Affichage des articles dont le libellé est extradition. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est extradition. Afficher tous les articles

mardi 4 juin 2019

La révolte se poursuit à Hong-Kong, 30 ans après Tienanmen




1er janvier 2020: Un million de personnes manifestent


Immense manifestation pour la démocratie et contre la répression à l'occasion du Nouvel an. Un million de personnes se sont rassemblées afin d'exiger des élections libres et une libération de tous les emprisonnés. A nouveau la police a arrêté 400 personnes. Le mouvement, qui rejette la dictature du régime de Pékin, n'est pas près de se terminer. Il a déjà représenté un fait marquant de 2019 et mérite toujours notre entière solidarité.

Memorial 98 

22 juillet 
Le régime chinois lance ses bandes à l'assaut des manifestant.e.s de Hong-Kong. Lors de l'immense mobilisation du dimanche 21 juillet, des groupes de gangsters nommés " triades" ont violemment attaqué ceux qui revenaient du défilé, notamment dans le métro. Les liens des triades avec Pékin sont connus; un député pro-Pékin a été photographié alors qu'il félicitait les gangsters .

                                     Les "triades" criminelles en action 

Les gangsters, armés de battes et de bâtons, organisés militairement et vêtus de manière reconnaissable se sont littéralement déchaînés. Il s'agit d'une nouvelle tentative de la dictature de Pékin afin de stopper ce mouvement qui défie son autorité. Cela a notamment été la cas le 21 juillet lors d'une manifestation devant le "bureau de liaison" chinois qui représente le véritable pouvoir sur place.

La dictature prétendument communiste rêve de procéder comme à Tienanmen en 1989 en écrasant et en massacrant les manifestants (voir ci-dessous) mais elle n'est pas en capacité de le faire à ce stade. C'est pourquoi elle a recours à ces gangs.
Il est crucial de continuer à soutenir le combat de Hong-Kong pour la justice et la démocratie, comme au Soudan et en Algérie.
 Memorial 98

   


15 juillet 2019: la mobilisation est toujours aussi puissante malgré la violence policière

Depuis plus d'un mois, l'immense mobilisation de la population de Hong-Kong se poursuit sans relâche (voir ci-dessous). Des millions de personnes ont déjà manifesté afin de réclamer le retrait définitif de la loi sur les extraditions et le départ de Carrie Lam, cheffe pro-Pékin d'un gouvernement désigné selon des modalités  anti-démocratiques.
Hier à nouveau, les forces de police ont violemment réprimé ces manifestations comme on peut le voir ici  
Nous apportons une fois de plus notre plein soutien à ce combat pour les libertés et la démocratie, contre une dictature sanglante.
Memorial 98


1er juillet: Nouvelle manifestation de masse

500 000 personnes ont manifesté à nouveau à Hong-Kong lors du vingt-deuxième anniversaire de la rétrocession de l'ancienne colonie anglaise à la Chine . Elles réclamaient encore le retrait définitif de la loi sur les extraditions et des excuses du gouvernement en raison des violences policières. Plusieurs centaines de jeunes ont envahi le Parlement avant que la police ne reprenne le bâtiment. C'est cet aspect qui a été mis en exergue par les médias internationaux qui ont à peine évoqué l'énorme manifestation du jour.
 Parallèlement la cheffe pro-Pékin du gouvernement, Carrie Lam, célébrait en grande pompe la même date. Appuyée par la dictature chinoise, elle espère pouvoir se maintenir. Les chefs du régime ont imposé à la réunion du G20 qui se tenait il ya quelques jours à Osaka (Japon) de ne pas aborder la situation à Hong-Kong.
La complaisance et la lâcheté des gouvernements et dirigeants qui se réclament de la démocratie à l'égard de la dictature chinoise leur à fait accepter cette exigence.

