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lundi 15 mars 2021

Syrie 10 ans : l'extrême-droite au service exclusif des bourreaux


Cela fait dix ans déjà que la révolution syrienne, débutée dans la vague des printemps arabes, a ébranlé la dictature du clan Assad qui règne sur la Syrie depuis 1970, suite au coup d'état à l'époque de Hafez-El-Assad, père de Bachar.

Le 5 juin 2011, Memorial 98 a publié un premier texte contre le massacre de la population. Depuis notre engagement s'est poursuivi  et approfondi à travers de multiples manifestations et actions de solidarité ( voir ci-dessous nos textes et appels).

Alors que plusieurs partis de gauche ont très vite abandonné le camp du soutien à ce grand soulèvement démocratique allant parfois jusqu'à le dénoncer et le calomnier, l'extrême-droite et la droite radicale ont au contraire accentué leur dévotion politique au dictateur de Damas.

Les obsessions de l’extrême droite trouvent en Syrie un écho sur lequel Bachar Al-Assad sait parfaitement jouer: défense des régimes autoritaires et rejet de la démocratie, anti-islamisme (réduit à sa frange djihadiste), antisémitisme, défense de la chrétienté persécutée. Il n’est donc pas étonnant que la propagande du régime syrien ait trouvé un relais actif dans ces groupes extrémistes, eux-mêmes divers et fortement divisés, et dans des milieux soucieux de présenter une image publique plus modérée mais néanmoins sensibles à des thématiques sécuritaires et religieuses.

 

Des connivences anciennes avec les idéologies fascistes et l’antisémitisme

 

Les relations entre le régime syrien et l’extrême-droite datent de bien avant la révolution de 2011.

Le régime avait accueilli de nombreux nazis, dont un des pires criminels de guerre, Aloïs Brunner, adjoint d’Eichmann, responsable en France du camp de Drancy et organisateur de très nombreuses déportations dont celle des Juifs de Salonique qui aboutit à 98% de morts. Brunner arrive en Syrie vers 1954; plus tard, en 1971, il est embauché directement comme conseiller du gouvernement de Hafez El Assad (père de Bachar). Il aide le pouvoir syrien à mettre en place des techniques de torture dans les prisons.


 

Le général Moustapha Tlass, éternel ministre de la Défense syrien de 1972 à 2004, représente la continuité du régime syrien puisqu’il est confirmé par Bachar Al-Assad, arrivé au pouvoir en 2000, lors de la mort de son père.

Dès 1994, Frédéric Chatillon alors dirigeant du GUD, milice d’extrême-droite ultra-violente  (Groupe Union Droit)  se rapproche de Tlass. Il est reçu par le ministre en Octobre 1994 à Damas. Sur les murs de son appartement sont accrochés des dessins signés de Hitler; Chatillon repart avec dix exemplaires de Mein Kampf en arabe, repérés par la police à son retour en France.

Le régime d’Hafez Al-Assad (père de Bachar) finance dès lors les activités du GUD et voit en Chatillon une porte ouverte vers les mouvements extrémistes occidentaux. C’est aussi l’époque d’un tournant politique du GUD, qui relativise son combat anti-communiste et adopte une ligne ouvertement antisémite. Le général Tlass est connu pour ses positions négationnistes envers la Shoah et a fait éditer en arabe le faux antisémite «  Protocole des Sages de Sion ». Il a aussi publié une œuvre de son cru "La Mazah de Sion" qui reprend la prétendue thèse du crime rituel juif destiné à introduire le sang d'enfants dans le pain azyme. C’est pour cette raison qu’il devra abandonner son projet de soutenir une thèse à la Sorbonne. 

Chatillon fait profiter ses amis de ses contacts au sein du régime syrien et invite la fine fleur des milieux complotistes à se rendre à Damas. Il organise notamment en 2006 un voyage au Liban et en Syrie en compagnie d'Alain Soral et de Dieudonné, ainsi qu'un autre voyage de presse en août 2011, aux côtés de Thierry Meyssan, l'animateur complotiste du Réseau Voltaire. Ce dernier vit et agit d’ailleurs à Damas. Sans surprise, il s’attèlera rapidement  à dénoncer une tentative de déstabilisation menée par l’Otan, le Qatar et l’Arabie saoudite, pour assurer la « domination sioniste » de la région.

Chatillon mélange en permanence l’activisme politique et les affaires. Il fonde une nébuleuse de sociétés commerciales qu’il mettra ensuite au service du Front National puis du Rassemblement National.  Chatillon lui-même devient un proche conseiller de Marine Le Pen,  (comme le montre précisément le livre de Destal et Marine Turchi. « Marine est au courant de tout ») 

                                Chatillon dans une manifestation de soutien au régime Assad
 

Sa société principale, nommée Riwal, élargit ses activités, notamment avec sa filiale Riwal Syria, « spécialisée dans la promotion des sociétés privées et des institutions publiques syriennes en France ». L'agence crée notamment le site du ministère du tourisme syrien. En décembre 2009, Riwal Syria réalise ainsi une campagne pour le ministère syrien du tourisme, en faisant tourner à Paris  un car portant  le slogan « Syrie, une nouvelle aire ». 

En juin 2011, trois mois après le début de la révolte et  des manifestations contre Assad, Chatillon lance le site InfoSyrie, présenté comme « organe de réinformation » c’est à dire de propagande pro-régime. Il le fera durer pendant  un an, avant de poursuivre son activité sur Facebook. 

En mars 2016, Chatillon figure également dans la délégation française reçue par Bachar Al-Assad, qui mêle des députés Les Républicains (dont déjà Thierry Mariani qui rejoindra ensuite le RN)  et des figures d'extrême droite. 

Cet attrait de l’extrême droite pour le régime Assad n’est évidemment pas uniquement français.  En 2005, David Duke, ancien dirigeant du Klux Klux Klan, promoteur de théories racistes et négationnistes, antisémite enragé et futur soutien de Trump, était invité en grand pompe à Damas où il a prononcé un discours antisémite en s’attaquant aux “sionistes qui occupent New York et à l’État d’Israël“. Ce discours a été retransmis par la télévision syrienne. Il déclarait “En Amérique et partout dans le monde, il n’y a que les sionistes pour vouloir la guerre et non la paix”, dans un discours qui voulait illustrer la convergence entre son idéologie de la suprématie de la race blanche et une certaine rhétorique « antisioniste » dans le monde arabe. “Cela me fait mal de vous dire qu’une partie de mon pays (USA) est occupée par les sionistes, tout comme une partie de votre pays, le Golan, est occupée par les sionistes. Les sionistes occupent la plus grande partie des médias américains et contrôlent pour une large part le gouvernement américain“, ajoutait-t-il.

