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vendredi 20 août 2021

80 ans après, le camp de concentration de Drancy symbolise la Shoah et la collaboration

Le quatre-vingtième anniversaire de l’ouverture du camp de Drancy (20 aout 1941-20 août 2021) a lieu alors qu’une grande vague de propagande antisémite déferle sur le pays.

                                              Le camp de Drancy 

La pandémie actuelle du Covid donne lieu à une déferlante de propagande antisémite et complotiste sous la forme la plus violente.

Dans la dernière période, cela a pris la forme de l'assimilation de la vaccination et du pass sanitaire à la Shoah

Des étoiles jaunes sont brandies par les opposants organisés à la vaccination. On condamne un "pass nazitaire" et compare ce pass à l'inscription sinistre du portail d'Auschwitz ). Des listes de personnes juives sont brandies. Les propos et actes antisémites ont explosé dans et hors des manifestations, notamment celles désignant des personnalités juives comme responsables de la situation sanitaire, sous forme directe et explicite, ou par l’utilisation du terme antisémite codé « Qui ? ». 

Une stèle en mémoire de Simone Veil est profanée à plusieurs reprises à Perros-Guirec (Côtes d'Armor)      

 

La grande rafle du 20 août 1941 à Paris

Le matin du 20 août 1941, des policiers français, accompagnés par des Allemands en uniforme, envahissent les rues du XIe arrondissement de Paris.

Ce jour-là, en plein Paris, ces policiers français soutenus par les militaires allemands, arrêtent 4232 Juifs afin de les envoyer vers le camp de Drancy, qui vient d’ouvrir ses portes.

Tous les hommes, français ou étrangers, sont contrôlés et les Juifs envoyés vers la place Voltaire. Toutes les entrées des stations de métro entre République et Nation sont bouclées.

Ceux des Juifs qui étaient allés s’enregistrer dans les commissariats, conformément à l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940 publiée en zone occupée, ont déjà été appréhendés directement chez eux.

L'ordre stipulait que « toute personne juive devra se présenter jusqu’au 20 octobre auprès du sous-préfet de l’arrondissement dans lequel elle a son domicile habituel pour se faire inscrire sur un registre spécial » 

Même sort pour ceux qui étaient « connus » comme faisant partie des familles juives du quartier, même non répertoriées. Les femmes sont épargnées. Personne ne sait vers où les Juifs sont emmenés.

Cette rafle « surprise » utilise comme prétexte un simple contrôle d’identité à la préfecture de Police, contrairement à celle qui l’a déjà précédée le 14 mai et qu'on a nommée " rafle du billet vertes.

4232 personnes arrêtées sont toutes conduites dans des autobus de la régie des transports parisiens à partir de la place Voltaire, en direction du camp de Drancy, « inauguré » à cette occasion.

Aucune différence n'est faite entre citoyens français et étrangers.

Ces premières rafles avaient sans doute pour but de fournir de la main d’œuvre aux nazis. C’est ce qui explique que beaucoup des Juifs qui en ont fait partie furent libérés. En effet, la rafle ayant été faite de manière systématique, une majorité des personnes raflées était inadaptée aux travaux que les nazis prévoyaient, en raison de la malnutrition subie et des maladies. Certains furent donc libérés assez rapidement (malades, handicapés, vieillards)

Cette rafle d’août 1941 a eu lieu onze mois avant celle du Vel' d’Hiv' de Juillet 1942

Souvent absente des manuels d’histoire, elle est le résultat du zèle du gouvernement de l’État français, dirigé par le maréchal Pétain.

En effet, le gouvernement de Pétain est allé au-delà des directives de l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940; il a  promulgué le premier "Statut des Juifs" dès le 4 octobre 1940 (voir Antisémitisme: le double anniversaire du 3 Octobre)

Drancy-Cité de la Muette


 

Du jour de son ouverture le 20 août 1941 jusqu'à sa libération le 17 août 1944, plus de 70.000 Juifs, dont 11.000 enfants (le plus jeune est un bébé de 15 jours) sont passés par le camp de Drancy en banlieue immédiate de Paris, avant d'être déportés à Auschwitz.  En effet à partir de Mars 1942, le camp de Drancy devient un camp de transit dont la population est tout simplement redirigée vers les camps, afin d’y être exterminée.

