vendredi 20 juillet 2018

Netanyahou congratule les antisémites et aggrave les discriminations

Mise à jour du 31 aout 2018: 

Après Orban,Nétanyahou se prépare à accueillir en grande pompe le président philippin Dutertre, qui mène une politique d’assassinat d'usagers de drogues et qui bafoue quotidiennement les droits de l'homme dans son pays. 

 Ce démagogue avait revendiqué en 2016 sa proximité avec le nazisme en déclarant 
 « Hitler a exterminé trois millions de Juifs. Aujourd’hui, il y a trois millions de toxicomanes [aux Philippines]. Je serais heureux de les exterminer. Au moins, si l’Allemagne a eu Hitler, les Philippines m’auront, moi."
Face au scandale international, il avait du retirer son propos et s'excuser. Sa visite prévue au mémorial de la Shoah de Jérusalem ( Yad Vash'em) constitue une profanation et une une injure aux victimes du nazisme.  Sa venue provoque des protestations en Israël. Celles-ci vont certainement s'intensifier avec la dernière déclaration en date de Duterte justifiant le viol des femmes par leur beauté ( !) 

Memorial 98

Mise à jour du 8 aout 2018:
 Un débat spécial a eu lieu le 8 aout  au Parlement israélien à propos de la loi raciste "État-Nation", sur décision de l'opposition et comme le permettent les règles de la Knesset. Netanayahou a boycotté ce débat. Des militants du parti de centre-gauche Camp sioniste ont déployé et brandi la déclaration d'indépendance d'Israël de 1948  qui stipule que l’État assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ..."  en contradiction avec le texte récemment adopté  ( voir ci-dessous l’analyse de cette loi discriminatoire). Le combat se poursuit



Memorial 98
Mise à jour du 4 aout 2018: 

Immense manifestation de protestation contre la loi raciste. Des dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux Druzes, se sont rassemblés sur la place Rabin à Tel-Aviv.
 La revendication centrale était l'exigence d'égalité: en hébreu. "Shivion"  



Mise à jour du  28 juillet: mobilisations en série contre la loi raciste.

Après l'adoption précipitée de la dite « Loi de l’État-nation » qui bafoue notamment les droits de la minorité arabe, des protestations émergent dans différents secteurs: dans la population arabe druze particulièrement impliquée dans l'armée de métier et la police israéliennes et qui se sent renvoyée à un statut inférieur et dans de larges secteurs de la société civile. Du coup certains ministres membres de la coalition dont le ministre des Finances Kahlon reviennent sur leur soutien à ce texte. Un député arabe membre du parti travailliste, Zoheir Bahloul, vient de démissionner du parlement afin de protester. 
                                        Députés arabes déchirant le projet de loi

Ces derniers jours on assiste aussi à des mobilisations des LGBT victimes de discriminations dans l'accès à la GPA, légalisée pour les femmes souffrant de stérilité mais pas pour les gays en raison de l'opposition des religieux intégristes.. Soixante mille personnes ont manifesté dans ce cadre.
Cette accumulation de protestations n'en est sans doute qu'à son début ( voir ci-dessous l'analyse de la loi)

