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dimanche 9 mai 2021

8 mai 1945: la mémoire du nazisme nourrit nos combats

 


8 mai: une mémoire actuelle, 76 ans après la chute du nazisme.


1945: la capitulation et la joie


Le 7 mai 1945, à 2h41 du matin, l'Allemagne nazie capitule. C'est la fin des combats en Europe.
Hitler, arrivé au pouvoir le 30 Janvier 1933, vient de se suicider, le 30 avril. Le "Reich de 1000 ans" qu'il promettait, aura duré 12 ans. Il a eu néanmoins le temps de déclencher la 2e guerre mondiale et de mettre en œuvre la Shoah.

Le lendemain, une immense vague de joie déferle sur la planète, provoquant des scènes de liesse dans toutes les capitales, à l’exception de Berlin et Tokyo.

Le régime impérial japonais poursuit les combats dans le Pacifique, la Seconde Guerre mondiale n’est pas encore terminée.

La joie est  ternie par la  découverte des camps de mise à mort , depuis quelques mois, au fur et à mesure de la progression des armées alliées, notamment soviétiques. Le dernier camp est "libéré" le 8 mai 1945; il s'agit de celui de Theresienstadt/Terezin, en Tchécoslovaquie alors que Auschwitz l'a été le 27 janvier de la même année. .

Alors même que s'effondrait le régime le plus réactionnaire que l'histoire ait connu, les peuples colonisés exprimèrent leurs aspirations à l’égalité et à l'auto-détermination.
Ainsi l’Algérie "française"  connait, en ce jour du 8 mai 1945, des scènes de répression coloniale d’une extrême violence. Les célébrations se terminent dans un bain de sang à Sétif, Guelma, et Kherrata, entraînant la mort d’environ 45 000 personnes.

Un passé toujours actuel

Le souvenir du 8 mai 1945 et plus généralement de la période de Vichy et de la collaboration avec les nazis demeure un sujet de  débat et de clivage notamment dans la droite, mais aussi dans une partie de la gauche. 

Ainsi Giscard d'Estaing, alors président de la République, avait supprimé la commémoration du 8 mai à partir de 1975, sous prétexte de construction européenne.
Elle fut rétablie en 1981 par Mitterrand. 

Mais ce dernier a maintenu la fiction d'une non responsabilité des autorités françaises notamment dans la déportation des Juifs de France.
Il a dans ce cadre mis en œuvre, de 1987 à 1992,  un hommage à Pétain auquel il ne mit fin qu'à la suite d'un important scandale face à la persistance de cette révérence si choquante. Alors qu'on commémore cette année le quarantième anniversaire de l'accession au pouvoir de Mitterrand le 10 mai 1981, le respect organisé de la personne de Pétain représente une des tâches de cette présidence.

 L'implication de Mitterrand et de Hubert Védrine dans le génocide des Tutsi de 1994, documentée certes encore incomplètement, dans le rapport Duclert, en est une autre.   
 

A droite, c'est Sarkozy qui lança, dès sa campagne électorale de 2007, une offensive d'ampleur contre la "repentance" et contre la reconnaissance de la participation des autorités françaises à la Shoah. A peine élu, il a choisi de boycotter la cérémonie du 8 mai 2007, pour ne pas se retrouver à côté de Chirac qui avait reconnu les responsabilités françaises dans la déportation des Juifs. 
A l'époque, Patrick Devedjian, alors dirigeant de premier plan de l'UMP, décédé depuis, en résumait ainsi les enjeux (dans le journal Le Monde du 10 avril 2007) : " La droite est sortie honteuse de la guerre. Depuis la Libération, la gauche exerce un magistère moral sur l'histoire, distribuant les bons et les mauvais points: à gauche le parti des fusillés, à droite les collaborateurs. Même Chirac n'a jamais dit qu'il était de droite, et Jospin n'a pas hésité à dire de la droite qu'elle était héritière d'un courant anti-dreyfusard, antisémite et raciste. Il (Sarkozy) a sorti nos valeurs de la réclusion, il redonne sa dignité à la  la droitisation de la société permet aujourd'hui ce réajustement idéologique qui anticipe la victoire politique".

Plus concrètement, il s'agissait alors pour la droite comme aujourd'hui de récupérer les thèmes et l'électorat du FN et donc de jouer sur le nationalisme. Sarkozy a sans cesse œuvré à légitimer  les thèses du Front National
Son successeur, Laurent Wauquiez, a poursuivi dans la même voie et accueilli en grande pompe Eric Zemmour qui travaille à réhabiliter Pétain et son régime. La campagne électorale qui s'ouvre pour les élections régionales de juin prochain et la présidentielle 2022 montre à quel point la lâcheté et la complaisance à l'égard des idées racistes du FN/RN entraîne toute la société vers une possible catastrophe. On a encore vu récemment un des dirigeants de la droite LR, Eric Ciotti, réduire ses différences avec le RN à une prétendu "capacité à gouverner" 

 


De son côté  Macron multiplie les lois répressives. Ses ministres dénoncent sans cesse un "islamo-gauchisme" inventé par les courants les plus réactionnaires de la droite. Cette épouvantail a pour vocation de discréditer ceux et celles qui s'opposent
 Emmanuel Macron a aussi voulu rendre hommage à Pétain, lors du centenaire de la fin de la première guerre mondiale. Il a repris l’argumentation bien connue sur le « grand soldat » qui aurait ensuite fait « des choix funestes ». Face au scandale, il a du renoncer à cet hommage.

Nous en appelons plus que jamais au combat contre les idéologies et actes racistes et antisémites quels que soient leur prétexte, et pour l'avenir d'un monde débarrassé de la menace fasciste.
 
Le soixante seizième anniversaire de la victoire contre le nazisme est commémoré cette année dans les conditions particulières de la pandémie du Covid.

