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lundi 17 avril 2017

Comment va la santé ? Récit d'accompagnements de réfugiés.






Des regards nostalgiques.

Selon leur pays d'origine, ils ont transité par le Mali, la Lybie, l'Algérie, l'Italie, en bus puis en bateau. Un voyage cauchemardesque, au péril de leur vie.
Ils, ce sont ceux que l'on nomme migrants. Ils fuient la guerre et la misère. Ils font peur, on les rejette. On oublie que ce sont des hommes, des femmes et des enfants. A la merci des passeurs, beaucoup se noient, ou finissent par arriver épuisés, encore porteurs de l’espoir  d'une vie meilleure.
Le gîte et le couvert dans un centre d'accueil parisien, pour quelques jours, en attendant de régulariser leur situation. Ces gens ont un peu d''argent et pas de papiers. Ils espèrent les obtenir dans le cadre du droit d'asile, malgré les obstacles accumulés par les pouvoirs publics. Le fonctionnement du centre n’est pas satisfaisant, comme le notent les associations , de nombreux réfugiés ne peuvent pas y accéder. 

Accompagnement pour des consultations médicales
Je les accompagne pour des consultations médicales. A mon arrivée dans le centre, un bonjour collectif à tous ces hommes assis les uns à côté des autres, tout juste réveillés.
Je m’adresse à celui que je vais conduire afin de soigner une rage de dents, des maux de gorge ou autres.
Une poignée de main, un sourire, nous échangeons nos prénoms. Simple et réconfortant pour ces personnes qui ont tout abandonné. Ils connaissent un peu d'anglais, un peu de français, parfois ni l'un ni l'autre. La communication s'établit pendant le trajet ou sur place.

Tony, Moussa, Bala, Abebe...

Tony est un  jeune camerounais de seize ans et demi.
Il est en attente d'un rendez-vous avec la préfecture pour obtenir les papiers nécessaires à son accueil dans un centre pour mineurs. Il lui faudra passer par l'épreuve de son âge osseux, alors que cet examen est contestable, car basé sur des statistiques non fiables. Il dit avoir travaillé une année en Lybie avant de rallier l'Italie et la France. Dégourdi, il a une bonne connaissance de notre langue et de la géographie internationale. Il se plaint d'avoir mal à la poitrine, le médecin du centre de santé diagnostique des maux d'estomac. Son rêve, faire des études, voyager pour connaitre d'autres pays.

Moussa, vingt neuf ans, vient du Soudan. Il a mal aux dents. En route pour les urgences dentaires de la Salpêtrière. Les dentistes y sont en grève, en raison de leurs conditions de travail. Pas de soins donc, une radio quand même, grâce à la bonne volonté de la dentiste qui nous a reçus. Des médicaments pour calmer la douleur. Il parle et comprend un peu le français. Nous communiquons par gestes, avec des rires. Il déchiffre tout ce qu'il voit écrit. Il veut rejoindre un ami à Marseille et trouver du travail. Il se tient à distance, le temps du trajet ou dans la salle d'attente, comme avant lui un autre du même pays. Parce que je suis une femme ? Une marque de respect ? Du respect plus qu'ils n'en reçoivent.  


Aujourd'hui, ils sont deux. Le plus âgé est Afghan, accablé, s'est épanoui en reconnaissant un compatriote qui venait en consultation dans le centre médical où nous attendions notre tour. Le plus jeune  est Érythréen et parle anglais. Il rêve d'aller voir un match de foot au Stade de France.

Beaucoup de tristesse, quand j'ai conduit Bala, seize ans, aux urgences de l'hôpital Bichat. Originaire de Guinée Conakry, il n'a pas de papiers. Il dort dans la rue.
Désemparé, fatigué, courbé sur sa chaise, capuche sur la tête. Après une longue attente, il a fallu insister pour qu'il soit reçu. Ses maux de ventre ne sont pas considérés comme urgents. Il devrait être aidé par une assistante sociale, étant donné son âge. J'en ai informé la personne qui me l'a confié ce jour-là, bénévole, pour l’association Utopia. Installée aux abords du centre, celle-ci prend en charge les personnes sans abri. Le matin, elle sert des boissons chaudes et des sandwichs à la longue file d'hommes qui attendent, abattus par leurs conditions de vie.

Ce matin, c'est un homme de quarante sept ans que j'accompagne au service de dermatologie de l'hôpital Necker. Il s'appelle Abebe. Le Soudan, la Lybie, l'Italie, l'Allemagne avant d'arriver en France, il y a vingt jours. L'hôpital est en grands travaux de rénovation. Un vrai labyrinthe avant d'arriver au bon endroit. ˝La dermato de la précarité˝ nous attend, c'est ainsi qu'elle s'est présentée. Il s’agit de sa première consultation dans cet espace qui vient d'ouvrir. Abebe ne parle pas français, à peine l'anglais. Nous apprenons quand même qu'il a quitté l'Éthiopie en 2015. Difficile d'en savoir plus.  Elle lui a demandé de se déshabiller. J'ai voulu sortir, elle a insisté pour que je reste. Le visage d'Abebe est couvert de boutons. Cela le démange. Nous lui expliquons, tant bien que mal, qu'on va lui faire une biopsie. Pas de diagnostic précis ni de traitement en attendant le résultat. Retour au centre. Je n'ai pas eu le temps de lui dire au-revoir, il est parti déjeuner. Un interprète lui expliquera les détails de cette consultation et ses suites.

