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lundi 15 mars 2021

Syrie 10 ans : l'extrême-droite au service exclusif des bourreaux


Cela fait dix ans déjà que la révolution syrienne, débutée dans la vague des printemps arabes, a ébranlé la dictature du clan Assad qui règne sur la Syrie depuis 1970, suite au coup d'état à l'époque de Hafez-El-Assad, père de Bachar.

Le 5 juin 2011, Memorial 98 a publié un premier texte contre le massacre de la population. Depuis notre engagement s'est poursuivi  et approfondi à travers de multiples manifestations et actions de solidarité ( voir ci-dessous nos textes et appels).

Alors que plusieurs partis de gauche ont très vite abandonné le camp du soutien à ce grand soulèvement démocratique allant parfois jusqu'à le dénoncer et le calomnier, l'extrême-droite et la droite radicale ont au contraire accentué leur dévotion politique au dictateur de Damas.

Les obsessions de l’extrême droite trouvent en Syrie un écho sur lequel Bachar Al-Assad sait parfaitement jouer: défense des régimes autoritaires et rejet de la démocratie, anti-islamisme (réduit à sa frange djihadiste), antisémitisme, défense de la chrétienté persécutée. Il n’est donc pas étonnant que la propagande du régime syrien ait trouvé un relais actif dans ces groupes extrémistes, eux-mêmes divers et fortement divisés, et dans des milieux soucieux de présenter une image publique plus modérée mais néanmoins sensibles à des thématiques sécuritaires et religieuses.

 

Des connivences anciennes avec les idéologies fascistes et l’antisémitisme

 

Les relations entre le régime syrien et l’extrême-droite datent de bien avant la révolution de 2011.

Le régime avait accueilli de nombreux nazis, dont un des pires criminels de guerre, Aloïs Brunner, adjoint d’Eichmann, responsable en France du camp de Drancy et organisateur de très nombreuses déportations dont celle des Juifs de Salonique qui aboutit à 98% de morts. Brunner arrive en Syrie vers 1954; plus tard, en 1971, il est embauché directement comme conseiller du gouvernement de Hafez El Assad (père de Bachar). Il aide le pouvoir syrien à mettre en place des techniques de torture dans les prisons.


 

Le général Moustapha Tlass, éternel ministre de la Défense syrien de 1972 à 2004, représente la continuité du régime syrien puisqu’il est confirmé par Bachar Al-Assad, arrivé au pouvoir en 2000, lors de la mort de son père.

Dès 1994, Frédéric Chatillon alors dirigeant du GUD, milice d’extrême-droite ultra-violente  (Groupe Union Droit)  se rapproche de Tlass. Il est reçu par le ministre en Octobre 1994 à Damas. Sur les murs de son appartement sont accrochés des dessins signés de Hitler; Chatillon repart avec dix exemplaires de Mein Kampf en arabe, repérés par la police à son retour en France.

Le régime d’Hafez Al-Assad (père de Bachar) finance dès lors les activités du GUD et voit en Chatillon une porte ouverte vers les mouvements extrémistes occidentaux. C’est aussi l’époque d’un tournant politique du GUD, qui relativise son combat anti-communiste et adopte une ligne ouvertement antisémite. Le général Tlass est connu pour ses positions négationnistes envers la Shoah et a fait éditer en arabe le faux antisémite «  Protocole des Sages de Sion ». Il a aussi publié une œuvre de son cru "La Mazah de Sion" qui reprend la prétendue thèse du crime rituel juif destiné à introduire le sang d'enfants dans le pain azyme. C’est pour cette raison qu’il devra abandonner son projet de soutenir une thèse à la Sorbonne. 

Chatillon fait profiter ses amis de ses contacts au sein du régime syrien et invite la fine fleur des milieux complotistes à se rendre à Damas. Il organise notamment en 2006 un voyage au Liban et en Syrie en compagnie d'Alain Soral et de Dieudonné, ainsi qu'un autre voyage de presse en août 2011, aux côtés de Thierry Meyssan, l'animateur complotiste du Réseau Voltaire. Ce dernier vit et agit d’ailleurs à Damas. Sans surprise, il s’attèlera rapidement  à dénoncer une tentative de déstabilisation menée par l’Otan, le Qatar et l’Arabie saoudite, pour assurer la « domination sioniste » de la région.

Chatillon mélange en permanence l’activisme politique et les affaires. Il fonde une nébuleuse de sociétés commerciales qu’il mettra ensuite au service du Front National puis du Rassemblement National.  Chatillon lui-même devient un proche conseiller de Marine Le Pen,  (comme le montre précisément le livre de Destal et Marine Turchi. « Marine est au courant de tout ») 

                                Chatillon dans une manifestation de soutien au régime Assad
 

Sa société principale, nommée Riwal, élargit ses activités, notamment avec sa filiale Riwal Syria, « spécialisée dans la promotion des sociétés privées et des institutions publiques syriennes en France ». L'agence crée notamment le site du ministère du tourisme syrien. En décembre 2009, Riwal Syria réalise ainsi une campagne pour le ministère syrien du tourisme, en faisant tourner à Paris  un car portant  le slogan « Syrie, une nouvelle aire ». 

En juin 2011, trois mois après le début de la révolte et  des manifestations contre Assad, Chatillon lance le site InfoSyrie, présenté comme « organe de réinformation » c’est à dire de propagande pro-régime. Il le fera durer pendant  un an, avant de poursuivre son activité sur Facebook. 

En mars 2016, Chatillon figure également dans la délégation française reçue par Bachar Al-Assad, qui mêle des députés Les Républicains (dont déjà Thierry Mariani qui rejoindra ensuite le RN)  et des figures d'extrême droite. 