Cela a déjà été le cas cette année des anniversaires en avril du génocide des Tutsi au Rwanda, marqué par la publication d'un important rapport sur les responsabilités françaises, et de celui des Arméniens. 
L'insurrection du ghetto de Varsovie a donné lieu à une importante mobilisation avec pour la première fois  l'organisation d'un hommage public sur la place de l'Hôtel de Ville de Paris, à l'appel du Réseau d'Actions contre l'Antisémitisme et tous les Racismes ( RAAR) et de nombreuses associations dont Memorial 98. La vidéo de cet événement se trouve ici 
La crise sanitaire du Covid donne lieu à un déferlement de propagande complotiste et antisémite et à des manifestations à tonalité d’extrême-droite dans plusieurs pays.
 
Malgré la défaite retentissante de Trump et la catastrophe sanitaire provoquée par lle fasciste Bolsonaro au Brésil

En France on assiste  à des attaques contre des responsables de santé d’origine juive .
Soral, toujours en liberté malgré ses condamnations à des peines de prison ferme, est évidemment  au premier plan avec sa vidéo nommée Couillonavirus Communauté organisée qui tient la France
Il y stigmatise "le gang qui a en charge la médecine d’État : Buzyn, Lévy, Bauer, Hirsch, Jacob, Guedj, Salomon… C’est la liste de Schindler. » il éructe que les Juifs « veulent faire du pognon sur le dos des Français, affaiblir le peuple français par le nombre de morts » .
Mais au delà de sa propagande, de nombreuses «  explications diaboliques » envahissent les réseaux sociaux et les milieux déjà touchés par l’intervention de réseaux complotistes d’extrême-droite, notamment lors du mouvement des Gilets jaunes.


Aux États-Unis les manifestations contre les mesures de protection sanitaire se sont multipliées, notamment dans le États dirigés par les démocrates,initiées  par une coalition de suprémacistes, d’intégristes et de lobbyistes des armes à laquelle se sont joints les complotistes « anti-vaxxers », hostiles aux vaccinations. De nombreux slogans antisémites ont été lancés lors de ces manifestations,
s’ajoutant ainsi aux crimes des synagogues de Pittsburgh et San Diego et à la manifestation meurtrière des suprémacistes blancs à  Charlottesville en août 2018.  
                                              L'appel à la manifestation fasciste de Charlottesville

En Allemagne, une mobilisation du même type se nomme «  Résistance 2020 » et s’appuie sur le parti d’extrême-droite AfD (Alternative pour l'Allemagne)
 Le co-président de ce parti Alexander Gauland décrit le jour de la fin de la Seconde Guerre mondiale, comme étant un "jour de défaite absolue".
Il réagissait ainsi aux appels répétés en Allemagne pour faire du 8 mai un jour férié, ce qui n’est pas le cas actuellement sauf à Berlin. Dans cette ville qui constitue aussi un État, le 8 mai a été fêté et férié à titre exceptionnel en 2020 lors du 75e anniversaire, en tant que symbole de libération du nazisme.  Une pétition nationale demande la généralisation de cette démarche.
 "Le 8 mai n'a pas le potentiel d'être un jour férié car c'est un jour ambivalent", a déclaré Gauland. "Pour les détenus des camps de concentration, c'était une journée de libération. Mais ce fut aussi un jour de défaite absolue, un jour de perte de grandes parties de l'Allemagne ( à l'Est) et de la possibilité de façonner de nouvelles choses".   
Gauland  n’en est pas à son premier dérapage en la matière, alors qu’il se présente comme le leader l’aile « modérée » de l’AfD, opposée au négationniste Bjorn Hoecke, chef du parti en Thuringe. 
En juin 2018, il avait comparé la période nazie à “une fiente d’oiseau” au regard de 6 000 ans d’histoire allemande. Une manière de réduire le IIIe Reich à un détail, ce qui avait déjà provoqué une vague de critiques. Il avait aussi vanté “les performances des soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale”, en septembre 2017.

La date du 8 mai rappelle à nouveau que le fascisme et le nazisme ont finalement été vaincus mais que si on les laisse prospérer, ils auront auparavant provoqué d'immenses drames et nombreuses catastrophes humaines.C'est pourquoi nous les combattons sans relâche


MEMORIAL 98

lundi 3 mai 2021

En route vers le négationnisme: la nouvelle dérive de l'UJFP

 

Mise à jour du 6 mai 2021

 

L'UJFP déclare qu'elle a retiré son texte à caractère négationniste en publiant une "mise au point" .

 

L'explication fournie pour ce retrait argumente sur une maladresse et des problèmes de formulation, sans expliquer comment un texte aussi catastrophique a pu être produit, validé , publié et maintenu sur le site Internet officiel d'une organisation qui déclare lutter contre le racisme, et ce pendant plus d'une semaine.

Ce texte originel, dont la lecture est nécessaire afin de comprendre de quoi il s'agit, se trouve toujours ici : https://web.archive.org/web/20210502223916/https://ujfp.org/reflexions-sur-lusage-du-terme-shoah-et-la-lutte-contre-lantisemitisme-dans-le-discours-officiel/


MEMORIAL 98

 

L’Union Juive Française pour la Paix (UJFP)  vient de publier sur son site Internet, un texte  critiquant l'utilisation du terme Shoah et présenté comme issu de sa" Commission antiracisme politique, pour la Coordination nationale de l’UJFP le 29 avril 2021"

Ce texte reprend de très nombreux poncifs de la mouvance négationniste/antisémite dite d’ultragauche.

Cette déclaration, suffisamment grave pour mériter notre réaction, nous explique dans son argumentaire central que :

« La destruction des Juifs au cours de la seconde guerre mondiale est l’histoire spécifique de l’Europe occidentale habituée par ailleurs à traiter les indigènes des colonies qu’elle occupait en sous-hommes, taillables et corvéables à merci. Réduits la plupart du temps à l’état d’esclavage. La nouveauté dans la destruction des Juifs d’Europe a résidé dans le fait qu’ils étaient blancs et européens  Qu’un certain nombre ont été transformés par les nazis en esclaves aux services des entreprises allemandes travaillant pour l’effort de guerre nazi jusqu’à l’extrême limite de leur résistance physique avant d’être détruits et réduits en cendres.

