La droite se déchaine littéralement en région Ile-de-France. Au delà de la campagne officielle, on assiste à une vague d'attaques violentes dirigée contre Claude Bartolone.
Celui-ci, tête de liste du regroupement de la gauche PS- Front de Gauche-Europe Écologie, a osé affirmer que Valérie Pécresse "tient les mêmes propos
que le FN" en formulant ainsi: "Avec un discours comme celui-là, c'est Versailles, Neuilly
et la race blanche qu'elle défend en creux..." Ces paroles de Bartolone provoquent un grand émoi, y compris au sein d'une partie du PS qui n'assume pas cette polémique. Rappelons qu'il s'agit notamment d'une référence à Nadine Morano, toujours membre du même parti que la candidate et eurodéputée.
Or Pécresse, qui crie à l'amalgame, a entre-temps largement droitisé et radicalisé sa campagne avant le 2e tour de l'élection. En témoigne sa profession de foi officielle ( ci-dessus), reçue par tous les électeurs et qui représente un concentré de démagogie raciste et d’amalgames, appuyé sur le terme codé de "communautarisme" qui dans le langage FN et alliés désigne la population d'origine musulmane. Dès la dixième ligne de cette profession de foi, on lit ceci, directement repris des idées frontistes: " ... Je défendrai l'autorité et les valeurs républicaines, contre le communautarisme et la radicalisme, les trafics et la corruption. Mr Bartolone n'a pas voté la loi anti burqua. Nous n'avons pas la même idée de la France ni la même conception de la femme"
Qui insulte et qui diffame? On notera au passage que Nadine Morano réclame une déchéance de nationalité à l'égard de femmes portant la burqua.
En réalité, Pécresse défend bien une certaine idée de la "race blanche", notamment en stigmatisant sciemment les quartiers populaires et la Seine Saint Denis, stigmatisés comme porteurs de "communautarisme, radicalisme, trafics". C'est d'ailleurs une constante de sa campagne, comme nous l'avons montré à propos des transports et de l'Aide médicale d’État
Elle exploite la fête juive de Hanouca afin de cibler les électeurs juifs en jouant sur l'islamophobie, comme le montrent les éléments de langage et courriers destinés à rabattre le "vote juif" (ci-dessus dans le lien). Elle est aidée dans cette tâche par le très communautariste député LR Meyer Habib. Dans ses documents elle renvoie d'ailleurs dos à dos le FN et la gauche qu'elle rebaptise extrême-gauche en appelant à "faire barrage au Front national comme à l'extrême gauche."
Son "communautarisme" s'adresse aussi aux courants catholiques regroupés autour de la "Manif pour tous". Elle les a massivement intégré sur ses listes: six proches de la Manif pour tous y figurent en position éligible
La mise en cause de la campagne de V. Pécresse est donc parfaitement légitime. Mais Bartolone doit en tirer les conséquences. Peut-on lutter contre les discriminations et tolérer en même temps que F. Hollande et Valls envisagent de
reprendre la politique des déchéances de nationalité, issue des
bas-fonds du FN et de la droite radicale, voire du régime de Vichy?
Au lendemain des régionales, cette mise en cause du droit du sol et du droit à une double nationalité doit être immédiatement retirée.
Actualisation du 23 janvier 2016:
Le Conseil régional Île-de-France présidé par Valérie Pécresse (Les
Républicains)
a voté jeudi 21 janvier la suppression de ses aides au transport pour
les étrangers en situation irrégulière par souci de "justice et
d'équité". Cette mesure, annoncée par Valérie Pécresse durant sa
campagne, a été approuvée par le Front national et vivement dénoncée par
l'opposition de gauche. La mesure a finalement été adoptée par 131 voix
pour et 64 contre. "Je
la supprime complètement, ils ne peuvent pas s'offrir une télévision,
est-ce que c'est notre rôle de leur offrir une télévision ?", avait-elle
lancé dansLe Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI du dimanche 10 janvier. Le Front national s'est félicité de la mesure. "Quelle fierté et quel
plaisir de voir une des principales propositions du programme du FN"
soumise au vote, s'est exclamé Aurélien Legrand, vice-président du
groupe. Memorial 98
Actualisation du 15 juin 2016:
Valérie Pécresse a annoncé, mercredi 15 juin, que la région IDF ne
subventionnerait plus de char pour la Marche des Fiertés (anciennement
Gay-Pride) à Paris.