 

Contre les musulmans, l’axe « civilisationnel » Bachar-Poutine

 

Avec le début du soulèvement de la population syrienne contre le régime de Bachar en Mars 2011, le soutien de l’extrême droite internationale s’approfondit et change de dimension. 

Sa mouvance s’oppose à la vague des révolutions qui se développent à partir de  2011 dans les pays arabes. Pour ceux qui méprisent aussi violemment les populations arabes et musulmanes, seuls des dictateurs sont à même de “mater” les populations qui réclament la justice et la démocratie.

Depuis le début du conflit en Syrie, Bachar Al-Assad attire les courants d'extrême-droite en Occident, au point d'en être devenu l'un des symboles. On a ainsi trouvé ses portraits chez les responsables de l’émeute suprémaciste de Charlottesville en 2017, au côté de portraits de Hitler. 

La vision de l'extrême-droite occidentale du conflit syrien est qu'il y a un régime qui impose l'ordre et la stabilité face à des « indigènes ». Assad représente dans cet imaginaire collectif une figure centrale, il est devenu l'un de leurs modèles. Ils le défendent face aux protestations dues à la politique répressive du régime et à ses massacres, qui sont niés ou relativisés. 

Au sein de l’Union européenne, les exemples sont légion. “Poutine et Assad sont de notre côté”, déclare en novembre 2016 Paul Nuttal, alors leader de l’UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni), le parti de la droite nationaliste et xénophobe de Nigel Farage.

 Il est loin d’être le seul : les néos-nazis d’Aube dorée en Grèce, les fascistes de  Forza Nuova et Casa Pound en Italie, mais aussi les ultra-nationalistes polonais, espagnols ou belges affichent tous leur soutien au régime Assad.

À la fin août 2019, le groupe néo-fasciste italien Casa Pound visitait ainsi en grande pompe la ville syrienne d’Alep, assiégée et bombardée par le régime et l’aviation russe, puis reconquise par eux en 2016. Le ministère du tourisme syrien a alors salué sur sa page Facebook cette « délégation italienne » en publiant une photo mettant en avant le drapeau de ce groupe. 

C’est avec beaucoup d’intelligence, voire de machiavélisme, que Damas a fait évoluer sa propagande au cours du conflit, pour séduire les pans de l’extrême droite occidentale. Ces dernières années d’autres groupes fascistes et d’extrême droite en Europe se sont rendus en Syrie pour exprimer leur soutien au régime de Damas, comme par exemple en juin 2013, Nick Griffin, le leader du British National Party (BNP), ou des fascistes polonais du groupe  Falanga . Ces derniers, venus en « mission de solidarité », ont d’ailleurs rencontré à l’époque le premier ministre et le ministre aux affaires étrangères syriennes.

L’European Solidarity Front regroupement d’organisations fascistes de toute l’Europe (National Rebirth of Poland, Casa Pound d’Italie, Black Lilly de Grèce, etc.) a organisé de nombreuses manifestations et conférences en faveur du régime syrien.  Ce Front s’affirme notamment « ouvert à tous ceux qui aiment la Syrie, et soutiennent la solidarité avec le président Assad, la nation syrienne et son armée ». Les fascistes grecs de Black Lilly ont également été accusés d’avoir envoyé des militants en Syrie pour combattre militairement  aux côtés des forces du régime syrien. 

Depuis le début du conflit syrien, au-delà de la propagande, c’est l’image elle-même du régime qui a permis de regrouper ces nouveaux partisans. Bachar est devenu pour eux un symbole à défendre, d’autant plus qu’ils le voient comme un homme assiégé par ceux dont ils estiment qu’ils sont leurs ennemis : les islamistes et les « mondialistes » 

Mais le régime ne se contente pas de l’appui des groupes de l’extrême-droite la plus radicale.

Il désire obtenir l’appui actif  des “grands” partis d’extrême-droite, dotés d’une représentation parlementaire, ainsi que des fractions de la droite dure pro-Poutine à la lisière de celle-ci. Le Front national  français joue un rôle important dans cette stratégie. “J’ai dit dès le début du conflit syrien, et j’étais la seule à l’époque, que contribuer à la chute de Bachar Al-Assad c’est permettre à l’EI [groupe État islamique, Daech] de gouverner la Syrie”,  déclarait Marine Le Pen, alors candidate à l’élection présidentielle, dans un entretien accordé en février 2017 au quotidien libanais L’Orient-Le Jour. Elle savait parfaitement à quoi s’en tenir, en raison de sa proximité avec Frédéric Chatillon, ami et organisateur de sa campagne et en même temps relais du régime syrien (voir ci-dessus) 

Une partie de la droite française n’a pas tardé à reprendre les arguments du FN, en les adaptant à sa propre posture politique. Contrainte de reconnaître les violations grossières des droits de l’homme par le régime syrien, elle a donc recours à la théorie du “moindre mal” puisqu’en face d’Assad on ne trouverait selon elle que les djihadistes de Daech. 

 Dans ce but l’opposition syrienne doit est ignorée ou stigmatisée comme djihadiste. La chute de la ville d’Alep en décembre 2016, suite à une offensive du régime et de ses alliés, a nourri les discours des pro-Bachar, applaudissant ainsi une “victoire” de Damas et de Moscou contre “les terroristes”. Quelques semaines plus tard, c’était au tour d’une délégation du mouvement d’extrême droite française du Rassemblement National (ex FN),  emmenée par Thierry Mariani, de se rendre en Syrie et de rencontrer Bachar Al-Assad. Le magazine français d’extrême droite Valeurs actuelles décrivait cette visite comme « Une manière, pour le parti de Marine Le Pen, d’exprimer son soutien envers le régime de Damas et de le féliciter pour sa lutte contre le terrorisme islamiste ».

 

L’homme clé de cette stratégie de soutien est Thierry Mariani. Cet ancien ministre de Sarkozy, de 2010 à 2012, s’est toujours situé dans l’aile la plus droitière de l’UMP puis de LR. Il a basculé officiellement vers le RN lors des élections européennes de 2018, ce qui lui a permis de devenir eurodéputé et de donner un nouvel élan à ses activités. 