Memorial 98
 


16 juin: 
Nouvelle mobilisation très massive: deux millions de de personnes manifestent ce jour à Hong-Kong qui compte 7,4 millions d'habitants, soit la grande majorité de la population en âge de défiler. (ci-dessus) . 
Elles exigent le retrait définitif de la loi sur les extraditions et des excuses du gouvernement en raison des violences policières. La cheffe du gouvernement, Carrie Lam , a été contrainte de reconnaître qu'elle était responsable du " conflit et des querelles" actuelles. Elle doit partir. 
Cet immense mouvement va avoir des répercussions positives en Chine continentale,  car il montre que la dictature peut être battue et contrainte à reculer.
C'est la première fois que Xi Jin Ping est ainsi défait, 30 ans jour pour jour après l'écrasement de Tienanmen. D'ailleurs, le pouvoir chinois qui craint la contagion impose une censure totale sur les événements de Hong-Kong.

Memorial 98

15 juin
Première et importante victoire de la mobilisation: le projet de loi sur les extraditions est ajourné. Le combat continue pour obtenir son retrait complet ainsi que pour condamner les violences policières. 
La cheffe de l'exécutif, Carrie Lam est élue selon des règles non-démocratiques et soumise de fait à l'autorité du régime chinois. Or Xi JinPing et ses sbires ne veulent surtout pas que l'immense mouvement de Hong-Kong rappelle le grand combat démocratique de Tienanmen, écrasé 30 ans jour pour jour avant la révolte de Hong-Kong. Ils ont donc fait marche arrière et attribué la responsabilité du projet de loi contesté à la cheffe de l'exécutif. Forte de cette première victoire, la population va descendre dans la rue le 16 juin pour ce qui sera sans doute encore un grand cortège.
Memorial 98 

10 juin
La mobilisation se poursuit à Hong-Kong. La police multiplie les violences mais le gouverneur est contraint de repousser l'examen de la loi permettant les extraditions. 
Notre entier soutien au combat pour les libertés et la démocratie.

Mise à jour du 9 juin 2018: manifestation immense à Hong-Kong pour les libertés



Immense mobilisation ce jour à Hong-Kong contre un projet de loi facilitant les extraditions vers la Chine. Un million de personnes ont manifesté pour la défense des libertés alors que plusieurs personnes y ont déjà été kidnappées et sont "réapparues" aux mains de la police chinoise. Quelques jours auparavant, 200 000 personnes s'étaient rassemblées au même endroit afin de marquer le 30e anniversaire de la répression à Tienanmen. 



Memorial 98

Le 4 juin 1989 demeure le symbole d'un immense mouvement démocratique noyé dans la brutalité la plus extrême. Lors du 30e anniversaire du massacre de la place Tienanmen, les représentants de la dictature continuent à défendre ce massacre qui représentait selon eux "l'attitude correcte à adopter" 


Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, soldats et blindés avaient mis fin par les armes au mouvement des étudiants et ouvriers qui occupaient depuis un mois et demi la place Tienanmen, au cœur de Pékin. 
Les manifestants réclamaient la fin de la corruption et une ouverture démocratique.
                                                Sur la place Tienanmen
  
Le bilan de cet assaut était généralement évalué à un millier de morts mais de nouvelles révélations se sont faites jour sur l'ampleur de la répression
Un rapport de l'ambassadeur de Grande-Bretagne mentionne plusieurs milliers de  morts en une nuit, des cadavres "en pâte" sous les blindés et des manifestants achevés à la baïonnette par l'armée, confirmant ainsi les photos prises sur place et publiées par des journalistes ( voir ci-dessus). Le régime chinois, qui impose un tabou absolu sur cette période, avait de son côté affirmé fin juin 1989 que la répression des "émeutes contre-révolutionnaires" avait fait 200 morts chez les civils et "plusieurs dizaines" du côté des forces de l'ordre. 

La révolte démocratique de 1989 et sa répression restent l'un des sujets les plus tabous en Chine. Il sont bannis des livres, des manuels scolaires, des films et sont censurés sur les réseaux sociaux. Chaque année le 4 juin, la plateforme chinoise de microblogs WeChat empêche ainsi ses usagers d'échanger des sommes d'argent pour 89,64 ou 64,89 yuans, montants faisant allusion à la date du 4 juin 1989.       