Un simple contact suffit à comprendre leur désarroi. Ils ne sont  venus ˝voler le pain des Français˝. Ils voulaient une vie meilleure pour eux et pour leur famille au pays mais n'ont pas mesuré les obstacles. Ayant réussi à rester en vie, ils se heurtent à de nouveaux écueils : la langue, le climat,  le vide de l'attente. Aller où ? Faire quoi ? Il n'y a plus de places dans les centres d'hébergement de France. Les personnes accueillies restent plus longtemps que prévu dans le centre d'accueil et c'est l'engorgement. Ils assistent à la manière dont la police traite leurs semblables. Il y a eu des violences pour chasser ceux qui organisent des campements à proximité, qui voudraient trouver refuge dans ce centre.
Comme toutes les personnes de leur âge, ces jeunes gens échafaudent des rêves (ils ont entre seize ans et la trentaine parfois plus) : faire des études, rejoindre un ami, travailler, et pourquoi pas, aller voir un match de foot. La réalité est toute autre. Il fait froid, ils ont souvent des problèmes de santé, loin de leur famille, ils sont comme orphelins. Un grand vide, dans l'attente d'être envoyé vers une destination inconnue y compris un retour au pays. De quoi ont-ils rêvé ?

Un film humaniste 

Quelques temps, après l'avoir accompagné, j'ai croisé Tony, dans mon quartier. ˝Je me promène˝, me dit-il sur un ton découragé. Lui, si enthousiaste un mois auparavant, est désenchanté. ˝Difficile˝. Telle est la conclusion de chacun d'entre eux, après quelques jours d'un séjour qu'ils n'avaient sans doute pas imaginé comme cela.

A la radio, à la télévision, le FN ressasse les mêmes croyances à faire peur :  «  Ils sont mieux lotis que les Français. Ils profitent d'un logement et de soins gratuits… »

Autour de moi, quand je dis que participe à cet accompagnement, il y a souvent un grand silence.  Culpabilité ? Indifférence ? Le monde manquerait-il d'humanité ?

Celle-ci se trouve pourtant dans le film ˝ L'Autre côté de l'espoir˝, du réalisateur finlandais Aki Kaurismäki.  Il faut aller le voir, et visionner également le  film " Fuocammare

E.L 

MEMORIAL 98


P

dimanche 20 décembre 2015

Loi sécurité dans les transports : des pouvoirs dangereux conférés aux entreprises de transports

Obligation de présenter une pièce d'identité en cas de fraude, fouilles des bagages et palpation par les agents de sécurité SNCF et RATP, durcissement du délit de fraude d'habitude, accès aux données des organismes sociaux et administrations publiques par les transporteurs, enquêtes administratives sur les employés des transports... Ces quelques exemples des dispositions de la loi sur la sécurité dans les transports sont extrêmement graves pour les libertés et les droits des salariés et des précaires.

Cette nouvelle loi, proposée à l'origine par le député PS Gilles Savary, a été adoptée à l'unanimité en première lecture à l'Assemblée Nationale le 17 décembre 2015, sans grande publicité.
 Cela vaut le coup de se pencher sur les différentes mesures contenues dans cette loi.

Par où commencer ? Peut-être par la disposition la plus en lien avec l'instauration de l'état d'urgence et le climat sécuritaire et raciste qui va avec, l'enquête administrative sur les agents des entreprises de transports en commun. Les journaux la présentent comme le moyen pour la SNCF et la RATP (et exclusivement pour ces entreprises, en l'état actuel de la loi) de vérifier si leurs agents affectés à des missions sensibles ne font pas l'objet d'une fiche S. Mais la loi est formulée bien différemment : "Le recrutement ou l’affectation du personnel au sein de SNCF, de SNCF Mobilités, de SNCF Réseau ou de la Régie autonome des transports parisiens peut être précédé d’enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des intéressés n’est pas incompatible avec l’accomplissement de leur mission". Ce sont donc bien tous les salariés qui sont concernés, et c'est, de manière très large, le "comportement" des salariés qui est visé... 
Une mesure qui existe de manière systématique pour les salariés de la sécurité dans les aéroports, qui doivent être habilités par la préfecture, et donne le prétexte aux employeurs de licencier à bon compte certains salariés qui revendiquent un peu trop ou n'ont pas la bonne origine...
C'est évidemment à mettre en lien avec les politiques de recrutement nationalistes à la SNCF, que des travailleurs immigrés marocains combattent depuis des décennies ; ou avec le dévoiement de la notion de la laïcité à la RATP. On imagine donc sans peine comment sera utilisée cette disposition envers les salariés, pour refuser une embauche ou un changement de poste, ou pour licencier...
Tout comme l'application des mesures d'assignation à résidence ou de perquisitions duu très anti-démocratique état d'urgence touche des militants des luttes sociales, et a conduit à de nombreuses erreurs dramatiques dont les victimes en paieront les frais des années (soupçons des voisins ou collègues, traumatisme pour soi et ses proches, perte d'emploi, ...), ces dispositions auront des effets dévastateurs, à moins qu'en face, ne soit mené un réel travail pour informer, refuser les discriminations, soutenir ceux qui en seront victimes.

En même temps, de nouveaux pouvoirs seront donnés aux agents de sécurité des entreprises de transports, ainsi ils pourront être dispensés de porter l'uniforme, pourront constater par procès verbal le délit de vente à la sauvette, pourront procéder à une fouille visuelle des bagages, ainsi qu'à des palpations de sécurité. Ils pourront également non seulement faire descendre du véhicule les fraudeurs ou ceux qui refusent l'inspection des bagages ou la palpation, mais aussi leur en interdire l'accès. On imagine sans peine ce que l'application de telles dispositions peut donner concrètement à l'entrée d'une gare ou d'une station de bus d'une zone pauvre, rurale ou urbaine...
Les agents de police municipale sont ajoutés à la liste des personnes habilitées à constater les infractions et contraventions dans les transports.


