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lundi 22 juillet 2019

Septembre 1939: l'invasion de la Pologne annonce le début de la Shoah



                                          La muraille isolant le ghetto de Varsovie
 
Le 1er septembre marque l'anniversaire de l'invasion de la Pologne par les troupes nazies et du début de la seconde guerre mondiale.
Les troupes de Staline envahirent la Pologne orientale deux semaines plus tard le 17 septembre, dans le cadre du pacte germano-soviétique, dit Molotov-Ribbentrop, signé en août 1939, qui est maintenant réhabilité par Poutine.
Le 1er septembre 2019, lors du 80e anniversaire du début de l'invasion, le président allemand a présenté des excuses pour les six millions de victimes polonaises du nazisme, dont trois millions de Juifs. 
 
Le même jour, le parti d'extrême-droite AfD a connu un nouveau succès dans deux élections régionales. Or ce parti est maintenant dominé dans l'est de l'Allemagne par des dirigeants négationnistes comme Bjoern Hocke et Alexander Kalbitz (suspendu depuis pour avoir dissimulé son ancienne appartenance à un groupe néo-nazi). Mais la tentative d'alliance entre la droite et l'extrême-droite dans l'état de Thuringe a échoué face au scandale et à la mobilisation anti-fasciste.

L'invasion nazie de la Pologne a débuté par le bombardement des civils de la ville de Wielun, choisie par les nazis en raison de son importante population juive.
Elle a été surnommée Guernica polono-juive car l'ordre de la bombarder a été donné par le général Von Richthofen, ancien chef de la légion nazie Condor, dont les avions avaient rasé la ville basque de Guernica en 1937. 
Un an après le début de l'invasion, le ghetto de Varsovie a été instauré le 12 octobre 1940,  date qui correspondait cette année-là à la fête juive de Yom Kippour. Le 16 novembre suivant, on y transfèra de force les Juifs, soit un tiers de la population de la ville, concentrées sur 2,4 % de sa superficie : 450 000 personnes furent alors coupées du reste du monde.
 
Ni oubli ni pardon
 
Memorial 98 


Juillet 2109
A Varsovie, le 22 juillet marque le début de la  grande déportation des Juifs du ghetto en juillet 1942, six jours après la rafle du Vel d'Hiv' à Paris et quatre mois après la liquidation du ghetto de Cracovie .

Alors que le gouvernement polonais actuel multiplie les déclarations et actes à caractère antisémite,en s'attaquant notamment à l'histoire de la Shoah, cette date revêt une signification particulière.

Elle se produit au lendemain de l’agression par des fascistes d’une manifestation de défense des droits des LGBT à Bialystok dans la partie orientale de la Pologne. Il y a quelques semaines, c’est à Paris qu’un colloque sur la Shoah en Pologne a été perturbé par des militants antisémites et nationalistes polonais.


                           Le général SS Stroop sur l'Umschlagplatz en 1943

Chaque 22 juillet, une marche démarre du monument de l'"Umschlagplatz" lieu d'où partaient les convois de déportés, parcourt l'ancien espace du ghetto, dont il ne subsiste strictement rien et termine devant le centre culturel et de mémoire dédié à Emmanuel Ringelblum, héroïque historien du ghetto et animateur du réseau "Oneg Shabbat" qui en préserva la mémoire. 

Le ghetto de Varsovie a été instauré le 12 octobre 1940, qui correspondait cette année-là à la fête juive de Yom Kippour. Les nazis annoncèrent à la population juive qu'elle devait déménager dans ce "quartier juif" exigu qui fut ceint de barbelés.    


L"Aktion" de déportation vers la mort, comme l’appelaient les nazis, débuta le 22 juillet 1942.

Elle s’inscrivait dans le cadre de la plus vaste "Aktion Reinhardt", organisée par les nazis en Pologne occupée; celle-ci inclut la construction des camps d'extermination de Belzec (mars 1942) Sobibor (mai 1942) et Treblinka (juillet 1942). 

