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jeudi 25 juin 2015

Négationnisme: Vincent Reynouard bienôt extradé vers la France?

Mise à jour du 25 janvier 2021: Reynouard bientôt extradé ? 

Le négationniste Vincent Reynouard a été à nouveau condamné à six mois de prison ferme le 22 janvier pour contestation de crime contre l’humanité suite à une vidéo publiée en 2019 dans laquelle il nie la réalité de la Shoah. 

La 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris l'a jugé par défaut. 

Il est en fuite en Grande-Bretagne mais pourrait bientôt être extradé car l'administration britannique refuse de renouveler son droit en séjour.

Son nom apparaît parmi les bénéficiaires d'un don d'une valeur de plus de 500 000 dollars en bitcoins effectué par un informaticien français complotiste, juste avant le suicide de ce dernier le 8 décembre 2020. Selon des informations de la presse il a ainsi reçu l'équivalent de 23 000 euros, aux côtés de  dirigeants de l'extrême-droite US impliqués dans l'assaut du Capitole le 6 janvier.  Reynouard a lui-même confirmé à 20 Minutes dimanche 17 janvier avoir reçu « un peu plus de 20.000 euros » d’un donateur dont il prétend qu'il « ignore » l’identité. « Sauf si un soutien me donne des informations sur sa personne, je ne lui en demande jamais », précise-t-il.

Rappelons que les fascistes identitaires français ont également reçu des dons financiers expédiés par le terroriste d'extrême droite Brenton Tarrent qui a commis les attentats de Christchurch et massacré 51 personnes dans les mosquées de cette ville de Nouvelle-Zélande le 15 mars 2019.

Reynouard doit être ramené sur le territoire français afin d'y purger ses condamnations.

Memorial 98  




A suivre les affaires de négationnisme de loin, on pourrait croire qu'en France, celui-ci est durement réprimé. Dans la presse, on apprend en effet le 17 juin que Vincent Reynouard, néo-nazi archi-récidiviste (qui figure sur la photo ci-contre) vient d'être condamné à une année de prison ferme. 

Seulement, Vincent Reynouard est libre et on ne sait où. Tout comme Boris Le Lay, autre néo-nazi condamné il y a quelques semaines, qui parait-il se serait exilé au Japon, d'où il insulte paisiblement et quotidiennement ses cibles par le biais de Twitter.

Surtout, le destin individuel de tel ou tel néo-nazi n'est pas la seule question, la principale étant tout de même la cessation de l'infraction, sans laquelle on voit mal à quoi sert un procès.
Or dés lendemain de l'audience, Reynouard publiait une nouvelle vidéo nommée " Fours crématoires à Auschwitz, la vérité" sur le compte You Tube à son nom. On y voit le négationniste se livrer à une sordide logorrhée filmée dans un four crématoire;  la logorrhée en question parle du "rendement" à Auschwitz qui ne pourrait pas correspondre à ce que les historiens en disent.

Le compte actuel de Reynouard est ouvert depuis depuis cinq mois. Le négationniste n'a même pas cherché à cacher son identité en l'ouvrant, et sur la douzaine de vidéos postées, la plupart des titres sont sans équivoque; ils tombent soit sous le coup de l'incitation à la haine raciale, soit sous le coup de la loi anti-négationnisme. Vincent Reynouard a plus de 4000 abonnés, et You Tube suggère même lorsqu'on va sur sa page, de s'abonner également à d'autres comptes dont celui de Boris Le Lay. La vidéo postée le 18 juin a été vue plus de 10000 fois. Elle est suivie de 496 commentaires dont l'immense majorité émane d'autres néo-nazis. 