En parallèle des dispositions renforçant les pouvoirs des agents de sécurité, pour les voyageurs, de nouvelles obligations et de nouveaux délits sont créés : alors qu'il n'existait jusqu'à maintenant aucune obligation en France de posséder une pièce d'identité (même si sa présentation est nécessaire pour un certain nombre de démarches), il devient obligatoire de présenter une pièce d'identité en cas de contrôle des titres de transports et d'absence de titre valable... Y compris pour les mineurs non accompagnés !
Le délit de fraude d'habitude est renforcé, puisque le délit est constitué à partir de 5 amendes non réglées dans l'année, au lieu de 10... Comme nous l'expliquions dans l'article Régionales 2015: Pécresse et la course à l'échalote raciste avec le FN autour de la gratuité des transports, la lutte contre la fraude est doublement coûteuse, par les dispositifs mis en place, et l'échec du recouvrement, puisque les fraudeurs sont très majoritairement pauvres. Peu importe, plutôt qu'une politique tarifaire permettant l'accès des précaires aux transports en commun, c'est encore une fois la solution sécuritaire qui est choisie. Les chargés de recouvrement pourront donc demander aux administrations publiques et aux organismes sociaux les noms, prénoms, date et lieu de naissance et adresse des fraudeurs, et les transmettre à l'autorité judiciaire en cas d'usurpation d'identité.

La seule disposition qui pourrait constituer une avancée, la lutte contre les violences faites aux femmes, fait doucement sourire : un rapport annuel sur le recensement  et les actions de prévention et de lutte contre les violences sexistes dans les transports, et l'inclusion dans la formation relative à la sécurité des biens et des personnes, de la prévention des agressions envers les femmes... Est-ce que cela inclura des actions envers les agressions de femmes voilées, cibles combinées du racisme et du sexisme ?

Encore une fois, au prétexte de "sécurité", des mesures portant atteinte aux droits des salariés et des usagers sont prises, donnant de nouveaux pouvoirs aux employeurs sur leurs salariés, instituant une société où des décisions sont prises en fonction du "comportement" et non plus de faits objectifs avérés, renforçant le contrôle et l'exclusion des précaires.
Mais ce que la loi veut instaurer peut être mis en échec dans la vraie vie, dans les dépôts, les gares et les stations par les actions de solidarité et les réponses collectives qui seront développées.

mardi 1 septembre 2015

Pour une grande mobilisation de soutien aux réfugiés, migrants et sans papiers.

Dans plusieurs pays d'Europe se déroulent d'importantes manifestations de soutien aux réfugiés et migrants.
 A Vienne en Autriche, le  lundi 31 août  20 000 personnes ont manifesté. 
En Allemagne, des centaines d’initiatives de soutien aux réfugiés se déroulent un peu partout dans le pays dont les manifestations dans les stades, à Dresde (place forte du mouvement xénophobe Pegida), dans les journaux, par des initiatives concrètes d'accueil. 
Sous la pression, Angela Merkel est amenée à faire des déclarations comme celle-ci: "Quelle honte que des réfugiés syriens fuyant la guerre et l'oppression soient accueillis chez nous par les cris racistes de braillards ivres". 
Les médias manifestent leur surprise face à cette mobilisation en Allemagne. Ils ont déjà oublié les grandes chaines humaines qui avaient mobilisé des centaines de milliers de personnes dans ce pays contre les crimes racistes des années 90.
 Ils méconnaissent le travail quotidien d’associations de défense des réfugiés comme Pro-Asyl. Ils ignorent que parmi les supporters des clubs de foot existe aussi une forte tradition anti-fasciste.

Malgré les politiques répressives des gouvernements et le matraquage médiatique sur la "submersion" par les réfugiés c'est dans toute l'Europe que des collectifs locaux, des associations mettent en œuvre des actions de solidarité pratique et modifient les rapports de force.  Dans un petit pays comme l'Islande (330000 habitants), le gouvernement a indiqué qu'il recevrait uniquement une "poignée" de réfugiés au titre des quotas, mais plus de 10000 personnes se sont déjà engagées à accueillir des réfugiés. 

Il faut maintenant que s'exprime ouvertement en France, dans toutes les villes, un large mouvement de soutien aux migrants, réfugiés, exilés, sans-papiers. 
Oui, toutes ces catégories et toutes ces dénominations car l'égalité ne se divise pas. On ne peut pas d'un côté, proclamer une ouverture aux réfugiés et d'autre part laisser dans la totale précarité des sans-papiers présents ici depuis des années.  
Il y a quelques semaines s'est exprimé le soutien aux exilés de La Chapelle à Paris et on a pu y constater une grande détermination et l'apparition d'une nouvelle génération de personnes mobilisées. Maintenant une autre situation nouvelle s'est créée à l'échelle de l'Europe et la mobilisation est donc d'un autre niveau. 
De très nombreuses personnes désirent manifester leur opposition au racisme et à la manière dont sont (mal)traités en France les migrants et réfugiés et exprimer leur solidarité envers ces derniers.

Une grande mobilisation est donc à l'ordre du jour dans tous le pays avec tous les groupes, collectifs, associations, organisations de soutiens et tous ceux et celles qui en ont assez de voir parader dans les médias le FN et Les Républicains, les Sarkozy, Estrosi et Bruno Le Maire,  ceux et celles qui veulent voir enfin les partis qui se réclament de la gauche mettre en œuvre une réelle politique d'ouverture et d'accueil. 
A Paris, à Calais, à la Courneuve , à Vintimille et dans toutes ces villes et bourgades où au quotidien on attend que s'affirme un rapport de forces. C'est dans la rue  que doit s'exprimer la participation au grand mouvement européen de solidarité. Le temps presse.