Ce dernier camp joue un rôle particulier dans l'extermination des Juifs de Varsovie. 280 000 Juifs déportés de la capitale polonaise y furent assassinés. 

L'Aktion de Varsovie prit fin temporairement le 21 septembre suivant, à nouveau durant le jour de la plus importante fête juive, Yom Kippour. Elle avait débuté le jour de Tish'a Beav, qui commémore par le deuil et le jeûne la destruction du Temple juif de Jérusalem par l'armée romaine en l'an 70 de notre ère.

Les nazis, dans leur rage antisémite, utilisaient souvent les dates des fêtes religieuses juives afin de procéder à des persécutions particulières ou de marquer leur "connaissance" du judaïsme.

Après cette grande déportation, le ghetto de Varsovie était réduit à  un camp de travail où 36 000 Juifs survivaient officiellement et où 20 à 25 000 clandestins se cachaient. Son sursis tenait d’une part à la pénurie de main-d’œuvre gratuite dont l'administration nazie voulait disposer, et d'autre part à la nécessité d’une pause afin de recenser et d’expédier vers le Reich les biens volés dans le ghetto. 

Quelques jours après le début de la déportation de juillet, la résistance juive s’unifie dans un « Bloc antifasciste » et se dote d’une branche armée, l’Organisation juive de combat (OJC), fondée le 28 juillet 1942. Cette démarche déboucha plusieurs mois plus tard sur la révolte du ghetto de Varsovie
Les premières opérations de l'OJC étaient dirigées contre les responsables de la "police juive" et autres collaborateurs.

En janvier 1943, une seconde Aktion visant à liquider le reste du ghetto est interrompue par les nazis eux-mêmes, face à la résistance et au fait que la population se cachait dans un réseau souterrain creusé durant des mois.
Himmler, en déplacement à Varsovie, ordonna alors la destruction du ghetto et de ses habitants. 

Le 19 avril 1943, les unités SS chargées de la mise en œuvre de cet ordre furent repoussées par des centaines de combattants ne disposant que de quelques revolvers et grenades.
C'est le début du soulèvement du Ghetto

Le commandant allemand est relevé de ses fonctions, le général SS Jürgen Stroop lui succède. Plus de 2000 SS, soutenus par de l‘artillerie et des blindés incendient maison après maison. Les Juifs sont asphyxiés, carbonisés, enterrés vivants dans les abris où ils sont retranchés. Le 16 mai 1943, Stroop fait dynamiter la grande synagogue. Il câble à Himmler : « Il n’existe plus de quartier juif à Varsovie. ». 

Le principal dirigeant de l’insurrection et de l’Organisation Juive de Combat (OJC), Mordehaï Anilewicz, se suicida le 8 mai, suivi quelques jours plus tard par Szmuel Zygielbojm, représentant du mouvement ouvrier juif Bund dans le gouvernement polonais en exil à Londres.

Nos pensées vont vers les victimes de cette extermination et vers ceux qui au cœur des ténèbres, entamèrent la préparation de leurs actes héroïques qui apparurent au grand jour dans les mois qui suivirent. 
Le nazisme fut défait mais son héritage reste plus que jamais  à combattre .
 Ses héritiers  rêvent toujours de massacrer des Juifs comme le montrent les attentats  dans les synagogues de San Diego, Pittsburgh et Halle
La pandémie du Covid donne lieu à un déluge de propagande complotiste et antisémite . Elle reprend les accusations les plus nauséabondes qui ont marqué l'Histoire des persécutions contre les Juifs.   
Des propagandistes de la haine déversent des flots de propos complotistes et racistes, grâce à la complaisance des grandes plates-formes et à l'indulgence de juges qui les protègent en reculant devant l’application des lois limitant le négationnisme, comme dans le cas de Soral et Dieudonné
L'extrême-droite parrainée et soutenue par Trump et Poutine, pèse lourdement dans de nombreux pays d’Europe, comme on peut le constater à l’occasion des élections européennes du mois de mai 2019. 
En France, Allemagne, Autriche, Hongrie, Pologne, Italie, Grande-Bretagne, Estonie, les nostalgiques et racistes de tout poil sont à l'offensive et pour certains déjà installés au pouvoir . 
Nous en appelons plus que jamais au combat contre les idéologies et actes racistes et antisémites  quels que soient leur prétextes, ainsi que pour la mémoire des génocides et crimes contre l'humanité (à voir ici et ici  )

MEMORIAL 98

dimanche 28 avril 2019

Synagogue de San Diego: attaque meurtrière d'un antisémite et islamophobe.