 "Chaque année lorsque nous voulons commémorer (nos proches), nous sommes contrôlés, placés en résidence surveillée, ou éloignés de chez nous", déplorent les "mères de Tiananmen", une association regroupant des parents ayant perdu un enfant lors de la répression. En 2018 elles déclaraient  dans une lettre ouverte adressée à Xi Jinping et diffusée par l'ONG Human Rights in China. 
"En tant que dirigeant d'un grand pays, vous n'êtes certainement pas insensible au massacre qui s'est déroulé il y a 29 ans, ni aux familles de victimes", Le Parti communiste chinois (PCC) présente toujours officiellement les manifestants de la place Tiananmen comme "une petite minorité de personnes ayant provoqué des troubles contre-révolutionnaires". 
"Alors que nous sommes au soir de notre vie, nous espérons assister un jour, avant notre mort, à la réhabilitation de nos proches", expliquent ces "mères de Tiananmen" à Xi Jinping. "Nous avons toujours trois revendications: la vérité, des indemnisations et l'établissement des responsabilités.
A l’approche du 30e anniversaire de la révolte en juin prochain, l’appareil de censure chinois resserre les rangs pour empêcher toute mention et commémoration de l’évènement sur Internet.
Des arrestations de défenseurs des droits de l’homme se sont multipliées en amont de cette date. L'encyclopédie Wikipédia est rendue inaccessible

Une mobilisation est donc nécessaire afin de soutenir ceux et celles qui combattent pour la justice et la démocratie.
Des résultats peuvent être obtenus dans ce domaine, comme l'a montré la libération de la poétesse Liu Xia, veuve du prix Nobel Liu Xiaobo, suite à une position ferme des autorités allemandes qui ont constamment exigé qu'elle puisse se réfugier dans leur pays. A l'inverse l'attitude des autorités françaises se caractérise par un silence honteux: symboliquement, Mme Macron a été désignée comme " marraine" des pandas offerts par le régime chinois à un zoo français et a gardé le silence total sur le sort de Liu Xia. 

Les signatures de contrats s’enchaînent notamment lors de la dernière visite de XI Jin Ping à Paris, les Airbus s'envolent, on se congratule et, selon Macron, on aborde même les droits fondamentaux et quelques cas individuels de répression .

La dictature chinoise est ainsi validée, alors que Xi a ouvert la voie à son propre règne à vie.
Le régime qu’il dirige met en place un contrôle de tous les instants de la population; en utilisant notamment l’ « intelligence artificielle » et la reconnaissance faciale ainsi que les caméras omniprésentes. La peine de mort fait des milliers de victimes. La presse est totalement bâillonnée, plaçant la Chine au 176e rang de la liberté de la presse sur 180 pays, et le régime a lancé une vaste offensive afin de peser sur les médias à l'échelle mondiale.  
De plus, depuis plus d’un an, les autorités chinoises mènent une intense campagne d’internements en masse, de surveillance intrusive, d’endoctrinement politique et d’assimilation culturelle forcée à l’encontre des Ouïghours, des Kazakhs et autres groupes ethniques majoritairement musulmans vivant dans la région du Xinjiang. Environ un million de personnes, musulmanes pour la plupart, sont détenues dans des camps d’internement dans un but de « rééducation ».
 
La complaisance et la lâcheté des gouvernements et dirigeants français à l'égard de la dictature chinoise et leur mépris à l’égard des un milliard et demi de Chinois ont été constants et le demeurent . 
Chirac, Sarkozy et Raffarin ont constamment porté cette complaisance, le dernier a de plus monté un immense business d'intermédiaire et de lobbyiste pour les patrons des deux pays.

En mai 2018 François Hollande rend visite et hommage à son "vieil ami" le  dictateur chinois Xi. Le 24 mai, alors qu’il visite une usine Airbus  il explique aux journalistes français qui l’accompagnaient qu’il est «  admiratif de la vision longue qu’ont les dirigeants chinois »
Alors que Xi Jiping a ouvert la voie à un règne à vie, ces louanges à la dictature revêtent une résonance sinistre.   
Lors de sa visite présidentielle en Chine en avril 2013, le même Hollande avait déjà "renoncé" à mentionner le nom du prix Nobel  Liu Xiaobo emprisonné afin de ne pas fâcher la dictature.
Hollande s'inscrit ainsi dans la longue lignée des politiciens français qui font silence sur la répression féroce qui règne dans ce pays et qui est exercée au nom du "marxisme".