Ainsi, si on comprend bien le raisonnement tortueux de l’UJFP, il n’y avait pas de la part des nazis et d’Hitler de projet génocidaire (ce terme ne figure d’ailleurs pas un seule fois dans le texte UJFP), visant à tuer tous les Juifs d’Europe et d’ailleurs. Il s'agissait uniquement, selon l'UJFP,  d'un projet d’exploitation de la force de travail de ces Juifs, puis d’élimination après usage.

Afin de pouvoir à toute force présenter la Shoah comme une simple poursuite en Europe des entreprises coloniales, le texte nie la volonté nazie d’exterminer les Juifs dans le cadre de la "solution finale du problème juif".

Cette argumentation s’oppose à toute l’histoire réelle de la Shoah.

Nié le discours d’Hitler au Reichstag le 30 janvier 1939, pour le sixième anniversaire de sa prise du pouvoir en 1933, Hitler déclare :

« Je vais à nouveau être prophète, aujourd'hui : si la juiverie financière internationale, hors d'Europe et en Europe, réussissait à précipiter encore une fois les peuples dans une guerre mondiale, alors la conséquence n'en serait pas la bolchévisation de la terre et la victoire de la juiverie, mais l'anéantissement de la race juive en Europe » s’agit-il de travail forcé ?

Quand dès septembre 1941 en Ukraine à  Babi Yar, trente-trois mille sept cents Juifs ukrainiens de tous âges et des deux sexes ont été tués par les nazis, s’agissait-il de travail forcé ?

Quand Eichmann est chargé de mettre en œuvre la «  solution finale de la question juive en Europe » il s’agissait donc de travail forcé ?

Quand 900000 Juifs polonais, notamment de Varsovie sont mis à morts dans le camp de Treblinka, s’agissait-il de travail forcé ?

Quand les Juifs de Norvège, de Grèce, de Hongrie, de France furent traqués et transportés à Auschwitz et dans d’autres camps de mise à mort, s’agissait-il de travail forcé?

Les centaines de milliers d’enfants Juifs assassinés par les nazis étaient-ils destinés au travail forcé ?

Les rédacteurs de ce texte infâme ignorent-ils que le projet nazi d’anéantissement des Juifs a duré jusqu’au dernier moment de la guerre et qu’il était prioritaire par rapport à toute forme de travail forcé ?

Il y a une histoire déjà longue du négationnisme dit d’ultragauche. Il s’est agi depuis longtemps de relativiser la Shoah et l’antisémitisme nazi afin de combattre prétendument le discours antifasciste qui servirait de caution au capitalisme et à la « démocratie bourgeoise »

Dès 1960 circulait un texte dénommé « Auschwitz ou la Grand Alibi » produit par un groupuscule « bordiguiste » . Celui-ci ne niait pas la Shoah mais exonérait les nazis de leur antisémitisme exterminateur et prétendait « expliquer » le génocide par une concurrence entre différentes fractions de la petite-bourgeoise. Cette grille de lecture soi-disant marxiste ouvrait en réalité la voie au négationnisme antisémite dans lequel se sont illustrés le groupe de la Vieille Taupe de Pierre Guillaume et tant d’autres groupes et revues, de la Guerre Sociale à La Banquise.

Il ne s’agit plus de marxisme mais d’un prétendu « décolonialisme » mais qui aboutit à la même démarche: il faut minimiser la Shoah et la placer dans la continuité du colonialisme.

Les spécialistes de l’UJFP vont-ils appliquer la même grille au génocide des Arméniens, à celui des Tutsi, des Bosniaques musulmans de Srebrenica, à celui des Rohingyas ?

Un grave danger guette l’UJFP: quand la ligne rouge est franchie, comme dans cette déclaration, tout devient prétexte à mettre en cause les projets génocidaires des régimes exterminateurs. C’est d’ailleurs ce qu’on trouve dans d’autres passages du texte, qu’on croirait tirés de la prose de propagandistes antisémites, ainsi: 

« Nous devons nous interroger sur le sens et le bruit entretenu à propos de la lutte contre l’antisémitisme, réel ou supposé, contre l’antisémitisme seul » L’allusion porte sans doute sur les assassinats de Mireille Knoll et celui de Sarah Halimi , voire celui de Ilan Halimi que l’UJFP avait refusé de reconnaître comme un acte antisémite. L'UJFP s'est d'ailleurs à nouveau dissociée de la commémoration largement unitaire du quinzième anniversaire de cette mort en distribuant un tract provocateur lors de cette initiative

Idem pour la comparaison nauséabonde entre le sort des enfants Juifs assassinés et le sort d’enfants expulsés avec leurs parents après être passés par des Centres de rétention ( c’est évidemment une mesure ignoble pour laquelle la France a été condamnée plusieurs fois par la justice européenne) Certes le texte est obligé de reconnaître  que « Même si, nous le savons, la mort programmée n’est pas la finalité de leur déportation » mais dans ce cas pourquoi comparer et pourquoi parler de « déportation » et de «  disparition par l’expulsion/élimination » ?.

Si cette déclaration avait été la première manifestation d’une position trouble face à la Shoah et à l’antisémitisme, elle serait déjà fort dangereuse

Mais il s’agit ici de bien autre chose: l'UJFP n'a jamais mené une quelconque action contre l'antisémitisme. Sa seule ligne en ce domaine consiste à justifier les propos antisémites de personnes telles que Houria Bouteldja et ses acolytes.

Récemment un des ses représentants à Bordeaux a exigé que le terme antisémitisme soit retiré de l’intitulé d’une commission municipale destinée à lutter contre le racisme et l’antisémitisme.

