mercredi 18 avril 2018

Révolte du ghetto de Varsovie: le nazisme défié.



Cette photo célèbre provient du rapport adressé par le général SS Stroop à Himmler  après l'écrasement de la révolte
Elle porte la mention " forcés hors de leurs caves" 


Le 19 avril, date du début du soulèvement du ghetto de Varsovie, symbolise l'extermination des Juifs d'Europe par les nazis

L’année 2018 marque le 75e anniversaire de la résistance et la révolte du ghetto et le 73e anniversaire de la libération des camps nazis.

En Pologne même, l’antisémitisme et le racisme sont fortement stimulés par le pouvoir de droite radicale du PiS. Celui-ci a franchi une nouvelle étape dans sa tentative visant à réécrire l’histoire du pays. 
Il a promulgué en février 2018 une loi sur la "mémoire". Sous prétexte de mise en cause du terme "camp de la mort polonais", le texte menace de prison quiconque évoque la collaboration de Polonais avec le nazisme, voire le massacre des Juifs de Jedwabne, perpétré par leurs voisins polonais. Les protestations se sont multipliées dans le monde entier mais à ce jour le pouvoir maintient l’arme révisionniste de cette loi. Ces dernières années, les menaces et intimidations contre les historiens de la Shoah ont été nombreuses. 

Cette escalade nationaliste est à l’origine d’une marche fasciste qui a lieu à Varsovie le 11 novembre 2017, dont le gouvernement s'est félicité.

A l’occasion de la fête de l’indépendance polonaise, des dizaines de milliers de personnes ont participé à une marche organisée par une structure nommée « Camp radical national » (ONR en polonais) Celle-ci se présente comme l’héritière d’une organisation fasciste du même nom des années (19)30. Cette dernière voulait alors « débarrasser la Pologne des ses Juifs », ouvrant ainsi la voie à la violence antisémite qui se déchaîna durant et après la guerre
Ils soutiennent que «l’arrivée de réfugiés syriens en Europe fait partie d’une conspiration menée par des financiers juifs, qui travaillent avec les communistes de l’Union européenne pour amener des musulmans en Europe et, avec, la charia et l’homosexualité."

Les fascistes polonais s’appuyaient sur les succès de leurs congénères.  En Allemagne avec la poussée électorale du parti AfD, anti-migrants, mais aussi largement imprégné d'antisémitisme et de négationnisme et en Autriche où le parti d'extrême-droite FpO a remporté une double victoire. Il s'agit de son score de 26% des suffrages, mais aussi de la reprise de ses thèmes racistes par le parti de droite conservateur avec lequel il va sans doute gouverner.
En Hongrie, en Italie, aux USA, l’extrême-droite nationaliste également à l’offensive, associe dans sa haine les Musulmans et les Juifs.


Un soulèvement préparé.
 
La révolte d'avril 1943 se produit dans les conditions terribles d'un ghetto déjà en partie vidé de ses habitants. En effet, depuis le 23  juillet 1942, jour après jour, 5.000 à 6.000 personnes sont emmenées par les nazis, du ghetto vers la "Umschlagplatz"  ou "place du transbordement" puis de là transférées vers le camp d'extermination de Treblinka. 

Cette déportation s’inscrit dans le cadre de la plus vaste "Aktion Reinhardt", organisée par les nazis en Pologne occupée; celle-ci inclut la construction des camps d'extermination de Belzec (mars 1942), Sobibor (mai 1942) et Treblinka (juillet 1942). 
Ce dernier camp joue un rôle particulier dans l'extermination des Juifs de Varsovie, 280 000 Juifs déportés de la capitale polonaise y seront assassinés. 
L'Aktion de Varsovie prend fin temporairement le 21 septembre 1942, le jour de la plus importante fête juive, Yom Kippour. Les nazis, dans leur rage antisémite, utilisaient souvent les dates des fêtes religieuses juives afin de procéder à des persécutions particulières ou marquer leur "connaissance" du judaïsme.

Après cette grande déportation, le ghetto de Varsovie est réduit à  un camp de travail où 36 000 Juifs survivent officiellement et où 20 à 25 000 clandestins se cachent. Son sursis tient d’une part à la pénurie de main-d’œuvre gratuite dont l'administration nazie veut disposer et d'autre part à la nécessité d’une pause afin de recenser et d’expédier vers le Reich les biens volés dans le ghetto.