                                      Manifestation pour Liu Xiaobo à Hong-Kong

Macron poursuit dans la même direction: ainsi le lendemain de la mort en détention de Liu Xiaobo, le 14 juillet 2017, il tenait une conférence de presse conjointe à Paris avec Donald Trump. Il s'agissait alors de mettre en scène leur amitié. 
Interrogés par un journaliste chinois sur leurs impressions à propos du "président" chinois (non élu)  Xi Jinping, ils célébrèrent « un des grands leaders de notre monde » (M. Macron), « un ami, un leader de talent, un homme très bon » (M. Trump), mais n’ont pas eu un mot pour dénoncer la mort d’un Prix Nobel de la paix en détention. Emmanuel Macron s'est contenté d'un tweet de 131 signes pour réagir à cette mort.  Même Barack Obama, qui a lui-même reçu le prix Nobel en 2008, un an avant le démocrate chinois, ne s’est  jamais engagé pour lui. En revanche le comité Nobel norvégien avait  déclaré que la Chine portait "une lourde responsabilité" dans la mort "prématurée" de Liu Xiaobo en le privant de soins médicaux adaptés.

Le "modèle chinois", de capitalisme contrôlé par la dictature du Parti Communiste (!)  chinois représente un rêve pour de nombreux gouvernants et patrons à travers le monde: pas de démocratie, pas d'élections, pas de syndicats indépendants, pas de presse libre, pas de lois protectrices, pas de liberté d'expression, Internet contrôlé. Serge Dassault grand patron ultra-libéral et autoritaire indiquait ainsi  "Les Chinois, ils travaillent 45 heures, ils dorment sur place dans leurs usines, ils font des bons produits pas chers."

 
Face à l’alliance mondiale de soutien à la dictature chinoise, nous devons être plus que jamais aux côtés de ceux et celles qui combattent pour les libertés démocratiques, la justice sociale, le droit à la santé, les droits des femmes et des LGBTQ,  les droits des minorités notamment au Tibet et au Xinjiang (population Ouïgour) et alertent sur le sort des personnes disparues. 

La dictature chinoise apparaît aujourd'hui comme une force d'une solidité inébranlable. Mais comme tout régime basé sur la tyrannie, la répression et  le mensonge, elle s'effondrera et ses crimes seront jugés.  

MEMORIAL 98

Voir les autres dossiers de Memorial 98 sur la Chine:

http://www.memorial98.org/2018/06/justice-pour-les-morts-de-tienanmen-victimes-de-la-dictature.html

http://www.memorial98.org/article-33611957.html Ouïgours

http://www.memorial98.org/article-chine-le-silence-complice-de-sarkoz-58726646.html

http://www.memorial98.org/article-32223728.html

dimanche 14 mai 2017

Argentine: mobilisations contre l'impunité des tortionnaires de la dictature militaire


                              
                                        Immense mobilisation en Argentine




Mise à jour du 8 aout 2018 


La référente médiatique des opposants à la libéralisation de l'IVG en Argentine est Marianna Rodriguez Varela, militante ultra-catholique. Elle condamne l'IVG même en cas de viol ou de danger pour la vie de la femme enceinte. Elle est également la fille de d'Alberto Rodriguez Varela, ministre de la Justice durant la dictature militaire de 1976 à 1983 et ensuite avocat du chef de la junte militaire Videla lors du procès sur le vol des bébés pendant la dictature et leur remise à des proches du régime.
Le parcours de Mme Varela, qui reprend l'option catholique intégriste de la  dictature, est l'inverse de celle la fille du tortionnaire Miguel Etchecolatz (voir ci-dessous) 

Memorial 98


                      

 Mise à jour du 24 mai 2018 

Bonne nouvelle dans la lutte contre l'impunité: la cour de Cassation autorise enfin l'extradition de l'ex-policier argentin Sandoval, afin qu'il soit jugé en Argentine. Mais cet avis ne concerne qu'un seul dossier, celui de Hernan Abria (voir ci-dessous). De plus Sandoval va certainement contester à nouveau l'arrêté d'extradition. Le combat se poursuit donc