Cela remonte à fort loin puisque déjà en 2006 ce groupe a boycotté avec d'autres organisations tout aussi aveuglées, le rassemblement de protestation après le meurtre antisémite de Ilan Halimi, au prétexte que la police et la justice qui n'avaient pas établi le caractère antisémite de l'affaire.  

Cet étrange raisonnement, s'agissant d'organisations habituellement peu enclines à s'aligner sur les analyses policières, témoignait du refus à s'emparer du combat contre l'antisémitisme, en raison des liens supposés avec la situation au Moyen-Orient.

La même confusion s'est poursuivie lors de la marche blanche après le meurtre de Madame Knoll en 2018  puisque l'UJFP s'est alors rangée sous la bannière de Daniel Knoll, qui défendait également la présence du Front National lors de cette marche (voir ici)

Les militant-es de l’UJFP sont évidemment directement concerné-es par cette déclaration abjecte faite en leur nom.

Espérons qu’ils-elles sauront l’exprimer.

Memorial 98

 

 

 

   

 

 

 

 

    

   

 

 

  

jeudi 13 août 2020

Staline falsficateur de l'histoire de la Shoah et censeur du Livre noir

Mise à jour 13 décembre 2020

A voir absolument dimanche 13 décembre 2020 à 22h40 sur France 5, puis en replay.

"Nous nous sommes retrouvés entourés de soldats qui pointaient leurs fusils sur nous. On a commencé à nous ôter nos vêtements de dessus et à nous pousser vers la fosse. À ce moment-là, des coups de feu ont retenti. On a entendu des hurlements terribles. Les soldats nous faisaient tomber vivants dans la tombe pour éviter d'avoir à traîner nos corps. Je dis adieu à ma femme. Nous étions enlacés lorsqu'une balle l'a atteinte à la tête. Son sang m'a giclé au visage. » 

Ce témoignage glaçant est extrait du Livre noir, un ouvrage constitué à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour documenter la destruction des Juifs dans les territoires soviétiques conquis par les nazis. Ce livre qui recueille des textes et témoignages de survivants ne sera finalement publié qu'à partir de 1993.

Qui sont Ilya Ehrenbourg, Solomon Mikhoels et Vassili Grossman, les trois personnages essentiels à la construction de ce livre ? Quels étaient les liens entre littérature et politique en URSS ? Et comment expliquer la censure du Livre noir et les campagnes antisémites commandées par Staline ?

 Le contenu de ce film documentaire correspond à ce que nous analysons ci-dessous.

MEMORIAL 98

 


Nuit des poètes assassinés.jpg 
Parmi les victimes du massacre du 12 août 1952: Peretz Markish, Leib Kvitko, David Hofshtein, Itzik Feffer , David Bergelson, écrivains et poètes. 

Staline et les Juifs : de la suppression du Comité Antifasciste Juif  au procès des Blouses blanches. 

Pour qui veut combattre l'antisémitisme et ses projections à gauche, il est crucial de se pencher sur l'histoire de l'antisémitisme stalinien. 
Celui-ci est à l'origine de nombreux " concepts" calamiteux de cette haine. 
Staline et ses sbires ont notamment recyclé les termes issus de l'extrême-droite et du nazisme sur le " complot juif international". 
Mais ils ont du innover et ruser puisque leur référence au "communisme" leur interdisait de recourir trop ouvertement au vocabulaire antisémite classique.
Ils choisirent donc de recourir au terme codé de "sionistes" afin de discriminer et réprimer jusqu'à la mort les Juifs qu'ils voulaient éliminer.
Ainsi lors du prétendu complot des "Blouses blanches"  Staline dénonça les médecins "sionistes" qui auraient prévu de l'assassiner ( voir ci-dessous) 
  

La deuxième guerre mondiale débuta le 1er septembre 1939 par l’attaque de la Pologne par les nazis.  
Les troupes de Staline envahirent la Pologne orientale deux semaines plus tard le 17 septembre, dans le cadre du pacte Molotov-Ribbentrop signé en août 1939, qui est maintenant réhabilité par Poutine
L'invasion de la Pologne par les nazis a débuté par le bombardement des civils de la ville de Wielun, choisie par les nazis en raison de son importante population juive. Elle a été surnommée  Guernica polono-juive car l'ordre de la bombarder a été donné par le général Von Richthofen, ancien chef de la légion nazie Condor, dont les avions avaient rasé la ville basque de Guernica en 1937.

Le plan "Barbarossa", c’est-à-dire l’invasion de l’Union Soviétique par le Reich, débuta le 22 juin 1941. Les premiers mois de la guerre furent catastrophiques pour l’armée soviétique, désorganisée par la répression stalinienne.
Dès les premiers jours, les pertes sont immenses: près de 2000 avions cloués au sol ou abattus au soir du 22 juin 
De juin à décembre 1941, l’Union soviétique perdit 5,5 millions de soldats, dont 4 millions de prisonniers et 1,5 millions de morts.   
Dans cette situation, Staline adopta une nouvelle ligne politique pour créer un grand élan "patriotique". Les lieux de culte fermés dans les années 1930 furent rouverts en partie, le clergé orthodoxe sortit des « catacombes », les écrivains muselés furent de nouveau imprimés au compte-gouttes, on remit à l’honneur les maréchaux de l’Empire russe comme Koutouzov, le vainqueur de Napoléon.
 