Ci-dessous quelques-unes des images venues d'Allemagne et qui se diffusent massivement " Les réfugiés sont les bienvenus" ainsi que l'appel du  journal allemand à très grande diffusion "Bild", qui s'est illustré dans le passé par des articles xénophobes. Il lance cette fois-ci une campagne "Wir Helfen" (nous aidons), de soutien aux réfugiés et reprend même le sigle "Refugees Welcome". Un témoignage supplémentaire de la situation dans ce pays.


MEMORIAL 98


lundi 11 mai 2015

Régionales 2015: Pécresse et la course à l'échalote raciste avec le FN autour de la gratuité des transports.

Actualisation 23 janvier 2016: Le Conseil régional Île-de-France présidé par Valérie Pécresse (Les Républicains) a voté jeudi 21 janvier la suppression de ses aides au transport pour les étrangers en situation irrégulière par souci de "justice et d'équité". Cette mesure, annoncée par Valérie Pécresse durant sa campagne, a été approuvée par le Front national et vivement dénoncée par l'opposition de gauche. La mesure a finalement été adoptée par 131 voix pour et 64 contre. "Je la supprime complètement, ils ne peuvent pas s'offrir une télévision, est-ce que c'est notre rôle de leur offrir une télévision ?", avait-elle lancé dans Le Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI du dimanche 10 janvier. Le Front national s'est félicité de la mesure. "Quelle fierté et quel plaisir de voir une des principales propositions du programme du FN" soumise au vote, s'est exclamé Aurélien Legrand, vice-président du groupe.

Retour en 2004: à l'époque, la gauche est élue sur des promesses sociales au Conseil Régional, dont la gratuité des transports pour les chômeurs et précaires, un vrai sujet de mobilisation dans ces années là.

Finalement la mesure réellement adoptée en 2007 sera beaucoup moins ambitieuse: ce seront seulement les personnes éligibles à la CMU complémentaires, et à l'Aide Médicale Etat qui seront concernées, et en 10 ans, la mesure ne sera étendue qu'une fois, pour certains précaires travaillant à temps très partiel.

Dès l'annonce de l'entrée en vigueur de la mesure, la droite s'était mobilisée contre: à l'époque son discours ne cible pas spécifiquement les étrangers. Il s'agit de dénoncer l'"assistanat", et l'encouragement à ne rien faire et à se balader toute la journée....Les tribuns de l'UMP promettent la ruine du Conseil Régional, avancent des coûts exorbitants....sans préciser que les publics attributaires de la mesure ne pouvaient pas se payer les transports avant et étaient donc contraints de frauder. Le problème, c'est qu'ils étaient également insolvables et que le coût des procédures de recouvrement entamées par la RATP n'y changeait rien. La mesure de justice sociale partielle est donc également une mesure de bonne administration des fonds publics. 

Mais dans les années suivantes, la Gratuité Transports en Ile de France devient également une cible de choix pour l'extrême-droite, au même titre que l'Aide Médicale d’État (AME). On cible les étrangers et les sans-papiers pour mieux discréditer une mesure utile qui n'aurait dû être qu'un début: en effet, le discours raciste sert aussi à endiguer toute mobilisation pour une vraie justice sociale dans l'accès aux transports en commun. La gratuité devrait être étendue très largement, et les tarifs des transports baissés de manière beaucoup plus vaste: contrairement aux idées reçues, le coût en serait assez modéré. Car la "lutte contre la fraude", obsession de la RATP coûte excessivement cher: les personnels qui y sont affectés, comme les dispositifs de barrières à l'entrée des stations, renouvelés en permanence, mais également les compagnies de recouvrement privées payées pour harceler les contrevenants sont d'un coût exorbitant. A l'heure où les dommages de la pollution sont ravageurs, faut-il rappeler que les véhicules polluants sont souvent de vieilles guimbardes que leurs usagers précaires ou salariés modestes ne prennent pas par plaisir, mais parce que les transports en commun sont chers, mais aussi très peu commodes pour les banlieusards: l'argent consacré à la "lutte contre la fraude" serait bien plus utile pour payer des salariés occupés à assurer un vrai service public sur des lignes mieux desservies et plus nombreuses. 

Mais l'UMP ( pardon, les Républicains ) et le FN feront tout pour que ces débats de société n'aient pas lieu: à sept mois des élections, Mme Pécresse ne trouve pas plus intéressant que de reprendre une nouvelle fois des marronniers de l'extrême-droite en proposant la fin de la réduction tarifaire pour les personnes allocataires de l'Aide Medicale Etat. Ceux-ci ne sont pas seulement les étrangers privés de titre de séjour, d'ailleurs, mais également toute une population très précarisée, notamment une partie des Sans Domicile Fixe qui ne peuvent réunir tous les documents nécessaires pour le bénéfice de la CMU. 

Naturellement, en cas de prise du pouvoir au Conseil régional, il est évident que la droite ne se contentera pas de supprimer les réductions tarifaires pour les allocataires de l'AME: ce qui sera raboté sera sans nul doute l'ensemble de la tarification sociale. Une belle régression en perspective, mais c'est aussi à cela que sert le discours raciste, désarmer toute réflexion et mobilisation pour les droits sociaux en dressant les gens les uns contre les autres. 

D'ailleurs, c'est en pleine paranoïa politique organisée après les attentats du 11 septembre 2001, qu'avait été incluse dans la Loi de Sécurité Quotidienne de lutte "contre le terrorisme", la mesure permettant de criminaliser les pauvres qui fraudaient et de les mettre en prison.