Memorial 98



Il accueille en grande pompe l’ultra-réactionnaire Viktor Orban le jour où il fait lui-même voter une loi qui officialise les discriminations contre la minorité arabe d’Israël.
Viktor Orban a été précédé le 10 juin à Jérusalem par le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, qui se trouve à la tête d’une coalition avec la formation d’extrême-droite Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ). Or malgré les déclarations lénifiantes de Kurz, le parti FPÖ est truffé d’antisémites qui ne se gênent pas pour agir. Un nouveau scandale vient d’ailleurs d’éclater à ce sujet : le gouvernement régional du Land de Basse-Autriche, qui entoure Vienne, veut établir des fichiers nominaux de Juifs autorisés à manger cacher. Idem pour le hallal. Cela provient de la volonté d’un ministre issu du Parti de la liberté (FPÖ, extrême droite) du Land de limiter considérablement les méthodes d’abattage religieuses.
Face au gouvernement antisémite du PiS polonais, Nétanyahou a fait preuve de la même complaisance.  Ainsi une loi « mémorielle »  adoptée par le Parlement à Varsovie fin janvier  a provoqué un scandale international. Le texte prévoyait jusqu’à trois ans de prison pour « l’attribution à la nation ou à l’Etat polonais, en dépit des faits, de crimes contre l’humanité » dans le contexte de la seconde guerre mondiale.
Ce délit a été finalement abandonné sous sa forme pénale, mais reste ouvert à des plaintes civiles issues des organisations nationalistes polonaises. Malgré cela,  Nétanyahou a accepté le 27 juin  une déclaration commune israélo-polonaise qui était marquée, selon le mémorial de la Shoah de Jérusalem, Yad Vashem, par « des erreurs graves et des tromperies ».  Elle représente les Polonais en héros ou en victimes, minimisant leur participation aux crimes contre les Juifs et renvoie dos à dos l’antisémitisme et un prétendu « anti-polonisme ». Le grand chercheur sur la Shoah, qui fait autorité en la matière, le Pr Yehouda Bauer, a vivement condamné cette déclaration qui représente selon lui une « trahison » des victimes de la Shoah en Pologne.
Georges Soros, un ennemi commun
Avant l’arrivée de M. Nétanyahou à Budapest  en juin 2017, Viktor Orban avait qualifié l’ancien dictateur hongrois Miklos Horthy  d’« homme d’Etat exceptionnel »
Celui qui a été « régent » dictatorial de la Hongrie de 1920 à 1944 a promulgué des lois anti-juives  dès 1920 et c’est sous sa surveillance que plus d’un demi-million de Juifs hongrois ont été déportés et exterminés à Auschwitz  en quelques mois en 1944. 
                                                Miklos Horthy et Hitler en 1938
Devant Nétanyahou, Orban avait assuré à l’époque que la Hongrie aurait une «  tolérance zéro envers l’antisémitisme ». Au même moment exactement, il  poursuivait une campagne d’affichage antisémite contre le milliardaire philanthrope George Soros, qui a consacré des fonds considérables depuis la chute du du Mur de Berlin en soutien aux sociétés civiles d’Europe orientale.
Viktor Orban a désigné ce dernier comme le suppôt caché de la cause des migrants, le bouc émissaire de sa politique nationaliste. Cela n’a nullement dérangé le premier ministre israélien. Bien au contraire : il partage l’aversion de son homologue, qui est aussi celle d’Etats autoritaires comme la Russie.
C’est en effet Orban qui a fait connaître vraiment la campagne contre Soros, reprise depuis par les  racistes du monde entier.
Cette  campagne mettait  en cause George Soros, philanthrope américain d’origine hongroise et juive, l’accusant de vouloir utiliser sa fortune et les ONG qu’il soutient pour « installer un million de migrants » en Hongrie et dans l’Union européenne. 
  
Soros est la cible de tous les fascistes, complotistes et antisémites à travers le monde, en raison de son appui matériel à des ONG de défense de la démocratie, de défense des migrants, des Roms et d’autres causes du même ordre.

Le pouvoir hongrois de Viktor Orban a été particulièrement violent à son égard, ainsi que l’indiquait le quotidien pro-gouvernemental hongrois « Magyar Idők », selon lequel George Soros serait à l’origine de tous les maux liés à l’Union européenne :  :«Il faut voir les choses en face : Le véritable président de la Commission européenne n'est autre que George Soros. Ce dernier a véritablement phagocyté l'Union européenne. Jean-Claude Juncker n’est qu’une marionnette de cette sombre figure qui tire les ficelles en coulisses. Les décisions prises par l’Union européenne et toutes les institutions doivent désormais plaire à ce vieillard infiniment malveillant, richissime et hargneux … »   
A l’initiative du gouvernement des affiches ont été collées un peu partout dans le pays avec la mention : « Ne laissez pas Soros rire et avoir le dernier mot »