 

                                Mariani avec Assad à Damas

 

Son regroupement au sein de l’UMP/LR, dénommé « la Droite Populaire », était déjà  ouvert aux positions racistes et xénophobes du FN. Il a lui-même présenté de nombreux projets législatifs durcissant le statut des immigrés. 

Mariani a aussi rapidement représenté la pointe du lobby de soutien à Poutine. Il a ainsi défendu l’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014 et y a  organisé en juillet 2015 un voyage de députés français afin d’affirmer cet appui. C’est cette même méthode des voyages qu’il utilise pour organiser un front de soutien au régime syrien.  Ces déplacements  constituent autant de pèlerinages qui sont destinés à marteler des éléments de propagande bien rodés : le régime Assad est stable, il a vaincu Daech et les djihadistes,  l’ordre règne à Damas. L’eurodéputée RN Virginie Jorion déclarait ainsi en septembre 2019, au retour d’une visite à Damas, sous la houlette de l’incontournable Mariani, qu’elle se sentait plus en sécurité à Damas qu’à Paris.

Mariani a été promu tête de liste RN pour les élections régionales de juin 2021 dans la région PACA. C'est un signe important car cette région C'est là que se sont présentés Jean-Marie Le Pen puis Marion Maréchal. C'est là que s'est nouée dès 1986 la première alliance électorale entre la droite de  Jean-Claude Gaudin et le FN de Jean Marie-Le Pen.   

 

Pour la défense de la chrétienté : une instrumentalisation mensongère.

 

L’arme cruciale utilisée par l’extrême-droite afin d’élargir l’acceptation du régime syrien s’appuie sur l’instrumentalisation de la défense des chrétiens d’Orient. Cette manipulation a été mise en place, dès 2011 par les services de propagande syriens eux-mêmes, autour notamment de la figure de la Mère Agnès-Mariam de la Croix. Celle-ci est chargée de porter la bonne parole du régime et de manipuler les journalistes étrangers.  Elle a été mise en cause dans la mort du journaliste français Gilles Jacquier, tué à Homs en janvier 2012. Celui-ci a sans doute payé de sa vie le fait d’avoir échappé au contrôle des services de renseignements. Ces derniers scrutaient attentivement le déroulement de sa visite, en coopération avec la religieuse qui avait joué les intermédiaires 

Cet axe de propagande, imaginé par le régime, s’est trouvé décuplé par la mise en place en France de l’organisation SOS Chrétiens d’Orient. Celle-ci  a réussi le tour de force  de réunir toutes les familles de l’extrême droite française autour d’une même cause, puisqu’on y trouve pêle-mêle,  des identitaires, des anciens de l’Œuvre Française, de nombreux cadres du RN et des catholiques intégristes

SOS Chrétiens d'Orient (SOS CO)  a été fondée en 2013 par Charles de Meyer et Benjamin Blanchard. Le premier est un ancien assistant du député d'extrême droite Jacques Bompard. Il est maintenant assistant parlementaire de l'eurodéputé RN Thierry Mariani dont on  a déjà noté le rôle central. Benjamin Blanchard est un ancien collaborateur de l’eurodéputée du Front national Marie-Christine Arnautu et également  animateur sur Radio Courtoisie.  Les deux fondateurs se seraient rencontrés lors d’une garde à vue en avril 2013, dans le cadre d'une action de la Manif pour tous.

Un businessman, nommé Olivier Demeocq, organise leur premier voyage en Syrie, grâce aux contacts de son ami Frédéric Chatillon, dont nous avons décrit ci-dessus l’implantation ancienne auprès de la dictature des Assad. Demeocq a depuis rompu avec eux, en critiquant la manipulation de leur prétendue action humanitaire. De 2014 à 2018, leurs collectes annuelles de dons passent de 1 à 8 millions d’euros 

Leur entreprise trouve un écho particulier chez les jeunes de la droite catholique radicale, déçus par l’échec de la Manif pour tous et l’adoption du mariage pour tous. Au moment où « la France leur paraît atteinte par le double mal du sécularisme libéral et de l’islam, les chrétiens d’Orient leurs offrent un témoignage de martyrs sous le joug de l’islamisme, un modèle de christianisme authentique pour le rétablissement de l’ordre moral en France ainsi qu’un récit donnant un sens providentiel à l’histoire nationale de la France », analyse le chercheur Alexis Artaud de La Ferrière, dans Les cahiers de l’EMAM.   

L'hebdomadaire chrétien La Vie affirme aussi que « les dirigeants et fondateurs [de SOS Chrétiens d'Orient] sont tous des jeunes issus de la droite catholique identitaire. L’association traditionnelle de l’Église chargée de défendre les chrétiens d’Orient (l’Oeuvre d’Orient) se prononce dans le même sens.  

SOS CO se revendique "apolitique". Mais elle  faisait partie des partenaires de la "Convention de la droite" organisée par l'ancienne députée frontiste Marion Maréchal en septembre 2019 et au cours de laquelle Eric Zemmour prononce un discours de guerre civile et religieuse.

L’essentiel des fonds importants de SOS Chrétiens d’Orient proviennent de particuliers et de paroisses catholiques. Mais deux députés et une sénatrice du parti Les Républicains lui ont néanmoins apporté 16 000 euros en 2016, en puisant dans les fonds de leur «  réserve parlementaire » avant que celle-ci ne soit supprimée. 

Le député Alain Marsaud (Les Républicains) a signé un chèque de 8000 suivi de Jean-Frédéric Poisson, l’ancien président du parti chrétien-démocrate de Christine Boutin avec 5 000 euros et enfin Joëlle Garriaud-Maylam qui représentait les Français de l’étranger et a versé 3 000 euros à l’ONG. Poisson, ancien candidat à la primaire de la droite en 2016, est un soutien de Assad et s’est rendu à Damas pour le rencontrer. Il est également connu pour ses propos antisémites.

 

Mediapart a révélé dans une enquête approfondie les liens matériels de SOS CO avec le régime syrien. Il s’agit notamment d’opérations de communication avec divers personnages de l’entourage d’Assad et avec des dignitaires chrétiens locaux, connus pour leurs turpitudes financières. 