Elle précise sa décision : "J'ai fait le
choix de baisser la participation de la région cette année. Elle
s'élèvera ainsi à 25.000 euros contre 30.000 euros l'an dernier car la
région ne financera plus le char."
Au lendemain de l'attaque terroriste homophobe et meurtrière à Orlando, c'est un signal lourd de symboles. Valérie
Pécresse avait inclus des représentants du mouvement
anti-mariage gay sur sa liste lors des dernière régionales. L'une de ces
élues, Caroline Carmantrand, avait ensuite été nommée à la tête de la commission famille du conseil régional. Durant la campagne, Valérie Pécresse avait également menacé de couper les subventions des associations "politisées", visant ainsi l'Inter-LGBT, organisatrice de la marche des Fiertés. Après Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui a diminué la subvention de la Maison d'Izieu, mémorial des enfants juifs assassinés par les nazis, il s'agit d'un mauvais coup supplémentaire, à caractère homophobe.
Merkel caricaturée en islamiste dans un photomontage
Attentat de Berlin : Angela Merkel, cible des extrêmes droites européennes ( 19 décembre 2016)
C'est un véritable déchaînement. L''extrême droite allemande et ses cousines européennes n'ont
pas besoin d'attendre. Elles ont déjà trouvé leur coupable: il s'agit
de la chancelière Angela Merkel. On voit réagir l'internationale raciste qui s'organise autour de Trump, Farage et Poutine ( dont le parti vient de signer un accord de coopération avec l'extrême-droite d'Autriche)
"Ce sont les morts de Merkel !" a dénoncé Marcus Pretzell, un des responsables du mouvement Alternative pour l'Allemagne (AfD), sur son compte Twitter.
Frauke Petry, présidente de l'AfD, a surenchéri: La menace islamiste "a été importée de manière systématique et
irresponsable au cours de l'année et demie écoulée", a-t-elle dénoncé.
Partout en Europe, l'extrême droite désigne Angela Merkel comme la
première coupable de l'attentat de Berlin. Le député néerlandais Geert
Wilders, chef du parti PPV, islamophobe assumé et allié du FN, a ainsi posté cette image sanglante sur Twitter.
"Blâmer des politiciens pour les actions d'extrémistes ? C'est une pente glissante, Nigel."
En
France aussi, pas la peine d'attendre pour cibler la chancelière
allemande. Marion Maréchal Le Pen a été la première à la dénoncer ( voir ici).
Marine Le Pen exige "l'arrêt immédiat de la répartition des migrants dans nos communes". Ménard en rajoute "Ceux qui
défendent l'immigration massive portent une lourde responsabilité",
affirme-t-il en visant Merkel mais aussi les autres dirigeants politiques favorables à cette prétendue"invasion"
Chez Les Républicains, certains prennent le même chemin .
Ainsi le député Guillaume Larrivé juge que "le 'wilkommen' de Mme Merkel a
été une erreur historique. Sa politique migratoire absurde, hors de tout
contrôle, est une tragédie".
Attaque à la tête de porc contre Angela Merkel: la police allemande a
annoncé samedi 14 mai avoir découvert devant la permanence de la chancelière
Angela Merkel dans sa circonscription du nord-est de l'Allemagne une
tête de cochon et "une inscription insultante" dont elle a refusé de
livrer le contenu.
