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vendredi 30 octobre 2020

Etats-Unis: Biden défait Trump qui s'accroche au pouvoir

Mise à jour du 1er Novembre: les menaces de Trump et l'avertissement du pompier pyromane Mark Zuckerberg

Donald Trump a ajouté à la tension lors d’un meeting, samedi 31 octobre, en assurant que l’élection présidentielle ne serait pas décidée mardi. Il a averti ses fidèles qu’ils vont « attendre des semaines ». « Le 3 novembre va arriver et nous n’allons pas savoir [qui a gagné] et vous allez avoir du chaos dans notre pays », a-t-il dit. Il a également suggéré que « de très mauvaises choses » pourraient se produire pendant que les États comptent les bulletins de vote, les jours suivant le scrutin, laissant entendre, sans la moindre preuve, que ces opérations seraient propices à la fraude.

Ce climat a poussé, le 29 octobre, l’International Crisis Group (ICG), organisation spécialisée dans le règlement de conflits et violences, à publier pour la première fois depuis sa création une note concernant les États-Unis. Ils « sont confrontés à des risques de violences électorales sans précédent dans leur histoire moderne », estime le président de l’ICG, Robert Malley. Les États-Unis « donnent généralement des conseils aux pays du monde entier sur la façon d’éviter de tels conflits, de réduire la polarisation politique, d’approfondir le respect des institutions et de lutter contre les injustices raciales ou ethniques profondes. Ce serait le bon moment pour ce pays de s’appliquer à lui-même les leçons qu’il dispense si souvent aux autres. »

Quant au PDG de Facebook, lourdement impliqué dans les manipulations de 2016 en faveur de Trump avec Cambridge Analytica et contraint de supprimer les comptes des complotistes de QUanon, il prend cette fois-ci des précautions:  

"Je suis inquiet qu'il y ait un risque de troubles civils dans tout le pays, alors que notre nation est si divisée et que les résultats électoraux prendront potentiellement des jours ou des semaines à être finalisés".

Zuckerberg a rappelé une partie des garde-fous mis en place, comme l'interdiction de toutes les publicités sur des sujets de société ou de politique, sur ses plateformes aux États-Unis , à la fermeture des bureaux de vote, pour réduire les risques "de confusion ou d'abus" le temps qu'il faudra. 

Memorial 98

A la veille d'une élection cruciale pour les États-Unis et pour le monde entier, nous avons interrogé Nelcya Delanoë, ethno-historienne, spécialiste de l’histoire des Etats-Unis. Elle est professeure émérite à l’Université Paris 10 Nanterre, écrivaine, auteure de nombreuses traductions, dont la dernière s’intitule Crazy Brave, Paris, Globe éditions, 2020, en collaboration avec Joëlle Rostkowski  et de nombreux ouvrages, dont le dernier s’intitule D’une petite rafle provençale... Paris Le Seuil, 2013.

Memorial 98 

Voir également nos articles et dossiers ci-dessous.

 


 

Trump apparaît à la traîne dans les sondages, y compris dans les États décisifs qui basculent souvent; peut-il rattraper ce retard?

Les sondages donnent certes une avance importante au candidat Biden

Le poids actuel des états-membres (les USA sont un état fédéral)  reste décisif, et on n'en sait peut-être pas encore tout à fait assez.

Il faut 270 voix de grands électeurs pour être élu.

Dans la quasi-totalité des états sauf deux ( Nebraska et Maine) , tous les membres du Collège électoral doivent voter pour le candidat qui a remporté le vote populaire dans cet état et non pour le candidat de leur choix. 

Chaque sénateur et membre de la Chambre des Représentants peut, une fois le Congrès élu, contester un vote

Si Trump peut rattraper le vote populaire ? 

Il est derrière Biden, mais la marge est étroite dans certains états, en sa faveur ou en sa défaveur, selon les sondages

Le 24 octobre, la BBC créditait  Biden de 51% du vote populaire contre 43% à Trump, le lendemain, le site d’analyse électorale  FiveThirtyEight crédite Biden de 51,9% et Trump de 42,9% du vote populaire

Quant à IPSOS, son évaluation est de  50% pour Biden contre 40% pour Trump…

Selon les instituts de sondage, Biden aurait donc perdu 2 ou 3 points depuis le 10 octobre.