Le 27 Mars 1942, des détenus juifs sont déportés à Auschwitz : il s'agit du premier convoi de déportation entre Drancy et Auschwitz

Arrivée des Juifs au Camp de Drancy  (Bundesarchiv Bild 183-B10920).

Lors de la rafle du Vel'd'Hiv', les couples sans enfants et les célibataires sont amenés à Drancy.

Après leur arrestation par la  le , les enfants d'Izieu furent envoyés à Drancy avant d'être déportés et assassinés à Auschwitz.

Au total, de 1942 à 1944, une soixantaine de convois français de déportés juifs sont partis de Drancy.  

Ce sont au total entre 70000 et 80000 Juifs qui sont internés au camp de Drancy, pour une durée plus ou moins longue qui varie de quelques heures à quelques jours, de l’été 1941 à l’été 1944. Environ 63000 Juifs sont déportés depuis le camp de Drancy, de la gare du Bourget-Drancy puis de la gare de Bobigny, à destination d’Auschwitz-Birkenau principalement

Seuls 2000 d'entre eux ont survécu.

17 AOÛT 1944 : la libération

 

Alors que les Alliés débarquent en Normandie le 6 juin 1944 et que les combats pour la libération du territoire français font rage, Aloïs Brunner, commandant nazi du camp de Drancy et adjoint zélé de Eichmann continue la « chasse aux Juifs ». Il poursuivra ensuite sa carrière au service de la dictature du régime des Assad en Syrie

 

                     Beate et Serge Klarsfeld manifestent contre la présence de Brunner en Syrie
 

 

Environ un millier d’internés arrivent au camp de Drancy en juin, mille autres en juillet , parmi lesquels 250 enfants raflés entre le 21 et le 25 juillet 1944 dans les maisons d’enfants de l’UGIF en région parisienne.

 Le 31 juillet, soit 17 jours avant la libération du camp de Drancy, 1300 internés dont 330 enfants sont déportés au camp d’Auschwitz.

Dans le camp règne une atmosphère de terreur. Certains signes annoncent le départ imminent des nazis. Ces derniers donnent l’ordre de détruire les archives du camp, mais des internés parviennent à sauver le fichier nominatif du camp de Drancy.

Malgré les efforts de Brunner pour déporter le millier d’internés restants, la grève des cheminots lancée par la Résistance paralyse le réseau ferré.

Finalement Brunner obtient la mise à disposition de trois wagons grâce auxquels il est en mesure de quitter le camp le 17 aout 1944, à destination du camp de Buchenwald, déportant encore 51 internés, principalement des résistants. Au moins 21 déportés parviendront à s’évader durant le transport de ce convoi.

Après plusieurs heures d’incertitude, les internés réalisent que les nazis ont définitivement quitté le camp et que pour eux le cauchemar s'est arrêté.

Le camp de Drancy est alors remis à ceux qui représentent la Résistance . Les internés quittent le camp en quelques jours.

 

Dans nos combats contre contre tous les génocides et contre tous les racismes dont , les dates du 20 aout 1941 et du 17 aout 1944 représentent des échéances importantes au cours de laquelle nous honorons la mémoire des victimes et renouvelons notre engagement à lutter contre toutes les formes de racisme,  d'antisémitisme et de négationnisme.


Lors de cette journée nous rappelons aussi les autres victimes de génocides plus récents ou  plus anciens afin que justice leur soit rendue et pour éviter de nouveaux crimes du même type.

En effet, l'impunité des auteurs de génocides et massacres représente un facteur évident de récidive et de perpétuation de ces actes criminels. C'est pourquoi, plus que jamais et en permanence,  la mémoire des génocides nourrit nos combats. 


Articles de Memorial 98 en rapport: 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2021/08/appel-laction-contre-la-vague-de.html 

 http://info-antiraciste.blogspot.com/2021/07/shoah-etoile-jaune-rafle-du-vel-dhiv.html

http://www.memorial98.org/article-memoire-la-rafle-meconnue-du-20-aout-1941-82199443.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2021/01/vichy-contre-les-juifs-entretien-avec.html

http://www.memorial98.org/article-syrie-2-ans-deja-manifestons-avec-eux-le-16-mars-116168597.html

vendredi 13 août 2021

Appel à l’action contre la vague de propagande antisémite, toujours plus présente.

 

Déclaration d'alerte du RAAR, à laquelle Memorial 98 s'associe pleinement,  avec un appel à la diffuser le plus largement possible.