 Le Comité Antifasciste Juif
 
La création du Comité Antifasciste Juif s’inscrivit aussi dans le cadre de cette nouvelle doctrine plus ouverte sur le monde
Pour comprendre l’importance de ce Comité qui va devenir une institution légendaire, il faut revenir à la première année de la guerre, lorsque l’Armée rouge subissait des revers sur tous les fronts. 
Même Moscou était menacée et le gouvernement soviétique se replia sur Kouïbychev[1]. Dans la ville se trouvaient aussi les missions étrangères, notamment polonaise, créée depuis l’accord signé à Londres le 21 juillet 1941 entre le général  polonais Wladyslaw Sikorski[2] et l’ambassadeur Ivan Maïski[3]. Il prévoyait la libération massive des Polonais, retenus dans des camps  et en relégation en Sibérie et en Asie Centrale. 
Il s’agissait de citoyens polonais, dont de nombreux Juifs, qui habitaient avant la guerre à Lwȯw ou dans sa région et qui avaient été arrêtés par milliers par les forces de répression soviétiques entre septembre 1939 et juin 1941.
Parmi eux figuraient Viktor Alter[4] et Henryk Ehrlich[5], respectivement dirigeants de la section polonaise de l’Internationale socialiste et du Bund, le Parti ouvrier juif. Les deux hommes avaient rédigé un rapport à l’intention de Staline, qui avait été remis à Beria.[6] 
Ils proposaient de créer un Comité international juif antifasciste afin de mobiliser en faveur de l’Union Soviétique des millions de Juifs, surtout aux États-Unis, en Grande Bretagne, en Amérique du Sud, en Afrique du Sud et en Australie. 
Ce rapport fut accueilli avec beaucoup d’intérêt par des responsables soviétiques. Pourtant Viktor Alter et Henryk Ehrlich furent arrêtés par les services de répression du NKVD, juste avant leur départ pour Londres, siège du gouvernement polonais en exil. 
Personne ne revit jamais les deux hommes qui furent accusés d’espionnage au service des nazis (!) et exécutés dans des conditions demeurées mystérieuses. À ce jour, on ignore même la date exacte de leur mort et leur tombe n’a jamais été retrouvée.

Henryk Ehrlich 


2015_exposition_comite-antifasciste-juif 
                                                                        Henryk Erhlich, inventeur du CAJ, dirigeant du Bund, assassiné par Staline
 ris par les autorités soviétiques, mais avec un objectif quelque peu différent. Le projet de Alter et Ehrlich fut récupéré et modifié par les autorités soviétiques.
        Exposition sur le CAJ réalisée par le Centre Medem de Paris

Le projet de Ehrlich et Alter fut récupéré, modifié et dénaturé par les dirigeants soviétiques.
Au lieu d’un comité international, on créa le Comité antifasciste juif de l’Union Soviétique
C’est ainsi que, le 24 août 1941, de nombreuses personnalités juives participèrent à un meeting retransmis par  Radio Moscou, afin de proclamer officiellement la naissance du Comité.
Un appel aux Juifs du monde entier fut alors lu en yiddish, qui débutait ainsi : « Brider und shvester, yidn fun der gantzen welt… » [Frères et sœurs, Juifs du monde entier…]. 
Étaient présents les représentants les plus importants  des intellectuels juifs : des écrivains, (David Bergelson[7], Peretz Markish[8], Itzik Fefer[9]), Solomon Mikhoels, le directeur du Théâtre Juif d’État, le violoniste David Oïstrakh[10], le physicien Piotr Kapitsa[11], le metteur en scène Sergueï Eisenstein[12], le professeur de biologie Lina Stern[13]– la seule femme , membre de l’Académie des sciences et beaucoup d’autres encore. Solomon Mikhoels fut élu président de ce Comité et lança sur-le-champ un appel vibrant aux Juifs du monde entier.
Un court discours de l’écrivain Ilya Ehrenbourg[14] impressionna les présents :
 
« Je suis un écrivain russe, mais les nazis m’ont rappelé quelque chose : Hannah, le prénom de ma mère. Je suis Juif et je le dis avec fierté. Le nazisme nous hait plus que tous les autres et ceci nous honore. »
 
Dès le juin 1942 le CAJ avait créé un journal en yiddish. « Eynikeyt » (Unité). Dans son éditorial du premier numéro, le président du comité demandait aux Juifs du monde entier de faire des dons afin de réunir une somme d’argent suffisante pour fabriquer mille chars et cinq cents bombardiers. Les dirigeants soviétiques ne pouvaient évidemment qu’approuver une telle démarche. 
Mais peu à peu la faille apparut: les hommes au pouvoir voyaient dans le Comité une agence de propagande soviétique en direction de l’Occident, tandis que le Comité se considérait, par le biais de son journal, comme le porte-parole des Juifs d’Union Soviétique. 
Pendant les années de guerre, les Juifs d’Union Soviétique suivaient attentivement les activités du Comité Antifasciste Juif un organisme qui, entre 1942 et 1945, les représentait  de fait tant à l’intérieur du pays qu’auprès des pays alliés.
Ehrenbourg livre noir 
Le CAJ publia des livres, des brochures, des témoignages. 
En effet, pendant de longs mois, Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman[15] avaient collecté des récits des rescapés des ghettos et des camps de concentration nazis pour les faire paraître dans un « Livre noir[16] ». 
Mais cette publication fut interdite et vit le jour bien des années après la mort des deux écrivains et la chute du Mur de Berlin et du régime soviétique . Staline et ses acolytes voulaient absolument minimiser la persécution des Juifs en tant que tels. En effet, les autorités soviétiques staliniennes niaient et dissimulaient le caractère antisémite des exactions nazies, ajoutant ainsi  une occultation au génocide lui-même. 
Dans le cas du massacre de  Babi Yar ( Ukraine soviétique) en septembre 1941, les victimes juives étaient ainsi présentées comme des « citoyens soviétiques pacifiques » sans mention de leur judéité et de l'acharnement des nazis contre elles.  
Pendant des décennies, les rassemblements de commémoration furent interdits dans le ravin.
La publication en 1961 du poème  "Babi Yar" , du poète  russe contestataire Evgueni Evtouchenko, fit l'effet d’un choc salutaire, car il proclamait que les victimes étaient  exterminées parce que juives et il évoquait les pogroms en Russie. 