Memorial 98

lundi 4 mai 2015

Jeunes sans papiers : les mobilisations payent !

Les lycéens sont particulièrement mobilisés pour leurs camarades sans-papiers. 
C'est en général au moment où ils atteignent la majorité que la situation se gâte sérieusement pour les élèves étrangers, qui se retrouvent avec une obligation de quitter le territoire. Sans compter les problèmes d'hébergement, qui se posent pour les mineurs isolés (donc sans proches en France) et plus encore à leur majorité, les Conseils Généraux n'ayant alors plus d'obligation.

Rassemblement devant un lycée de Saint Etienne le 30 avril 2015
A Saint Etienne, trois jeunes Albanais ont lancé un recours en justice. En attendant, c'est grâce à la solidarité des autres lycéens, des enseignants et du personnel du lycée qu'ils sont hébergés et nourris. Un premier rassemblement a eu lieu le 30 avril à midi devant le lycée, d'autres devraient suivre.

En Ile de France, la mobilisation a permis, fin mars, la remise en liberté d'un jeune Algérien des Hauts de Seine, qui a passé 3 semaines au centre de rétention de Vincennes, mais pourra finalement passer son bac. Mais aussi, après des mois de mobilisations des associations et de centaines de lycéens, la régularisation de deux jeunes habitants de l'Essonne, eux aussi devenus sans papiers à leur majorité. Alors qu'ils étaient expulsables avant la fin de l'année 2014, la préfecture en a régularisé un rapidement, puis finalement le second, Massama, également fin mars 2015.

Des centaines de lycéens ont manifesté le 2/4 à Auch pour la régularisation de leurs camarades sans papiers. Rien à ajouter à leur banderole : L'éducation pour tous, non à l'expulsion
Photo de Yves Faucoup.
Manifestation de lycéens à Auch pour leurs camarades sans papiers - 2 avril 2015
En Mayenne, un rassemblement s'est tenu le 22 avril devant l'hôtel de police où une famille arménienne devait venir se faire signifier une assignation à résidence, dans le cadre d'une obligation de quitter le territoire.
Dans le Var (département qui fait plutôt parler de lui pour ses mairies FN et ses dénonciations racistes), trois lycées différents de Six Fours se sont mobilisés en janvier, après l'arrestation d'un camarade tunisien, envoyé en contre de rétention à Nîmes peu de temps après ses 18 ans.

La diversité géographique de ces mobilisations, dont ne nous donnons que quelques exemples, mais aussi les slogans de portée universaliste utilisés montrent qu'il s'agit d'un mouvement d'ampleur dans la jeunesse, qu'il y a des capacités de mobilisation et de solidarité, y compris sur la durée, bien loin des étiquettes d'indifférence et d'individualisme que l'on colle aux jeunes si facilement.

dimanche 21 décembre 2014

Les mobilisations poussent la maire de Paris à demander la régularisation de sans-papiers

La meilleure preuve que la lutte paie, loin du découragement et du sentiment d'impuissance : Anne Hidalgo n'est pas une "frondeuse", elle n'est pas à la gauche du PS, ni à la gauche de la gauche.

Si, aujourd'hui, elle demande à Cazeneuve une (petite) opération de régularisation, c'est parce qu'à Paris, les collectifs de sans-papiers et les personnes solidaires s'organisent et mettent la pression, sans se laisser intimider par le racisme ambiant, sans défaitisme. Cette initiative de sa part est également le résultat des mobilisations lycéennes pour leurs camarades. Et c'est un grand début, pas seulement pour les personnes concernées, mais parce que cela fait émerger une parole de gauche, une revendication de gauche, au milieu des revendications racistes et sécuritaires.

Au lieu de céder au découragement, et à l'amertume répétitive sur les "engagements non tenus", prenons en de la graine: les promesses n'engagent que ceux qui les font respecter, le changement, c'est maintenant, si on se mobilise pour que ce soit le cas. Et pas seulement pour la régularisation des sans-papiers, mais pour les droits que nous voulons gagner !

mercredi 5 novembre 2014

Se souvenir des migrants morts à Calais, parce que l'indifférence tue notre humanité

Nous reprenons ici la liste des victimes à Calais de la fermeture des frontières, dressée par le site Passeurs d'hospitalité, un site qui recense au quotidien ce que vivent les migrants à Calais, ce qui se joue derrière les annonces ministérielles et les règlementations.
Alors que le Ministre de l'Intérieur annonce l'ouverture d'un centre d'hébergement de jour, mais surtout des renforts policiers pour démanteler les filières de passeurs et expulser les sans-papiers, le site Passeurs d'hospitalité explique que les policiers sont loin d'être en sous-effectifs. Les CRS affectés à Calais étaient 80 en 2012, ils sont aujourd'hui 350 et attendent une centaine d'agents en renfort !


Ils sont morts, ici, à Calais, depuis un an, parce qu'ils voulaient passer une frontière. Ce n'est pas pour préserver leur humanité qu'il faut se souvenir d'eux
C'est pour préserver la nôtre, qui s'effrite un peu chaque jour, usée par nos indifférences.

Robiel Habton, 24 ans, venu d’Érythrée, mort le 9 octobre 2013 en essayant d’entrer dans le port à la nage.

Yemani Gebrenegous Eokbo, venu d’Érythrée, mort dans la nuit du 9 au 10 décembre 2013 d’une maladie cardiaque chronique, alors qu’il ne réussissait pas à obtenir à Calais le traitement dont il avait besoin.

Un exilé, 17 ans, venu d’Iran, mort dans la nuit du 30 au 31 janvier 2014, fauché sur l’autoroute, le chauffeur ne s’est pas arrêté.