 

Communiqué du Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR) du 13 août :
Appel à l’action contre la vague de propagande antisémite, toujours plus présente
 
Le 19 juillet dernier, le RAAR publiait le communiqué suivant :
"La pandémie du Covid a déjà donné lieu à une déferlante de propagande antisémite et complotiste.
On assiste actuellement à une nouvelle vague de cette propagande. Elle prend la forme de l'assimilation de la vaccination et du pass sanitaire à la Shoah. Des étoiles jaunes sont brandies par des opposants organisés à la vaccination.
 On condamne un "pass nazitaire" et on le compare à l'inscription sinistre du portail d'Auschwitz. Des dizaines de milliers de personnes défilent dans ce cadre.

 
Les partisans de l’extrême-droite sont au premier rang de cette campagne. 
Il s’agit notamment de Florian Philippot, ancien porte-parole de Marine Le Pen, chef auto-proclamé de l'opposition à toute précaution face au Covid.
Mais cette manipulation, qui revient à minimiser et banaliser le génocide des Juifs, frappe bien au delà des rangs de l’extrême-droite.
Le débat légitime sur le contenu des mesures sanitaires et l’appréciation de la politique gouvernementale est détourné au profit de théories complotistes totalement réactionnaires et porteuses de lourds dangers négationnistes et antisémites.
C’est un mouvement mondial, comme l’ont montré les campagnes du même type aux États-Unis sous l'égide de mouvements complotistes comme QAnon et en Allemagne.
Le Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR) condamne avec force cette propagande antisémite.
Il appelle toutes les organisations antiracistes, les syndicats et les partis de gauche à faire front ensemble contre ce danger et à refuser de cautionner les manifestations et rassemblements qui se déroulent sous le signe de la confusion et du complotisme. "
Depuis, la situation s’est considérablement aggravée.
Les propos et actes antisémites ont explosé dans et hors des manifestations, notamment celles désignant des personnalités juives comme responsables de la situation sanitaire, sous forme directe et explicite, ou par l’utilisation du terme antisémite codé « Qui ? ». 
 
Le cas de Metz ( Cassandre Fristot) est symbolique.

La stèle de Simone Veil à Perros-Guirec a été souillée et profanée à plusieurs reprises ( ci-dessous).
 
 

De nombreux graffitis associent des croix gammées, des étoiles juives et le symbole « Qui ? ».
Le local parisien de l’Union syndicale Solidaires a également été l’objet de tags racistes et fascistes.
D’autres incidents inquiétants se produisent, au cours desquels des responsables syndicaux semblent s’accommoder de la présence de dirigeants locaux du RN, et vont jusqu’à favoriser leurs prises de parole.
Face à cette situation, il est nécessaire et urgent que les antiracistes se manifestent et condamnent fermement et sans ambiguïté ces manifestations de haine et de complotisme, dont on connaît les liens profonds avec l’antisémitisme.
Nous souhaitons alerter certaines organisations syndicales, associatives, politiques qui se réclament du progrès social sur le fait qu’il n’est pas possible de participer à des manifestations où l’antisémitisme s’exprime de manière récurrente sans qu’il suscite de réprobation. Il est plus que jamais nécessaire d’affirmer clairement un engagement de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.
Cet engagement à l’action devrait prendre dès maintenant la forme d’une déclaration publique en vue de préparer des initiatives unitaires autour de ce thème.
Attaché à l’action la plus large possible, le RAAR prendra de toute manière ses responsabilités.
Ne laissons passer impunément des actes et propos racistes et antisémites !
 
Vendredi 13 août 2021
 
Articles de Memorial 98 en relation: 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

mercredi 15 avril 2020

Avec Céline, l'antisémitisme en vedette à France Culture à propos du Covid19 .



C'est un choix étrange et choquant de la radio publique et d'André Dussollier.