San Diego six mois après Pittsburgh
Nouvelle tuerie antisémite par un suprémaciste blanc (voir la définition de ce terme à la fin de l'article)
John Earnes, 19 ans, a attaqué une synagogue le jour de la fin de la Pâques juive/Pessah, qui était aussi un Shabbat.
Nos pensées pour les victimes. La femme tuée, Lori Gilbert-Kaye,
s’est semble-t-il portée en protection du rabbin de la synagogue, attaquée six mois jour pour jour ( 27 octobre- 27 avril) après celle de Pittsburgh.
 
Le terroriste souverainiste antisémite et islamophobe de San Diego, dans son "manifeste" publié juste avant la tuerie, stigmatise les Juifs pour  leur place dans les médias,  les banques  et Hollywood. Mais aussi "pour leur rôle dans le féminisme qui a asservi les femmes au péché"
Le tueur de Pittsburgh qui l'a inspiré,
Robert Bowers, blâmait les Juifs car ceux-ci étaient selon lui, coupables de favoriser les migrants "afin de détruire l'Amérique". C'est la reprise des accusations les plus traditionnelles de la haine antisémite
Earnest revendique également un incendie volontaire contre une mosquée de Californie, une semaine après les attaques de Christchurch et se déclare également inspiré par leur auteur Brenton Tarrent. 
D'après les médias locaux et la police, il avait annoncé publiquement sur internet son intention de tuer des juifs. "Nous avons des copies de ses publications sur les réseaux sociaux et de sa lettre ouverte, et nous les examinerons pour déterminer leur authenticité et savoir ce que cela apporte à l'enquête", a déclaré le chef de la police.
Ce drame qui survient dans la suite des tueries de Christchurch et du Sri-Lanka montre à nouveau l'urgence de lutter contre les chevaliers de la haine qui tuent au nom au nom de prétendues "guerres de civilisation". Juifs, musulmans, chrétiens, Noirs, femmes leurs victimes sont diverses et multiples. 
Sous Donald Trump, le racisme violent et le suprémacisme blanc prospèrent. Il a plusieurs fois manifesté sa complaisance à l'égard de ces groupes qui ont soutenu son élection  comme à l'occasion de la tuerie de Charlottesville en  août 2017. Ses slogans America First et Make America Great Again sont issus de cette tradition extrémiste, comme ses campagnes violentes contres les migrants.

Le mois d'avril qui se termine si tragiquement à San Diego est celui de la commémoration des grands crimes de masse du 20e siècle: génocide des Tutsi du Rwanda, génocide des Arméniens, génocide des Juifs d'Europe. Ces drames terribles montrent à quoi conduisent les idéologies de haine et leur mémoire nourrit nos combats quotidiens contre le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie et toutes les formes de discrimination.

Le suprémacisme blanc est une idéologie raciste, fondée sur l'idée de la supériorité de ceux parmi les humains dont la peau est blanche. Pour ses tenants, tous les moyens, y compris les plus violents, sont autorisés et recommandés afin de sauvegarder cette supériorité.
 