Un exilé, 30 ans, venu d’Iran, mort dans la nuit du 2 au 3 février 2014, tué d’un coup de fusil.

Un exilé, une vingtaine d’années, venu d’Albanie, mort le 9 mars d’un coup de couteau sur un parking d’autoroute au sud de Calais.

Mesfin Germa, venu d’Éthiopie, mort le 12 mars 2014 fauché par un véhicule sur l’autoroute, le chauffeur ne s’est pas arrêté.

Senay Berhay, venu d’Éthiopie, retrouvé mort dans le canal le 14 mars 2014, il avait disparu et ses amis le cherchaient depuis plusieurs jours.

Un exilé, venu d’Éthiopie, mort le 15 mars 2014 écrasé sous le chargement du camion qui l’emmenait dans la mauvaise direction.

Mengs Mehdane, 16 ans, venu d’Érythrée, mort le 5 mai 2014 en sautant du camion qui l’emmenait dans la mauvaise direction.

Youssef Haroun, 18 ans, venu du Soudan, mort le 23 mai 2014 en essayant de se glisser sous un autocar sur un parking.

Ahmed Abdallah, 16 ans, venu du Soudan, mort le 23 juillet sur le sol britannique en tombant du bus sous lequel il était caché.

Un exilé, venu du Soudan, mort le 26 septembre 2014 noyé dans le canal lors d’une bagarre.

Sara, 16 ans, venue d’Éthiopie, morte dans la nuit du 20 au 21 octobre 2014 fauchée par une voiture sur l’autoroute.

Un exilé, venu du Soudan, mort le 22 octobre 2014 en sautant d’un pont sur un camion.

Afom, 26 ans, venu d’Érythrée, mort le 25 octobre 2014 après neuf jours de coma, il avait été renversé par une voiture quand il revenait du commissariat de Coquelles après une arrestation.


lundi 27 octobre 2014

Manifestation contre les centres fermés pour étrangers en Belgique

Ce blog d'info a déjà évoqué la présence de ministres d'extrême-droite fraîchement arrivés au pouvoir en Belgique.
Ce serait dommage et contre-productif de ne pas parler autant de toutes celles et ceux continuent à se mobiliser concrètement, malgré la peur que peut susciter cet évènement.


Trois cent personnes devant un centre de rétention pour dire NON au racisme d'Etat, c'est important dans ce contexte et c'est rassurant.
Une manifestation s'est en effet tenue le dimanche 26 octobre, devant le centre d'accueil pour réfugiés 127 bis de Steenokkerzeel pour exiger la fermeture des centres fermés et s'opposer aux déclarations récentes du Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration. Celui a annoncé son intention d'augmenter le nombre de places en centre de rétention pour sans-papiers, de 600 à 700; et de remettre en place le placement en rétention et donc l'expulsion des enfants.

samedi 25 octobre 2014

A Calais, des manifestants appellent à "stopper le front de la haine", lors de la visite de la présidente du FN

Le 24 octobre 2014, le Front National est présent à Calais, alors que dans les médias on parle des "violences inter-migrants" et qu'on annonce des renforts policiers pour la ville, justement après des manifestations organisées notamment par certains syndicats représentants les forces de police.

Marine Le Pen avait réuni une centaine de sympathisants et militants autour d'elle pour assurer la claque et impressionner les opposants ; mais malgré tous ses efforts, les médias mentionnent tous les slogans antiracistes " Halte à la haine", "Solidarité avec les migrants" ou "Pas besoin de haine pour résoudre nos problèmes" qui ont émaillé sa visite médiatique à Calais.

Ce n'est jamais simple d'oser crier et interpeller les responsables politiques en balade, mais c'est encore bien plus dur quand il s'agit de la présidente du FN entourée de ses gros bras.
Alors, on salue bien bas les courageux et les courageuses qui font vivre l'antiracisme dans le réel !

Lors de cette visite, Marine Le Pen a présenté les propositions du Front National sur le sujet : « Renforcer considérablement les critères du droit d'asile » et pour les réfugiés déboutés, « les renvoyer chez eux, même dans des pays en guerre »

jeudi 23 octobre 2014

New York, cartes de résident pour tous, y compris pour les sans papiers : un pas vers l'égalité ... sur un chemin qui n'est pas sans embûches


Après d'autres villes comme Los Angeles, San Francisco ou New Haven, la municipalité de New York, dirigée depuis peu par un maire démocrate, Bill de Blasio, a décidé d'instaurer une carte de résident pour tous en janvier 2015.

Une initiative prise dans un contexte où le discours sur l'immigration, même illégale, chez les hommes politiques ou dans la presse, est plus nuancé que bien souvent en Europe. On peut aux USA la présenter comme une force économique et sociale dynamique, comme un phénomène positif.
Lors d'un de ses premiers discours, le 10 février 2014, de Blasio a d'ailleurs déclaré : "à tous mes concitoyens New Yorkais qui sont sans papiers, je dis : New York City est votre ville, à vous aussi, et nous ne forcerons aucun des résidents de la ville à vivre dans la clandestinité"
["To all of my fellow New Yorkers who are undocumented, I say: New York City is your home, too, and we will not force any of our residents to live their lives in the shadows," de Blasio said during his first State of the City speech February 10.]

Cela signifie que cette carte sera accessible aux sans papiers, nombreux à vivre à New York. Mais aussi aux sans domicile fixe, ou aux ex-détenus qui ont du mal à faire aboutir leurs démarches pour une "identification card". 
Cette carte suscite également l'enthousiasme dans le mouvement LGBT, puisqu'il devrait être possible de déclarer le genre de son choix, une première pour une carte officielle.