                           La mère de Hernan Abria, victime de Sandoval, manifeste

MEMORIAL 98

Mise à jour du 1er juin 2017




Mobilisation contre l'impunité d'un tortionnaire présumé réfugié en France; soutien de MEMORIaL 98

« LA JUSTICE FRANÇAISE DOIT EXTRADER L’EX-POLICIER ARGENTIN, MARIO SANDOVAL »


Paris, Buenos Aires – Le jeudi 1er juin, la Chambre de l’Instruction de la Cour d’appel de Versailles tiendra audience sur la demande, soumise il y a 5 ans par la République d’Argentine, d’extrader Mario Sandoval. Ancien officier de la police de Buenos Aires, il est poursuivi en Argentine pour crimes contre l’humanité commis durant la dictature (1976-1983). Pour nos organisations, il est temps que Mario Sandoval soit extradé et réponde de ses actes devant la justice argentine.
Cette audience fait suite à l’arrêt de la Cour de Cassation de février 2015 qui était revenue sur l’autorisation d’extradition donnée par la Chambre de l’Instruction de la Cour d’Appel de Paris, en mai 2014.
Mario Sandoval est poursuivi dans le cadre de l’enquête menée par le juge argentin Sergio Torres sur les crimes commis au sein de l’École supérieure de mécanique de la marine (ESMA) de Buenos Aires, le plus grand centre de détention et de torture clandestin, dans lequel plus de 5 000 détenus ont disparu durant la dictature. Mario Sandoval est mis en cause, alors qu’il était agent de la coordination fédérale de la police argentine, dans l’enlèvement et la disparition, en octobre 1976, d’Hernan Abriata, militant de la Jeunesse universitaire péroniste.
Mario Sandoval s’est installé en France en 1985, au retour de la démocratie en Argentine.
La famille Abriata, en particulier la mère d’Hernan, Beatriz, âgée de 90 ans et témoin impuissant de l’enlèvement de son fils par Mario Sandoval et son commando, réclament justice depuis plus de 40 ans.
Nos organisations appellent la Chambre de l’Instruction de la Cour d’Appel de Versailles à suivre l’exemple de la Cour d’Appel de Paris. Elle doit prendre la mesure de l’importance du jugement de Mario Sandoval par la justice argentine dans le cadre de la lutte contre l’impunité que mène ce pays, conformément aux obligations internationales de la France, en matière de poursuites des auteurs de disparition forcées.
Elle doit ainsi faire écho aux propos du Procureur général de la Cour d’Appel de Paris, François Falletti, qui au terme du procès devant la Cour d’Assises de Paris d’anciens responsables de la dictature chilienne, rappelait en 2010 : « Lorsque le sentiment de surpuissance passe par la torture, la dégradation, la négation de l’existence, le message doit être clair. Cela doit donner lieu à des sanctions quel que soit le temps, quel que soit l’espace » .


Audience le 1er juin à 9h00
Cour d’Appel de Versailles,
5 rue Carnot 78 000 Versailles
RER C Gare de Versailles Château / Rive Gauche

Co-signataires :

FIDH -Fédération internationale des ligues des droits de l’homme.
Son organisation membre en France :
LDH -Ligue des Droits de l’Homme
Ses organisations membres en Argentine :
CAJ – Comité de Acción Jurídica
CELS – Centro de Estudios Legales y Sociales
LADH – Liga Argentina por los derechos del hombre
Avec :
ACAT – Action des chrétiens pour l’abolition de la torture
FAL – France Amérique latine,
Assemblée de citoyens argentins en France

MEMORIAL 98

Paris, le 30 mai 2017

Immenses mobilisations contre un projet aboutissant à l'impunité des tortionnaires de la dictature.



Des centaines de milliers d’Argentin.e. s brandissant les symboliques foulards blancs des Mères et grands-mères de la place de Mai ont défilé le 10 mai à Buenos Aires, contre la décision de la Cour suprême d’alléger la peine d’un ancien tortionnaire de la dictature (1976-1983).

« On doit protester pour qu’ils n’osent pas relâcher les auteurs de génocides à nouveau », a ainsi déclaré une participante,  Alba Cervantes,  qui portait autour du cou la photo de son frère disparu le 20 septembre 1977, Miguel « Cacho » Cervantes. Des marches similaires ont eu lieu dans d’autres villes argentines.