Cet attrait de l’extrême droite pour le régime Assad n’est évidemment pas uniquement français.  En 2005, David Duke, ancien dirigeant du Klux Klux Klan, promoteur de théories racistes et négationnistes, antisémite enragé et futur soutien de Trump, était invité en grand pompe à Damas où il a prononcé un discours antisémite en s’attaquant aux “sionistes qui occupent New York et à l’État d’Israël“. Ce discours a été retransmis par la télévision syrienne. Il déclarait “En Amérique et partout dans le monde, il n’y a que les sionistes pour vouloir la guerre et non la paix”, dans un discours qui voulait illustrer la convergence entre son idéologie de la suprématie de la race blanche et une certaine rhétorique « antisioniste » dans le monde arabe. “Cela me fait mal de vous dire qu’une partie de mon pays (USA) est occupée par les sionistes, tout comme une partie de votre pays, le Golan, est occupée par les sionistes. Les sionistes occupent la plus grande partie des médias américains et contrôlent pour une large part le gouvernement américain“, ajoutait-t-il.

 

Contre les musulmans, l’axe « civilisationnel » Bachar-Poutine

 

Avec le début du soulèvement de la population syrienne contre le régime de Bachar en Mars 2011, le soutien de l’extrême droite internationale s’approfondit et change de dimension. 

Sa mouvance s’oppose à la vague des révolutions qui se développent à partir de  2011 dans les pays arabes. Pour ceux qui méprisent aussi violemment les populations arabes et musulmanes, seuls des dictateurs sont à même de “mater” les populations qui réclament la justice et la démocratie.

Depuis le début du conflit en Syrie, Bachar Al-Assad attire les courants d'extrême-droite en Occident, au point d'en être devenu l'un des symboles. On a ainsi trouvé ses portraits chez les responsables de l’émeute suprémaciste de Charlottesville en 2017, au côté de portraits de Hitler. 

La vision de l'extrême-droite occidentale du conflit syrien est qu'il y a un régime qui impose l'ordre et la stabilité face à des « indigènes ». Assad représente dans cet imaginaire collectif une figure centrale, il est devenu l'un de leurs modèles. Ils le défendent face aux protestations dues à la politique répressive du régime et à ses massacres, qui sont niés ou relativisés. 

Au sein de l’Union européenne, les exemples sont légion. “Poutine et Assad sont de notre côté”, déclare en novembre 2016 Paul Nuttal, alors leader de l’UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni), le parti de la droite nationaliste et xénophobe de Nigel Farage.

 Il est loin d’être le seul : les néos-nazis d’Aube dorée en Grèce, les fascistes de  Forza Nuova et Casa Pound en Italie, mais aussi les ultra-nationalistes polonais, espagnols ou belges affichent tous leur soutien au régime Assad.

À la fin août 2019, le groupe néo-fasciste italien Casa Pound visitait ainsi en grande pompe la ville syrienne d’Alep, assiégée et bombardée par le régime et l’aviation russe, puis reconquise par eux en 2016. Le ministère du tourisme syrien a alors salué sur sa page Facebook cette « délégation italienne » en publiant une photo mettant en avant le drapeau de ce groupe. 

C’est avec beaucoup d’intelligence, voire de machiavélisme, que Damas a fait évoluer sa propagande au cours du conflit, pour séduire les pans de l’extrême droite occidentale. Ces dernières années d’autres groupes fascistes et d’extrême droite en Europe se sont rendus en Syrie pour exprimer leur soutien au régime de Damas, comme par exemple en juin 2013, Nick Griffin, le leader du British National Party (BNP), ou des fascistes polonais du groupe  Falanga . Ces derniers, venus en « mission de solidarité », ont d’ailleurs rencontré à l’époque le premier ministre et le ministre aux affaires étrangères syriennes.

L’European Solidarity Front regroupement d’organisations fascistes de toute l’Europe (National Rebirth of Poland, Casa Pound d’Italie, Black Lilly de Grèce, etc.) a organisé de nombreuses manifestations et conférences en faveur du régime syrien.  Ce Front s’affirme notamment « ouvert à tous ceux qui aiment la Syrie, et soutiennent la solidarité avec le président Assad, la nation syrienne et son armée ». Les fascistes grecs de Black Lilly ont également été accusés d’avoir envoyé des militants en Syrie pour combattre militairement  aux côtés des forces du régime syrien. 

Depuis le début du conflit syrien, au-delà de la propagande, c’est l’image elle-même du régime qui a permis de regrouper ces nouveaux partisans. Bachar est devenu pour eux un symbole à défendre, d’autant plus qu’ils le voient comme un homme assiégé par ceux dont ils estiment qu’ils sont leurs ennemis : les islamistes et les « mondialistes » 

Mais le régime ne se contente pas de l’appui des groupes de l’extrême-droite la plus radicale.

Il désire obtenir l’appui actif  des “grands” partis d’extrême-droite, dotés d’une représentation parlementaire, ainsi que des fractions de la droite dure pro-Poutine à la lisière de celle-ci. Le Front national  français joue un rôle important dans cette stratégie. “J’ai dit dès le début du conflit syrien, et j’étais la seule à l’époque, que contribuer à la chute de Bachar Al-Assad c’est permettre à l’EI [groupe État islamique, Daech] de gouverner la Syrie”,  déclarait Marine Le Pen, alors candidate à l’élection présidentielle, dans un entretien accordé en février 2017 au quotidien libanais L’Orient-Le Jour. Elle savait parfaitement à quoi s’en tenir, en raison de sa proximité avec Frédéric Chatillon, ami et organisateur de sa campagne et en même temps relais du régime syrien (voir ci-dessus) 

Une partie de la droite française n’a pas tardé à reprendre les arguments du FN, en les adaptant à sa propre posture politique. Contrainte de reconnaître les violations grossières des droits de l’homme par le régime syrien, elle a donc recours à la théorie du “moindre mal” puisqu’en face d’Assad on ne trouverait selon elle que les djihadistes de Daech. 

 Dans ce but l’opposition syrienne doit est ignorée ou stigmatisée comme djihadiste. La chute de la ville d’Alep en décembre 2016, suite à une offensive du régime et de ses alliés, a nourri les discours des pro-Bachar, applaudissant ainsi une “victoire” de Damas et de Moscou contre “les terroristes”. Quelques semaines plus tard, c’était au tour d’une délégation du mouvement d’extrême droite française du Rassemblement National (ex FN),  emmenée par Thierry Mariani, de se rendre en Syrie et de rencontrer Bachar Al-Assad. Le magazine français d’extrême droite Valeurs actuelles décrivait cette visite comme « Une manière, pour le parti de Marine Le Pen, d’exprimer son soutien envers le régime de Damas et de le féliciter pour sa lutte contre le terrorisme islamiste ».