Les débuts de la résistance dans le ghetto

Quelques jours après le début de la déportation de juillet, la résistance juive dans le ghetto s’était unifiée dans un « Bloc antifasciste » et doté d’une branche armée, l’Organisation juive de combat (OJC), fondée le 28 juillet 1942. 
Les premières opérations de l'OJC sont dirigées contre les responsables de la "police juive" et autres collaborateurs.
En janvier 1943, une Aktion visant à liquider le reste du Ghetto est interrompue par les nazis eux-mêmes au bout de 4 jours, face à la résistance et au fait que la population se cache dans un réseau souterrain creusé durant des mois.
Himmler ordonne alors la destruction du ghetto et de ses habitants. Au même moment le ghetto de Cracovie est liquidé en Mars 1943.
http://www.memorial98.org/2017/03/le-ghetto-de-cracovie-mars-1943.html
                                    Dans le ghetto, pendant la révolte

Le 19 avril 1943, correspondant à la fête juive de Pessah,  les unités SS chargées de liquider le ghetto sont repoussées par des  combattants. Ceux-ci ne disposent que de quelques revolvers et grenades. Quand le millier de soldats allemands pénètrent en force dans le ghetto, les résistants les attendent  barricadés dans leurs bunkers et leurs caves. Au nombre de 1000 environ, ils sont regroupés principalement dans l'Organisation des Combattants Juifs, (OJC) commandée par le jeune Mordehaï Anilewicz.

Le commandant allemand est relevé de ses fonctions, le général SS Jürgen Stroop lui succède. Il est lui-même est pris de court par la rébellion des "sous-hommes" comme les nazis qualifiaient les Juifs. Dès lors, les troupes nazies  vont incendier systématiquement les immeubles et propulser du gaz dans les souterrains pour en déloger les résistants. 
Ces derniers vont tenir pendant un mois, malgré leur très faible niveau d'armement et de nourriture. Plus de 2 000 SS, soutenus par de l‘artillerie et des blindés incendient maison après maison. Les Juifs sont asphyxiés, carbonisés, enterrés vivants dans les abris où ils sont retranchés. 
6.000 Juifs présents dans le ghetto trouvent la mort dans les combats ou se suicident. 7.000 sont fusillés sur place. Les autres sont déportés. Une poignée de miraculés échappe à la mort en s'enfuyant par les égouts.  

Le 16 mai 1943, Stroop fait dynamiter la grande synagogue du ghetto. Il câble à Himmler : « Il n’existe plus de quartier juif à Varsovie. ». 

 La rébellion se termine à la mi-mai.  Mordehaï Anilewicz, se suicide le 8 mai avec une partie de la direction de l'OJC, à l'âge de 24 ans.  Le 23 avril 1943, il avait écrit dans une dernière lettre :
«Les Allemands ont fui par deux fois du ghetto. L'une de nos compagnies a résisté 40 minutes et une autre s'est battue pendant plus de six heures... Nos pertes en vies humaines sont faibles et ceci est également une réussite...
Grâce à notre radio, nous avons entendu une merveilleuse émission relatant notre lutte. Le fait que l'on parle de nous hors du ghetto nous donne du courage.
Soyez en paix, mes amis de l'extérieur ! Peut-être serons-nous témoins d'un miracle et nous reverrons-nous un jour. J'en doute ! J'en doute fort !
Le rêve de ma vie s'est réalisé. L'auto-défense du ghetto est une réalité. La résistance juive armée et la vengeance se matérialisent. Je suis témoin du merveilleux combat des héros juifs...»

Quelques jours plus tard, le 12 mai, Szmuel Zygielbojm, représentant du mouvement ouvrier juif Bund dans le gouvernement polonais en exil à Londres, se suicide dans cette ville.
Il proteste ainsi contre l’inaction des gouvernements alliés, dûment avertis de la situation en Europe de l'Est et notamment en Pologne. Lui-même avait alerté publiquement sur l'extermination en cours.
Il laissa une lettre dont voici des extraits :
« Derrière les murs du ghetto se déroule à présent le dernier acte d’une tragédie sans précédent dans l’Histoire. La responsabilité du forfait consistant à exterminer la totalité de la population juive de Pologne retombe au premier chef sur les exécutants; mais, indirectement, elle rejaillit également sur l’humanité tout entière. Les nations et les gouvernements alliés n’ont entrepris jusqu’ici aucune action concrète pour arrêter le massacre. 
En acceptant d’assister passivement à l’extermination de millions d’êtres humains sans défense - les enfants, les femmes et les hommes martyrisés - ces pays sont devenus les complices des criminels.[...]. Mes camarades du ghetto de Varsovie ont succombé, l’arme au poing, dans un dernier élan héroïque. Il ne m’a pas été donné de mourir comme eux, ni avec eux. Mais ma vie leur appartient et j’appartiens à leur tombe commune. Par ma mort, je désire exprimer ma protestation la plus profonde contre la passivité avec laquelle le monde observe et permet l’extermination du peuple juif.

 Je suis conscient de la valeur infime d’une vie humaine, surtout au moment présent. Mais comme je n’ai pas réussi à le réaliser de mon vivant, peut-être ma mort pourra-t-elle contribuer à arracher à l’indifférence ceux qui peuvent et doivent agir pour sauver de l’extermination — ne fût-ce qu’en ce moment ultime — cette poignée de juifs polonais qui survivent encore. Ma vie appartient au peuple juif de Pologne et c’est pourquoi je lui en fais don… »

(Londres, mai 1943)

Nos pensées vont vers les victimes de cette extermination et vers ceux qui au cœur des ténèbres, s’opposèrent au nazisme par leurs actes héroïques. 



MEMORIAL 98






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