Pire encore, SOS CO soutiendrait des milices armées qui combattent pour Bachar Al-Assad et ont commis des exactions dans la région de Hama. C’est d’autant plus choquant que l’association a été considérée pendant plusieurs années comme partenaire de la Défense nationale par le ministère français des armées. Les révélations qui se sont accumulées à son propos ont contraint le ministère à mettre fin à cette collaboration. 

 Au total, c’est avec beaucoup d’habileté que le régime syrien a fait évoluer sa propagande au cours du conflit, pour séduire les pans de l’extrême droite et de la droite radicale occidentales. Celles-ci ont joué leur rôle dans la défense d’un régime mis en cause pour ses atrocités mais qui a finalement réussi à échapper à de réelles sanctions, grâce à son alliance avec la Russie qui lui garantit un veto automatique face aux velléités de condamnation de l’ONU. 

 Ainsi depuis le début de la révolution syrienne, Damas est devenue un lieu de pèlerinage pour toutes les mouvances de l’extrême droite mondiale, et plus particulièrement européenne 

On pourrait résumer cet attrait en quatre points, selon le politologue  Ziad Majed : “Il s’agit d’abord d’une fascination pour la violence, pour cette puissance sans limite d’Assad qui s’abat contre des gens qui méritent d’être punis. La deuxième raison est qu’ils considèrent Assad comme ‘leur blanc’. C’est ‘le suprémaciste blanc syrien’ qui vient châtier des ‘indigènes’. Troisièmement, Assad est celui qui massacre des musulmans, ce qui, pour les racistes/islamophobes, est quelque chose de bien. Enfin, et surtout, il est l’allié de l’un des ‘prophètes de l’extrême droite : Vladimir Poutine’”, analyse le chercheur. “Cette internationale nationaliste autoritaire est unie autour de la figure de Poutine, qui est hostile à ce qu’elle appelle le mondialisme et souvent unie par les questions d’identité”

 L’engagement massif de l’extrême-droite au côté du régime syrien représente un défi que le mouvement de solidarité affronte avec difficulté, en raison des confusions qui règnent au sujet de la Syrie dans le camp de la gauche.

 Le positionnement d’une partie de celle-ci témoigne d’une porosité manifeste à la propagande du régime et de son soutien russe. Une grille de lecture se réclamant d’un "anti-impérialisme" frappé de strabisme aboutit ainsi à privilégier l’axe Assad-Poutine-Iran face à un complot occidental qui serait déterminé par le pétrole et le gaz. On n’est guère éloigné de la géopolitique à la sauce complotiste. Jean-Luc Mélenchon va jusqu’à déclarer qu’il fait confiance à Poutine pour « régler le problème » des djihadistes, auxquels il assimile d’ailleurs les habitants de la Ghouta , bombardés par le gaz sarin du régime.

On aboutit ainsi à une confusion dont le seul bénéficiaire est un régime qui maîtrise parfaitement les différents registres lui permettant d’atténuer l’horreur de ses actes, voire de les justifier.

 

C'est pourquoi en ce dixième anniversaire, nous appelons plus que jamais à un grand mouvement de solidarité avec la population syrienne et son aspiration maintenue à la liberté et la justice

 

MEMORIAL 98 

Textes et articles de Memorial 98 sur la Syrie ( sélection) 

 


 


lundi 26 août 2019

Yann Moix: une obsession antisémite qui vient de loin.


2 septembre 2019
Mensonges et complaisances: l'entreprise de sauvetage médiatique de Moix se poursuit.
Les éléments de langage sont calés et la séquence de communication bien rodée. Les conseillers en communications de crise et son éditeur Grasset ont travaillé frénétiquement. 
Du coup Moix et son réseau de soutien veulent en rester à la soirée du samedi 31 août sur ONPC.
 Ce soir là, grâce à la complaisance de Laurent Ruquier   et de Frantz-Olivier Giesbert, islamophobe de service, Moix a pu dérouler sans encombre son plaidoyer. Celui-ci tient en quelques éléments de langage que nous avons déjà relevés, mais qui sont maintenant systématisés: 
1) concernant sa revue Ushoahia , reconnaître uniquement des dessins, rebaptisés "BD" afin d'accentuer un aspect infantile. A l'inverse ne pas mentionner ses textes de l'époque.
2) jeter le trouble et le confusion sur ses rapports et collaborations avec des antisémites enragés, notamment sur les dates. Ainsi Moix dit qu'il a rompu avec Marc-Edouard Nabe en 2007 par un SMS injurieux. Mais c'est en 2007 également qu'il écrit une préface à une anthologie antisémite de Blanrue ( voir ci-dessous) 
3) prétendre qu'il était soumis à un chantage de ses amis négationnistes et antisémites qui connaissaient son passé et le "tenaient" . Il aurait donc été contraint de collaborer avec eux. De même la révélation de ses "dessins" antisémites de 1990 viendrait de ces milieux. Or c'est faux, car ses acolytes ne disposaient pas des exemplaires d' Ushoahia même s'ils en connaissaient l'existence. Ainsi le dénommé Nabe en fait mention dans un livre de 2017 Les Porcs ( ci-dessous) mais sans reproduire la revue, car elle n'est pas en sa possession

 4) Se vanter de sa qualité de "défenseur inconditionnel d'Israël" et du soutien indéfectible de Bernard-Henri Lévy. En réalité Moix ne défend pas l'existence d'Israël mais la politique de la droite extrême qui y est actuellement au pouvoir.
Il a ainsi déclaré sur ONPC qu'il avait publiquement approuvé la décision de Trump de déclarer Jérusalem capitale exclusive d'Israël et donc d'y transférer l'ambassade américaine. Cette décision, contraire à toutes les règles de droit international à propos de territoires occupés, constitue un cadeau de Trump, auteur lui même de nombreuses déclarations antisémites, à son ami Netanyahou. 

Après la pantalonnade de l'émission ONPC, Bernard-Henri Lévy a immédiatement publié sa déclaration de soutien, qui reprend les éléments de langage distillés par Moix 
On comprend dès lors que Moix et ses soutiens veuillent en rester là. C'est pourquoi ce dernier proclame que, ô sacrifice, il cesse la promotion de son livre 
Mais, malgré ces manœuvres et manipulations, la discussion et l'enquête publique doivent se poursuivre. Il faut aller au bout des mensonges et dissimulations. La lutte contre l'antisémitisme est une cause trop cruciale pour qu'elle puisse être soumise aux accommodements avec la vérité, l'"âpre vérité"
   
MEMORIAL 98   
  

Mise à jour du 31 août
Sur le plateau de l'émission ONPC diffusée ce jour Moix continue à louvoyer, à mentir et à minimiser ses amitiés et collaborations avec des antisémites enragés tels Nabe et Blanrue. Il "oublie " qu'il a préfacé l'anthologie antisémite de ce dernier (ci-dessous) en 2007 .