Le 3 mai, la Cour Suprême,  plus haute juridiction du pays, avait accepté de raccourcir la peine d’un ex-agent paramilitaire, Luis Muiña, condamné à 13 ans de prison pour enlèvement et torture d’opposants sous le régime militaire. Il avait profité d’une loi connue sous le nom « Deux pour un », en vigueur de 1994 à 2001, permettant de compter comme double chaque jour passé en détention provisoire au moment d’appliquer la peine prononcée en jugement.





La loi visait à réduire la surpopulation carcérale et aucune limite n’était prévue, pouvant ainsi s’appliquer aux délits de droit commun comme aux crimes contre l’humanité. Dans le cas de Luis Muiña, le premier à en bénéficier, il avait passé  de neuf ans en prison avant d’être jugé. Mardi 2 mai, un tribunal fédéral avait  déclaré la loi « inconstitutionnelle » tandis que deux autres anciens bourreaux se sont empressés de demander à bénéficier de la même mesure, provoquant un tollé dans le pays, profondément marqué par cette page  terrible de son histoire.
 En effet  pendant la dictature militaire de 1976 à 1983, 30 000 opposants au régime ont disparu ou ont été tués par les militaires, selon les chiffres des associations de défense des droits de l'homme

Recul de l'impunité

Signe de l’émotion, les députés, puis les sénateurs ont adopté en urgence, dans la journée du 10 mai et à l’unanimité, une loi limitant la portée de la décision de la Cour Suprême. Les auteurs de crimes contre l’humanité ne pourront plus bénéficier de réductions de peines. 

Le combat des "Mères de la place de Mai",

C'est l'occasion aussi de saluer et faire connaître l'extraordinaire combat des "Mères de la place de Mai",  organisation fondée en 1977, en pleine dictature militaire . Ces femmes se rassemblaient tous les jeudis après-midi depuis le 30 avril de cette année, en plein centre de la capitale argentine, afin de réclamer des informations sur leurs enfants et petits-enfants "disparus".

Pendant la dictature argentine. 500 nourrissons ont été volés à leurs parents, selon les associations. Les prisonnières enceintes étaient gardées jusqu'à l'accouchement puis leur bébé leur était enlevé. Et "parfois les enfants de moins d'un an aussi ont été volés »,. Les nourrissons étaient remis à des proches du régime, qui dissimulaient tout de son origine à l'enfant adopté.

Les militaires leur ayant ordonné de « circuler » en raison de l’état de siège qu'ils avaient décrété, les mères et grands-mères  décidèrent de tourner en rond sur la place sur la place de Mai (Plaza de Mayo) en face du palais présidentiel de la Casa Rosada. Elles marchaient pendant une demi-heure, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, remontant ainsi symboliquement le temps et critiquant l’impunité des militaires responsables des massacres et des tortures.
En signe de protestation, les Mères portaient des foulards blancs (symbolisant les langes en tissu de leurs bébés) pour commémorer la disparition de leurs enfants.
Plusieurs des fondatrices ont été assassinées en décembre 1977 par le colonel Astiz, en même temps que des religieuses françaises engagées à leur côté.
Leur travail avait déjà permis d’identifier 97 des 500 enfants enlevés ou nés en détention durant la période militaire et clandestinement adoptés par les familles des militaires, policiers ou de proches du pouvoir.


                              Manifestation des mères et grand-mères sur la place de Mai

La lutte contre l'impunité et pour le retour des disparu(e)s constitue un de nos engagements majeurs, dans le cadre du combat contre le négationnisme.

De Buenos-Aires à Alger, de Mexico à Santiago du Chili, ce combat se poursuit jusqu' à soit retrouvée la trace de ceux et celles qui ont été enlevé(e)s et qu'en soient punis les responsables.