 

L’homme clé de cette stratégie de soutien est Thierry Mariani. Cet ancien ministre de Sarkozy, de 2010 à 2012, s’est toujours situé dans l’aile la plus droitière de l’UMP puis de LR. Il a basculé officiellement vers le RN lors des élections européennes de 2018, ce qui lui a permis de devenir eurodéputé et de donner un nouvel élan à ses activités. 

 

                                Mariani avec Assad à Damas

 

Son regroupement au sein de l’UMP/LR, dénommé « la Droite Populaire », était déjà  ouvert aux positions racistes et xénophobes du FN. Il a lui-même présenté de nombreux projets législatifs durcissant le statut des immigrés. 

Mariani a aussi rapidement représenté la pointe du lobby de soutien à Poutine. Il a ainsi défendu l’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014 et y a  organisé en juillet 2015 un voyage de députés français afin d’affirmer cet appui. C’est cette même méthode des voyages qu’il utilise pour organiser un front de soutien au régime syrien.  Ces déplacements  constituent autant de pèlerinages qui sont destinés à marteler des éléments de propagande bien rodés : le régime Assad est stable, il a vaincu Daech et les djihadistes,  l’ordre règne à Damas. L’eurodéputée RN Virginie Jorion déclarait ainsi en septembre 2019, au retour d’une visite à Damas, sous la houlette de l’incontournable Mariani, qu’elle se sentait plus en sécurité à Damas qu’à Paris.

Mariani a été promu tête de liste RN pour les élections régionales de juin 2021 dans la région PACA. C'est un signe important car cette région C'est là que se sont présentés Jean-Marie Le Pen puis Marion Maréchal. C'est là que s'est nouée dès 1986 la première alliance électorale entre la droite de  Jean-Claude Gaudin et le FN de Jean Marie-Le Pen.   

 

Pour la défense de la chrétienté : une instrumentalisation mensongère.

 

L’arme cruciale utilisée par l’extrême-droite afin d’élargir l’acceptation du régime syrien s’appuie sur l’instrumentalisation de la défense des chrétiens d’Orient. Cette manipulation a été mise en place, dès 2011 par les services de propagande syriens eux-mêmes, autour notamment de la figure de la Mère Agnès-Mariam de la Croix. Celle-ci est chargée de porter la bonne parole du régime et de manipuler les journalistes étrangers.  Elle a été mise en cause dans la mort du journaliste français Gilles Jacquier, tué à Homs en janvier 2012. Celui-ci a sans doute payé de sa vie le fait d’avoir échappé au contrôle des services de renseignements. Ces derniers scrutaient attentivement le déroulement de sa visite, en coopération avec la religieuse qui avait joué les intermédiaires 

Cet axe de propagande, imaginé par le régime, s’est trouvé décuplé par la mise en place en France de l’organisation SOS Chrétiens d’Orient. Celle-ci  a réussi le tour de force  de réunir toutes les familles de l’extrême droite française autour d’une même cause, puisqu’on y trouve pêle-mêle,  des identitaires, des anciens de l’Œuvre Française, de nombreux cadres du RN et des catholiques intégristes

SOS Chrétiens d'Orient (SOS CO)  a été fondée en 2013 par Charles de Meyer et Benjamin Blanchard. Le premier est un ancien assistant du député d'extrême droite Jacques Bompard. Il est maintenant assistant parlementaire de l'eurodéputé RN Thierry Mariani dont on  a déjà noté le rôle central. Benjamin Blanchard est un ancien collaborateur de l’eurodéputée du Front national Marie-Christine Arnautu et également  animateur sur Radio Courtoisie.  Les deux fondateurs se seraient rencontrés lors d’une garde à vue en avril 2013, dans le cadre d'une action de la Manif pour tous.

Un businessman, nommé Olivier Demeocq, organise leur premier voyage en Syrie, grâce aux contacts de son ami Frédéric Chatillon, dont nous avons décrit ci-dessus l’implantation ancienne auprès de la dictature des Assad. Demeocq a depuis rompu avec eux, en critiquant la manipulation de leur prétendue action humanitaire. De 2014 à 2018, leurs collectes annuelles de dons passent de 1 à 8 millions d’euros 

Leur entreprise trouve un écho particulier chez les jeunes de la droite catholique radicale, déçus par l’échec de la Manif pour tous et l’adoption du mariage pour tous. Au moment où « la France leur paraît atteinte par le double mal du sécularisme libéral et de l’islam, les chrétiens d’Orient leurs offrent un témoignage de martyrs sous le joug de l’islamisme, un modèle de christianisme authentique pour le rétablissement de l’ordre moral en France ainsi qu’un récit donnant un sens providentiel à l’histoire nationale de la France », analyse le chercheur Alexis Artaud de La Ferrière, dans Les cahiers de l’EMAM.   

L'hebdomadaire chrétien La Vie affirme aussi que « les dirigeants et fondateurs [de SOS Chrétiens d'Orient] sont tous des jeunes issus de la droite catholique identitaire. L’association traditionnelle de l’Église chargée de défendre les chrétiens d’Orient (l’Oeuvre d’Orient) se prononce dans le même sens.  

SOS CO se revendique "apolitique". Mais elle  faisait partie des partenaires de la "Convention de la droite" organisée par l'ancienne députée frontiste Marion Maréchal en septembre 2019 et au cours de laquelle Eric Zemmour prononce un discours de guerre civile et religieuse.

L’essentiel des fonds importants de SOS Chrétiens d’Orient proviennent de particuliers et de paroisses catholiques. Mais deux députés et une sénatrice du parti Les Républicains lui ont néanmoins apporté 16 000 euros en 2016, en puisant dans les fonds de leur «  réserve parlementaire » avant que celle-ci ne soit supprimée. 