Sa ligne de défense est claire: d'une part reconnaître les faits les plus anciens  qu'il ne peut plus nier comme les dessins de la revue Ushoahia  qu'il choisit de renommer "bande dessinée" afin d'atténuer leur caractère d'extrême-violence.  et jeter la confusion sur le reste de ses activités beaucoup plus récentes.
 Sa tâche est facilitée par la complaisance de Laurent Ruquier qui l'avait choisi pour animer son émission et qui a par ailleurs invité dans son émission certains des copains de Moix dont Nabe. Ruquier plaide l'ignorance mais Moix ne peut pas y prétendre car il connaissait parfaitement  les positions de ses amis négationnistes et travaillait avec eux. 
Il faut maintenant que toute la vérité soit faite sur ce groupe de militants antisémites qui déversent depuis des années leur propagande nauséabonde. Notons ainsi que Soral condamné deux fois à un an de prison ferme pour ses publications négationnistes est toujours en liberté grâce à l'intervention du procureur de Paris.
Le privilège en matière de racisme et d'antisémitisme dont semblent jouir des "personnalités" et des écrivains (  tel Houellebecq récemment décoré de la Légion d'honneur par Macron mais également Zemmour  et également ...Hergé  ) ,  doit évidemment cesser.

Memorial 98 


Mise à jour du 29 août
Erreur de jeunesse comme le prétend Moix à propos de ses dessins et écrits négationnistes? Cette version est à nouveau démentie par une enquête du Monde qui montre qu'il a maintenu des amitiés très proches et des collaborations avec des auteurs antisémites enragés et revendiqués comme Nabe et Blanrue au moins jusqu'en 2013. Il avait alors 45 ans. C'est ce que nous montrions dès 2017 ( voir ci-dessous)

MEMORIAL 98

Yann Moix a ouvert une boite de Pandore en se présentant dans son livre Orléans comme la victime de ses parents violents. A cette occasion des pans entiers de son passé resurgissent.
C’est la cas de ses dessins et écrits ouvertement négationnistes et antisémites publiés dans une revue nommée Ushoahia ( délicate contraction de Shoah et Ushaia, ponctuée d'une étoile juive)  révélés par l’Express qui y a eu accès.
Selon sa tactique de défense habituelle, dans sa réponse à l’Express, Moix louvoie afin de se dédouaner. Il prétend d'abord qu’il a « seulement » réalisé des dessins (ci-dessous deux d’entre eux)  mais pas de textes. Or c’est bien son écriture qui figure sur ces textes ignobles. Ce mode de défense s'effondre face aux nouvelles révélations de l'Express qui prouvent qu'il est bien l'auteur des textes incriminés, contrairement à ce qu'il a d'abord prétendu. Moix est enfin de contrer de reconnaître dans Libération qu'il a lui-même écrit ces horreurs. Il se présente à nouveau en victime en déclarant: " Aujourd'hui, alors que ces dessins, ces textes sont ressortis, je me sens libre. Libéré de cette épée de Damoclès..." 

                                         Dessin de Moix à la Une de Ushoahia

Textes et dessins de Moix violemment négationnistes et antisémites dans la revue


Loin de se limiter à la période de cette revue des années 1990, comme le prétend Moix, sa proximité avec l’extrême-droite antisémite s’est prolongée pendant de longues années. C’est ce que Memorial 98 avait montré dès février 2017 (voir ici) 

En effet Yann Moix est un homme qui, tout au long de sa carrière, a très souvent croisé des membres des sphères antisémites et négationnistes les plus radicales, mais selon lui toujours malencontreusement, toujours "par hasard", toujours à l'insu de son plein gré .
                                Moix et Frédéric Chatillon

Ainsi en avril 2016, les sites d'extrême-droite antisémite s'amusent beaucoup en rediffusant un selfie de Frédéric Châtillon avec un Yann Moix souriant. Frédéric Châtillon est un des pivots qui relie le Front National, Marine Le Pen, et les mouvances soraliennes, dieudonnistes, et néo-nazies.
Ex- dirigeant du GUD, entrepreneur florissant, pro-Assad, violemment antisémite, Châtillon est  au cœur des enquêtes judiciaires qui secouent le FN. Il a joué un rôle central lors de la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2017.
                                          Frédéric Chatillon avec Dieudonné et Faurisson 

Que fait Yann Moix avec Frédéric Châtillon ? Rien, il l'a croisé « par hasard » à Rome et le fasciste a voulu faire un selfie avec lui. Yann Moix affirmait sur son compte Facebook avoir été piégé car il ne connaissait pas Châtillon.

Une explication plausible ? Pour d'autres oui, pour Yann Moix, elle pourrait sonner faux. 
                                        Soral, Nabe et Moix

En effet, ce n'est pas la première rencontre « accidentelle » de Yann Moix avec l'extrême-droite la plus assumée. Une autre au moins a été médiatisée : celle de sa signature en 2010, sur une pétition en faveur de Vincent Reynouard, néo-nazi et négationniste. La pétition fut initiée par Paul Eric Blanrue, figure des milieux d'extrême-droite et du royalisme depuis des dizaines d'années, hagiographe du négationniste Faurisson. L'immense majorité des signataires était issue des milieux fascistes les plus durs. Yann Moix qui s'affichait plus jeune avec Soral et l'écrivain antisémite Marc-Edouard Nabe avait certainement  déjà croisé une partie d'entre eux.

Là encore, Yann Moix affirmait s'être fait piéger. Il recourait pour l'occasion à une justification parfaitement ignoble : Paul Eric Blanrue lui aurait promis la signature de Robert Badinter, et finalement ce fut Robert Faurisson. Yann Moix s'appuie sur le fait que Badinter a toujours été contre la loi pénalisant le négationnisme pour expliquer sa « méprise ».