Le poème débute ainsi : 

" Non, Babi Yar n'a pas de monument.
Le bord du ravin, en dalle grossière.
L'effroi me prend.
J'ai l'âge en ce moment
Du peuple juif. Oui, je suis millénaire.
Il me semble soudain-
l'Hébreu, c'est moi, ..."
En 1966, les autorités soviétiques érigèrent sur place un monument qui ne mentionnait toujours pas les victimes juives. 
Ce n’est qu’en 1991, après la chute de l'URSS, que le gouvernement ukrainien autorisa la création d'un monument spécifique à ces victimes. Ce monument fut inauguré 10 ans plus tard, en septembre 2001, soit soixante ans après les faits.

Reconnaissance internationale
Le CAJ jouissait d’une reconnaissance internationale, surtout après le voyage de sept mois de Solomon Mikhoels et d’Itzik Fefer aux États-Unis, au Mexique, au Canada et en Angleterre. Pendant leur périple, quarante-cinq millions de dollars furent collectés pour l’Armée rouge, une somme énorme, si on considère qu’elle était uniquement constituée de dons privés.
Dans le même temps, les membres du Comité étaient tels des équilibristes sur un fil, continuellement suspectés de "déviationnisme nationaliste juif", accusation gravissime sous le règne stalinien . 
Une fois la guerre achevée, l’existence du Comité s’avèra assez rapidement menacée. Ses membres étaient soumis à une surveillance constante et à des critiques très virulentes de la part des dirigeants. 
Leurs appels vers les Juifs, exprimés de surcroît en yiddish, étaient stigmatisés comme preuve de leur esprit "cosmopolite et nationaliste", incompatible avec le régime soviétique. Ils devaient le payer de leur vie quelques années plus tard.



Après la défaite nazie
 
En 1944 les troupes allemandes sont chassées du territoire de l’Union Soviétiques et les Juifs qui avaient pu être évacués pendant la guerre, purent revenir chez eux. Ils constatèrent alors l’immensité des pertes. Dans la vie quotidienne ils rencontrèrent alors de nombreux problèmes et se tournaient souvent vers le Comité, en réclamant de l’aide. Après l’éclatement de l’Union Soviétique en 1991, on retrouva dans les archives du CAJ, confisqués par le KGB, une lettre de Mikhoels, adressée à Viatcheslav Molotov[17] dans laquelle il évoque ce problème :

« Chaque jour qui passe, nous recevons, en provenance des régions libérées, des informations inquiétantes sur la situation morale et matérielle, extrêmement pénible des Juifs qui ont échappé à l’extermination physique. Dans de nombreuses régions (Berditchev, Moguilev, Podolsk, Jmerinka, Vinnitsa, Proskourov etc.) beaucoup de rescapés continuent de vivre sur les territoires d’anciens ghettos. On ne leur rend pas leurs habitations. Des partisans d’Hitler, restés sur place, qui ont participé aux meurtres et pillages contre la population juive, craignent le retour de témoins vivants de leurs crimes, et font tout pour pérenniser la présente situation et pousser les survivants au départ. »
Or les persécutions des Juifs s’aggravèrent après la victoire et surtout à partir de la fin 1947.
 
La première victime fut le président de CAJ lui-même, l'acteur et metteur en scène Solomon Mikhoels, assassiné à Minsk ( Biélorussie), le 13 janvier 1948 dans un prétendu accident de la circulation. Cette mort, maquillée en accident de circulation, constitua le prélude à une immense vague antisémite qui va recouvrir le pays entier.
La répression, commencée en janvier 1948, continuait, en s’accentuant de plus en plus. Quelques mois après, pratiquement tous les membres du Comité furent arrêtés et accusés de haute trahison et d’espionnage. Ensuite débuta une grande vague d’arrestations parmi les intellectuels juifs. 
Cette persécution eut lieu juste après la création de l’État d’Israël. Or l’Union Soviétique avait voté à l'ONU  pour la création de cet État.
En septembre 1948 le premier ambassadeur d’Israël en Union Soviétique présenta ses lettres de créance. 
C’était Golda Meyerson, la future Golda Meir. Quand elle vint à la grande synagogue de Moscou pour la fête de Rosh Hashana, elle fut accueillie par des milliers de personnes. (Les témoins avancent le chiffre de 40000). Au Kremlin, pendant une réception officielle, elle bavarda très amicalement en yiddish avec la femme de Molotov, Paulina Jemtchoujina, proche de plusieurs membres du CAJ. Dans ses mémoires Golda Meir a même cité une phrase de Jemtchoujina : « Je suis une fille du peuple juif ». Quelques semaines plus tard cette dernière sera arrêtée et disparaitra, ce qui n'empêchera pas Molotov de poursuivre sa carrière stalinienne.
La nuit des poètes assassinés
Les membres emprisonnés du CAJ furent "jugés" du 8 mai au 18 juillet 1952. Treize accusés furent condamnés à mort et exécutés secrètement le 12 août 1952. Cette nuit sera appelée « La nuit des poètes assassinés »[18]. Mais la persécution de l’élite juive ne s’arrêta pas là, puisque pendant cette période, de très nombreux écrivains, acteurs, musiciens, sculpteurs, scientifiques furent emprisonnés ou fusillés. Le monde intellectuel juif fut complètement décapité. Comment se relever d’un tel désastre ?

Le procès des " blouses blanches" Cette tragédie du 12 août 1952 ne sera que le premier acte de la persécution de l'après-guerre, le second aura lieu quatre mois plus tard, sous l'impulsion directe de Staline. 
 Le 1er décembre 1952 , Staline déclare au Politburo du Parti: « Tout sioniste ( Juif) est l’agent du service de renseignement américain. Les  nationalistes juifs pensent que leur nation a été sauvée par les États-Unis, là où ils peuvent y devenir riches, bourgeois. Ils pensent qu’ils ont une dette envers les Américains. Or parmi mes médecins, il y a beaucoup de sionistes. ».
  