Memorial 98

lundi 29 octobre 2018

Terrorisme antisémite à San Diego après Pittsburgh: les nouveaux crimes des héritiers du nazisme



Memorial 98 

A treize jours près, le massacre dans la synagogue Ets-Haïm de Pittsburgh  coïncide avec le 80e anniversaire du pogrom nazi de la Nuit de Cristal, le 9 novembre 1938.
Il a été a commis par le suprémaciste blanc ( voir la définition en fin d'article )  Robert Bowers, antisémite enragé, qui a hurlé "Tous les Juifs doivent mourir" avant de tirer. 
Le prétexte de son passage à l'acte est l'accusation qu'il porte contre "les Juifs" coupables de favoriser les migrants "afin de détruire l'Amérique". Il s'en est pris particulièrement à l'ONG d’origine juive HIAS ( Hebrew Immigrant Aid Society) créée en 1881 pour aider les migrants juifs fuyant les pogroms en Russie et qui a étendu son activité 

 
   Devise de HIAS: accueillir l'étranger, protéger le réfugié

à la défense des réfugiés dans le monde entier. Il a écrit sur le réseau GAB, qui rassemble les suprémacistes   « HIAS aime amener des envahisseurs pour tuer les nôtres. Je ne peux pas rester assis et voir les miens se faire massacrer, j’y vais. »

Plusieurs sites d'extrême-droite et/ou liés à la propagande de Poutine comme USA Really diffusent la rumeur d'un financement " juif" de la caravane de migrants latino-américains. Ils prétendent s'appuyer sur la présence d'une "étoile juive" au sein de cette caravane.
 Le site USA Really évoque une "étoile juive" dans la caravane

C'est cette même rhétorique haineuse que Trump ne cesse de diffuser, en particulier à l'encontre de Georges Soros, y compris récemment en prétendant qu'il organisait et finançait la caravane de migrants latino-américains qui fuient la misère et la terreur et se dirigent vers le Nord. 
Il l’a également accusé d’organiser la protestation contre la nomination de son candidat à la Cour suprême, Brett Kavanaugh.
Durant toute sa campagne électorale de 2016, Trump a été soutenu par les mouvements les plus racistes et "suprémacistes blancs" y compris les néo-nazis. 
David Duke, ancien dirigeant "Grand Dragon"  du mouvement violent Ku Klux Klan, raciste et antisémite enragé,  a apporté un appui enthousiaste à  Trump.  Interrogé sur ce soutien embarrassant, ce dernier a esquivé : « Je ne connais rien de David Duke, je ne connais pas ce groupe (le KKK). Vous ne voudriez pas que je condamne un groupe dont je ne connais rien».
Dans une autre provocation, Trump a  repris sur Twitter une citation typiquement fasciste  de Mussolini: « Il vaut mieux vivre un jour comme un lion que 100 ans comme un mouton ».
Interrogé à ce sujet, il a répondu, «c'est une très bonne citation, très intéressante. Qu'est-ce que ça change, que ce soit Mussolini ou quelqu'un d'autre ?». 
Trump a été également soutenu par Louis Farrakhan  dirigeant antisémite de la Nation of Islam, qui voit en lui un opposant au "lobby juif". 

Trump a eu lui-même recours à plusieurs reprises à des propos et images antisémites contre Hilary Clinton, comme ici en associant la corruption et un symbole juif


La réponse de Trump au massacre de Pittsburgh a consisté à blâmer les responsables de la synagogue attaquée, pour ne pas avoir eu de garde armé. Il a également réaffirmé son refus de tout contrôle des armes à feu et appelé à l'application de la peine de mort.  A l'inverse le rabbin de la synagogue, Jeffrey Myers, avait dans un texte rédigé il y a quelques semaines plaidé pour un remise en cause de la situation actuelle, suite à la tuerie de Parkland en Floride.

Venu mardi 30 octobre se recueillir dans la synagogue de Pittsburgh, Donald Trump est accueilli par des manifestants hostiles qui l’accusent d’attiser la haine.

Jeffrey Myers, le rabbin de la synagogue visée, réagit à nouveau : « Monsieur le président, les discours de haine mènent à des actes de haine. Les discours de haine mènent à ce qui s’est produit dans mon sanctuaire »

Le premier ministre israélien Netanyahou attend trois jours avant de réagir par un tweet laconique. Son fils, Yair Netanyahou, ouvertement d’extrême-droite,  estime quant à lui sur les réseaux sociaux que les néonazis « appartiennent au passé. Leur race est en voie de disparition. En revanche, les voyous antiracistes et ceux de Black Lives Matters qui détestent mon pays (et les États-Unis aussi, à mon avis) sont de plus en plus forts et commencent à dominer les universités et la vie publique américaines »

