jeudi 23 octobre 2014

Zeev Sternhell: l'histoire du fascisme ne s'arrête pas en 1945.

Qu'est ce que le fascisme ?

La question n'est pas seulement historique ou théorique, elle est aussi pratique: aujourd'hui en Europe, s'affrontent deux manières de voir :celle qui voudrait restreindre le fascisme à des régimes historiques révolus où à des définitions extrêmement restrictives, ce qui évite d'y classer des partis ou des personnages actuellement très populaires, mais aussi des forces du passé qu'on voudrait bien réhabiliter. Et celle qui s'attache à des traits plus vastes, aux fondements communs d'idéologies et de forces politiques qui peuvent connaître des évolutions diverses en fonction de l'environnement, mais relèvent de la même matrice.

Un débat d'une heure sur France Culture illustre cette fracture: là où Alain Finkielkraut pense que le colonel La Roque, leader des Croix de Feu ne peut être qualifié de fasciste parce que son mouvement refusa de prendre le pouvoir suite aux émeutes du 6 février 34, et parce que La Roque devint résistant, Sternhell montre en quoi les rivalités de La Roque avec Maurras ou son patriotisme absolu qui lui fait rejeter l'invasion nazie, n'empêche en rien de caractériser son mouvement, fondé sur le culte de la terre et des morts, sur celui de la virilité, comme un mouvement fasciste.

De la même manière, Sternhell évoque ces traits du fascisme , nationalisme intégral, perception de la nation comme un corps dont la survie est plus importante que celle des individus, rejet du marxisme et du libéralisme politique ,  haine de la démocratie , qui n'ont pas besoin de la guerre ou de l'expansionnisme pour créer une idéologie à part entière.

Au travers des questions de Finkielkraut, on sent ce qui le dérange chez Sternhell: le réactionnaire converti aux racines voudrait bien avoir l'absolution de l'historien du fascisme vu comme guerre contre la raison et les Lumières. Malheureusement pour lui, Sternhell est historien des idées :lorsqu'il ressort des textes de personnalités fascinées par les régimes fascistes européens dans les années 30, textes qui fustigent la "décadence" , le "déclin de la France" opposée à la "vitalité" des mouvements de jeunesse allemands ou italiens, comment ne pas faire le lien avec la rhétorique réactionnaire actuelle, toute imprégnée de la même fascination pour les idéologies lepénistes et identitaires ?

On reconnaîtra cependant à Finkielkraut le mérite d'être un démocrate, car il n'est pas courant aujourd'hui d'inviter sur son antenne un contradicteur aussi implacable , et l'émission vaut vraiment la peine d'être écoutée, car il s'agit d'un vrai débat argumenté, qui tranche avec la bouillie démagogique habituelle dans les talk shows.

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