                                       Les affiches anti-Soros

Certaines sont collées sur le sol des trams et des trains, pour que les passagers le piétinent. Les responsables du judaïsme hongrois constatent qu’il s’agit là d’une  campagne antisémite. Sur certaines photos on trouve des graffitis: « sale juif ». 
Andras Heisler,  président de la principale organisation juive de Hongrie, Mazsihisz, avait exigé le retrait immédiat  de ces affiches car « elles attisent l’antisémitisme ». A sa demande l’ambassadeur d’Israël, Yossi Amrani a publié dans un premier temps un communiqué validé par le ministère israélien des Affaires étrangères et  déclarant notamment  « . En ce moment, au-delà de la critique politique d’une certaine personne, la campagne évoque non seulement de tristes souvenirs mais aussi la haine et la peur. » la réponse d’Orban a été négative.
Contredisant la déclaration de l’ambassadeur Netanyahu a fait publier un nouveau communiqué annulant de fait  le texte: « Israël déplore toute expression d’antisémitisme dans un pays quel qu’il soit et soutient les communautés juives partout où elles confrontent la haine. C’était le seul but du communiqué publié par l’ambassadeur d’Israël en Hongrie. Ce texte n’était nullement destiné à délégitimer les critiques formulées à l’encontre de Georges Soros, qui continuellement sape le gouvernement démocratiquement élu d’Israël en finançant des organisations qui diffament l’état juif et cherchent à lui nier le droit de se défendre »
En effet Soros finance également des ONG de défense des droits de l’homme,  qui critiquent les conséquences de l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Il y a donc complaisance coupable de Netanayahu à l'égard d'Orban, alors que  ce dernier favorise les campagnes antisémites et compte dans son entourage de nombreux négationnistes, dans un pays qui a vu sa population juive exterminée en quelques mois en 1944
Netanayahu est un récidiviste : il avait déjà commis des déclarations mensongères atténuant la responsabilité des nazis dans la Shoah etla reportant sur le Mufti de Jérusalem.
    
Puis en février dernier, Nétanyahou a prétendu que M. Soros finançait les campagnes de protestation contre l’expulsion d’Israël  des réfugiés d’Erythrée et du Soudan vers des « pays tiers » africains. Le milliardaire est devenu l’incarnation du « complot immigrationniste » y compris au de la droite en Israël. 

En campagne pour sa réélection en vue des législatives du 8 avril 2018 ,  Orban a  redoublé le 15 mars  dernier ses propos à caractère antisémite et complotiste. C’était à l’occasion de la fête nationale, marquant le 170anniversaire de la révolution d’indépendance hongroise (1848).
Devant plusieurs dizaines de milliers de personnes, il a repris à son compte les théories du complot : « Ce n’est pas contre nos partis d’opposition anémiés que nous devons lutter, mais contre un réseau international structuré en empire, a-t-il affirmé. Contre des médias entretenus par des groupes étrangers et des oligarques de l’intérieur (…), contre le réseau des ONG financées par les spéculateurs internationaux, englobé et incarné dans la personne de George Soros. »
Selon lui, ce milliardaire juif américain d’origine hongroise organiserait ce que l’extrême droite appelle le « grand remplacement » des populations européennes, avec l’aide de la Commission européenne (dirigée par un membre du PPE, Jean-Claude Juncker). « Si nous laissons faire, sur les deux décennies à venir, des dizaines de millions de migrants prendront la route de l’Europe à partir de l’Afrique et du Proche-Orient. La partie occidentale de l’Europe regarde tout cela les bras croisés (…). Les jeunes d’Europe occidentale connaîtront le jour où ils se retrouveront en minorité dans leur propre pays. »
Hors de l’UE, Orban cite notamment comme « camarades de combat » les Etats-Unis, qui ont « élu un président hostile à l’immigration »
Le ton a des relents antisémites des années 1930 : « Nous avons affaire à un adversaire qui est différent de nous. Il n’agit pas ouvertement, mais caché, il n’est pas droit, mais tortueux, il n’est pas honnête, mais sournois, il n’est pas national, mais international, il ne croit pas dans le travail, mais spécule avec l’argent, il n’a pas de patrie parce qu’il croit que le monde entier est à lui (…). Nous avons fini par renvoyer chez eux le sultan et ses janissaires, l’empereur Habsbourg et ses fidèles, les soviets et leurs camarades, et maintenant nous allons en faire autant avec l’Oncle George et son réseau. S’il te plaît, retourne en Amérique et occupe-toi plutôt du bonheur des Américains. »