 

De nombreux responsables d'organisations juives condamnent l'orientation de Trump défenseur d'un" nationalisme blanc" et déclarent qu'il n'est pas bienvenu à Pittsburgh tant qu'il ne modifie pas sa politique. Une pétition du mouvement Bend the Arc dans ce sens à déjà recueilli des dizaines de milliers de signatures. 
De leur côté des associations musulmanes locales organisent des collectes afin de soutenir les familles des victimes et "répondre au mal par le bien"  



Nos pensées vont aux victimes de ce massacre antisémite et à leurs proches.  Nous y associons la mémoire des victimes des victimes du massacre raciste de l’Église de Charleston en2015, abattues par le suprémaciste Dylan Roof, parce que noires. 

Ce sont les mêmes haines racistes et antisémites qui conduisent à la violence homicide
La tuerie de Pittsburgh se déroule au lendemain de l’arrestation du suspect dans l'envoi des colis piégés à divers personnalités opposées à Trump. Il s'agit de Cesar Sayoc, supporter de Trump, dont le véhicule arborait des stickers appelant à la violence contre des dirigeants démocrates. De plus il est lié à des groupes qui, sur Internet, appellent à assassiner Georges Soros
C'est ce dernier qui a été le destinataire du premier colis piégé. Sayoc à continué à attaquer Soros y compris après cet envoi, comme le montre cette capture d'écran du compte "Cesar Altieri ", identifié comme étant le sien. 
Violence extrémiste de droite, complotisme et antisémitisme se mêlent ainsi pour aboutir à des actes terroristes.

Le massacre de la synagogue de Pittsburgh a lieu 13 jours avant le 80e anniversaire de la Nuit de Cristal du 9 Novembre 1938. Les nazis ont alors tué 100 Juifs et détruit 75 synagogues.  C’est une raison supplémentaire de marquer cet anniversaire :  

Novembre1938-Novembre 2018 : 80e anniversaire du pogrom nazi

Conférence le 7 novembre et rassemblement public le 9 novembre à Paris. 

Memorial 98 organise deux événements en mémoire des victimes de la « Nuit de Cristal », pogrom d’État commis par les nazis le 9 novembre 1938, contre les Juifs d’Allemagne, d’Autriche et des Sudètes et vous invite à y participer. 
Plus de cent personnes juives furent tuées, vingt-six mille arrêtées et pour certaines jetées dans des camps de concentration. Deux cent soixante-quinze synagogues furent brûlées ou détruites. 



Dans la montée du nazisme et du fascisme en Europe, la Nuit de Cristal  a représenté un jalon important.
Les nazis, au pouvoir depuis 1933, franchissaient une nouvelle étape avec cette vague de violences antisémites commises au vu et au su de toute l'Europe.


                                             Magasin juif vandalisé

En 2018, soixante-treize ans après la défaite du nazisme, l’extrême-droite est partout à l’offensive dans toute l'Europe mais également au Brésil, aux USA et partout dans le monde.

Il n'est jamais trop tôt pour dire « Plus jamais ça ». Il n’est jamais trop tard pour faire de nos mémoires un outil contre les idées d’exclusion.

Ces commémorations sont soutenues par le Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le négationnisme] l’association Ibuka-France (Justice et soutien aux rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda), la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) l’association Fonds Mémoire Auschwitz  ( AFMA), le CEDETIM.
Memorial 98 et ses partenaires rendront hommage aux victimes de tous les génocides et de tous les actes de racisme, dont ceux de Pittsburgh et de Charleston.


Une conférence

Le mercredi 7 novembre 2018 à 19H à la mairie du 4e arrondissement de Paris 2 place Baudoyer (M° Hôtel de Ville) avec les historiens Tal Bruttmann, Laurent Joly et Marie-Anne Matard-Bonucci, qui traiteront de la place de la Nuit de Cristal dans l'histoire du nazisme et de la Shoah,  des réactions en France au lendemain du 9 Novembre 1938 notamment dans l'extrême-droite antisémite et de l'imposition des lois « raciales » antisémites en Italie quelques semaines avant la Nuit de Cristal


Les intervenant.e.s dédicaceront leurs ouvrages. 