 Côté Grands Electeurs, le 23 octobre, la BBC crédite Biden de  279 voix et Trump de 125, mais Trump aurait plus de réserves que Biden

Les états clefs:

Biden aurait l’avantage dans le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin, emportés par Trump en 2016 par une marge de 1%

En 2016, Trump avait largement emporté l’Iowa, l’Ohio et le Texas, où sa marge serait cette fois-ci plus étroite.

Le site d’analyse politique FiveThirtyEight estime que Biden est "le préféré » des électeurs, et l’hebdomadaire britannique The Economist juge quant à lui qu’il est "très vraisemblable" qu’il battra  Trump.

Ceci dit, on est encore à quelques jours des élections, la situation est extrêmement volatile et les sondages risquent d’être affectés, dans des proportions qui restent floues, par la place de l’épidémie dans le pays, de ses conséquences sur l’économie et sur la vie des  électeurs et électrices

En dehors de toutes les causes habituellement évoquées quant à la fiabilité des sondages, l’incertitude risque de dominer jusqu’à la dernière minute en raison de cette pandémie multifactorielle

 

Le Président sortant laisse planer le doute sur la transmission du pouvoir s'il est battu. Il argue de fraudes éventuelles sur le vote par correspondance. Peut-il vraiment bloquer la passation des pouvoirs? Irait-il jusqu'à s'appuyer sur la mouvance d'extrême-droite qui le soutient et qui parade dans les rues ( Proud Boys, Bangaloos, QUanon et autres milices) ? Trump est-il prêt à lancer un mouvement de type fasciste? Peut-on parler d'une dynamique de guerre civile?    

La question est de savoir quelles seront la nature et l’importance de fraudes éventuelles  dans la réalité d’une part, et dans les imputations de Trump s’il perd, d’autre part

 Il ne sera en tout cas pas le seul à en décider 

La journée du vote sera sans doute chaotique, avec présence de personnes armées dans les lieux de vote et lors du dépouillement.

La marge entre lui et Biden sera décisive dans le déroulement du dépouillement et de la proclamation des résultats. 

Et des recomptages qui ne vont pas manquer...

S’il est battu, Trump a annoncé que ce résultat  ne pourrait être que « frauduleux », le « coup d’état électoral » réalisé en Floride contre le candidat démocrate Al Gore en 2000 restant un modèle possible.

Quant à Trump lui-même, il pourrait être « dépassé" sur sa droite et sur le terrain.

De la à parler de Guerre civile? Ce terme est très connoté aux États-Unis (référence à la Guerre de Sécession 1861-1865 ) et Trump, s’il est un businessman-tueur, ne semble pas avoir la carrure d'un chef de guerre.


La tension apparaît très forte dans une société étasunienne polarisée notamment sur le racisme, comme on a pu le vérifier après la mort de George Floyd .

Les grands mouvement sociaux de la période récente, Black Lives Matters et #Metoo, peuvent- ils contribuer à mobiliser des votant.e.s ?

Je ne lis pas dans le marc de café, mais le pays étant armé jusqu’aux dents, et s’étant surarmé depuis quelques mois (armes de guerre en particulier), il y a de la tuerie dans l’air, à coup sûr. 

Dans l’Ohio, depuis janvier, on compte 128 morts par arme à feu, juste des querelles et autres bagatelles…

La société par ailleurs souffre de bien des maux, dont la paupérisation et la précarisation, la pauvreté le chômage et la maladie sans couverture sociale, le racisme, la violence sur le lieu de travail et d’habitation (exécution immédiate au profit du propriétaire ou du patron).

 

Certes les électeurs et les électrices des mondes afro-américain, latino et amérindien sont très mobilisés et vont voter massivement, ainsi que les femmes. 