En France, c’est «  Valeurs Actuelles » qui a relayé cette campagne  le 9 mai dernier, au lendemain de l’anniversaire de la capitulation nazie, en titrant sur le « complot de Soros contre la France » 



c’est par une diatribe anti-Soros que Matteo Salvini s’est défendu le 12 juin à la télévision, en pleine crise née de son refus d’accueillir l’Aquarius dans les ports italiens «« Ils financent les ONG, c’est une réalité ! Soros rêve d’une Europe pleine d’immigrés » L’argument est un joker qu’il n’hésite pas à jouer chaque fois que ses détracteurs tentent de le prendre par les sentiments. Derrière SOS Méditerranée ou les autres ONG qui viennent au secours des migrants se cacherait en réalité George Soros.  

Une loi discriminatoire 
Nétanyahou  se place dans ce courant et vient encore de le prouver en faisant adopter une loi fondamentale dite « Loi de l’État-nation » qui bafoue les droits de la minorité arabe. Celle-ci  compte 20% de la population dans les frontières de 1967, en dehors même des territoires occupés. L’un des point les plus graves concerne le statut de la langue arabe, qui est dégradé vis à vis de l’hébreu. Elle n’est plus comme auparavant  langue d’État , au même titre que l’hébreu, mais se voit promettre un vague « statut spécial ». Cette nouvelle Loi fondamentale  favorise exclusivement  « le développement des communautés juives », considérées comme « valeur nationale ». Elle affirme que l’État « agira pour encourager et promouvoir leur établissement et leur consolidation ».
La formulation initiale de cet article prévoyait la possibilité d’établir des communautés uniquement réservées aux Juifs. Elle avait provoqué de vives critiques de la part du procureur général et de nombreux autres juristes s’émouvant de l’institutionnalisation de la discrimination contre les Arabes. Le président  de l’État  Réouven Rivlin, dans une démarche rare, avait même pris la plume pour alerter les députés en écrivant:
« Regardez la société israélienne et demandez-vous : au nom de la vision sioniste, sommes-nous prêts à soutenir la discrimination et l’exclusion d’hommes et de femmes sur la base de leur origine ethnique ? »
Le mot démocratie est absent de la Loi fondamentale. Mais c’est surtout l’inégalité entre citoyens qui est fustigée par ses critiques. Un seul député du Likoud, Benny Begin, fils de l’ancien premier ministre et dirigeant historique de la droite Menahem Begin a exprimé de vives réserves et s’est abstenu au moment du vote. « Un patriotisme qui n’est pas associé aux droits de l’homme dégénère en nationalisme », a-t-il averti.
La nouvelle loi adoptée rompt avec la déclaration d’indépendance d’Israël de 1948, sur « la fondation de l’État juif dans le pays d’Israël »,  et était bien plus ouverte dans ses formulations. Il y était notamment écrit ceci, au sujet de l’égalité des droits entre tous ses citoyens :
« L’État d’Israël sera ouvert à l’immigration des juifs de tous les pays où ils sont dispersés ; il développera le pays au bénéfice de tous ses habitants ; il sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix enseignés par les prophètes d’Israël ; il assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ; il garantira la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture ; il assurera la sauvegarde et l’inviolabilité des Lieux saints et des sanctuaires de toutes les religions et respectera les principes de la Charte des Nations unies. »

La loi n’a été adoptée au Parlement que par 62 voix contre 55 mais elle va entraîner des conséquences graves en renforçant les discriminations et le nationalisme le plus agressif. La coalition d'extrême-droite qui gouverne Israël porte une responsabilité historique dans cette dérive.

AH

MEMORIAL 98





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