La participation au colloque est libre et gratuite mais l'inscription est obligatoire à l'adresse suivante: conference7nov2018@gmail.com 



Un rassemblement



Le vendredi 9 novembre 2018 à partir de 19H devant le gymnase Japy (2 rue Japy 75011, métro Voltaire ou Charonne) rassemblement de mémoire et de mobilisation, organisé pour la cinquième année consécutiveLe gymnase Japy est un lieu particulier de mémoire puisque c’est là que furent parqués les Juifs raflés par la police de Vichy dès 1941, avant d’être déportés vers les camps d’extermination nazis. 
Nous allumerons des bougies du souvenir avant des prises de parole en mémoire des victimes et qui rappelleront que la mémoire des génocides nourrit nos combats actuels contre le racisme et le fascisme



Memorial 98 

Mise à jour du 28 avril 2019: tuerie dans une synagogue à San Diego, six mois jour pour jour après le massacre de Pittsburgh voir le dossier de Memorial 98 ici



Mise à jour du 16 mars 2019: solidarité des victimes des terroristes d'extrême-droite ( voir les autres mises à jour à la suite de l'article)
 Au lendemain de la tuerie dans les mosquées de Christchurch, la communauté juive de Pittsburgh se mobilise en faveur des musulmans touchés par cet attentat. Elle avait elle-même bénéficié de la mobilisations des Musulmans de Pittsburgh et au delà aux États-Unis, qui ont collecté en sa faveur.
Notons aussi que les Juifs de Nouvelle-Zélande ont multiplié les actes de soutiens aux Musulmans et ont même, dans un acte historique, fermé toutes les synagogues du pays lors du Shabbat, en signe de deuil.
Face aux croisés de la haine et du suprémacisme, le combat commun de leurs cibles revêt une importance capitale.    

 

Mise à jour du 9 décembre 2018 

Cri d'alarme de rescapés de la Shoah contre la montée de l'antisémitisme aux USA et dans le monde


Ces rescapés - réunis cette semaine pour célébrer Hanouca mais aussi la journée internationale des survivants de l'Holocauste - sont inquiets de la montée des actes antisémites, en hausse de 37% en 2017, selon de récents chiffres du FBI.
La tuerie de Pittsburgh, qui a vu, fin octobre, 11 fidèles d'une synagogue tués par un extrémiste, a encore fait monter la température de plusieurs degrés.
"Un fou a écouté Trump", estime, en parlant du tueur, David Lefkovic, 89 ans. Adolescent, il n'a dû qu'à sa blondeur d'avoir évité une rafle dans le sud-ouest de la France, durant la Seconde guerre mondiale.



Mise à jour du 30 octobre 2018 : 


Trump hué et boycotté à Pittsburgh lors de sa visite de ce jour. Les manifestant.e.s ont répondu à l'appel du mouvement juif Bend the Arc ( voir ci-dessous) et lui reprochent sa politique de division et son nationalisme.




Les menaces armées qu'il profère contre la caravane des migrants et sa mise en cause du droit du sol aux USA illustrent l'orientation xénophobe qu'il avait annoncé dès son premier discours de campagne en 2016, contre les "Mexicains délinquants" . 


Le suprémacisme blanc est une idéologie raciste, fondée sur l'idée de la supériorité de ceux parmi les humains dont la peau est blanche. Pour ses tenants, tous les moyens, y compris les plus violents, sont autorisés et recommandés afin de sauvegarder cette supériorité.


dimanche 8 janvier 2017

Les croix gammées, par ci, par là.

C'est une drôle d'idée. Créer une alerte Google pour "croix gammées". Une idée d'"obsédés anti-nazis", comme on dit, dans l'Europe de 2016, où se souvenir que le fascisme régnait en maître sur le continent, il y 80 ans, suscite souvent des moues dédaigneuses.

