jeudi 31 août 2017

Kemi Seba: retour sur la scène française d'un imposteur néo-nazi.

Faut-il encore présenter Kemi Seba ?

Oui sans doute puisque certains médias n'ont pas jugé utile de le faire ces derniers jours, en évoquant son " action" contre le franc CFA qui lui a valu quelques jours d'emprisonnement, avant une relaxe. Dans le journal 20 minutes, par exemple,  Kemi Seba est ainsi décrit comme un "polémiste français" dans une courte dépêche qui ne dit absolument rien de la nature des "polémiques" en question. 

Le Monde a choisi une démarche un peu plus "équilibrée": publier le 22 août une très juste tribune pointant l'imposture  représentée par Seba et son courant et la manière dont il instrumentalise et récupère la lutte contre le franc CFA . Mais quelques jours plus tard, une seconde tribune est publiée , qui prend la défense de Seba et le présente en résumé comme un "symbole" de la jeunesse africaine.

Dans le même temps , sur les réseaux sociaux français, certains groupes se présentant comme "anti-racistes" reprennent la vieille rengaine développée dans les années 2000 : il faut soutenir Kemi Seba, ne pas se préoccuper de ce qu'il est et de ce qu'il fait réellement, puisqu'il incarnerait la résistance au néo-colonialisme, et que toute contestation de ses idées serait une soumission à l'ordre blanc et néo-colonial. 

Mais qui est Kemi Seba ? La réponse est simple, puisque lui-même l'a toujours revendiqué sans fards. Kemi Seba, contrairement à Dieudonné, n'a jamais cherché à ergoter sur ses opinions politiques: là où Dieudonné a cherché pendant des années à se présenter comme "antisioniste" et à nier les accusations d'antisémitisme, Kemi Seba inaugure sa carrière de néo-nazi médiatique en organisant un pogrom symbolique rue des Rosiers, qu'il présente d'emblée comme une chasse aux "sionistes", dans le contexte de l'assassinat antisémite d'Ilan Halimi par  Youssouf Fofana et ses complices.

D'emblée, chez lui, la soupe clinquante qu'il présente comme du "pan africanisme" ne présente guère d'importance: lui même lui en accorde si peu, qu'il passera du "kémitisme" dénonciateur des "blancs" et des "arabes" assorti de références à la gloire de l'ancienne Egypte à une conversion à l'islam et à un changement de nom, avant de revenir en arrière.

Le seul point dont il ne déviera jamais est l'alliance avec l'extrême-droite européenne: dès ses débuts,  il se mettra ainsi en scène avec des groupes néo-nazis , vantant les suprémacistes blancs comme les seuls alliés possibles, affirmant qu'après tout Hitler était mieux que Napoléon et que le nazisme eut l'avantage de "donner du travail aux Noirs enrôlés dans les armées pour le combattre".

Lorsqu'il créera le MDI ("mouvement des damnés de l'impérialisme"), il le fera avec des négationnistes assumés comme Serge Thion ou Ginette Skandrani. C'est aussi au sein de cette officine qu'un certain "Siddiq Seth" s'y affirmera comme l'animateur de la branche "pan-arabe". On le retrouvera quelques années plus tard , après un passage comme garde du corps aux côtés de Dieudonné, comme nervi de choc des milices pro-Assad en Europe notamment lors d'une attaque à Genève contre des opposants syriens.

Kemi Seba lui-même ne cache pas son allégeance à l'internationale de la haine, structurée autour du soutien à Poutine : le 27 avril dernier il déclarait ainsi sur Facebook : "On veut des alliés (bien que l'on ne les idéalise pas loin de là ) tels la Russie de Poutine, la Corée du Nord, Cuba, l'Iran, le Venezuela de Maduro (actuellement attaqué par la puissance ultra libérale américaine) ou l'Argentine révolutionnaire de Pedros Piscay. On veut des régimes pour qui le souverainisme est une OBSESSION." De la même manière, il présente la victoire de Donald Trump comme une bonne nouvelle pour plusieurs raisons: parce qu'il est homophobe et anti-mondialiste et qu'il a dégagé la candidate du "système" et de l'"oligarchie" mais aussi parce qu'il est raciste , et que le déchaînement de violence des suprémacistes blancs réveillera les noirs américains un peu trop mous à son goût.


Kemi Seba est donc un fasciste raciste assez classique, aussi clair et violent qu'un Serge Ayoub. La petite différence est qu'il a joué sur la dénonciation des "blancs" ou même des "leucodermes" , pour reprendre les termes de ses débuts. Avec une certaine intelligence, puisque cela a conforté d'autres racistes qui croyaient tenir en sa personne , un exemple du "racisme anti-blancs", tant dénoncé par l'extrême-droite. Souvent Seba a d'ailleurs été attaqué sur cette base, bien plus que sur celle de son antisémitisme bien réel. En effet, pour ce qui est du "racisme anti-blancs", ses complicités néo-nazies démontrent, si besoin était, à quel point il n'en était pas question.

Or l'antisémitisme n'est pas seulement un racisme "parmi d'autres", il structure aussi globalement des analyses du monde , où de toute façon, le racisme contre tous est forcément essentiel. Ainsi Kemi Seba ne s'est jamais privé d'exprimer sa violence aussi contre les racisés qui ne rejoignaient pas le camp fasciste, les présentant comme des "idiots utiles" du "complot sioniste", dont il voit aussi les effets dans les combats progressistes et antiracistes: il emploie par exemple le mot "macaque " sans complexes notamment en 2007 dans une conférence où il déclare "Je rêve de voir les Blancs, les Arabes et les Asiatiques s'organiser pour défendre leur identité propre. Nous combattons tous ces macaques qui trahissent leurs origines, de Stéphane Pocrain à Christiane Taubira en passant par Mouloud Aounit". Il a été l'auteur de charges violentes contre les luttes de l'immigration , une de ses obsessions puisqu'il y a quelques semaines encore, il illustrait une de ses diatribes contre l'extrême-gauche par une photo de manifestation de travailleurs sans-papiers .

Quant à la question des luttes contre le franc CFA qui se développent dans plusieurs pays et rallient effectivement de nombreuses catégories sociales, dans un contexte de luttes et de grèves importantes contre l'exploitation, elle ne peut être invoquée comme justification à la défense de Kemi Seba que par des anti-colonialistes de façade.

Leur traitement par une partie de la presse française en témoigne: que représente la dérisoire et symbolique action menée par Kemi Seba , brûler un billet de banque ? Pas grand-chose au regard des combats réels, menés par des anonymes qui n'ont pas ce privilège. et se voient associés à un fasciste notoire. Une des seules forces de Seba est en effet son travail de propagande et d'auto-promotion sur internet, ainsi que le soutien d'une partie  de l'extrême-droite européenne .

Une nouvelle fois, les mêmes mécanismes dus a minima à la paresse intellectuelle de certains médias généralistes comme à leur goût pour les "provocateurs" qui font vendre amène à lier des luttes légitimes et les pires imposteurs racistes, complices des dictatures les plus acharnées contre leurs populations. Cela a été le cas pour Dieudonné et les luttes palestiniennes, seule la complaisance la plus coupable avec l'extrême-droite pourra amener à ce que les choses se reproduisent.

MEMORIAL 98

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