Or, qui peut penser que Robert Badinter aurait signé avec les négationnistes et les néo-nazis qui le poursuivent de leur haine depuis des années ? Moins de trois ans avant cette pétition, en 2007, Faurisson a ainsi osé traduire Badinter en justice devant le tribunal pour « diffamation ». Pendant l'audience Badinter se retourne vers Faurisson et lui dit "Pour moi, jusqu'à la fin de mes jours, jusqu'à mon dernier souffle, je me battrai contre vous et vos semblables. Vous serez toujours des faussaires de l'histoire" .

Yann Moix qui prétend se battre contre l'antisémitisme de toutes ses forces, peut-il ignorer ces choses là ?  A part les journalistes de Droites Extrêmes, personne ne posa la question.

Personne et surtout pas Laurent Ruquier qui embaucha Yann Moix pour «  On n'est pas couchés » en 2015. Or juste avant le lancement de l'émission, Paul Eric Blanrue sortait sur son blog un exposé de sa longue relation avec Moix. Encore une fois, celui-ci prétendait n'avoir jamais entendu Blanrue parler d'antisémitisme... chose tout à fait extraordinaire à propos d'un homme qui a fait de l'antisémitisme sa profession. Yann Moix prétendait avoir rompu avec Blanrue après l'affaire de la pétition.  Mais Blanrue a publié des mails  que lui a adressé Moix, postérieurs de plusieurs années à la pétition de soutien à Reynouard.

A retracer tous ces "malheureux hasards" des rencontres entre Yann Moix et l'extrême-droite la plus dure, évidemment ses propos admiratifs sur la dictature de Corée du Nord et son envolée contre les « racailles » sont moins étonnantes.

Une question demeure : parmi mille chroniqueurs possibles, mille écrivains de talent, pourquoi Laurent Ruquier et d'autres ont-ils choisi Yann Moix, qui est pour le moins dans un rapport ambigu avec les fascistes assumés ? L’autocritique de Ruquier sur la promotion qu’il  a offert pendant  des années à Zemmour apparaît comme une parade hypocrite.  En duo avec ce dernier Ruquier avait d’ailleurs aussi choisi Eric Naulleau qui a publié un livre de dialogues avec Soral.


La question ne se pose pas que pour Yann Moix, mais pour l'ensemble des intervenants qu'on voit partout et qui suscitent ces moments de « gêne » lorsqu'ils dévoilent le fond réel de leur pensée, et qui sont pourtant maintenus à l'antenne, à commencer par Eric Zemmour.

Yann Moix se prétend passionné par le judaïsme et dit avoir appris l'hébreu et le Talmud. Mais il semble surtout fasciné par les pires propos et militants antisémites, tout en dissimulant ces contacts nombreux et répétés.

Toute la vérité doit maintenant être faite sur le parcours politique de Yann Moix et la complaisance dont il a bénéficié tout au long de sa carrière médiatique, de la part de ceux qui étaient pourtant informés de ses dérives constantes.

3 janvier 2020: les copains Moix et Matzneff

Yann Moix et le pédocriminel Gabriel Matzneff sont amis et se soutiennent mutuellement.

Le 30 août dernier, Matzneff publiait un article de soutien à Moix dans Le Point qui accueille souvent sa prose. Dans ce texte il banalise et minimise l'antisémitisme reproché à Moix et conseille à son cher "Yann" de le suivre dans la provocation pédocriminelle. 

De son côté Moix avait publié en 2013 dans Le Figaro un texte d'adoration à " Gaby le Magnifique" 

Memorial 98


 

13 septembre 2019
Malgré le soutien réaffirmé de Laurent Ruquier dans différents médias les mensonges de Moix s'effondrent les uns après les autres. Ainsi ses graves accusations contre son frère, qu'il a accusé de liens maintenus avec l'extrême-droite dont il serait la "taupe" contraignent l'animateur complaisant de ONPC à lire à l'antenne un droit de réponse de ce frère diffamé. 

Memorial 98  

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vendredi 17 mai 2019

Bardella, Vardon, Pradoura, Bay : au RN, racisme et antisémitisme toujours au premier plan.


Mise à jour du 16 juin 2019: l'ascension de Bardella

Bardella promu: il devient le deuxième vice-président du RN et entre au bureau exécutif. Il est ainsi récompensé pour le résultat de la campagne des élections européennes.
 Mais il bénéficie également de sa proximité avec Frédéric Chatillon, proche conseiller de Marine Le Pen, ancien chef du GUD, connu pour son antisémitisme et ses références néo-nazies . 
Memorial 98

 Mise à jour du 26 mai

Lors de la prise de parole de Jordan Bardella le 26 mai au soir soir, suite au bon score du RN aux élections européennes, on note (ci-dessus) la présence réjouie de Philippe Vardon, ainsi affiché sans gêne. Or Philippe Vardon, fasciste de Nice est l’ancien porte-parole des jeunesses Identitaires, il a également fait un passage au GUD et dans le groupe de rock identitaire "Fraction", avec Fabrice Robert, qui dirige aujourd'hui le Bloc identitaire. Ce groupe diffusait des chants ouvertement nazis. Vardon a été condamné à quatre mois de prison avec sursis et 10.000 euros d'amendes pour incitation à la haine raciale et reconstitution de ligue dissoute. Les jeunesses identitaires ont en effet été considérées en 2007 par le tribunal de grande instance de Nice comme une émanation d'Unité radicale, dissoute par le gouvernement en 2002 après la tentative d'assassinat  de Maxime Brunerie contre Jacques Chirac. 
Il a d'abord travaillé auprès de Marion Maréchal avant de poursuivre son ascension dans l'appareil lepéniste.
Les Identitaires sont ce courant fasciste international avec qui le tueur de Christchurch, Brenton Tarrent, était en contact et qu'il a financé par des dons d'argent. Les investigations sont toujours en cours à ce sujet. 
Bardella lui-même a été l'assistant parlementaire de Jean-François Jlakh, éphémère président du FN et négationniste avéré ( voir ci-dessous )
Quelques jours après le scandale de corruption russe qui a fracassé le chef de l'extrême-droite en Autriche, Strache, le maintien d'un score si élevé du RN est particulièrement inquiétant. Cette situation nécessite que les antifascistes se regroupent et mettent en oeuvre une stratégie soudée et déterminée. Les politiques anti-sociales sont à bannir totalement.