Le député Alain Marsaud (Les Républicains) a signé un chèque de 8000 suivi de Jean-Frédéric Poisson, l’ancien président du parti chrétien-démocrate de Christine Boutin avec 5 000 euros et enfin Joëlle Garriaud-Maylam qui représentait les Français de l’étranger et a versé 3 000 euros à l’ONG. Poisson, ancien candidat à la primaire de la droite en 2016, est un soutien de Assad et s’est rendu à Damas pour le rencontrer. Il est également connu pour ses propos antisémites.

 

Mediapart a révélé dans une enquête approfondie les liens matériels de SOS CO avec le régime syrien. Il s’agit notamment d’opérations de communication avec divers personnages de l’entourage d’Assad et avec des dignitaires chrétiens locaux, connus pour leurs turpitudes financières. 

Pire encore, SOS CO soutiendrait des milices armées qui combattent pour Bachar Al-Assad et ont commis des exactions dans la région de Hama. C’est d’autant plus choquant que l’association a été considérée pendant plusieurs années comme partenaire de la Défense nationale par le ministère français des armées. Les révélations qui se sont accumulées à son propos ont contraint le ministère à mettre fin à cette collaboration. 

 Au total, c’est avec beaucoup d’habileté que le régime syrien a fait évoluer sa propagande au cours du conflit, pour séduire les pans de l’extrême droite et de la droite radicale occidentales. Celles-ci ont joué leur rôle dans la défense d’un régime mis en cause pour ses atrocités mais qui a finalement réussi à échapper à de réelles sanctions, grâce à son alliance avec la Russie qui lui garantit un veto automatique face aux velléités de condamnation de l’ONU. 

 Ainsi depuis le début de la révolution syrienne, Damas est devenue un lieu de pèlerinage pour toutes les mouvances de l’extrême droite mondiale, et plus particulièrement européenne 

On pourrait résumer cet attrait en quatre points, selon le politologue  Ziad Majed : “Il s’agit d’abord d’une fascination pour la violence, pour cette puissance sans limite d’Assad qui s’abat contre des gens qui méritent d’être punis. La deuxième raison est qu’ils considèrent Assad comme ‘leur blanc’. C’est ‘le suprémaciste blanc syrien’ qui vient châtier des ‘indigènes’. Troisièmement, Assad est celui qui massacre des musulmans, ce qui, pour les racistes/islamophobes, est quelque chose de bien. Enfin, et surtout, il est l’allié de l’un des ‘prophètes de l’extrême droite : Vladimir Poutine’”, analyse le chercheur. “Cette internationale nationaliste autoritaire est unie autour de la figure de Poutine, qui est hostile à ce qu’elle appelle le mondialisme et souvent unie par les questions d’identité”

 L’engagement massif de l’extrême-droite au côté du régime syrien représente un défi que le mouvement de solidarité affronte avec difficulté, en raison des confusions qui règnent au sujet de la Syrie dans le camp de la gauche.

 Le positionnement d’une partie de celle-ci témoigne d’une porosité manifeste à la propagande du régime et de son soutien russe. Une grille de lecture se réclamant d’un "anti-impérialisme" frappé de strabisme aboutit ainsi à privilégier l’axe Assad-Poutine-Iran face à un complot occidental qui serait déterminé par le pétrole et le gaz. On n’est guère éloigné de la géopolitique à la sauce complotiste. Jean-Luc Mélenchon va jusqu’à déclarer qu’il fait confiance à Poutine pour « régler le problème » des djihadistes, auxquels il assimile d’ailleurs les habitants de la Ghouta , bombardés par le gaz sarin du régime.

On aboutit ainsi à une confusion dont le seul bénéficiaire est un régime qui maîtrise parfaitement les différents registres lui permettant d’atténuer l’horreur de ses actes, voire de les justifier.

 

C'est pourquoi en ce dixième anniversaire, nous appelons plus que jamais à un grand mouvement de solidarité avec la population syrienne et son aspiration maintenue à la liberté et la justice

 

MEMORIAL 98 

Textes et articles de Memorial 98 sur la Syrie ( sélection) 

 


 


mercredi 11 novembre 2015

Le FN a recours au racisme sanitaire





Mise à jour du 5 juillet 2017


David Rachline, sénateur FN et directeur de campagne de Marine Le Pen durant la présidentielle, reprend les diatribes relevant du racisme biologique que celle-ci avait lancé lors de la campagne des élections régionales de 2015 (ci-dessous)

Il le fait à l’occasion de l'annonce du Premier ministre de rendre obligatoires onze vaccins infantiles. Edouard Philippe justifiait ainsi cette mesure : "Des maladies que l'on croyait éradiquées se développent à nouveau sur notre territoire, des enfants meurent de la rougeole aujourd'hui en France. Dans la patrie de Pasteur, ce n'est pas admissible." 

Rachline lui répond que l’origine de la recrudescence de la rougeole ne vient pas de la baisse de la vaccination mais de l’immigration et déclare :

« Au fait, vous êtes vous demandé pourquoi certaines maladies disparues de notre sol depuis longtemps refaisaient surface ? Il faut avoir le courage de dire que l'immigration massive dans ce domaine est la meilleure piste de réponse. »

Au passage Rachline a aussi prétendu que l’obligation de la vaccination était due au lobby de l’industrie pharmaceutique, répercutant ainsi les arguments complotistes dont nous sommes quotidiennement abreuvés.  On voit ici la combinaison du racisme, du complotisme et d’un prétendu discours « anti-lobbies » 
 
Rachline a été très proche de Soral  dont il partage la proximité avec le nazisme. 
 
Contrairement à ce qu'affirme Rachline, les experts attribuent la responsabilité du retour des maladies disparues, comme la rougeole (concernée par la réforme annoncée), à une couverture vaccinale insuffisante. Dans notre pays, champion du monde de la méfiance envers les vaccins, le retour de cette maladie a été constatée dès 2008, avec un pic en 2011.