Une patrouille de police a découvert la tête
d'animal vers 5h40 du matin devant le local de députée
d'Angela Merkel à Stralsund, au bord de la mer Baltique, où elle est
élue depuis 26 ans. Merkel est personnellement mise en cause par ceux
qui s'opposent à l’accueil des réfugiés et qui la caricaturent en
islamiste ou en Juive. C'est le cas en Allemagne même, particulièrement devant la poussée électorale de la droite radicale et xénophobe AfD . Sa mise en cause
provient aussi de gouvernements européens, dont Manuel Valls à Munich
le 13 février (voir ci-dessous)
En même temps le nombre d'incendies criminels en Allemagne contre des centres
d'hébergement de réfugiés a fortement augmenté depuis le début de
l'année 2016 a indiqué le président de la police criminelle allemande
(BKA), Holger Münch, dans un entretien à la presse samedi 14 mai .
«Ce qui nous inquiète tout particulièrement c'est que l'ampleur de la
violence croît», a-t-il souligné . «Cette année, il y a déjà eu 45 incendies criminels».
Sur l'ensemble de 2015, année où l'Allemagne a vu arriver quelque 1,1
million de migrants, 92 incendies criminels contre des foyers de
demandeurs d'asile ont été répertoriés, contre 6 seulement en 2014,
selon des statistiques publiées par le BKA fin janvier.
«Les auteurs de ces actes criminels sont en majorité des hommes et
près de 80% viennent du lieu où l'acte criminel est commis».
Actualisation 16 avril 2016:
François Hollande a osé prétendre lors de l'émission "Dialogues citoyens" du jeudi 14 avril, qu'il applique la même politique que Merkel à l'égard des migrants. La journaliste Léa Salamé a bien fait de qualifier ce propos de "plaisanterie" . Alors que la journaliste l'interrogeait sur la politique migratoire de la France, elle a réagi quand il a nié toute divergence avec celle menée par l'Allemagne, en osant:
"Avec Madame Merkel, nous avons une position identique...
- Sur les migrants?
- Oui, identique...
- C'est une plaisanterie?"
Il faut rappeler que l'Allemagne à accueilli à peu près un million de migrants contre 30 000 en France. De plus lors de la même émission Hollande a répondu honteusement à celui qui était présenté comme un électeur du FN que la Jungle de Calais avait été "nettoyée", revendiquant ainsi la violence exercée à l'encontre des migrants qui s'y trouvaient
Actualisation 25 Février: Manuels Valls s'est joint à la cohorte peu glorieuse des détracteurs de l'accueil des réfugiés en Allemagne. Lors d'un discours à Munich le 13 février, il a ainsi déclaré vouloir « faire passer un message d’efficacité et de fermeté : l’Europe ne peut accueillir davantage de réfugiés ». Auparavant il avait même ironisé grassement devant les journalistes : « Il
y a quelques mois, les médias français demandaient : “Où est la Merkel
française ?’’ ou voulaient donner le prix Nobel à la chancelière.
Aujourd’hui, je constate les résultats…"
Ces propos de Valls sont prononcés au moment où le gouvernement allemand durcit considérablement les conditions de l'accueil
Les députés allemands ont adopté jeudi 25 février à une large majorité une
série de mesures visant à durcir les conditions d'asile.
Les députés du Bundestag, ont adopté
par 429 voix pour et 147 contre (4 abstentions) ces mesures, très
critiquées par l'opposition de gauche et les associations d'aide aux
réfugiés.
Une trentaine de députés socialistes sur 193, pourtant membres de la
coalition sociaux-démocrates/conservateurs de la chancelière Angela
Merkel, ont ainsi voté contre.
Parmi eux, l'ancien chargé des questions sur les droits de l'homme au
gouvernement, Christoph Strässer (SPD), démissionnaire lundi de ses
fonctions, en désaccord avec le durcissement de la politique d'accueil.
Les députés ont validé le train de mesures, dit "Asylpaket II",
qui avait été approuvé par les partenaires de la coalition fin janvier
et qui prévoit notamment de durcir les conditions du regroupement
familial.