Mais les pauvres? Les chômeurs? Les sans logis? Les rejetés, les sous-prolétarisés et les ubérisés? 

Bref, l’appartenance sociale demeure pertinente et son poids méconnu.

 La participation: 

Sur  240 millions d’électeurs éligibles au vote, 85 millions voteraient dès avant le 3 novembre, et la participation finale serait de 62 %, la plus importante depuis 1908, (65,7% pour Willima Howard Taft.). Elle serait particulièrement élevée au Texas, cas très rare.

En 1996, la participation était de 51,7% et Bill Clinton fut donc élu par une minorité des électeurs, ce qui est loin d'être un cas unique.

Selon FiveThirtyeight, en date du dimanche 25 octobre, les élections au Congrès ( Sénat et Chambre des représentants) devraient, selon les sondages, donner 49,2% des voix aux Démocrates contre 42,2%  aux Républicains.

Toutefois, si Biden est élu mais que le Sénat demeure majoritairement républicain, le président démocrate risque d'être paralysé dans de nombreux domaines dont la mise en œuvre des principales nominations: juges à la Cour suprême, ambassadeurs, dirigeants des agences fédérales. Il s’agit également de l'exercice du pouvoir d'enquête ou du refus d'exercer celui-ci.  

 

La procédure de confirmation par le Sénat de la juge Barrett, nommée par Trump à la Cour suprême des USA, vient de se terminer sans surprise par un vote en sa faveur ;  quelles en seront les conséquences immédiates pour l'élection et à plus long terme, notamment pour le droit à l'IVG?

Après d’incroyables embrouilles et autres manips entre Républicains et Démocrates pour accélérer ou ralentir  la procédure, le Sénat  a confirmé la nomination de la Juge Barrett (seuls deux Républicains s’y sont opposés). 

La semaine prochaine, la Cour Suprême devait confirmer cette nomination.

Conséquences pour le jour même de l’élection: aucune

Conséquences pour le droit à l’IVG: sérieuses, mais via une procédure plutôt longue car il s’agit d’une décision de la Cour Suprême (Roe vs. Wade, 1973)

Cette dernière  peut être annulée par une autre décision de la Cour Suprême, annulée ou modifiée par une loi du Congrès, par des lois dans les états-membres. 

Le tout prendra du temps

Rappelons que depuis 2019, les délais imposés à la réalisation d’un avortement sont par ailleurs de plus en plus longs.

Plus inquiétant, le sort du Afordable Care Act, ACA, adopté du temps d’Obama ( aussi dénommé Obamacare) et dont la constitutionalité doit être discutée/annulée très bientôt après les élections par la Cour Suprême. C’est le rêve de Trump. 

  

Laissons la conclusion à William Banks, professeur de droit à l’université de Syracuse (New York)  qui estimait : « Sur une échelle de 1 à 10, je dirais que mon inquiétude [sur le bon déroulé de ce scrutin] est de 9. Il y a plusieurs scénarios plausibles qui pourraient faire dérailler cette élection. 

 

Propos recueillis par AH

 

Memorial 98


Voir les articles de Memorial 98 sur les USA et Trump:

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/10/trump-les-enfants-migrants-isoles.html  

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/04/les-afro-americains-durement-frappes.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2018/06/america-first-le-slogan-fasciste-de.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2016/11/13-novembre-hommage-rosa-parks-et-la.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2016/03/trump-bloque-chicago-bravo.html  ( campagne Trump 2016)

http://www.memorial98.org/2015/06/charleston-la-menace-terroriste-d-extreme-droite-grandit.html

http://www.memorial98.org/article-24466321.html ( Obama)

http://www.memorial98.org/article-25281598.html ( Lincoln et Marx)

http://info-antiraciste.blogspot.com/2017/08/charlottesville-chronique-dun-meurtre.html

https://info-antiraciste.blogspot.com/2018/10/terrorisme-antisemite-pittsburgh-le.html



 

 


lundi 11 mai 2015

Abolition de l'esclavage: il faut réparer vraiment les crimes commis.