En rapport avec l'actualité de l'épidémie, l'acteur choisit de présenter le 15 avril à 19H le pionnier de l'hygiène hospitalière et obstétricale Semmelweis ( 1818-1865), à travers un texte de Céline.
Il s'agit de sa thèse de médecine qui fut publiée en 1936, après sa pièce antisémite "L’Église". Celle-ci annonçait déjà les œuvres de violence antisémite extrême, les pamphlets Bagatelles pour un massacre ( 1937), L'École des cadavres (1938) et Les Beaux draps( 1940)
Dans sa présentation de cette lecture, notamment dans son interview à France-Info,  Dussollier suggère un parallèle entre Semmelweis et les médecins actuels qui présentent des « intuitions » et provoquent ainsi la jalousie de leurs pairs, dans une référence explicite au Dr Raoult, promoteur de l’hydroxychloroquine. 
Il dit :

C'était il y a près de deux siècles, André Dussolier, et pourtant c'est plus qu'actuel ... avec la polémique autour du docteur Raoult. C'est ce qui vous a donné envie de lire ce livre ?
Oui, parce que je suis les débats qu'il peut y avoir entre les médecins, qui sont évidemment en désaccord, parce qu'il y a une urgence ; on a envie de combattre le Coronavirus et de trouver ces solutions et on voit bien que tout le monde a été pris de court et que la science avance à son rythme et qu'elle a besoin de vérifier les propositions des uns... Il y a des médecins qui peuvent être très inspirés et avoir, tout à coup, une vision que d'autres n'ont pas. Et c'est ainsi que Semmelweis s'est heurté à ses pairs, quand il a commencé à dire qu'il fallait simplement se laver les mains ou nettoyer les instruments dont les médecins se servaient, tout d'un coup, il a obtenu des résultats magnifiques, la mortalité a baissé, donc ça le mettait en concurrence avec d'autres chefs cliniciens de la région de Vienne et donc, évidemment, on lui mettait des bâtons dans les roues. On l'a empêché de faire valoir ses idées et ses découvertes. Donc, c'est ça qu'on voit: à travers tout ce qui peut se passer aujourd'hui, on voit que la science a besoin de médecins inspirés mais aussi elle a besoin de temps pour vérifier et voit bien aujourd'hui que telle découverte est acceptée à condition d'être corroborée par une étude scientifique qui, malheureusement, ne peut se faire qu'avec le temps...Tout ça m'a fait penser à l'histoire de Semmelweis." 

Semmelweis, Céline, Raoult , mélange toxique
Mettre en avant un symbole de l’antisémitisme le plus violent dans la situation actuelle est un acte grave qui en favorise la diffusion.
En effet la pandémie actuelle donne déjà lieu à une déferlante de propagande antisémite et complotiste sous la forme la plus violente.
Soral, toujours en liberté malgré ses condamnations à des peines de prison ferme,  est évidemment  au premier plan avec sa vidéo nommée Couillonavirus Communauté organisée qui tient la France. Il y stigmatise 
"le gang qui a en charge la médecine d’État : Buzyn, Lévy, Bauer, Hirsch, Jacob, Guedj, Salomon… C’est la liste de Schindler. » il éructe que les Juifs « veulent faire du pognon sur le dos des Français, affaiblir le peuple français par le nombre de morts » .

Cette propagande se focalise notamment sur la diabolisation d’Agnès Buzyn et de son mari Yves Lévy, ancien directeur de l’Inserm, qui entraveraient l'action du Pr Raoult, comme on peut le voir dans le message ci-dessous,  exemple de ceux largement relayés sur les réseaux sociaux.


Elle prend notamment pour prétexte d’une part le rôle de l’ancienne ministre de la Santé dans les débuts de l’épidémie et d’autre la présence d’Yves Lévy lors de l’accréditation d’un laboratoire de recherche de haute sécurité financé par la France à Wuhan, le 23 février 2017. 

Selon ces théories, le virus du Covid est issu de ce laboratoire et a été volontairement répandu avec la complicité, voire même sous la responsabilité d’Yves Lévy,  tandis que son épouse sabotait la prise en charge de l’épidémie en France. On peut même voir des caricatures montrant Agnès Buzyn en train d'empoisonner un puits, comme dans la tradition antisémite séculaire ( ci-deesous) 


Mais au delà de ces cibles, on retrouve le site complotiste et antisémite Mondialisation.Ca publie ainsi un texte qui accuse les Israéliens de diffuser le virus.
De son côté Marine Le Pen a plusieurs fois relayé la rumeur d’une origine « mystérieuse et inconnue » du coronavirus.
Elle prolonge ainsi les thèse de son parti contre les acquis de la santé publique.