"Sa diffusion et l'épidémie qu'a connue la France sont la conséquence d'un niveau insuffisant et hétérogène de la couverture vaccinale", notait l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES).

Les populations immigrées venant d'Afrique sont souvent associées au "retour de la tuberculose en France". Or, comme le montrait Le Monde l'an passé, la maladie n'avait jamais disparu du territoire et sa tendance baissière s'observe depuis plusieurs années.

Pour autant, il est vrai que les migrants sont les plus exposés une fois arrivés. "Les données en population générale montrent ainsi que la proportion des ménages immigrés habitant dans un logement de mauvaise qualité est plus élevée que chez des ménages non immigrés, et qu'ils sont aussi plus touchés par la pauvreté en termes de conditions de vie", notait l'InVS en 2013. Les migrants "ne sont pas forcément arrivées malades. Ce sont les conditions de la précarité qui précipitent le déclenchement", confirmait au Figaro Jeanine Rochefort, déléguée Ile-de-France de Médecins du monde. Le vaccin contre la tuberculose est par ailleurs recommandé par les autorités de santé.

Malgré ces faits et les avis des experts, le Front national reste opposé à l'obligation de la vaccination, diffuse à ce sujet des thèses issues de la mouvance complotiste et continue de voir dans le retour des maladies dites "disparues" la responsabilité de l'immigration. Sur France Inter ce mercredi 5 juillet, Marine Le Pen s'est dite "tout à fait opposée" à cette disposition proposée par la ministre de la Santé. "Ça oblige les parents, dont une grande partie sont opposés à cette vaccination multiple dont nous connaissons assez peu les conséquences à long terme", a-t-elle ajouté. Ce qui est, là encore, inexact, comme l'ont montré de nombreux spécialistes.



Actualisation du 20 mars 2016: 
En Normandie une dirigeante FN, estime que « des cas de tuberculose, de gale et pourquoi pas de peste pourraient rapidement se diffuser, comme c’est le cas à Calais ». Pour elle, la seule solution pour éviter une éventuelle propagation de ces maladies en France, est non pas de soigner ces personnes, mais de « reconduire tous les migrants à la frontière ». Ainsi, malgré le semi-démenti embarrassé de la présidente du FN, l'appel à la menace "infectieuse" se répand à l'intérieur du parti frontiste. On notera que la fasciste normande évoque la peste, qui ne semble pas du tout présente à Calais; il s'agit là d'une référence habituelle de l'agitation antisémite au cours de siècles, comme indiqué ci-dessous.


Dans le cadre de sa campagne pour les élections régionales, Marine Le Pen a diffusé son programme concernant la santé dans lequel figure le paragraphe suivant, annonciateur de violences et d'exclusion:
"Dénoncer et éradiquer toute immigration bactérienne : les hôpitaux font face à la présence alarmante de maladies contagieuses non européennes, liées à l’afflux migratoire. Nous refusons cette mise en danger de la santé de nos compatriotes."

Face au scandale provoqué par ce crachat raciste, le colistier de Marine le Pen Sébastien Chenu,  transfuge de l'UMP, a d'abord plaidé une "coquille, il fallait selon lui lire "épidémie bactérienne". Sauf qu'à La Voix du Nord, l'un des journalistes qui a sorti l'information précisait immédiatement: "Non seulement le FN a dit 'dénoncer et éradiquer toute immigration bactérienne' mais il l'a écrit : notre papier  était issu d'un échange de mails avec l'équipe de campagne de Marine Le Pen". Le même Sébastien Chenu est ensuite contraint de concéder : "Ce n'est pas vraiment une coquille, ce que je voulais dire c'est que ce terme d''immigration bactérienne' n'est peut-être pas exactement celui véhiculé par les professeurs de médecine que nous avons recensés et qui nous ont alertés sur ce phénomène". Néanmoins, assure-t-il, "la philosophie c'est celle-là, on n'a aucun problème sur le fond de ce qui est dit".

En accusant les migrants de transporter des maladies "non-européennes", la chef du FN récidive car en 2013, déjà, elle avait stigmatisé des cas de "tuberculose multirésistante concernant des immigrés d'Europe de l'Est", alimentés, selon elle, "par un réseau d'immigration massive et incontrôlée".

Surtout elle se place dans la tradition du racisme biologique véhiculé depuis des décennies par les fascistes de tout poil et les antisémites les plus violents.

Elle s'inscrit aussi dans la continuité des diatribes de Jean-Marie Le Pen. Ainsi, le 20 mai 2014, avant un meeting à Marseille avec sa fille Marine Le Pen, il déclarait  à propos de l’immigration africaine: "Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois". "Ça", c'est selon lui, "l'explosion démographique" dans le monde, le "risque de submersion" de la France par l'immigration, "le remplacement de la population qui est en cours", avait-t-il expliqué, reprenant les thèmes du xénophobe Renaud Camus. Ebola est un virus qui provoque une fièvre hémorragique et a tué plus de 11300 personnes en Afrique. Marine Le Pen l’avait défendu en prétendant qu’il s’agissait d’une « réflexion sur les épidémies »

Au début de la pandémie du Sida en 1986, Jean-Marie Le Pen assimilait les séropositifs à des "lépreux" et voulait  enfermer les malades qu'il nommait "sidaïques" (on notera la proximité avec "judaïque") dans des "sidatoriums". 

Le Sida semble d'ailleurs demeurer une question sensible dans un parti largement nourri de fantasmes conspirationnistes et anti-scientifiques. Ainsi la dénommée Kelly Betesh, jeune étudiante en médecine frontiste médiatisée par le FN afin de  symboliser la "dédiabolisation" soutient que le "Sida n'existe pas" 

La continuité des propos actuels des dirigeants FN avec les thèmes d'agitation antisémites se rapportent notamment à la manière dont les Juifs ont été accusés de colporter de mystérieuses maladies infectieuses.