                                        

L'héritage de l'esclavage poursuit son œuvre destructrice dans les DOM et aussi en métropole.
On trouve aux Antilles, à la Réunion, en Guyane, les taux de pauvreté parmi les plus hauts de France et  d’"Europe". Ainsi à la Guadeloupe, c'est 60 % des jeunes de moins de 25 ans qui sont au chômage, c'est pratiquement 30 à 33 % de la population active qui est au chômage, c'est un taux d'illettrisme qui dépasse 25 % de la population.

Une des racines de ces inégalités provient de la manière dont s'est déroulée l'abolition.
Des indemnisations ont  accordées en 1848  non pas aux esclaves mais à leurs propriétaires.
 En Haïti, le pays dut s'endetter de 1825 à 1946 afin de payer à la France l'équivalent de 21 milliards de Dollars en échange de l'indépendance et de la libération des esclaves.
Cette indemnisation des colons dans les DOM leur a permis d'asseoir leur domination économique et sociale, de créer des banques et de faire en sorte que l'économie coloniale soit préservée. C'est pourquoi Elie Domota, porte-parole du collectif LKP (contre l'exploitation outrancière), demande avec d'autres l'abrogation de ces textes de 1848 et 1849 qui ont indemnisé les colons, car ils ne sont pas conformes à la Constitution française.

Les enjeux de la mémoire et de la réparation sont cruciaux. Ainsi l’esclavage est reconnu comme un « crime contre l’humanité » depuis la loi Taubira de 2001  alors que la loi UMP du 23 février 2005 voulait valoriser notamment dans l'enseignement les "aspects positifs" de la colonisation. Elle fut finalement amendée sur ce point.

Les propos de François Hollande en Guadeloupe sont à ce titre doublement critiquables. D'une part il a tenté de clore le débat sur les réparations, en manipulant une phrase d'Aimé Césaire qui avait fort justement stigmatisé "  la nature irréparable du crime" de l’esclavage, comme si il s'agissait ainsi de la part de Césaire de rejeter la réparation. 
Au contraire, comme dans toute indemnisation d'un crime de masse, cette mesure de justice élémentaire ne clôt pas pas la réflexion sur les conséquences humaines et historiques de cet événement violent et  traumatique . D’autre par Hollande a cru bon établir un parallèle entre la traite négrière et les "passeurs " en Méditerranée aujourd'hui. C'est à la limite de l'abjection de comparer ainsi l'immense industrie meurtrière de l'esclavage réalisée au profit du travail forcé des colonies et les tentatives des migrants de fuir les situations de guerre (Syrie), de dictature (Érythrée, Soudan...) ou de pauvreté structurelle.

Ces débats vont rebondir avec la mise en cause directe de fortunes construites sur l'exploitation des esclaves.   
L'ancien président du MEDEF et patron  du groupe Wendel, Ernest-Antoine Seillière,  a été assigné en justice par le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) pour ses liens avec la traite négrière à la veille du 10 mai.
Le président du CRAN, Louis-Georges Tin, a annoncé le dépôt, jeudi 7 mai lors d’une conférence de presse à Bordeaux, auprès du tribunal de grande instance de Paris, d’une « assignation pour crime contre l’humanité et recel de crime contre l’humanité » contre Antoine-Ernest Seillière de Laborde, dont « la fortune est en bonne partie issue de la traite négrière », mais aussi « solidairement contre le fonds Wendel », pour « demander réparation » au nom des victimes de l’esclavage et de la traite négrière.
Le CRAN ayant « tenté en vain d’établir un dialogue avec le baron Seillière qui n’a pas abouti, a donc choisi la voie judiciaire », a expliqué son président. « Les descendants des esclavagistes ne sont pas coupables mais ils sont bénéficiaires et leur fortune est faite de biens mal acquis, a-t-il souligné. Et en refusant toute réparation, ils deviennent solidaires de fait du crime dont ils essaient de se démarquer en vain. »

L’an dernier, lors des commémorations du 10 mai 2014, le CRAN avait décidé d’interpeller de grandes institutions financières à propos de leurs liens historiques avec la traite négrière. Il avait cité comme exemple Demachy-Seillière, un fonds d’investissement fondé par la famille Seillière de Laborde, propriétaire au XVIIIsiècle « de trois plantations dans l’ancienne colonie française Saint Domingue, [devenue Haïti] et de vaisseaux négriers ayant déporté des esclaves, hommes, femmes et enfants, d’Afrique vers les Antilles », selon le CRAN. On suivra avec attention le sort de cette procédure.