Le 13 janvier 1953,  à la radio soviétique  on procéda à la lecture d’un article qui venait de paraître dans la Pravda (organe du pouvoir signifiant "La Vérité"! ) sous le titre « Sous le masque des médecins universitaires, des espions tueurs et vicieux ». 
 Il dénonçait un soi-disant « complot d’un groupe de neuf médecins », dont six étaient Juifs. On les accusait d’avoir empoisonné les hauts dignitaires du régime. Selon les mêmes sources, ces médecins étaient, au moment de leur arrestation, sur le point d’assassiner d’autres importantes personnalités soviétiques.
Parmi les médecins inculpés se trouvait le médecin personnel de Staline, Vladimir Vinogradov ainsi que le général Miron Vovsi, le médecin-chef de l’Armée rouge, tous deux très respectés par la profession. (Miron Vovsi était un cousin de Solomon Mikhoels) 
De nombreux Juifs, médecins, pharmaciens, infirmières, furent accusés d’avoir participé au complot et furent arrêtés. Au début il y avait 37 personnes arrêtées, mais le chiffre s’éleva rapidement à plusieurs centaines. Dans des hôpitaux et des dispensaires, les patients refusaient d’être soignés par des Juifs. 
Simultanément, une violente campagne antisémite se mit en place non seulement en Union Soviétique, mais aussi dans l’ensemble des pays du bloc de l’Est. Dans tous les procès politiques, les Juifs y étaient mis en cause et accusés des pires crimes "sionistes" .
En France, le PCF participa pleinement à la campagne autour du prétendu complot des médecins. Le quotidien Ce Soir  de la mouvance du PC publia des articles à tonalité antisémite.
Le PCF diffusa un communiqué dans l'Humanité dès le 22 janvier 1953, déclarant  : « Lorsque, en Union soviétique, est arrêté le groupe des médecins assassins travaillant pour le compte des services d’espionnage terroristes anglo-américains […], alors, la classe ouvrière applaudit de toutes ses forces ».
Raymond Guyot, membre du bureau politique et député de Paris, demanda aux médecins français proches du parti de s’associer à la condamnation des médecins soviétiques impliqués dans le « complot ». Annie Kriegel, alors responsable de l’idéologie à Paris fit signer une déclaration dans ce sens avec une dizaine de médecins, dont la moitié de Juifs, parue dans l’Humanité du 27 janvier 1953. Elle publia aussi un article dans la revue du PCF les Cahiers du communisme. Elle parlait alors de « médecins terroristes », complices du « sionisme » et « approuva l’emploi des tortures pour extorquer aux « assassins en blouse blanche » Le texte disait : « Les médecins français estiment qu'un très grand service a été rendu à la cause de la paix par la mise hors d'état de nuire de ce groupe de criminels, d'autant plus odieux qu'ils ont abusé de la confiance naturelle de leurs malades pour attenter à leur vie »

C’est alors que les bruits se répandirent dans la communauté juive que le pouvoir s’apprêtait à déporter tous les Juifs d’URSS vers la Sibérie ou au Birobidjan, pseudo "République juive" d'Extrême-Orient


Mort de Staline
Le 4 mars 1953, la radio communiqua la nouvelle de la grave maladie du Guide Suprême. Et le 5 mars, à 6 heures du matin, on annonça la mort de Staline. Déjà un mois après la mort de Staline, la presse soviétique publia des articles, expliquant que « le complot des blouses blanches » n’avait jamais existé, et les médecins arrêtés furent libérés . Mais parmi les neufs accusés deux étaient morts en prison, probablement sous la torture
Mais il faudra encore attendre le XXème Congrès du Parti communiste, en février 1956 pour que le timide dégel commence vraiment. Puis la période Brejnev se traduira par une intensification de la propagande antisémite et de l'oppression des Juifs d'URSS