Aux premiers jours du mois de décembre 1920, une  rumeur est diffusée dans Paris : une pandémie inconnue et mortelle, la maladie n° 9 ( nom de code pour la peste), dont seraient porteurs les immigrés juifs originaires d'Europe orientale, se propagerait à vive allure dans les quartiers populaires de la capitale.
 Les pouvoirs publics, impuissants à endiguer l'épidémie, auraient déjà recensé plusieurs centaines de cas mais refuseraient d'en faire état. La presse s'empare de l'affaire, bientôt instrumentalisée par la droite nationale et antisémite.
 La crainte de la prétendue "maladie n° 9" donne lieu, au Sénat, à une séance houleuse et retentissante le 2 décembre 1920. De nombreux élus dénoncent le caractère " inassimilable " des " Juifs d'Orient ", accusés de répandre l'épidémie, avec la complicité de leurs coreligionnaires installés en France depuis plusieurs générations. Présentés comme réfractaires aux mœurs de la civilisation occidentale, assimilés à des rats grouillant dans Paris, les Juifs sont également accusés de propager le " microbe " du " bolchevisme défaitiste ". 

Ceux qui jouent sur la hantise des grandes épidémies ont alors recours à tous les poncifs de l'antisémitisme historique concernant particulièrement la peste.

Ainsi lors l’épidémie de peste noire qui toucha l'Europe entre 1347 et 1350, des agitateurs antisémites l'attribuèrent à un acte satanique orchestré par les Juifs qui voudraient dominer le monde en empoisonnant l'air et l'eau.
Une vague de massacres s'ensuivit: 2000 Juifs tués à Strasbourg lors du "massacre de la Saint Valentin" en février 1349, d'autres victimes nombreuses à Colmar, Worms, Francfort, Cologne et ailleurs. Aucune communauté juive importante d'Allemagne ne fut épargnée par les massacres et  les pillages. A Berne et à Zurich, des Juifs furent jugés et exécutés.

Les déclarations de la présidente du FN ainsi que la campagne de Marion MLP  démontrent une fois de plus qu'il s'agit bien d'un parti d'orientation fasciste dont le racisme est le principal argument. 

MEMORIAL 98





mercredi 4 novembre 2015

Dieudonné et Faurisson condamnés définitivement pour leur propagande négationniste


Mise à jour du 22 octobre 2018:

Mise à jour du 10 Novembre 2015:

Bonne nouvelle: la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) vient de débouter Dieudonné de sa prétention à diffuser sa propagande négationniste et antisémite sous prétexte de "spectacle".

 Extrait de la décision de la CEDH: 

"...La Cour juge qu’en l’espèce, au cours du passage litigieux, la soirée ( du 26 décembre 2008 voir ci-dessous NDLR)  avait perdu son caractère de spectacle de divertissement pour devenir un meeting qui, sous couvert de représentation humoristique, valorisait le négationnisme par le biais de la place centrale donnée à l’intervention de Robert Faurisson et dans la mise en position avilissante des victimes juives des déportations face à celui qui nie leur extermination. Aux yeux de la Cour, il ne s’agissait pas d’un spectacle qui, même satirique ou provocateur, relèverait de la protection de l’article 10 (liberté d’expression) de la Convention européenne des droits de l’homme, mais en réalité, dans les circonstances de l’espèce, d’une démonstration de haine et d’antisémitisme, ainsi que d’une remise en cause de l’holocauste..." 
Memorial 98 se félicite de cette décision et de ses attendus. Nous avions dénoncé cette tentative du néo-nazi Dieudonné faite au nom de la "liberté d'expression".

Cet arrêt de la CEDH rend encore plus scandaleux une autre décision récente de la Cour le 15 octobre dernier à propos du négationniste turc Perinçek, condamné par la justice suisse pour ses propos mettant en cause l'existence du génocide des Arméniens. La Cour européenne a censuré la décision helvétique au nom, de la "liberté d'expression".
Avec le Collectif VAN, nous avons protesté contre cette décision qui représente une violence supplémentaire à l'égard des victimes du génocide des Arméniens,  nié depuis 100 par l’État turc. Tous les négationnismes doivent être combattus et condamnés. C'est ce que nous avons affirmé hier soir en commémorant la mémoire des victimes de la Nuit de Cristal avec nos partenaires du Collectif VAN et d'Ibuka-France.

Memorial 98


Sept ans après un "spectacle " négationniste devant des milliers de personnes, Dieudonné passe devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). Il réclame que les décisions de la justice française à son encontre, suite à son meeting avec Faurisson au Zénith le 26 décembre 2008 soient remises en cause. La CEDH statuera le 10 novembre prochain. 

