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jeudi 7 mai 2015

Mâcon: encore des "individus" qui incendient une mosquée.

Circulez, il n'y (plus) rien à voir.
C'est le message envoyé par l'extrême concision des informations données par la presse, jointe à une non moins extrême rapidité de l'enquête et du procès suite à l'incendie de la mosquée de Mâcon survenu le 26 avril dernier.
Dans la nuit, deux personnes avaient été filmées par la vidéo surveillance alors qu'elles mettaient le feu à la mosquée de cette ville de Saône et Loire avec un bidon d'essence et du papier toilette. 

Deux jeunes hommes sont arrêtés le 3 mai, et reconnaissent les faits. Le parquet prend alors la décision d'un passage en comparution immédiate : hier les deux incendiaires sont condamnés à trois ans de prison dont seulement six mois ferme. Fermez les bans judiciaires et policiers.
Quant aux médias, ils ne sont guère plus loquaces sur les auteurs de cet incendie. " Se disant patriotes", " évoquant le contexte des attentats de janvier" et "certains différends avec la communauté turque de la ville", voilà tout ce qu'on apprend d'eux dans les journaux locaux et dans Le Parisien. 

Évidemment, ce n'est pas avec une procédure de comparution immédiate, très rapide , avec une seule et unique audience publique qu'on peut espérer en savoir plus sur les mobiles, le contexte politique, les complicités éventuelles de ces deux "individus". Dont il apparaît "seulement" qu'ils sont évidemment d'extrême-droite.

S'ils ne l'étaient pas d'ailleurs, les choses ne se seraient jamais passées de cette manière: actuellement n'importe quel projet d'acte violent envisagé par des jeunes se réclamant de l'islam radical fait l'objet d'un traitement politique de l'information et d'un traitement policier et judiciaire antiterroriste. Avec les incriminations du type "association de malfaiteurs" , et avec la loi votée récemment qui permet de réprimer même un projet individuel non abouti, les moyens pour enquêter sont énormes.

Mais concernant l'extrême-droite raciste,  ils ne sont jamais utilisés: les auteurs interpellés alors qu'ils sont déjà passés à l'acte, ou empêchés de le faire parce qu'ils ont été dénoncés par un proche sont toujours des "individus" et seulement cela.

Un "individu", Christophe Lavigne: militaire de carrière, le jeune homme n'était pas encarté au Bloc Identitaire mais fréquentait virtuellement tous les réseaux de la mouvance fasciste: sur son profil Facebook, on trouvait tout aussi bien Dominique Venner que Guillaume Faye, prédicateur de "la guerre totale entre l'Occident et l'islam".

Quatre  "individus", , élèves de première et terminale dans un lycée militaire près de Grenoble mis en examen pour avoir projeté un attentat à l'explosif contre une mosquée à Montélimar, et qui ont été laissés libres sous contrôle judiciaire. 

Un "individu", le militaire retraité du 3ème RIPMA de Castres qui avait été arrêté près de la mosquée de Carcassonne, après avoir annoncé à ses voisins son intention de la faire sauter.

Pour d'autres affaires, on parle de "réseaux", de "mouvances" , de "sites de propagande", d'"endoctrinement virtuel". Quand il s'agit d'actes islamophobes ou racistes, ce sont des "individus".

Des "individus" qui font la même chose sur l'ensemble du territoire et qui ont tous la même obsession: détruire des mosquées, et peu importe qu'il y ait ou non quelqu'un à l'intérieur. Des "individus", qui tous reconnaissent leurs actes à la barre, et les justifient par leur haine des musulmans et des personnes issues de l'immigration. 

Des individus qui répètent exactement le discours des réseaux d'extrême-droite locaux: par exemple, les trois derniers articles du Bloc Identitaire Bourgogne, la région où ont agi les incendiaires de Mâcon sont consacrés à des torrents de rage et de haine contre un projet de mosquée à Nuit Saint Georges.
En Saône et Loire, nos deux "individus" évoluent dans un contexte où le FN est arrivé en tête des élections départementales. Parmi ses candidats, de joyeux drilles "individuels" , comme Sébastien Hallouin, pris en photo en train de faire le salut nazi déguisé en Hitler. 

Autre fait récurrent et national, les tentatives de destruction contre les mosquées sont toujours précédées d'actes de dégradation moins poussés mais répétitifs dans la même sphère géographique: ainsi en Saône et Loire, comme ailleurs, inscriptions islamophobes et têtes de porcs devant les mosquées sont choses assez courantes. 

Mais peu importe, circulez, y'a rien à voir. A Mâcon, comme ailleurs, on expédie la procédure quand les auteurs sont interpellés, on ne cherche pas plus loin. Et ça ne date pas d'aujourd'hui: à Auxerre, département voisin de la Saône et Loire, c'est par hasard en 2006, qu'avaient été arrêtés les membres d'un groupe néo-nazi "Ordre National" lié au FN local qui depuis deux ans perpétraient ratonnades et incendies contre les kebabs dans la ville . Leur procès s'était tenu cinq ans plus tard et le maximum des peines prononcées avait été de quelques mois fermes. Même quand la procédure est longue, l'affaire est minimisée, et ne suscite que peu d'intérêt politique et médiatique. Ainsi, deux mois après l'arrestation de membres d'un groupe néo-nazi picard, on ne sait toujours pas contre qui a eu lieu la "tentative d'homicide volontaire" évoquée par la presse.