C'est une drôle d'idée qui nous est venue à cause d'un "détail". Qui n'en était pas un à nos yeux. Le fait de tomber sur des croix gammées par hasard. Dans les toilettes d'un café parfaitement banal, gravées sur le banc en bois d'un parc, dessinées au feutre sur l'arrêt d'un car de ramassage scolaire à la campagne.

On était sans doute décalés et ultra-sensibles, mais ça nous faisait un choc à chaque fois. On nous disait que c'était des "gosses", des "fous", des "imbéciles" qui ne se rendaient pas compte de ce qu'ils avaient dessiné. 
C'est à cause de cela qu'on a commencé à recenser. A cause de ces réactions absurdes: en réalité, on ne peut pas dessiner une croix gammée sans savoir ce que c'est. Et si ce sont des adolescents qui dessinent, alors, cela signifie au moins une chose: on vit dans une société, où déjà à quinze ou seize ans, on peut être contaminé par la fascination pour les auteurs d'un génocide.

On a trouvé ce qu'on cherchait, malheureusement. 

D'abord dans les gros titres. Parfois les croix gammées font l'évènement, un petit peu. Quand on ne peut pas dire qu'elles n'ont pas de sens, même avec la meilleure volonté de ne pas les voir.

Par exemple le soir de Noël, sur l'école Anne Frank de Montreuil, très bien tracées, comme les slogans qui l'accompagnent: " Juden Verboten", " Sales Juifs", Sales Roms". Ou lorsqu'en un an, elles accompagnent, par deux fois, l'attaque nocturne de la mosquée de Perpignan.  Ou lorsqu'en mars 2016, elles sont dessinées sur la synagogue de Verdun.

Dans ces cas là, il est difficile de dire, évidemment, que leurs auteurs ne savaient pas ce qu'ils faisaient. La cible du racisme et de l'antisémitisme est trop voyante. Et puis, on vit dans un pays où des mosquées se font fréquemment incendier, où des personnes se font tuer et attaquer parce qu'elles sont juives. 

Cependant, à la médiatisation et à l'émotion, succèdent très souvent de drôles de dénouements, dans le silence et le déni, de nouveau. Ainsi, la police comme la presse ont-elle décrété que le néo-nazi de Montreuil , un récidiviste, était un "marginal". Et si l'on sait qu'il a été jugé le 28 décembre, on ne trouve ensuite aucun compte-rendu de l'audience.
On retrouve aussi rarement ceux qui s'en prennent aux mosquées. Encore faudrait-il vraiment chercher, y mettre l'énergie qu'on met dans d'autres domaines.

Mais ce ne sont "que" des croix gammées.Et qui sont ceux qui les tracent ? La question n'effleure pas tellement les médias locaux qui les évoquent parfois. Ainsi, à Ballon, lorsque des jeunes sont interpellés pour des cambriolages ET des croix gammées sur l'école Badinter, en novembre 2016, l'article classé dans la rubrique Faits Divers n'évoque à aucun moment la portée politique de l'acte, passée sous silence pendant l'audience . Ce mois là, la presse évoquera enfin l'invasion de croix gammées qui défigure le village de Saint Michel du Doubs depuis des semaines, parce que les néo-nazis se sont attaqués au monument aux morts, le 11 novembre. Mais les précédentes croix gammées sur l'école et jusque sur les pots de fleur n'avaient guère fait débat. Il y a quelques jours, l'auteur a été pris sur le fait par les habitants. Ce n'était ni un "jeune", ni un "fou", mais l'ex-président du comité des fêtes, un habitant intégré dans son environnement, âgé de 64 ans.

A l'autre bout de la France, ce même été, un village de la Meuse, Villers le Peuplier connaît le même phénomène, sans émouvoir tellement.
Quant aux artistes de Blérancourt-Nampcel, dont les oeuvres extérieures ont été par deux fois dégradées et couvertes de symboles nazis, ils n'auront eux aussi que des articles de la presse locale.