La lutte contre l’esclavage a vu se dresser, contre les colons et leurs soutiens, contre les propagandistes de "l'infériorité des Noirs"  des personnalités remarquables.
 Au premier  plan figurent les esclaves révoltés dont le soulèvement fut réprimé dans le sang et la grande figure de Toussaint Louverture. Ce dernier, né en Haïti, mort en captivité en France en 1803, lui-même descendant d'esclaves noirs, eut un rôle de premier plan en tant que chef de la Révolution haïtienne (1791-1802). Il devint une des grandes figures des mouvements anticolonialiste, abolitionniste et d'émancipation des Noirs.
 Ce fut aussi le cas de Victor Schoelcher et Victor Hugo en France, de  Lincoln aux États-Unis dont nous avons cité l'échange de correspondance avec Karl Marx.

Ainsi, en 1860, Victor Hugo défend la cause abolitionniste et prend la défense de John Brown, un Blanc qui fut pendu dans le Sud des États-Unis le 2 décembre  1859 pour avoir encouragé la révolte des Noirs.
Trois mois plus tard Hugo écrit au président noir de la République d'Haïti, dans l'esprit religieux qui lui est propre, la lettre ci-dessous:

"Le 1 mars 1860
Vous êtes, monsieur, un noble échantillon de cette humanité noire si longtemps opprimée et méconnue.
D’un bout à l’autre de la terre, la même flamme est dans l’homme; et les noirs comme vous le prouvent. 
Y a-t-il eu plusieurs Adam ? Les naturalistes peuvent discuter la question ; mais ce qui est certain, c’est qu’il n’y a qu’un Dieu. Puisqu’il n’y a qu’un père, nous sommes frères. C’est pour cette vérité que John Brown est mort; c’est pour cette vérité que je lutte. 
Vous m’en remerciez, et je ne saurais vous dire combien vos belles paroles me touchent. Il n’y a sur la terre ni blancs ni noirs, il y a des esprits ; vous en êtes un. Devant Dieu, toutes les âmes sont blanches. J’aime votre pays, votre race, votre liberté, votre révolution, votre république. Votre île magnifique et douce plaît à cette heure aux âmes libres ; elle vient de donner un grand exemple ; elle a brisé le despotisme. Elle nous aidera à briser l’esclavage.
Car la servitude, sous toutes ses formes, disparaîtra.
 Ce que les États du Sud (des États-Unis Ndlr) viennent de tuer, ce n’est pas John Brown, c’est l’esclavage. Dès aujourd’hui, l’Union américaine peut, quoi qu’en dise le honteux message du président Buchanan, être considérée comme rompue. Je le regrette profondément, mais cela est désormais fatal ; entre le Sud et le Nord, il y a le gibet de Brown. La solidarité n’est pas possible. Un tel crime ne se porte pas à deux. Ce crime, continuez de le flétrir, et continuez de consolider votre généreuse révolution. Poursuivez votre œuvre, vous et vos dignes concitoyens. Haïti est maintenant une lumière. Il est beau que parmi les flambeaux du progrès, éclairant la route des hommes, on en voie un tenu par la main d’un nègre.
Votre frère, VICTOR HUGO."
                                              Dessin de Victor Hugo en hommage à John Brown

Memorial 98




Mises à jour
1er septembre 2016:

Bonne nouvelle aux États-Unis dans la réparation des crimes de l'esclavage, après une longue mobilisation. C'est l'occasion de rappeler  la situation dans les DOM et les revendications concernant l'indemnisation. 
C'est aussi l'occasion de lire le cri de Victor Hugo contre le crime de l’esclavage.