Cette vidéo est notamment reprise, avec en exergue les mêmes phrases sur " le rendement à Auschwitz" par le site "La Flamme". Ce site est officiellement enregistré au nom d'Yvan Benedetti, dirigeant de deux organisations dissoutes, l'Oeuvre Française et les Jeunesses Nationalistes. Le site La Flamme est consacré à l'apologie détaillée du néo-nazisme et du fascisme, et l'on y trouve quasi-quotidiennement des récits hagiographiques sur tout ce que l'Europe a porté de militantEs connuEs d'extrême-droite, d'assassins SS ou de milices nazies. Il est enregistré sur Internet en .fr., signifiant ici sa localisation dans le pays.

Chacun sait que les responsables politiques ont les moyens de mettre fin çà tout cela. Ainsi,  ces derniers mois, au moins 36 sites cités comme appartenant à la mouvance terroriste se revendiquant du djihadisme ont été fermés d'office par le gouvernement, et cela sans même qu'il y ait eu comme dans le cas Reynouard, des condamnations judiciaires préalables. You Tube n'a aucun problème à se livrer à la fermeture en temps quasi-réel de toutes les vidéos liées à cette mouvance, diminuant ainsi considérablement leur audience, même si évidemment d'autres comptes sont ouverts. 

Mais concernant le négationnisme, c'est la passivité qui prévaut: elle est flagrante dans le cas de Reynouard. En effet, il ne s'agit pas d'un néo-nazi inconnu, mais d'un individu parfaitement identifié, condamné plusieurs fois. On ne nous fera pas croire que l'existence de son compte You Tube ait pu passer inaperçue , ni d'ailleurs qu'un site comme La Flamme, animé par le dirigeant d'organisations dissoutes, ne soit jamais visionné par les services du Ministère de l'Intérieur. 

Dans ce contexte d'impunité , les procès intentés au négationniste produisent même un effet négatif. Ils le font connaître et sa propagande avec lui sans que les condamnations soient appliquées. Plus grave encore, tout ceci démobilise en ce qui concerne la lutte contre l'antisémitisme. En effet,  beaucoup de personnes sont persuadées que l’État investit une énergie considérable dans cette lutte, que les négationnistes sont réprimés avec une grande vigueur et qu'il n'y a donc nul besoin de prendre les choses en main. 

En réalité, la libre expression de l'antisémitisme et du négationnisme, si elle est formellement punie par la loi est parfaitement possible et est en pleine extension, même lorsqu'il s'agit de propagandistes identifiés et condamnés. 

Faire du bruit sur cette impunité reste donc le seul moyen de construire un rapport de forces qui la fera cesser. Et personne ne le fera à notre place.C'est dans ce cadre que Memorial 98 a organisé une campagne en direction de la banque de Reynouard afin que celle-ci cesse de servir de collectrice de fonds permettant au négationniste de régler ses amendes.


Voir aussi sur Memorial 98, notre article: Faurisson, un procès de pure forme ? 

Mise à jour du 25 juin 2016

Un an après le premier verdict, Reynouard, a été à nouveau et définitivement condamné à un an de prison ferme, le  21 juin 2016, par la cour de cassation de Paris devant laquelle il avait fait appel. Mais il ne purgera pas sa peine car il est toujours "à l'étranger". De plus sa chaîne You Tube est toujours active et déverse sa propagande négationniste et antisémite.

Memorial 98




mardi 16 juin 2015

Reims: notables néo-nazis, champagne et trafic d'armes à l'ombre du FN

Lors des dernières élections municipales de 2014 à Reims, Thierry Maillard, candidat d'extrême-droite et libraire, proposait dans son programme de multiplier par cinq les effectifs de la police municipale locale et même de créer une brigade équestre contre l'"insécurité galopante".

Un an plus tard, c'est lui qui est interpellé pour trafic d'armes avec cinq de ses kamarades. Les dits camarades ne sont pas de jeunes chômeurs mais des notables de la région, vignerons et commerçants.

Thierry Maillard est en effet une figure assez intéressante du fascisme ordinaire, qui rompt avec les clichés médiatiques sur les néo-nazis qui ne seraient que de "jeunes paumés marginalisés". Certes il a sa petite troupe de jeunes nervis avec lesquels il défile parfois dans les rues de Reims, avec des drapeaux à l'effigie de la croix celtique. Certes, c'est un proche de Serge Ayoub, comme lui pro-Poutine. 