Mise à jour du 2 juin 2017

L’immense mobilisation contre l’impunité bouleverse les enfants des tortionnaires, qui sortent du silence.
 « C’est un monstre, je le répudie. ».  Celle qui parle en ces termes de son propre père est la fille d’un des plus sordides symboles de la dictature argentine (1976-1983), Miguel Etchecolatz. Aujourd’hui âgé de 88 ans, l’ancien policier est en prison, quatre fois condamné à la réclusion à vie, reconnu coupable de près d’une centaine d’homicides, enlèvements et tortures, commises à l’époque où il était le chef des 21 centres de détention illégale mis en place par le régime militaire dans la province de Buenos Aires.
Depuis le retour de la démocratie, le travail de mémoire avait été porté par les familles des quelque 30 000 disparus, notamment les Mères et les Grands-Mères de la place de Mai. Mais aujourd’hui, c’est au tour des enfants des tortionnaires de faire entendre leur voix.
Mariana D, la fille de Miguel Etchecolatz, a raconté son histoire à une revue numérique argentine « Anfibia ». Dans une longue interview, publiée récemment, elle décrit son enfance aux côtés du tortionnaire, qui signifiait, dit-elle, vivre avec « un être infâme » et « sans scrupule » qui provoquait en elle de la « terreur ». Si elle se présente comme Mariana D., c’est parce qu’elle a obtenu de la justice, en 2016, de pouvoir changer son nom de famille, synonyme, pour elle, « d’horreur, de honte et de douleur ». Elle se dit aujourd’hui « entière, libérée », mais préfère ne pas dévoiler sa nouvelle identité.
A la suite de ce témoignage, et sans la connaître personnellement, d’autres filles de tortionnaires ont osé à leur tour briser le sceau du silence qui pèse sur leurs familles. Elles ont créé une page Facebook, « Histoires de désobéissance, fils et filles de génocidaires pour la mémoire, la vérité et la justice », pour témoigner et partager leur expérience.
« Nous nous sommes réuni.e.s pour (…) prendre position, parce que nous ne nous sentions pas représentés par les voix des familles de tortionnaires qui s’exprimaient jusqu’à présent », expliquent-elles sur la présentation de la page. Les familles des militaires concernés ont, en effet,  toujours soutenu publiquement leurs parents, accusés de crimes contre l’humanité.
« Lutte pour la mémoire, la vérité et la justice »
« Ce dont nous sommes en train d’accoucher nous donne la force de participer à la lutte pour la mémoire, la vérité et la justice », a ainsi posté sur Facebook Liliana Furio, dont le père a été lui aussi condamné à perpétuité.
 « Je ne ressentais pas de la haine, mais de la tristesse, parce que je voulais qu’il change », a confié pour sa part Erika Lederer, fille d’un obstétricien de la maternité clandestine de Campo de Mayo, à Buenos Aires, où sont nés de nombreux enfants d’opposantes éliminées après leur accouchement puis donnés en « adoption » à des militaires, parfois même aux assassins de leurs parents.
Un des principaux détonateurs de ces témoignages a été la sentence rendue le 2 mai par la Cour suprême, ouvrant la voie à une réduction des peines de prison des anciens tortionnaires ( voir ci-dessous). Miguel Etchecolatz, entre autres, avait demandé à en bénéficier. Mais ce verdict avait soulevé une telle indignation que, quarante-huit heures plus tard, le Congrès avait approuvé à l’unanimité une loi pour freiner cette mesure, et des centaines de milliers de citoyens avaient manifesté à Buenos Aires.
Ce jour-là, au milieu de la multitude de manifestant-e-s se trouvait Mariana D.. Elle descendait dans la rue pour la première fois. C’est alors qu’elle a décidé de raconter son histoire. Avec d’autres filles de tortionnaires, elle a aussi décidé de participer, le 3 juin, à la nouvelle manifestation du collectif féministe Ni Una Menos (« Pas une [femme] de moins »), créé en 2015 pour lutter contre les violences sexistes qualifiées en Amérique latine de « féminicide ».
Aujourd’hui psychologue et professeure dans une université privée, Mariana, elle-même victime de la violence de son père, qui frappait ses trois enfants, est convaincue qu’Etchecolatz, auquel sa famille ne rend plus visite depuis plusieurs années, « mérite de mourir en prison ».

La lutte contre l'impunité des tortionnaires et des auteurs de violences contre les femmes nécessite notre solidarité, d'autant que certains des bourreaux sont réfugiés en France 

MEMORIAL 98