La tradition antisémite en action 
Cette propagande ne surgit pas du néant. Elle s’inscrit au contraire dans une tradition fort ancienne.  
Ceux qui jouent sur la hantise des grandes épidémies ont recours à tous les poncifs de l'antisémitisme historique, concernant particulièrement la peste. 
Ainsi lors l’épidémie de peste noire qui toucha l'Europe entre 1347 et 1350, les agitateurs antisémites l'attribuèrent à un acte satanique orchestré par les Juifs qui voulaient dominer le monde en empoisonnant l'air et l'eau.
Une vague de massacres s'ensuivit notamment dans les aires germaniques et catalanes : en 1348 en Catalogne, les violences antijuives se diffusent presque au même rythme que la peste : Hyères, Toulon, Perpignan, puis Barcelone (peste le 15 mai 1348, pogrom le 17 mai) et de là Tàrrega (peste le 30 juin, pogrom le 6 juillet)
Aucune communauté juive importante d'Allemagne ne fut épargnée par les massacres et  les pillages. A Berne et à Zurich, des Juifs furent jugés et exécutés.
2000 Juifs furent tués à Strasbourg lors du "massacre de la Saint Valentin" en février 1349, d'autres victimes furent nombreuses à Colmar, Worms, Francfort, Cologne et ailleurs.

Plus près de nous le spectre de la « peste juive » réapparut en 1920
Aux premiers jours du mois de décembre 1920, une  rumeur est diffusée dans Paris : une pandémie inconnue et mortelle, la maladie n° 9 ( nom de code pour la peste), dont seraient porteurs les immigrés juifs originaires d'Europe orientale, se propagerait à vive allure dans les quartiers populaires de la capitale.
Les pouvoirs publics, impuissants à endiguer l'épidémie, auraient déjà recensé plusieurs centaines de cas mais refuseraient d'en faire état. La presse s'empare de l'affaire, bientôt instrumentalisée par la droite nationale et antisémite.
La crainte de la prétendue "maladie n° 9 " donne lieu, au Sénat, à une séance houleuse et retentissante le 2 décembre 1920. De nombreux élus dénoncent le caractère " inassimilable " des " Juifs d'Orient ", accusés de répandre l'épidémie, avec la complicité de leurs coreligionnaires installés en France depuis plusieurs générations. Présentés comme réfractaires aux mœurs de la civilisation occidentale, assimilés à des rats grouillant dans Paris, les Juifs sont également accusés de propager le " microbe " du " bolchevisme défaitiste ". 
Les classiques de l’antisémitisme tels le faux nommé Protocole des Sages de Sion et Mein Kampf martèlent ce genre d’accusations.
Il ne s’agit pas seulement de propos hallucinés et sans effet pratique mais d’un encouragement à la violence antisémite.
Celle-ci s’est manifestée récemment lors des attentats meurtriers des synagogues de Pittsburgh, de San Diego et de Halle en Allemagne. Or les auteurs de ces attentats ont commis leurs crimes  en s’appuyant sur les accusations complotistes portées contre les Juifs et leurs actions maléfiques. Ainsi Robert Bowers, le terroriste de Pittsburgh a donné comme raison de son passage à l'acte une accusation elle-aussi éternelle contre « les Juifs coupables de favoriser les migrants afin de détruire l'Amérique. »

Céline comme référence? 

Plusieurs tentatives de réhabilitation de Céline ont déjà eu lieu ces dernières années :
L’antisémite enragé et délateur figurait parmi les personnalités et événements pour lesquels le ministère de la Culture Frédéric Mitterrand prévoyait en 2011 une célébration nationale, à l'occasion du cinquantenaire de sa mort. À la suite d'une protestation initiée par Serge Klarsfeld, il fut finalement contraint de retirer Céline de cette liste.
En décembre 2017, on apprenait que Antoine Gallimard, patron des éditions du même nom projetait de publier un volume regroupant les pamphlets antisémites de Céline, Bagatelles pour un massacre, L'École des cadavres et Les Beaux draps, à paraître en mai 2018 sous le titre complaisant Écrits polémiques et avec un appareil critique minimal et complaisant. Là aussi le tollé obligea Gallimard à un recul, peut-être provisoire. Il accompagna son recul d'une dénonciation du rôle de Serge Klarsfeld et d'une stigmatisation des musulmans porteurs de l’antisémitisme
En choisissant de promouvoir à nouveau Céline, France-Culture et Dussollier prennent la lourde responsabilité de favoriser la diffusion de ses différentes thèses, y compris les pires. 