Cette carte permettra les démarches dans les services municipaux, comme l'inscription à la bibliothèque, mais aussi l'ouverture d'un compte ou la signature d'un bail. Elle pourra également être présentée aux forces de l'ordre pour justifier de son identité, en cas de contrôle de la police municipale (qui a une grande partie des attributions de la police nationale en France ou en Belgique) mais aussi pour porter plainte.
Elle ne sera pas acceptée par les agences fédérales, ni pour acheter de l'alcool ou du tabac (les contrôles ne sont pas systématiques mais nettement plus fréquents qu'en France).

Des craintes, légitimes, ont été cependant soulevées par des associations, à commencer par la New York Civil Liberties Union. Elles pointent du doigt le risque que le fichier constitué par les dossiers de demande soient utilisés pour l'arrestation des immigrés sans titre de séjour, et proposent des mesures de sécurisation du fichier, à commencer par la notification aux premiers concernés quand une agence gouvernementale accède à leur dossier.
Les fichiers, qui pourrant contenir des informations médicales, sur la scolarité des enfants, des relevés bancaires, sont en effet accessibles aux forces de l'ordre, avec un mandat, ou par la police new yorkaise pour permettre des enquêtes sur la fraude... Cette dernière condition avait été mise par le Département de la Police New York (NYPD) pour accepter le projet. 

Pour éviter que cette carte ne soit demandée que par des sans papiers ou des précaires, ce qui pourrait avoir un effet stigmatisant ou facilitateur lors des contrôles, la mairie a annoncé le 19 septembre que la carte donnerait droit pendant un an à la gratuité dans de nombreux lieux culturels, dont plus de 30 musées.
Mais contrairement à ce qu'ont déclaré certains détracteurs, cette carte ne donne hélas pas le droit de vote, même pour les élections locales... Enfin, pas encore.

Rappelons qu'il n'existe pas aux Etats Unis de carte d'identité. Le document d'identité le plus courant est le permis de conduire, mais tout le monde ne l'a pas (à New York, la moitié des habitants de plus de 16 ans n'a pas de permis). Cette carte de résident qui sera délivrée par la mairie de New York pourra donc servir de justificatif aux habitants.


lundi 20 octobre 2014

Demandeurs d'asile : 83% de rejets et des actes désespérés comme l'immolation par le feu d'un réfugié Tchadien

Le 3 octobre 2014, un demandeur d'asile de nationalité tchadienne s'est immolé par le feu dans les locaux de la Cour Nationale du Droit d'asile à Montreuil (93). Sa demande avait étéé rejetée par l'OFPRA, et la CNDA est le dernier recours des réfugiés dont la demande est refusée. 
Adam est en vie, mais toujours hospitalisé.
Comme 83% des demandeurs d'asile, il n'a pas obtenu la carte de réfugié. 

Suite à cet incident, une organisation tchadienne en France a organisé une manifestation le 18 octobre, entre les locaux de la CNDA et ceux de l'OFPRA. Elle en a profité pour rappeler que sur 108 demandes émanant de réfugiés en 2013, 17 seulement ont été acceptées...


Hasard du calendrier, cet incident est survenu au moment où les reconduites à la frontière de ressortissants tchadiens deviennent plus fréquentes. Rappelons que le Tchad est loin d'être une démocratie modèle : l'ancien président Hissène Habrè est accusé de crimes contre l'humanité et a été arrêté en 2013 à Dakar, tandis que le président actuel, Idriss Déby, réprime les opposants (Les homicides, disparitions forcées, placements en détention illégale et arrestations arbitraires de détracteurs du gouvernement sont beaucoup trop fréquents au Tchad et doivent cesser, écrit Amnesty International dans un rapport rendu public jeudi 24 octobre 2013) et prépare un projet de loi homophobe prévoyant jusqu'à 20 ans de prison pour relations homosexuelles. 

Qu'ils demandent l'asile ou un autre type de titre de séjour, les étrangers sont confrontés à la dureté des réglementations, à la complexité des démarches administratives, au risque de reconduite à la frontière.
Mais sans doute également à une solidarité moindre de la population, qui il y a 20 ans manifestait en nombre aux côtés des sans papiers pour la régularisation.

Les gestes de désespoir ne sont donc pas isolés : le octobre à Rennes, un étranger venu renouveler son titre de séjour, mais dont le dossier s'avère incomplet, menace de s'immoler par le feu. Blessé à la jambe par un tir de la police, il est emmené à l'hôpital et a obtenu un récépissé en attendant l'examen de sa demande... et sa comparution le 24 octobre au tribunal.

dimanche 12 octobre 2014

Contre la traque des migrants en Europe !

Du 13 au 26 octobre 2014, tout juste un an après le drame de Lampedusa, différentes polices des États de l’Union Européenne procèderont à des contrôles massifs dans l’espace Schengen, jusqu'aux frontières extérieures.
Nous reproduisons ci-dessous en fin d'article la déclaration commune des organisations de défenses des droits de l'homme regroupées dans le collectif Frontexit.

Cette opération s'intitule "Mos maiorum", d'une expression latine signifiant "coutume des ancêtres", et  désigne dans l'antiquité romaine le mode de vie et le système des valeurs ancestrales, par opposition à un présent jugé décadent.

Selon le site allemand Heise, l'opération concernera principalement les transports : gares, autoroutes, aéroports... La note du Conseil de l'Europe sur la mission est reproduite en anglais sur le site Statewatch.