MEMORIAL 98

[1] Depuis la chute de l’URSS Kouïbychev avait retrouvé son vieux nom de Samara. 
[2] Władysław Sikorski (né le 20 mai 1881, mort le 4 juillet 1943 à Gibraltar dans un accident d’avion). Militaire et surtout homme politique polonais, général et chef des forces armées polonaises, et Premier ministre du gouvernement polonais en exil de 1939 à 1943. Sa mort suspecte au moment de la découverte du charnier de Katyn provoqua beaucoup de rumeurs quant à l’implication des divers services secrets. 
[3]Ivan Maïski (pseudonyme de Yan Liakhovetski, né le 19 janvier, mort le 3 septembre 1975). Diplomate et historien soviétique. 
[4] Viktor Alter ou Wiktor Alter (né le 7 février 1890 en Pologne, fusillé (probablement) le 23 décembre 1941 à Kouïbychev (Samara), militant actif du Bund et membre du comité exécutif de la Deuxième Internationale. 
 [5] Henryk Ehrlich (né en 1882 à Lublin, fusillé (probablement) le 23 décembre 1941 à Kouïbychev. Il existe une autre version de sa mort, par suicide. Il fut un militant actif du Bund, un journaliste très populaire, un élu de la municipalité de Varsovie avant 1939 et un membre très actif du comité exécutif de la Deuxième Internationale.
  [6] Lavrenti Beria (né le 29 mars 1899, fusillé le 23 décembre 1953). Il fut sans conteste une figure clé du pouvoir soviétique de 1938 à 1953 : chef des services de sécurité intérieure sous des noms différents : NKVD, MGB, puis KGB. Son rôle fut primordial dans l’organisation du Goulag, le développement des réseaux d’espionnage internationaux, la mise au pas des pays de l’Europe Centrale et Orientale après la guerre.  
[7] David Bergelson (né le12 août 1884, fusillé le12 août 1952 à Moscou),  écrivain de langue yiddish. Né en Ukraine, il vécut à Berlin jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Il décida alors de retourner en Union soviétique. Cependant comme beaucoup d’autres écrivains juifs, il devint la cible de la campagne antisémite de Staline. Il fut arrêté en janvier 1949, condamné à la peine de mort et fusillé avec ses autres codétenus le 12 août 1952 lors de la nuit des poètes assassinés. Il sera réhabilité après la mort de Staline. 
 [8] Peretz Markish né le 7 décembre 1895, était considéré comme le poète yiddish le plus connu des années 1920 et 1930. Accusé de trahison, il fut fusillé avec ses autres codétenus le 12 août 1952 lors de la nuit des poètes assassinés). Il sera réhabilité en 1955. 
 [9] Fefer Itzik (né en 1900 et fusillé à Moscou le 12 août 1952) poète soviétique de langue yiddish. Pendant la guerre il fut un correspondant des journaux soviétiques. I. Fefer fut un poète parmi les plus fidèles à l’idéologie communiste. Ceci ne pourra pas d’ailleurs le sauver, car en 1948, après l’assassinat de Mikhoels, il fut arrêté et accusé de trahison. Il est fusillé avec ses autres codétenus le 12 août 1952 lors de la nuit des poètes assassinés. Il sera réhabilité en 1955. 
[10] David Oïstrakh (né le 30 septembre 1908 à Odessa et mort le 24 octobre 1974 à Amsterdam) est l’un des violonistes parmi les plus réputés du XXe siècle. 
[11] Piotr Kapitsa (9 juillet 1894, mort le 8 avril 1984) physicien soviétique très respecté, aussi pour son courage personnel. Ainsi lors de la « Grande purge » (1937-38), il parvint au péril de sa vie, à défendre ses collègues L. Landau et V. Fock menacés d’arrestation et de prison. Il fut lauréat du prix Nobel de physique de 1978.  
[12] Sergueï Eisenstein (né le 22 janvier 1898 à Riga et décédé le 11 février 1948 à Moscou) célèbre metteur en scène soviétique, peut-être le plus connu en Occident, grâce à ses deux films » Le Cuirassé « Potemkine » (1925) et « Octobre » (1927). Il est toujours considéré comme le créateur des bases du montage cinématographique moderne. 
[13] Lina Stern (née le 26 août 1878, morte le 7 mars 1968) professeur de physiologie, seule femme membre de l’Académie de Sciences de L’URSS. Elle est arrêtée au début de 1949 et condamnée à quatre ans d’emprisonnement. Elle est la seule des dirigeants du CAJ à survivre à la campagne antisémite de cette période. 
[15] Vassili Grossman (né le 12 décembre 1905, mort le 14 septembre 1964 à Moscou). Au début de sa carrière, il était un écrivain soviétique fidèle à la ligne du parti qui peu à peu arrivera à dénoncer très durement le régime, surtout dans son roman Vie et destin. Pendant la guerre il était un correspondant de guerre parmi les plus lus par des soldats. En juillet 1944, il entra avec les soldats soviétiques dans Maidanek et dans Treblinka à peine libérés. Il fut ainsi le premier journaliste à décrire les camps d’extermination. Son récit L’Enfer de Treblinka servira de témoignage au procès de Nuremberg. [16] « Le Livre noir ». (Translittération yiddish : Dos Shvartze Bukh). Titre complet : Le Livre noir sur l’extermination scélérate des Juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement occupées de l’URSS et dans les camps d’extermination en Pologne pendant la guerre de 1941-1945) est un ouvrage élaboré sous l’égide du Comité antifasciste juif destiné à recueillir des témoignages et des documents sur l’extermination des Juifs et leur participation à la résistance armée dans les territoires de l’URSS occupés par l’armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Le livre noir fut interdit en Union Soviétique et ses épreuves furent détruites. Mais Vassili Grossman réussit à cacher une version des épreuves chez un ami qui l’offrit à la fille d’Ilya Ehrenbourg, Irina, en 1970. Plus tard celle-ci parviendra clandestinement à la sortir de l’URSS. Le Livre noir sera publié en France en 1999 et en 2010 en Russie. 
[17] Viatcheslav Molotov (né le 9 mars 1890, mort le 8 novembre 1986) homme politique et diplomate soviétique. Chef du gouvernement de l’URSS de 1930 à 1941, ministre des affaires étrangères jusqu’en 1949, (à ce titre, il signa le pacte germano-soviétique d’août 1939) membre titulaire du Politburo de 1926 à 1957, il fut considéré comme le bras droit de Staline, d’une fidélité indéfectible et ceci malgré l’arrestation de sa femme, Polina Jemtchoujina, en 1948. Il demeura un membre influent du Parti communiste de l’Union soviétique jusqu’à son éviction lors de la déstalinisation. 
[18] La liste de treize personnalités assassinées le 12 août 1952 est la suivante : Leib Kvitko, David Hofshtein, Itzik Feffer , Peretz Markish, David Bergelson, Veniamine Zouskine, Solomon Lozovsky, Boris Shimeliovich, Emilia Teoumina, Yossif Youzefovitch, Ilya Vatenberg, Léon Talmi, TchaykaVatenberg-Ostrovskaïa. Parmi eux, les cinq premiers étaient effectivement des gens de lettres, les autres étaient des journalistes, des traducteurs et des personnalités politiques. 
[19] Veniamine Zouskine (né le 28 avril 1899, fusillé le 12 août 1952 à Moscou) fut l’un des acteurs principaux du Théâtre d’État Juif de Moscou et il assuma la direction du théâtre après la mort tragique de Michoels. Il joua aussi dans de nombreux films, y compris dans Les chercheurs du bonheur film de Vladimir Korch-Sabline (1900-1974), tourné en 1936. C’est un film de propagande, assez réussi par ailleurs, pour inciter des Juifs à partir pour le Birobidjan.

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