vendredi 31 juillet 2015

Israël: attaques terroristes d'extrême-droite contre la Gay Pride et la coexistence judéo-arabe



Actualisation du 26 juin 2016:

Yishai Schlissel, qui a tué Shira Banki,  et blessé plusieurs autres personnes lors de la Gay Pride qui s'est tenue à Jérusalem en juillet 2015, a été condamné dimanche 26 juin à la prison à perpétuité, assortie de 31 ans de détention.

En juillet de l'année dernière,  Shlissel s'était précipité sur le défilé qui parcourait Jérusalem, armé d'un couteau. Shira Banki, 16 ans, grièvement touchée avait succombé à ses blessures quelques jours plus tard, tandis que six autres personnes avaient été blessées.
Le geste de Shlissel avait causé un émoi d'autant plus grand en Israël que l'homme avait été libéré quelques semaines auparavant, après avoir purgé 10 ans de prison pour une agression similaire lors d'une précédente marche des fiertés à Jérusalem en 2005.
Il avait alors blessé trois personnes.
Il s'était abondamment répandu contre les homosexuels sur différents forums avant de passer à nouveau à l'acte l'année dernière.
Inculpé d'assassinat le 24 août, Yishaï Shlissel n'avait montré aucun remords devant le tribunal. Il avait même estimé que "la marche des fiertés devait être arrêtée pour permettre à l'âme de Shira Banki de s'élever vers le paradis".
"Quiconque participe à la Gay Pride de Jérusalem déclare la guerre à Dieu et celui qui défie Dieu ne peut demander à être plaint", avait-il martelé. La police israélienne avait été vivement critiquée pour son incapacité à l'empêcher de passer de nouveau à l'acte et des limogeages jusqu'aux plus hauts niveaux de l'institution avaient suivi cette attaque.

L'agression du 30 juillet avait été suivie le lendemain d'une attaque perpétrée par des extrémistes juifs contre la famille palestinienne Dawabshe. Plusieurs de ses membres, dont un bébé avaient été brûlés vifs dans le village de Douma, en Cisjordanie occupée. Ces deux événements violents avaient entraîné des mobilisations de protestation  et remis sur le devant de la scène la question de la violence de l'extrême-droite.

Le verdict survient alors que Netanyahou a mis en place un gouvernement marqué à l'extrême-droite  

Memorial 98

L'agresseur de la Gay Pride de Jérusalem qui a poignardé plusieurs participants ce 30 juillet, Yishaï Schliessel, est un ultra-orthodoxe récidiviste. Il venait de sortir de prison suite à une attaque du même type en 2005.
Il avait d'ailleurs annoncé publiquement son intention de récidiver. La police, avertie de sa libération et de ses intentions violentes, n'a pas pris de mesures particulières et porte donc une lourde responsabilité dans cette attaque.
Cette tentative de meurtre se place dans un contexte de violence plus globale mise en œuvre par divers groupes d'extrême-droite israéliens. Ceux-ci s'attaquent avant tout aux Arabes, qu'ils soient citoyens israéliens ou Palestiniens. Mais ils agressent aussi les militants de gauche, les défenseurs des minorités et tous ceux qui mettent en œuvre la coexistence entre Juifs et Arabes. Ainsi l'organisation anti-arabe Lehava avait appelé à manifester contre la Gay Pride.
Son dirigeant Gopstein avait déclaré que les manifestants de son organisation protesteraient contre "la transformation de Jérusalem en Sodome". Après la tentative d’assassinat il a déclaré qu'il ne commettaient pas d' agressions "contre les Juifs" 

Lehava regroupe notamment des militants "kahanistes" d'après le nom de Meïr Kahana, le "rabbin" raciste qui voulait expulser tous les Arabes d'Israël et même des territoires occupés. Son nom est l'acronyme de l'" Organisation pour la Prévention de l' Assimilation en Terre Sainte" et signifie aussi la flamme. Elle s'attache particulièrement à saboter par la violence toute forme de contact entre Juifs et Arabe. Le prétexte habituel de ses activités est d'empêcher les unions mixtes judéo-arabes. Son chef  Gopstein était un activiste du mouvement de Kahana nommé "Kach", qui a été dissous en tant qu'organisation raciste en 1988. 