Les opérations de contrôle des migrants sont devenues courantes au sein de l'Union Européenne. Elles se déroulent environ tous les 6 mois, sous la houlette des Etats qui tiennent la présidence du Conseil Européen.
Les opérations précédentes se nomment Aerodromos (pilotée par la Grèce, elle a visé 39 aéroports européens et conduit à l'arrestation de 139 personnes), Perkunas (sous la présidence lituanienne, elle visait à établir les liens entre le passage des frontières externes de l'Europe et les "mouvements secondaires", entre pays membres de l'UE. Dans le cadre de cette opération 10 459 sans papiers ont été interpelés).
 
Comme le rappelle le communiqué ci-dessous, ce sont les restrictions de la libre circulation des personnes et la fermeture des frontières qui créent des situations de clandestinité et le recours à des voies d'entrée en Europe dangereuses et même meurtrières. Ce sont plus de 3000 migrants qui ont perdu la vie en cherchant à traverser la Méditerranée depuis janvier 2014, un triste record... Les frontières terrestres étant de plus en plus sécurisées (notamment celles avec la Turquie), les migrants n'ont plus d'autres choix que la voie maritime.

Malgré la montée des discours xénophobes et racistes, malgré les manifestations de groupes d'extrême-droite, malgré des politiques de répression des migrants et de ceux qui les soutiennent et défendent leurs droits, la solidarité existe. Quelques exemples.

Le 12 juillet 2014, à Calais, en période estivale, dix jours à peine après une expulsion policière violente d'un lieu occupé, l'arrestation et la dispersion des migrants à travers la France entière, la destruction des lieux de vie, la manifestation de solidarité avec les migrants organisée dans l'urgence , par des militantEs débordées avait réuni 450 personnes selon la presse.Voir un diaporama : http://www.humanite.fr/diaporamas/societe/solidarite-amenagement-dun-squat-pour-les-migrants-de-calais-547273
Le 7 septembre, la manifestation des fascistes de Sauvons Calais, qui s'était transformée en manifestation nationale de l'extrême-droite avec la participation de groupes activistes comme les ex des Jeunesses Nationalistes venus de toute la France aura réuni trois cent personnes au maximum.
En cette période, où l'on nous présente l'extrême-droite comme toute-puissante, et les réseaux progressistes en pleine déliquescence, où le pessimisme est parfois plus mortifère que les mauvaises nouvelles réelles, il n'est pas inutile de regarder le terrain, et ce que parviennent à construire, envers et contre tous les discours xénophobe, des collectifs locaux fondés sur la solidarité et l'universalisme.

Un marin français, Philippe Martinez, en concertation avec son équipage, a sauvé près de 2000 migrants en Méditerranée. Tout simplement en les recueillant lorsque son navire passe à proximité des embarcations de fortune que les migrants sont contraints d'utiliser...

Un prêtre retraité de Saint Etienne a ouvert depuis plusieurs années un centre paroissial afin d'héberger des sans papiers à la rue. Un arrêté municipal l'enjoint de procéder à « la fermeture au public de toute activité d’hébergement ». Assigné en justice, le prêtre a été relaxé le 10 septembre 2014... mais le parquet a immédiatement fait appel. 


Déclaration commune des organisations de défense de droits de l'homme en Europe, regroupées dans le collectif Frontex Exit (voir le site www.frontexit.org)
Opération « Mos Maiorum» : la traque aux migrants sans-papiers en Europe


10 octobre 2014

« Mos Maiorum» est un énième exemple de la guerre menée par l'UE contre un ennemi imaginaire.

Du 13 au 26 octobre 2014, les forces de police des États de l'Union Européenne (UE) procèderont à des contrôles massifs de personnes dans l'espace Schengen et aux frontières extérieures.

Une semaine après la commémoration du drame de Lampedusa d’octobre 2013, une « chasse aux migrants » nommée Mos Maiorum sera lancée, coordonnée par le ministère italien de l’Immigration avec le soutien de Frontex et d’Europol. Cette opération de grande envergure vise à intercepter et collecter des données personnelles sur les détenteurs de faux documents, les demandeurs d'asile déboutés et les passeurs.

Outre le fait grave que le Parlement européen ne semble pas avoir été averti de ce projet, le manque de clarté sur la base légale et la mise en œuvre de l’opération pose problème. Aucune information n’a été donnée sur les suites qui seront données à ces interpellations et si des opérations de retours conjoints seront prévues.

Une fois de plus, le séjour irrégulier est assimilé à un délit criminel, au mépris de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’UE (arrêt El Dridi qui condamne la pénalisation du séjour irrégulier). Une fois de plus, les demandeurs d'asile sont perçus comme de potentiels fraudeurs. Une fois de plus, la collecte de données personnelles sert une véritable chasse aux « sans-papiers ».

À travers de telles opérations, les institutions européennes nourrissent le fantasme d'une invasion criminelle en Europe. Adjuvant d'une politique discriminatoire, l’agence Frontex entrave les droits des migrants et des réfugiés comme l'a démontré le bilan de la campagne inter-associative Frontexit.

Alors que la société civile, l’ONU et le Conseil de l'Europe appellent à cesser l'hécatombe en facilitant l'accès au territoire européen, les annonces par la Commission de mesures énergiques pour mettre fin aux "drames de la migration" sont restées lettre morte. L'absence de mécanismes communs de sauvetage en mer et d'accueil des migrants et des réfugiés contraste avec cette frénésie sécuritaire.

Les réseaux mafieux et criminels n’existeraient pas si des voies d’entrées dites légales étaient accessibles pour les personnes migrantes et réfugiées.

Depuis le début de l’année 2014, plus de 3000 personnes ont trouvé la mort en Méditerranée. Le dialogue de sourds atteint son paroxysme.

La migration n'est pas un crime. Les migrants ne constituent pas une menace. Les réfugiés ont droit à une protection internationale. L'Europe doit cesser cette guerre meurtrière, dont Frontex est le symbole.