Memorial 98


Mise à jour: face aux révélations et au scandale, le RN est contraint d'annoncer la suspension de Guillaume Pradoura et son exclusion à venir. Il s'agit également pour les chefs frontistes de protéger la tête de liste Jerôme Bardella, dont nous avons révélé qu'il avait été l’assistant parlementaire du négationniste Jean-François Jalkh ( voir ci-dessous)



Nouvelles révélations sur les manifestations d'antisémitisme au sein du Front national, rebaptisé RN. Grâce aux bisbilles avec l'ex-eurodéputée FN Sophie Montel, on découvre que l’assistant de l’eurodéputé Nicolas Bay, chef de file du groupe à Bruxelles,  Guillaume Pradoura, lié à la mouvance identitaire, pose pour des photos reprenant les codes antisémites les plus nauséabonds, avec ces mains en griffe, selon une imagerie  utilisée dans  la fameuse exposition de propagande antisémite " Le Juif et la France" de 1941



                                     



Or Bay lui-même a eu comme suppléant en 2002, lors d'élections législatives dans les Yvelines, un négationniste avéré nommé René Schleiter, beau-frère de Robert Faurisson et qui écrivait dans une revue néo-nazie nommée "Tabou"
C’est d’ailleurs René Schleiter qui a annoncé officellement la mort de Faurisson le  21 octobre 2018. montrant ainsi
Le même Bay s'en est pris en 2015 à la loi sur la contestation des crimes contre l'humanité, dite loi Gayssot. 
Il s’agissait pour lui de défendre Eric Zemmour, condamné à une amende en raison de ses propos contre les Musulmans. Bay déclarait alors: "Nous avons des lois en France comme la loi Gayssot qui empêchent de pouvoir parler librement de l'immigration, de l'islamisme radical qui se développe en France, c'est une dérive importante pour les libertés individuelles..." 
C'est évidemment un mensonge absolu, comme le prouvent d'ailleurs les diatribes de Bay et de ses acolytes du RN, Marine Le Pen en tête. Elle n'ont jamais été sanctionnées au titre de la loi Gayssot. 

Mais plus encore, c’est Jordan Bardella, la tête de liste RN, qui est directement lié à un négationniste dont il a été l’assistant au Parlement européen. Il s’agit de Jean-François Jalkh, dirigeant du RN qui aurait offert en 2015 un emploi fictif à l'actuelle tête de liste. 
Pour les besoins de sa campagne du 2e tour de la présidentielle en 2017, Marine Le Pen avait nommé Jalkh « président du FN » car elle prétendait ne plus être la dirigeante du FN.
C’est alors qu’on avait découvert qu'il, avait défendu des thèses négationnistes en "doutant" de l'utilisation du Zyklon B dans les chambres à gaz. Il déclarait  en 2000 à une chercheuse qui l’interrogeait sur ce point :
«Le problème des chambres à gaz, mais moi je dis qu'on doit pouvoir discuter même de ce problème. [...] Il se fait que j'ai été amené à lire, par exemple, des ouvrages de gens qui sont des négationnistes ou des révisionnistes. [...] Même un type comme Faurisson, il dit: Moi je vous demande, je pose un certain nombre de questions sur le plan technique. [...] Sur l'utilisation d'un gaz par exemple, qu'on appelle le Zyklon B, moi je considère que d'un point de vu technique, il est impossible, je dis bien impossible de l'utiliser dans des [...] exterminations de masse.»
On retrouve encore une fois la référence à Faurisson, dont Jalkh dit le plus grand bien dans la suite de son entretien avec la chercheuse, laquelle dispose de l’enregistrement

Face au scandale, la cheffe du FN dut mettre fin à ses fonctions de président intérimaire. 

Jordan Bardella, dirigeant du FN, est parfaitement au courant de ces révélations sur Jalkh. Pour autant il n'a pris aucune distance avec cet adepte de Faurisson ni ne s'est dissocié de son ancien employeur. Il faut dire que lui-même est de notoriété publique proche de Frédéric Chatillon, conseiller de Marine Le Pen, ancien chef du GUD, connu pour son antisémitisme et ses références néo-nazies. Or Chatillon est aussi un grand ami…de Faurisson avec qui il pose en compagne de Dieudonné.







                                         Chatillon avec Dieudonné et Faurisson et avec Marine Le Pen




Lorsqu'il employait  Bardella en 2015, Jalkh était déjà clairement identifié à une mouvance antisémite et pétainiste. Dès 1991, en tant que membre du bureau politique du FN, il avait participé à une cérémonie d'hommage à Pétain dans l’Église intégriste de Paris. 



Comme le décrit Le Monde du 27 juillet 1991: « Près de deux cents personnes se sont rassemblées, mardi 23 juillet, dans l'église Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris, pour célébrer le quarantième anniversaire de la mort du maréchal Pétain, à l'appel de l'association nationale " Pétain-Verdun ". Le président de l'association, M. Robert de Perier, un membre du bureau politique du Front national, M. Jean François Jalkh, ainsi que l'ancien chauffeur officiel du maréchal Pétain, ont assisté à cette cérémonie. Dans un message lu à l'assemblée, un évêque traditionaliste, Mgr Bernard Teissier de Mallerais, a appelé les participants " à continuer à oeuvrer pour la restitution de l'honneur outragé de ce grand soldat ", et " à expier par [leur] prière et [leur] action le péché public commis par ses juges" lors du procès qui l’avait condamné à mort.



On notera ici aussi une continuité puisque Marine Le Pen a proposé une place tout en haut de sa liste européenne à  Eric Zemmour, principal propagandiste de la réhabilitation de Pétain.






L’ensemble de ces  révélations éclairent un peu plus la prétendue "dédiabolisation" de ce parti. 
Récemment la cheffe du FN  a rendu hommage à son père pour l’ensemble de sa carrière en déclarant le 14 avril :  “Je ne peux que lui tirer mon chapeau pour l’ensemble de sa carrière. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a combattu [...] Il a soufflé sur la petite flamme de la nation qui reprend aujourd’hui toute sa place”. 

Ainsi pour Marine Le Pen également, les chambres à gaz ne sont qu' "un détail de l'Histoire".



Elle est aussi soutenue en cela, au delà des querelles, par Marion Maréchal Le Pen, dont l’orientation poursuit l’héritage du dirigeant antisémite Charles Maurras. 