Un acte terroriste particulièrement grave a été commis récemment par des militants de Lehava à l'encontre de l'association Yad Beyad ("Main dans la main" en hébreu) qui met en œuvre des actions de fraternisation et de coexistence judéo-arabe (voir l'illustration en une de l'article). Elle gère plusieurs écoles bilingues et avait organisé durant la guerre de Gaza en 2014 de nombreuses actions contre la violence et l'occupation. Memorial 98 rend compte régulièrement des activités de cette association et soutient son combat. 
Un tribunal israélien a condamné mercredi 22 juillet à 2 ans et 2 ans et demi de  prison ferme deux frères appartenant à Lehava, reconnus coupables de l’incendie volontaire de l'école bilingue à Jérusalem. Celle-ci représente un des symboles de coexistence judéo-arabe dans la capitale israélienne. Plus de 600 élèves fréquentent cette école, répartis en nombre égal de Juifs et d'Arabes, de la maternelle jusqu'aux classes secondaires. Il y a quatre autres établissements scolaires du réseau "Main dans la main" en Israël.
Les 2 frères  ont été condamnés  pour l'attaque qui s'est déroulée dans la nuit du 29 novembre 2014 au cours de laquelle une classe a été incendiée; le slogan "mort aux Arabes" avait été tagué sur un des murs de la cour.
La police israélienne a identifié les 2 frères, âgés respectivement de 21 et 19 ans, résidant dans une colonie  de Cisjordanie, comme étant membres du groupe d’extrême-droite anti-arabe Lehava.
Dans ses attendus, le tribunal a indiqué avoir condamné les frères Touitou sur la foi de leurs aveux. La charge d'"incendie criminel" a été aggravée par les motivations idéologiques des accusés comme en témoignent leurs activités  contre la coexistence entre Juifs et Arabes.
A l'énoncé de la sentence, les deux condamnés ont ri et scandé "Dieu est bon pour les Juifs".
Ces organisations d'extrême-droite se sentent particulièrement encouragées par la situation politique en Israël et la présence d'un gouvernement très à droite dans lequel les colons et les ultra-orthodoxes pèsent d'un poids important. Les larges réactions  de protestation suite à l'attaque meurtrière de ce jour permettront-elles de lutter contre les fascistes de Lehava et des autres terroristes d'extrême-droite?

Actualisation du vendredi 31 juillet: l'incendie criminel mis en œuvre par des colons extrémistes dans le village de Douma a tué cette nuit le petit Ali Saad Dawabshe, âgé de 18 mois. Dans ce cas aussi, le crime ne constitue pas une surprise car selon les services de sécurité israéliens eux-mêmes, plusieurs tentatives du même genre ont eu lieu dans les derniers mois, toutes commises au petit matin afin de faire le maximum de morts parmi les familles. Ce massacre fait partie de la stratégie de terreur des extrémistes juifs sous le sigle de "Tag Mehir/ le prix à payer" censée représenter une réponse aux actions palestiniennes. L'incapacité des puissants services secrets israéliens à agir face au terrorisme des colons et de l'extrême-droite soulève de nombreuses interrogations et doutes. Le président israélien a d'ailleurs condamné la "négligence et la faiblesse face à ces agissements". En effet l'indulgence dont ont bénéficié les différents terroristes d'extrême-droite, dont ceux de la "cellule clandestine juive" les a encouragé dans leurs actes criminels. Les manifestations des prochains jours en Israël et dans les territoires occupés ne manqueront pas de réclamer que ces terroristes soient punis et mis hors d'état de nuire.  
 

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