Céline dénonciateur de médecins juifs

Or Céline a sans cesse stigmatisé et dénoncé les médecins juifs qu’il a croisé. Ainsi le Dr Ludwig Rajchman. qui était directeur de l'Organisation d'hygiène de la Société Des Nations à Genève. C’est lui qui a soutenu la candidature de Céline comme candidat au poste de médecin dans son service. Ce dernier a donc travaillé sous les ordres de ce médecin juif qui  a entretenu avec lui des relations amicales, au cours des trois années qu’il a passées à Genève.Après son départ de Genève, Ludwig, Rajchman a continué à l’aider financièrement en lui confiant des missions pour la SDN, sans lui réclamer de rapports. Céline l’a ensuite stigmatisé sous le nom de "Yudenzweck" dans l’Eglise et de "Yubelblat" dans Bagatelles pour un massacre.
En 1929 Céline a trouvé un emploi dans le dispensaire qui venait jusqu’à ouvrir à Clichy, grâce encore à l’appui du docteur Rajchman. Contrairement à ce qu’il espérait il n' y fut pas  nommé médecin chef. Le choix s’est porté sur le docteur Ichok, ce qui a exaspéré Céline lequel n’a jamais digéré qu'on ait nommé un Juif à sa place. Il a fait courir le bruit qu’il avait usurpé le titre de docteur en médecine. Céline l’a décrit en ces termes injurieux : « Au dispensaire municipal sur lequel je m'étais rabattu, je vis arriver un certain Idouc lithuanien (...) imposé par les dirigeants communistes (...) La direction du dispensaire, confiée à ce médecin probablement faux, n'étant sans doute qu'un camouflage ».   
Ensuite Céline a selon son habitude pratiqué la délation en écrivant aux autorités de l’époque " La [sic] poste de Médecin du dispensaire municipal de Bezons (Seine-et-Oise) est actuellement occupé par un médecin étranger juif non naturalisé. En vertu des récents décrets ce médecin doit être licencié. Le Dr Destouches présente sa candidature à ce poste — Le Dr Destouches a pratiqué depuis 1924 dans les dispensaires municipaux de la banlieue. Il est pleinement qualifié pour ce poste"
Ainsi si Céline représente aux yeux de France Culture une référence à propos des débats de la médecine actuelle, ses convictions antisémites extrêmes trouvent dès lors une légitimation inquiétante.

Protestons!
Nous appelons à protester auprès de France-Culture et de la médiatrice de Radio France contre cette programmation dangereuse et choquante.

Vous pouvez envoyer ce texte ou une de ses parties ou votre propre protestation à l’adresse suivante https://mediateur.radiofrance.fr/  dans la page d’accueil à la rubrique « s'adresser à la médiatrice » 

 Memorial 98






vendredi 10 avril 2020

Les Afro-américains et Amérindiens durement frappés par le Covid: le poids des discriminations.


Dans plusieurs villes dont Chicago et la Nouvelle-Orléans, ils représentent environ 70% des morts du Covid-19, alors qu'ils ne comptent que pour moins d'un tiers de la population urbaine.

Dans plusieurs régions des États-Unis, il est ainsi avéré que le Covid-19 tue de façon disproportionnée les Noirs.
Des statistiques nationales sont réclamées afin de comprendre l'ampleur du phénomène et prendre des mesures de santé publique.
Pour l'instant, elles sont publiées de manière disparate, selon les États et les villes. 
Ces chiffres fragmentaires ne permettent pas de comprendre si une inégalité spécifique au Covid-19 est à l’œuvre, ou si cette disproportion reflète avant tout les inégalités socio-économiques et d'accès aux soins qui affectent les Noirs.

L’État de New York, par exemple, plus gros foyer américain de l'épidémie, ne publie pas de statistiques par ce que les Américains appellent «race» et ethnicité (Noir, Blanc, Asiatique, Hispanique...) une composante qui apparaît pourtant sur les formulaires de recensement.

Mais d'autres structures locales publient des chiffres alarmants: dans l'Illinois, les Noirs représentent 14% de la population mais 42% des décès de l'épidémie. A Chicago, c'est 72% des morts, alors qu'ils représentent moins d'un tiers des habitants: des disparités qui «coupent le souffle», a déclaré la maire de la ville, Lori Lightfoot.

En Caroline du Nord, 31% des morts étaient Noirs, contre 22% dans la population. En Louisiane, où se trouve La Nouvelle-Orléans, la disproportion est plus grande encore: 33% des habitants sont Noirs mais 70% des morts l'étaient.