Les déclarations de Jean-Marie Le Pen sont aujourd’hui diffusées sous forme de journal filmé sur le site de Soral. Ce dernier est avec son compère Dieudonné, le principal agitateur antisémite en France. La protection du procureur de Paris, Rémy Heitz empêche pour l'instant que soient exécutées les peines de prison ferme qui lui ont été infligées par les tribunaux en raison de ses déclarations négationnistes. Cela fait aussi partie de la "carrière" de Le Pen. 

 

Le FN/RN exhale et diffuse le racisme et l’antisémitisme par tous ses pores. C’est d’ailleurs ce que pensent 60% des sondés. Ce diagnostic lucide n’empêche pas la progression de l’ « image positive » de ce parti. Tous ceux et celles qui vont dans le sens du parti lepéniste et de ses idées, de près ou de loin, à droite, au centre ou dans des fractions en décomposition de la gauche « nationale » portent une très lourde responsabilité. Le passage de l'élu et cadre LFI Andrea Kotarac au RN démontre pour le moins un manque de vigilance inquiétant voire de complaisance envers les accointances pro-Poutine, alors que Mélenchon a déjà connu une telle catastrophe avec le cas de Davy Rodriguez   



Les faits sont établis et visibles, la substance de l’extrême-droite ne réside pas dans sa démagogie sociale à laquelle personne ne peut croire mais dans sa capacité à désigner des « ennemis » Juifs, Musulmans, migrants jetés en pâture comme boucs-émissaires de la crise sociale. 
5 janvier 2020: selon Bardella, Emmanuel Macron n'est "pas de France"

Le RN est soigneusement tenu à l'écart du mouvement social sur les retraites par les grévistes et les organisations syndicales. Du coup Jordan Bardella, mis en avant par Marine Le Pen ( voir ci-dessous), se lance dans une surenchère habituelle à l'extrême-droite en déclarant que " Emmanuel Macron n'est pas de France", c'est à dire pas français.

Lors de la campagne présidentielle de 2007 Jean-Marie Le Pen avait répété à de nombreuses reprises que Sarkozy ne pouvait pas être élu car il était issu de "trois grands-parents étrangers" et donc pas assez français. 
Nous avions alors révélé ( voir ici)  que cette formulation constituait une référence codée au statut des Juifs instauré par Pétain en 1940 et qui prévoyait l'exclusion des fonctions publiques et éléctives de personnes ayant 3 grands-parents juifs. Au FN/RN la continuité est toujours de mise.

Memorial 98     

6 octobre 2019 Nicolas Bay sur tous les fronts, de Damas à Paris

Nicolas Bay a participé avec son acolyte Thierry Mariani au pèlerinage chez Bachar El Assad que ce dernier a organisé en août dernier. 



Il a ainsi pu apporter la tonalité antisémite tant appréciée par le régime des Assad.
Le fondateur de la dynastie, Hafez El Assad, avait chargé le bourreau nazi Aloïs Brunner, ancien adjoint d'Eichmann et commandant du camp de Drancy, de former les services de renseignements de sa dictature.

Beate et Serge Klarsfeld manifestent contre la présence de Brunner en Syrie,  lors de la visite en France de Hafez Assad en 1998

Le fils Bachar a accueilli David Duke, suprémaciste blanc, membre du KKK, farouchement antisémite. 
Le 24 novembre 2005, David Duke participe à un événement organisé à Damas par le gouvernement syrien. Il déclare alors que « les États-Unis sont occupés par des Juifs qui contrôlent les médias et la banque »

    Agapes de Mariani et Bay  à Sednaya , à proximité immédiate d'un prison connue comme centre de torture


De retour de ce voyage, Bay figure parmi les politiciens présents lors de la manifestation du 6 octobre contre le droit des femmes à bénéficier de la PMA 



MEMORIAL 98

5 septembre 2019

 Jordan Bardella stigmatise les prénoms "étrangers".
 Bien que porteur lui-même d'un prénom ne figurant pas au calendrier français, il s'en prend au prénom Mohammed dont il ne parvient pas à déterminer s'il est français. On retrouve à nouveau la campagne de Zemmour qui avait injurié à la télévision la présentatrice Hapsatouou Sy 
 
24 juillet 2019: Bardella expose son sexisme et son racisme contre Sibeth Ndiaye



« Ce qui me choque, c'est la manière dont @SibethNdiaye exprime son mépris à l'égard de notre identité, et arrive dans des cérémonies officielles habillée comme un Télétubbies... Quand on représente la France, on doit avoir un peu de tenue et être exemplaire ! »
Avant de faire, tout seul, un lien douteux avec la couleur de peau de la ministre :« Qu’elle soit noire ou pas, ce n’est pas le problème, moi je pense que le patriotisme, c’est avant tout un acte d’amour. Et c’est avoir un comportement irréprochable et aussi une forme de respect qu’on doit à la France, aux Français et à la République. »

18 juillet 2019: Guillaume Pradoura recyclé chez les fachos allemands de l'AFD
 
Guillaume Pradoura l’assistant de l’eurodéputé Nicolas Bay, lié à la mouvance identitaire, a posé pour des photos reprenant les codes antisémites les plus nauséabonds, avec ces mains en griffe, selon une imagerie utilisée dans  la fameuse exposition de propagande antisémite " Le Juif et la France" de 1941 .

Face au scandale, le RN a été contraint de l'exfiltrer. 

 Mais il a été immédiatement transféré comme assistant parlementaire de l'euro-député d'extrême-droite allemand Maximilian Krah , membre du parti AfD. Il siège donc au sein du même groupe parlementaire que les élus RN, le groupe «Identité et démocratie» dont le vice-président est… Nicolas Bay. Plutôt pratique pour les transferts.

Or dans ce parti, les courants les plus racistes et antisémites sont en pleine offensive autour du dirigeant du parti Björn Höcke responsable régional du parti AfD en Thüringe. Celui-ci avait condamné publiquement l’existence au cœur de Berlin de ce qui est pour lui un Mémorial « de la honte » rappelant l’assassinat des Juifs d’Europe par le régime nazi; il s'agit du Mémorial de la Shoah inauguré en 2005.

Krah dirige quant à lui l’AfD en Saxe, région voisine de la Thüringe.

Le réseau international raciste et antisémite poursuit son implantation européenne. Les identitaires y jouent un rôle important et rayonne au delà comme le montrent ses liens avec Brenton Tarrent, auteur des attentats de Christchurch.



 MEMORIAL 98