Dieudonné avait été condamné à 10.000 euros d’amende pour "injure à caractère raciste. Les juges   ont estimé, en première instance et en appel, que la présence du négationniste Robert Faurisson avait fait passer la soirée du Zénith du statut de spectacle à celui de meeting. En effet cette soirée avait revêtu un caractère antisémite et négationniste avéré, comme nous le relations alors dans un article de Memorial 98 ( nous avons ajouté quelques précisions d'actualité) :
"La mise en scène macabre du Zénith a été pensée et planifiée pour obtenir un impact maximum. Dans ce but ont été exploitées toutes les ressources visuelles et allusives  du négationnisme.
Dieudonné commence par  chauffer la salle en demandant un «  tonnerre d’applaudissements » pour Faurisson ; l’ovation monte de la salle, qui devait être avertie de ce « clou » du spectacle.  Sur scène, un technicien affublé d’une tenue rayée de déporté juif et d’une étoile jaune sur la poitrine, lui  apporte son trophée de « l’insolence ».
Embrassades et tutoiements de rigueur entre le vétéran négationniste et celui qui aspire à reprendre le flambeau, sous l’œil attentif de Jean-Marie le Pen, parrain de l’enfant du maître de la soirée
Faurisson déclare : " ne pas avoir l'habitude de ce genre d'accueil"et " Je suis supposé être un gangster de l'histoire!". Déjà condamné à de nombreuses reprises, il avait en 2007 attaqué en justice Robert Badinter qui l'avait traité de "faussaire de l'histoire". Durant l'audience M. Faurisson avait réaffirmé que " les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même mensonge historique". Il avait été débouté et condamné à verser 5 000 euros à M. Badinter, au titre des frais de justice.
Faurisson discourt, manifeste son amicale complicité à Dieudonné, se plaint d’avoir souvent été victime de «  traitement spéciaux »,  allusion codée et directe au terme « traitement spécial » (« besonderes behandlung » en allemand) utilisé par les nazis pour éviter de laisser une trace écrite de l’extermination des déportés juifs. De même il se plaint d’être  traité en « Palestinien dans son propre pays ».
                                         (sur la photo: Châtillon, Dieudonné, Faurisson)
Dans les travées du Zénith s’esbaudit le gratin de l'extrême droite, comme lors de la précédente édition de 2006; sont présents: Jean-Marie Le Pen et sa famille, Alain de Benoist (dirigeant de la Nouvelle Droite et de sa revue Éléments qui accueille ce mois-ci Michel Onfray), Frédéric Chatillon (toujours membre de l'entourage de Marine Le Pen), homme des finances et des relations avec le général et ministre de la Défense syrien Tlass, organisateur en 2006 du voyage de Dieudonné, Soral, et  Thierry Meyssan  auprès du Hezbollah et de la visite de Dieudonné  à la fête du FN au Bourget  qui officialisa leur convergence. La négationniste Ginette Skandrani aussi est là non loin du leader « radical »  Kémi Seba, familier des collaborations avec les groupuscules néo-nazis.
A la fin du spectacle, une trentaine de proches de Dieudonné se sont retrouvés à l'étage, dans la zone VIP, pour partager un "verre de l'amitié". Un participant raconte: "Ça a duré une petite demi-heure. On a bien ri." Vers minuit, Dieudonné a accueilli près de 80 amis autour de sa guest-star, Robert Faurisson, pour réveillonner dans son théâtre de la Main d'Or et se réjouir de la soirée au Zénith."

Depuis cette époque où beaucoup minimisaient encore le caractère antisémite et négationniste du "comique", Dieudonné a sans cesse escaladé dans ses propos, défendant ouvertement Hitler et les chambres à gaz et faisant aussi référence au criminel Dutroux. Malgré l'indulgence des condamnations judiciaires, il se présente toujours comme une victime, aidé en cela par ceux qui continuent à s'interroger sur la liberté d'expression qu'il faudrait lui accorder. 
Il a aussi accumulé les profits tirés de l'exploitation du commerce de la haine. Faurisson quant à lui a récemment  échappé à une condamnation, suite à un procès particulièrement mal engagé par les autorités judiciaires.    

Dans l’affaire du Zénith de 2008, Dieudonné a perdu devant toutes les instances judiciaires françaises, y compris devant la Cour de Cassation  mais se pourvoit devant la CEDH.
 Il est à noter que cette instance  vient de prendre le 15 octobre dernier une décision scandaleuse à propos du négationniste turc Perinçek, condamné par la justice suisse pour ses propos mettant en cause l'existence du génocide des Arméniens. La Cour européenne a censuré la décision helvétique au nom, encore une fois, de la "liberté d'expression". Avec nos partenaires du Collectif VAN, nous avons protesté contre cette décision qui représente une violence supplémentaire à l'égard des victimes du génocide nié depuis 100 par l’État turc. 

Il y a donc lieu d'être particulièrement  attentif et vigilant. La décision de la CEDH doit être annoncée le lendemain de la commémoration que nous organisons en mémoire des victimes de la Nuit de Cristal nazie. Nous y appellerons à une mobilisation renouvelée contre tous les négationnismes.   

MEMORIAL 98

mardi 20 octobre 2015

Marine Le Pen enfin jugée pour la comparaison entre musulmans et Occupation nazie.

Actualisation 20 octobre: le procureur Bernard Reynaud a demandé la relaxe de la dirigeante fasciste, estimant qu’elle parlait « d’un certain nombre de personnes » et non « pas de toute la communauté » musulmane.

Il aura fallu presque cinq ans à la justice pour faire comparaître Marine Le Pen suite à ses propos assimilant les prières musulmanes à l'Occupation nazie.

Les propos incriminés remontent à décembre 2010 à Lyon. Le temps de la prétendue "dédiabolisation" était déjà venu. Pourtant, lors d'une réunion publique de militants du Front National, Marine Le Pen, alors en campagne pour la présidence du parti face à Bruno Gollnisch, avait dénoncé les prières de rue des musulmans en les comparant à l'Occupation. 

Elle avait ainsi déclaré:
"Je suis désolée mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s'il s'agit de parler d'Occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c'est une occupation du territoire". Et d'ajouter: "C'est une occupation de pans du territoire, des quartiers, dans lesquels la loi religieuse s'applique, c'est une occupation. Certes, il n'y a pas de blindés, pas de soldats, mais c'est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants".
En deux phrases, l’héritière Le Pen avait ainsi marqué sa continuité avec son père dans le domaine de la transgression et du révisionnisme, en faisant référence au nazisme comme arme contre les musulmans . 
Mais en même temps elle imprimait sa marque en indiquant qu’elle s’inscrivait dans la propagande de l’extrême-droite européenne qui désigne les immigrés musulmans, souvent issus des anciennes colonies, comme des « envahisseurs ». 

A six semaines des élections régionales, alors que la campagne frontiste se caractérise par d'intenses attaques racistes, la présidente du FN comparaîtra le 20 octobre pour "provocation à la discrimination, à la violence ou à la haine envers un groupe de personnes à raison de leur appartenance à une religion".  Elle encourt une peine d'un an d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende. 

Évidemment elle tentera de transformer son procès en tribune raciste, alors que le soir même elle adroit à nouveau à un passage dans l'émission vedette "Des paroles et des actes". Elle va tenter d'entretenir la confusion entre islamisme extrémiste et culte musulman. On note à ce propos qu'aujourd'hui dans au moins deux municipalités frontistes (Fréjus et Mantes-la-Ville), les maires s'opposent violemment à la construction de mosquées. Ainsi ils dénoncent des prières de rue qui sont le résultat d'un manque de place et s'opposent dans le même temps à l'ouverture de lieux de cultes dignes.