On tente de trouver des explications en amont de l'épidémie. «Nous savons que les Noirs sont plus susceptibles d'avoir du diabète, des maladies du cœur et des poumons», a dit le médecin en chef du gouvernement fédéral Jerome Adams, lui-même Afro-américain. Or ces comorbidités augmentent le risque de complications du Covid-19.
Adams a parlé de ses propres problèmes de santé pour illustrer le problème qui affecte sa communauté; «Je l'ai déjà dit, je fais moi-même de l'hypertension. J'ai une maladie du cœur et j'ai déjà passé une semaine en réanimation à cause d'un problème cardiaque. Je fais de l'asthme et je suis pré-diabétique.J'illustre ce que c'est de grandir pauvre et noir en Amérique.»

En pleine épidémie, il manque encore des études rigoureuses et de dimension nationale. Mais il est bien établi que les quartiers pauvres et noirs ont moins de médecins et des hôpitaux de moindre qualité. Que les couvertures médicales des emplois de service sont inférieures à d'autres emplois mieux rémunérés. Un phénomène de discrimination a aussi été vérifié selon lequel les patients noirs se voient prescrire moins d'examens et de consultations avec des spécialistes que les blancs.

Georges Benjamin, président de l'Association américaine de santé publique (APHA), explique aussi que les Noirs, aux États-Unis, sont plus exposés au coronavirus que des populations plus aisées, dans leur vie quotidienne ou leur travail. «Cette population fait plus face au grand public», dit-il. «Ils sont plus souvent chauffeurs de bus, ils prennent plus les transports en commun, ils travaillent plus dans les maisons de retraite, les magasins et les supermarchés.» La distanciation sociale est plus compliquée lorsqu'on habite des quartiers plus denses, des logements plus petits. Quant au télétravail, il est souvent impossible, en raison des types d'emplois. Et se faire livrer des courses à domicile est souvent un luxe. Ce phénomène n'est évidemment pas réservé aux États-Unis mais il y prend un caractère plus étendu.
Les témoignages se multiplient sur la moindre accessibilité de sites de dépistage dans les quartiers pauvres. «Beaucoup d'Américains noirs et d'autres communautés de couleur n'ont pas le privilège de pouvoir se confiner à la maison», ont écrit des centaines de médecins et l'organisation de défense des minorités Lawyers' Committee for Civil Rights dans une lettre au secrétaire américain à la Santé. Il somment les autorités sanitaires fédérales de «publier immédiatement des données ethniques et raciales» sur le dépistage et la prévalence du Covid-19, afin de déterminer où des moyens supplémentaires doivent être envoyés.
Historiquement les catastrophes naturelles et les épidémies aggravent le fardeau des maladies dont souffrent les minorités discriminées. Ce fut le cas déjà à la Nouvelle-Orléans, lors de l'ouragan Katrina en 2005.
Plus loin encore, lors de l’épidémie de grippe espagnole en 1918, les politiques de discrimination légales de l'époque signifiaient que les Noirs recevaient des soins de moindre qualité ou n'en recevaient pas du tout.
Actuellement, il existe déjà des grosses différences d’espérance de vie selon l’origine ethnique.
A Chicago, par exemple, on enregistre un écart de neuf ans entre l’espérance de vie des résidents noirs et blancs, avec plus de 3000 décès en excès chaque année chez les Afro-américains.
D'autres populations sont aussi touchées comme les Amérindiens. 
Le coronavirus pourrait creuser ce fossé alors même que Trump met en œuvre une gestion catastrophique de l'épidémie. 

C'est un immense programme de lutte contre les inégalités, dont celles de santé, qui doit être imposé afin de mettre fin à ce drame sanitaire terrible.


Voir d'autres articles de Memorial 98: 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2016/11/13-novembre-hommage-rosa-parks-et-la.html

http://www.memorial98.org/2015/06/charleston-la-menace-terroriste-d-extreme-droite-grandit.html

http://www.memorial98.org/article-25281598.html sur Lincoln et le combat contre l'esclavage


Trump:
http://info-antiraciste.blogspot.com/2016/03/trump-bloque-chicago-bravo.html 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2018/06/america-first-le-slogan-fasciste-de.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2018/06/trump-emprisonne-des-enfants-agissons_15.html

 

MEMORIAL 98