 
Face à son offensive et à ses dangers, il ne doit plus être question de recul ou d’accommodement. C’est l’avenir du vivre-ensemble et même de la démocratie qui sont en jeu.

PS : Memorial 98, qui combat résolument la politique xénophobe de Sarkozy, avait en 2007 défendu ce dernier contre les attaques pétainistes de Jean-Marie Le Pen. Celui mettait en cause les " 3 grands-parents étrangers" de Sarkozy. Nous avions alors révélé qu’il s’agissait d’une référence directe au statut des Juifs de 1940. Au même moment Sarkozy faisait récolter par Nadine Morano des signatures d’élus en faveur du même Le Pen.   

  MISES A JOUR
 
 
17 Novembre 2021
David Lisnard élu président de l'Association des Maires de France: c'est lui qui a lancé la grande manipulation raciste du burkini sur ordre de Sarkozy qui débutait ainsi sa campagne pour la primaire de la droite
Un dossier de L'Obs  en rappelle le déroulement: 
"Mi-août 2016, Nicolas Sarkozy s’apprête à officialiser sa candidature à la primaire. Lui qui veut faire campagne sur l’identité française devine l’intérêt à exploiter l’affaire du burkini. Au cours du week-end, il félicite par téléphone David Lisnard et Lionnel Luca [les maires de Cannes et Villeneuve-Loubet, qui ont pris les premiers arrêtés anti-burkini]. Le fait savoir. […]

Dès le 16 août, trois de ses soutiens annoncent l’interdiction du burkini sur leurs plages : Michel Py à Leucate, Natacha Bouchart à Calais, Daniel Fasquelle au Touquet. […] Dans les Alpes-Maritimes, après les arrêtés pris isolément par les maires de Cannes, Mandelieu et Villeneuve-Loubet, un mouvement bien plus organisé se prépare.

Pression sur les maires

Un homme joue le rôle de détonateur : Xavier Beck, maire de Cap-d’Ail, commune de 5.000 habitants collée à Monaco. Beck est un protégé d’Eric Ciotti, lieutenant de Sarkozy et homme fort du département. […] Le 16 août, il envoie son texte anti-burkini à la préfecture. […] Dans la foulée, quatre communes voisines de Cap-d’Ail prennent le même arrêté : Saint-Jean-Cap-Ferrat, Villefranche-sur-Mer, Beaulieu-sur-Mer et Eze. […]

Le mouvement est lancé. Sur les maires du littoral qui n’ont pas pris d’arrêté, la pression est immense. […] Les édiles les plus réticents finissent par signer : Roquebrune, Théoule-sur-Mer, Saint-Laurent-du-Var.

"Je lisais que le burkini était interdit partout ailleurs et je me disais : ces femmes vont toutes venir chez moi", se souvient Joseph Ségura, maire de Saint-Laurent-du-Var.

A son tour, Christian Estrosi, le "vrai-faux maire" de Nice, signe un arrêté le 19 août. A contrecœur, tant il voit la main de son rival Ciotti derrière ce déferlement. Plus tard, il dira :

"C’est un non-sens d’avoir pris ces arrêtés."

Regrets similaires chez Stéphane Cherki, maire d’Eze : "J'ai peut-être fait une erreur."

Le mensonge se fissure

Dans les Alpes-Maritimes, une douzaine d’arrêtés sont pris en une semaine. Officiellement, pas un coup de fil, aucun mot d’ordre. Le maire de Menton, Jean-Claude Guibal, invoque des "fluides magnétiques" pour expliquer que tous aient senti la même urgence, au même moment, de signer le même arrêté, copié-collé de celui de Cannes.

Il nous faudra promettre l’anonymat pour que ce mensonge se fissure.