La fameuse Université de Georgetown, au cœur de la capitale Washington, présente le 1er septembre des excuses officielles pour la vente de près de 300 esclaves noirs dont elle a tiré profit au 19ee siècle, ainsi que des mesures concrètes consistant notamment à faciliter l'admission de leurs descendants.
L’université,  fondée en 1789 par des prêtres jésuites, est l'une des plus anciennes aux États-Unis et son président avait mobilisé il y a un an un groupe de travail pour se pencher sur son passé esclavagiste.
Ces étudiants, personnels et anciens de l'université ont publié en ligne des archives documentant la vente en 1838 de 272 esclaves, dont une partie des recettes - qui équivaudraient à quelque 3,3 millions de dollars aujourd'hui - avait été utilisée pour régler des dettes de l'établissement. 
La réflexion engagée sur le passé de l'université avait donné lieu à des manifestations d'étudiants en novembre dernier. Ils avaient popularisé le hastag #GU272, en référence à la vente de 272 esclaves.
En compensation, le président de l'université  prononcera un discours d'excuses et deux bâtiments, qui portaient auparavant les noms de présidents d'université impliqués dans la vente de ces esclaves, seront rebaptisés en l'honneur d'un ancien esclave et d'une enseignante noire qui œuvrait à l'éducation des jeunes filles au début du XIXe siècle.
Un nouvel institut de recherche sur l'esclavage va également ouvrir ses portes et un Mémorial sera érigé en l'honneur des anciens esclaves, a annoncé l'université en se basant sur un rapport d'une centaine de pages présenté par le groupe de travail.
« La façon la plus appropriée pour nous de compenser la participation de nos ancêtres à l'esclavage est de réparer (ses) conséquences de nos jours », a fait valoirle président de l'université.
D'autres universités américaines comme Brown, Columbia ou Harvard ont déjà reconnu publiquement avoir participé au commerce d'esclaves. Georgetown s'est elle spécifiquement engagée à faciliter l'admission des descendants d'esclaves. 
Mais il faut noter les limites de la réparation: à ce stade l'université ne propose pas d' aide financière aux potentiels candidats.
« Justice et vérité »
Cette forme de "discrimination positive" signifie que les descendants seront « pris en considération de la même manière » que les candidats dont les parents sont d'anciens élèves de Georgetown, a précisé l'université dans un communiqué.
La plupart des universités privées américaines favorisent en effet l'admission des candidats dont les parents sont diplômés du même établissement.
« Parce que nous avons des noms, des familles, des histoires et que nous pouvons cibler directement des personnes et leurs descendants aujourd'hui (...) nous nous sommes trouvés dans une position très particulière pour répondre » au passé esclavagiste de l'université, a commenté un membre du groupe de travail.
Le travail sur les archives a permis de découvrir que l'université avait tiré un large profit de l'esclavage. Le travail dans des plantations jésuites et la vente d'esclaves généraient des revenus, et des esclaves ont aussi probablement construit les premiers bâtiments du campus.
« Nous devons comprendre que notre histoire est en partie celle de la possession et du commerce d'esclaves (...) Et cela nous ouvre les yeux sur les problématiques sociales plus larges qui ne sont pas encore résolues dans notre pays », a commenté David Collins, président du groupe de travail.
« Nous nous trouvons dans une période critique de notre histoire en ce qui concerne les relations raciales et la manière de faire face sur le long terme aux conséquences des inégalités », a souligné une autre membre du groupe, l'historienne Marcia Chatelain. Elle fait ainsi référence  aux protestations contre les bavures policières à l'encontre de jeunes Noirs.


11 mai 2015
La journée nationale 2015 de la mémoire de l'abolition de l'esclavage en 1848 a vu se dérouler plusieurs événements importants. 
Il s'agit notamment de l'inauguration du musée ACTe en Guadeloupe et de la plainte déposée contre le baron Seillière et le groupe financier Wendel.