Ces derniers mois, les preuves s'accumulent pourtant de l'existence de réseaux violents , structurés, liés à des structures para-légales , à des réseaux de propagande nationaux , fortement implantés dans de nombreuses régions et dont les membres se tournent de manière croissante vers le passage à l'acte islamophobe ou antisémite violent. 

Quand on en arrivera au pire, certes on ne parlera plus d'"individus". Quand il s'agit d'une affaire de meurtre lié à l'extrême-droite, le terme est un peu plus fleuri pour évacuer les mêmes questions. On dit alors "loup solitaire",  comme pour Breivik en Norvège.

Mais à Mâcon, collectivement, une centaine de personnes ont manifesté contre l'incendie de la mosquée, à l'appel des antiracistes. Une réaction collective salutaire face à ce qui est tout sauf une "entreprise individuelle".

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mardi 4 novembre 2014

Lutte contre le terrorisme: l'extrême-droite épargnée une nouvelle fois

Christophe Lavigne présente les caractéristiques classiques du sympathisant actif de l'extrême-droite: militaire de carrière, le jeune homme n'était pas encarté au Bloc Identitaire mais fréquentait virtuellement tous les réseaux de la mouvance fasciste: sur son profil Facebook, on trouvait tout aussi bien Dominique Venner que Guillaume Faye, prédicateur de "la guerre totale entre l'Occident et l'islam".

Un arsenal idéologique amplement suffisant pour le décider à passer à l'acte: en août 2012, le jeune homme jette un engin incendiaire sur la mosquée de Libourne. Heureusement une caserne de pompiers se situe juste en face du bâtiment, et l'engin ne fait que peu de dégâts matériels. Mais évidemment, il place les croyants dans une situation d'anxiété devenue banale en France, puisque ce type d'actes y devient extrêmement fréquents.

Conforté par ce premier acte, et l'impunité qui en découle puisqu'il n'est pas identifié, Lavigne veut frapper plus fort, bien plus fort et prévoit de tirer sur la mosquée de Vénissieux, le lendemain de la fin du Ramadan. Ce sont des proches, qui le dénonceront, convaincus de sa volonté de réaliser son projet. Il sera arrêté la veille du jour prévu pour l'attentat. Chez lui, des munitions.

Seulement, Lavigne a un bon avocat: puisque Lavigne a été arrêté la veille de l'exécution de son projet, et que les munitions retrouvées peuvent être classées dans la catégorie 8 ( autorisées et souvent utilisées pour les armes de collection et historiques), toutes les charges tombent concernant l'attaque fomentée contre la mosquée de Vénissieux. Surtout d'emblée, Lavigne est considéré comme ayant agi seul, indépendamment de toute organisation. Tout ceci aurait évidemment été différent s'il avait été intégriste musulman et en contact régulier, virtuel ou réel avec d'autres membres de cette obédience. On se souvient ainsi qu'en 2012, un physicien du CERN qui avait échangé uniquement sur internet avec des membres d'un groupe salafiste avait été condamné à quatre ans de prison ferme, alors qu'aucun de ses mails n'évoquait un début de commencement de projet précis. Mais l'extrême-droite extra-parlementaire n'est pas logée à la même enseigne. Christophe Lavigne avait reconnu son projet d'attaque, il n'en bénéficiera pas moins d'un non-lieu total.

Reste l'attaque, réalisée , contre la mosquée de Libourne. Si celle-ci n'a pas brûlé, s'il n'y a pas eu de victimes, cela ne relève en rien des choix de Lavigne, même si celui-ci au procès évoquera un "acte manqué" et son "envie de se faire arrêter" , ainsi que la traditionnelle excuse des "déboires sentimentaux". Excuse relayée complaisamment par la presse qui semble trouver un peu logique quand même de noyer son chagrin en incendiant des lieux de culte musulmans.

Finalement Lavigne sera condamné à trois ans de prison, dont dix-huit avec sursis, il ne retournera donc pas en prison, ayant déjà effectué neuf mois de détention provisoire. Le montant des dommages et intérêts à verser à la mosquée de Libourne ? 2000 misérables euros.

A la sortie du procès, Monsieur Lavigne s'est dit "soulagé". On le comprend. On n'est évidemment pas obligé de souscrire au tout-prison comme seule réponse à la violence raciste et aux projets d'actes terroristes. Mais une nouvelle fois, on ne peut que constater l'indifférence totale du pouvoir politique et des médias au terrorisme d'extrême-droite. L'affaire Lavigne est restée cantonnée aux faits divers, à aucun moment, elle n'a fait l'objet d'un débat politique sur la dangerosité du milieu où il évoluait. A aucun moment, des voix ne se sont élevées contre les sites sur lesquels ce jeune homme a eu le cerveau formaté,alors que  de son propre aveu, il fomentait un attentat depuis ses quinze ans sur la base des théories fascistes: Lavigne espérait en effet que son acte contre la mosquée de Vénissieux susciterait des émeutes en banlieue, ce qui amènerait l'extrême-droite à progresser.

D'aucuns argueront qu'il n'y a pas eu mort d'homme. Pas cette fois. Mais ce sont 77 personnes qui ont payé de leur vie les incitations  de l'extrême-droite norvégienne sur le cerveau d'un autre jeune homme , Anders Breivik.