"Oui, les maires se sont parlé. On nous a réclamé un soutien moral, il fallait montrer notre solidarité", lâche un édile. "Bien sûr qu’il y a eu un donneur d’ordres", témoigne un autre élu. Pour les sarkozystes, l’objectif est atteint : à la télévision, dans la presse, dans les dîners, on ne parle que du burkini…"

MEMORIAL 98






 
Actualisation du 5 octobre 2016
Sarkozy poursuit son escalade et confirme qu'il était bien à la manœuvre sur le burkini:
Le candidat à la primaire a semblé confirmer ce 5 octobre l'information selon laquelle son entourage planchait sur un texte interdisant le voile dans la rue, à l'exclusion de tous les autres signes religieux.
Ses conseillers  travailleraient sur un texte législatif qui interdirait  le port du voile dans l'espace public, rapportent plusieurs médias.
 "Pas de voile, pas de burkini, pas d'horaires spéciaux dans les piscines, c'est l'égalité", a lancé Sarkozy ce 5 octobre sur Radio Classique. 
"Préparez-vous un projet pour interdire le voile?", lui a demandé le journaliste Guillaume Durand. "Exactement", a répliqué l'ancien président de la République. "Oui ou non?", l'a relancé le journaliste. "Oui", a insisté Nicolas Sarkozy.
Après avoir directement organisé la vague d'arrêtés anti-burkini (voir ci-dessous) Sarkozy lancerait donc une nouvelle offensive, confirmant ainsi le commentaire de Jean-Marie Le Pen qui lui adresse ses félicitations et considère que l'ancien président se " Jean Marise".

Les démentis diffusés par ses communicants, qui prétendent qu'il s'agissait uniquement de l'interdiction du burkini ou du voile intégral (déjà interdit par la loi) montrent que Sarkozy cherche en permanence à focaliser le débat sur ses provocations et manipulations islamophobes. 

MEMORIAL 98 


Actualisation du 6 septembre 2016
La vérité sur la manipulation de Sarkozy commence à se faire jour et confirme nôtre analyse, formulée ici dès le 25 aout. 

Selon l'hebdomadaire l'Express, un maire LR et juppéiste d’une ville du Sud-Est a livré le témoignage suivant  : « Nicolas Sarkozy a appelé lui-même certains maires pour qu’ils signent des arrêtés interdisant le burkini! Eric Ciotti [président du conseil général des Alpes-Maritimes, qui est l’un de ses porte-parole, NDLR] téléphonait et l’ancien chef de l’État passait derrière pour remettre un coup de pression.  »



Actualisation du 29 aout

Sarkozy veut changer la Constitution.

A nouveau Sarkozy poursuit le plan de provocation raciste qu'il a initié par la promulgation des arrêtés anti-burkini. 
Il réclame maintenant un changement de la Constitution en prétextant qu'on " ne peut pas laisser les maires seuls face à la situation".
Il veut ainsi imposer une loi d'interdiction du burkini, voire du voile.
L'incendiaire Sarkozy prétexte  du feu qu'il a allumé afin de poursuivre à jeter de l'huile sur les flammes.
Cette campagne et le climat créé sont  d'ores et déjà responsables du grave incident de Tremblay (93) au cours duquel un restaurateur a chassé des femmes musulmanes de son établissement.

Ceux et celles qui prêtent la main à l'entreprise sarkozyste, et au premier plan Manuel Valls, ou qui gardent le silence, prennent une lourde responsabilité. On favorise ainsi la diffusion des idées les plus toxiques. Le FN et Daech peuvent se frotter les mains. 

Memorial 98 


 

Actualisation du 26 aout 2016:

Le Conseil d’État a censuré et suspendu l'arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet, mais la droite et ses alliés FN, ainsi que Manuel Valls, persistent et escaladent.  

L’ordonnance du Conseil d’État précise fort bien que « l’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. »
C'est aussi un désaveu direct de Manuel Valls, soutien acharné de ces mesures discriminatoires, qui prétend parler au nom du gouvernement.
Malgré ce désaveu de la haute juridiction, Sarkozy, parrain de toute l’affaire, ne lâchera évidemment pas le plan diabolique qu'il a concocté avec les maires LR de sa garde rapprochée, dont Lionnel Luca de Villeneuve-Loubet  et Estrosi.  
Ces derniers ont d’ailleurs refusé d’annuler leurs arrêtés.
Les déclarations de Sarkozy  à la télévision et lors de son premier meeting à Châteaurenard démontrent à nouveau qu’il met en œuvre un plan soigneusement prémédité, puisqu’il a immédiatement réclamé une loi permettant d’interdire le burkini.
Dans son sillage, la plupart des ténors de droite (sauf Juppé) et le FN  ont appelé à modifier la loi actuelle.

La bataille va donc se poursuivre et même s’amplifier.