Quand on tombe sur ces brefs articles, parfois des souvenirs reviennent et des questions.
Que sont devenus les jeunes néo-nazis qui avaient profané les tombes du cimetière juif de Sarre Union, le 12 février 2015 ?  Où en est la procédure judiciaire ?
Et Claude Hermant, néo-nazi et indicateur de police qui a vendu les armes qui ont servi au tueur de l'Hypercasher ? Pourquoi, alors qu'il est en prison, n'est-il pas dans le nombre de ceux qui sont directement visés par l'enquête anti-terroriste sur l'attentat et seulement poursuivi pour "trafic d'armes", alors qu'il n'y a qu'un intermédiaire entre lui et celui qui a remis les armes au tueur ?
Et finalement, de quoi ont écopé les troupes du Bloc Identitaire qui avaient envahi la mosquée de Poitiers en 2012 et uriné sur des tapis de prière  ? Et bien de rien, ils n'ont pas encore été jugés.
Quant à la milice néo-nazie de Picardie qui avait fait les gros titres l'année dernière, sur la vingtaine d'hommes arrêtés, tous sauf un sont en liberté avant leur jugement. Tout ce qu'on sait, c'est que finalement, ils n'iront qu'en correctionnelle, un jour, parce que les délits qui leur sont reprochés "ne sont pas si graves".

Arriver armé dans un bar et menacer de le faire exploser, ce n'est pas très grave non plus. Du moins si on est néo-nazi, déjà condamné à sept reprises. Alexis I. a ainsi écopé de dix mois pour port d'armes mais a été relaxé du chef de "menaces", ce 5 janvier. Le fait qu'il appartienne à la même organisation que les néo-nazis picards, Troisième Voix , d'ailleurs légalement dissoute, ne fera pas couler d'encre judiciaire ou médiatique sur l'existence d'un quelconque réseau qui terrorise un peu partout en France. 

Les croix gammées, ce n'est pas très grave. Les néo-nazis, ce n'est pas très grave non plus. Plus encore que les néo-nazis et les croix gammées elle même, c'est cela qui est inquiétant, et qui devrait être terrifiant. Cet oubli permanent, ces têtes qui se détournent, ces affaires qu'on ensevelit dans le silence dès qu'il est question du néo-nazisme.

Cette injonction permanente en France à faire du néo-nazisme un détail de l'Histoire du temps présent. Une injonction qui elle-même est presque invisible, puisqu'elle se présente sous la forme du silence social sur les faits de néo-nazisme, ou de leur réduction au fait divers non-signifiant.

Cette injonction fonctionne si bien que rien ne l'ébranle. Pas même les faits pourtant tellement signifiants: l'assassinat de la députée britannique Jo Cox, les incendies par centaines de foyers de réfugiés en Allemagne. Les armes fournies par les néo-nazis au tueur de l'Hypercacher ici.

Le Front National qui peut parvenir au pouvoir dans moins de six mois.
Mais qu'on est sommés de ne jamais lier aux croix gammées qui éclosent partout où vivent ses millions d'électeurs. Parce que, voyons, l'extrême-droite n'a rien à voir avec l'extrême-droite, quelle drôle d'idée.

Une drôle d'idée, qui tout de même fait son chemin. A laquelle s'accrochent, partout en France, les sombres silhouettes qui parsèment les murs de croix gammées, avec obstination et assurance.
L'assurance de ceux qui voient des millions de gens porter à chaque élection un morceau de fascisme dans les urnes, tandis qu'ils peuvent revendiquer le nazisme dans les rues, sans que nul n'y descende pour dénoncer leurs symboles.

Un jour, ce pays se réveillera peut-être en se demandant comment et pourquoi il avait décidé qu'une croix gammée sur un mur n'était pas signifiante, même quand il n'y en avait plus une mais mille, si bien qu'il y avait même sur les réseaux sociaux, des commentaires nombreux sur les différence de qualité de la reproduction entre les unes et les autres.

En attendant, et justement parce que c'est considéré comme absurde de les comptabiliser et de les recenser, plus que jamais l'antifascisme consiste à refuser de les laisser classer dans les "faits divers".
MEMORIAL 98