Marine Le Pen fera face à plusieurs parties civiles, dont le Collectif contre l'islamophobie en France qui avait déposé plainte dès le 1er décembre 2011 et le Mrap  ainsi que la Licra.

Nous espérons qu'elle sera condamnée pour cette provocation à la haine.


jeudi 3 septembre 2015

RTL relaye une rumeur raciste et complotiste: la machination d'Olivier Mazerolle

Actualisation du 16 juin :

Mazerolle récidive; il relaye des rumeurs grotesques et alarmistes à propos des supporters de foot.
Ainsi le 14 juin sur RTL il a interpellé le ministre Le Foll en reprenant un photo-montage parodique :
« Sur les images on voit même un homme brandir une pelle, comment tout cela a-t-il pu rentrer dans le stade ? (…) Avec la palpation à l’entrée, on ne devrait pas avoir de fumigène ni de pelle. » 
Mazerolle n'a même pas pris la peine de vérifier cette pseudo-information et se déconsidère une fois de plus après avoir relayé une rumeur raciste contre Myriam El Khomri (voir ci-dessus)

Actualisation 28 avril 2016:

Nouvelle manipulation xénophobe autour de la loi travail: attention il ne s'agit pas ici du contenu réel de la loi et des débats et mobilisations qu'elle entraîne. Il est question  d'une manipulation complotiste  dans la continuité des attaques qui avaient accompagné la nomination de la ministre du Travail (voir ci-dessous). Un message totalement mensonger, qui a beaucoup circulé ces derniers jours sur les réseaux sociaux, affirme que cinq jours fériés chrétiens seraient menacés par la loi travail. L’Ascension, les lundis de Pâques et de Pentecôte, le 15 août ainsi que la Toussaint disparaîtraient, car « ces fêtes traditionnelles sont d’un autre temps et ne correspondent plus au principe de la laïcité ».
On voit bien les intentions racistes du site d’extrême droite Volontaires-France.fr qui a lancé cette rumeur.

Memorial 98

Actualisation du 10 février 2016:

Najat Vallaud-Belkacem s'attaque -à juste titre- aux rumeurs sexistes, racistes, complotistes, qui se répandent à son encontre, notamment à propos de la réforme de l'orthographe.

Au delà du débat (légitime) sur ces modifications conçues par l'Académie française, il s'agit pour la fachosphère de nier la légitimité d'une personne issue de l'immigration à se mêler de ce qui touche à la langue française. C'est un type d'attaque profondément ancrée dans la droite nationaliste et l'extrême-droite françaises. Elles ont déjà été utilisées contre des écrivains d'origine juive accusés d'être "incapables de comprendre l'enracinement de la langue française" et contre Jean Zay, ministre de l’Éducation sous le Front Populaire, harcelé par l'extrême-droite et assassiné par la Milice. On note ici le parallélisme de ce types de campagnes antisémites et xénophobes qui portent aussi sur le nom, prétendument modifié voire dissimulé (voir ci-dessous).

Memorial 98

En plein débat sur les réfugiés et les migrants, la propagande xénophobe ne faiblit pas.
Sur RTL ce matin (jeudi 3 septembre), le nouveau présentateur-vedette de la station, Olivier Mazerolle,  recevait  la fraîchement nommée ministre du Travail, Myriam El Khomri. Et il a attaqué d'emblée avec une question absurde : «Vous êtes marocaine par votre père, ça donne quel trait de caractère ?» .... Puis il passe a une question beaucoup plus perverse :  «Alors vous avez décidé de faire carrière avec votre nom de jeune fille, alors que vous auriez pu vous présenter sous le nom de femme mariée, votre mari est un Bordelais pur sucre, pourquoi, parce que c'est important de montrer qu'en France quand on s'appelle Khomri on peut aussi bien réussir que je sais pas moi, Marceline Dupont ?»

On se demande d'où sort ce patronyme étrange de "Marceline Dupont" ? En fait Mazerolle a simplement recyclé la rumeur d'extrême-droite qui a parcouru le Net lors de la nomination de Najat Vallaud-Belkacem comme ministre de l’Éducation Nationale, en aout 2014. Cette campagne, relayée par les complotistes, prétendait que la ministre s'appelait en réalité Claudine Dupont,  mais utilisait un nom "maghrébin" afin de se faire bien voir des populations d'origine immigrée et de la presse.  

"Claudine Dupont c'est moins vendeur que Najat Vallaud-Belkacem ?", écrivait ainsi un internaute, diffusant une carte d'identité pourtant barrée par le mot "fake" ( factice).

L'information était évidemment toute aussi fausse que la carte d'identité qui était censée l'étayer.
La fausse carte circule depuis 2013 et avait déjà été contredite par le site de référence Hoaxbuster.com. Ironie de l'histoire, l'image relayée par la plupart des faussaires a elle-même été créée pour démonter la rumeur.
La manipulation est d'autant plus vicieuse qu'il y a bien un lien entre le patronyme "Claudine Dupont" et la nouvelle ministre. Il fait allusion à une petite phrase attribuée par Le Point à Ségolène Royal en 2013 et démentie par celle-ci : "Elle s'appellerait Claudine Dupont, elle ne serait peut-être pas là".

Afin de dissimuler l'origine de son forfait, Mazerolle a simplement remplacé "Claudine" par "Marcelline".
Nous interpellons d'ailleurs RTL sur ce nouveau dérapage à caractère raciste et sexiste de son présentateur -vedette.
On remarquera que les femmes en politique sont particulièrement mises en cause en raison de leurs origines. Myriam El Khomri avait déjà été la cible d'attaques racistes lors de sa première nomination à la politique de la Ville, tout comme Najat Vallaud-Belkacem. Cela a aussi été le cas de Rachida Dati attaquée par Le Pen en raison de sa double nationalité puis d'Eva Joly attaquée en tant qu'étrangère successivement par Marine Le Pen puis par François Fillion.

En colportant une rumeur sexiste, raciste et complotiste, Mazerolle est triplement condamnable. Nous attendons la réaction de la direction de RTL et du CSA.