Mais c'est aussi un homme très bien intégré dans le tissu de la bourgeoisie locale. A l'aune des révélations faites aujourd'hui sur le trafic d'armes, on relira avec intérêt un article de Libération daté de 2010, à une époque où le FN se préparait à élire Marine Le Pen comme présidente. Les médias présentaient alors cette élection comme une profonde mutation. Dans la brasserie où il est interrogé par le journal, Maillard est mis en scène avec toutes sortes de rémois respectables: négociants en vins, pimpants représentants de divers commerces de bouche, patrons de PME locales, la plupart se présentant comme d'ex-sarkozystes. Aux cantonales suivantes de 2011, porté par son réseau de la bourgeoisie locale, Maillard arrive en tête au 1er tour et fait 45% au second tour.

La presse le présente aujourd'hui comme "exclu" du FN pour avoir en 2011 toujours, pour avoir publié une affiche reprenant de la propagande visuelle des Jeunesses Hitlériennes. Mais la réalité est un peu plus complexe que cela.

En effet, à la suite de la polémique suscitée par cette affiche, Maillard a bien été exclu du Front National... mais pour quatre mois seulement, comme le rappelle un article de 2012 de la presse locale. Cette exclusion minimale éclaire la stratégie de prétendue dédiabolisation de l'époque: dans ces années là, à chaque fois qu'un membre du FN est mis en cause pour ses sympathies néo-nazies, Marine Le Pen condamne et gesticule devant les médias ravis, qui constatent que le FN "rompt avec ses vieux démons". En réalité les exclusions sont temporaires, mais suffisantes médiatiquement, puisque l'immédiateté de l'actualité l'emporte sur le suivi et les enquêtes de fond.

En réalité, Maillard a quitté le FN de son propre chef et dans des circonstances qui démontrent qu'il n'y a pas les vilains néo-nazis d'un côté et le respectable FN de l'autre. En effet, c'est avant les législatives de 2012, que Maillard et ses amis officialisent la rupture. Ils estiment alors  que les investitures locales sont tronquées, et qu'il est suicidaire pour le FN de présenter Pascal Erre, dont le fils a fait les gros titres de la presse locale.....pour ses tatouages à la gloire du national-socialisme. Ce sont donc des affrontements de pouvoir qui opposent Maillard, longtemps membre de l'Oeuvre Française et la famille Erre et son rejeton néo-nazi, pas des questions de fond. 

 C'est à la suite de cet affrontement que Maillard, n'ayant pas obtenu l'investiture aux législatives, quitte le FN de son propre chef pour monter son propre groupe "Reims fait Front". 

Il n'en reste pas moins un représentant assez typique de l'extrême-droite française avec son réseau de commerçants et de chefs d'entreprise, et sa violence assumée. Au fil des dépêches de presse locales, on entend parler de Maillard lorsqu'il met son poing dans la figure d'un élu PS en le traitant de "sale PD", ou lorsqu'il comparaît pour outrage après avoir traité une fonctionnaire de la sous-préfecture de "grosse pute". 

Après l'interpellation et l'incarcération dans le Nord de Claude Hermant, ancien membre du DPS ( le service d'ordre du FN) et probable indicateur de police, les arrestations de Maillard et de ses amis , de nouveau pour trafic d'armes dessinent  l'ombre inquiétante d'une active mouvance néo-nazie. Celle-ci, loin de la marginalité souvent mise en avant est plutôt bien intégrée, non seulement dans la sphère de l'extrême-droite parlementaire, mais également dans la société.

Car Thierry Maillard n'était pas un marginal conspué et ostracisé, mais un homme qui il y a à peine cinq ans a manqué de 5% la victoire à une élection locale, en tant que  candidat d'un parti (le FN) désormais intégré dans le jeu démocratique.

MEMORIAL 98