Désormais, les migrants bénéficiant de la "protection subsidiaire", qui se situe un cran en dessous du statut de réfugiés, n'auront plus le droit pendant deux ans de faire venir leur famille.
Le texte prévoit aussi la mise en place en Allemagne de cinq centres
d'enregistrement des candidats à l'asile pour accélérer notamment
l'examen des demandes ayant le moins de chances d'aboutir et faciliter
les expulsions des personnes déboutées. Les aides sociales vont
également être réduites.
Les députés ont aussi approuvé un texte distinct facilitant
l'expulsion des délinquants étrangers. Cette mesure avait été décidée
après les agressions de la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne (ouest),
où des centaines de femmes avaient été agressées par des hommes
présentés par les autorités comme étant majoritairement originaires
d'Afrique du Nord.
A. Merkel refuse néanmoins toujours de plafonner le nombre de réfugiés
venant dans le pays, et s'oppose à la fermeture des frontières en Europe
pour en juguler l'afflux. Elle prône au contraire une approche
européenne passant notamment par des quotas d'accueil par pays, se
heurtant à l'opposition de nombre de partenaires européens.
L'Autriche, alliée à l'Allemagne sur cette question tout au long de
2015, s'en est désolidarisée cette année, limitant drastiquement le
nombre de demandeurs d'asile qu'elle acceptera sur son territoire.
Actualisation 7 janvier Un
grand nombre d'agressions de femmes ont eu lieu lors des célébrations
du Nouvel An notamment à la gare centrale de Cologne, apparemment par
des personnes d'origine maghrébine. Nous condamnons vivement ces
horribles agressions sexistes. Nous rejetons l'exploitation raciste et anti-réfugiés qui en est faite par l'extrême-droite en Allemagne (notamment Pegida) et en France par le FN. Samedi
9 janvier il y aura 2 manifestations opposées à Cologne: d'une part
l'extrême-droite avec Pegida et des groupes de hooligans appelle à un
rassemblement pour dénoncer les étrangers et réfugiés. D'autre part un
large mouvement anti-raciste rassemblé dans le front "Cologne contre
l'extrême-droite" organise un rassemblement autour des mots d'ordre
suivants: Stopper Pegida/ Non à la haine raciste/ Non à la violence
sexiste ( en allemand: "Pegida NRW stoppen! Nein zu rassistischer Hetze –
Nein zu sexueller Gewalt!")
Actualisation du 31 décembre
Angela Merkel maintient le cap lors son allocution du Nouvel An pour 2016 en déclarant que l'afflux record de réfugiés en Allemagne est "une chance", mettant
en garde contre ceux, "plein de haine", qui veulent "exclure les
autres".
"J'en suis convaincue : si elle est correctement appréhendée, la
grande tache actuelle qui consiste à accueillir et à intégrer tant de
gens est une chance pour demain", a déclaré Mme Merkel.
"Il est évident que l'afflux de tant de gens va encore nous
demander beaucoup. Cela va coûter de l'argent, nous demander du temps et
de la force - notamment en ce qui concerne l'intégration de ceux qui
vont rester durablement ici", a ajouté Mme Merkel, contestée en Europe
et en Allemagne dans son propre camp conservateur pour sa politique
d'ouverture.
"Il est évident que nous devons aider et accueillir ceux qui
cherchent un refuge chez nous", a-t-elle martelé, remerciant ses
compatriotes pour leurs actions "exceptionnelles" en faveur des
migrants.
L'Allemagne a accueilli en
2015 environ 1,1 million de migrants, cinq fois plus qu'en 2014. Le
gouvernement va publier début janvier les chiffres officiels.
Mme Merkel a mis en garde ses compatriotes contre
les mouvements hostiles aux réfugiés, à l'image du mouvement
Pegida, particulièrement actif à Dresde (est), et du parti Alternative
pour l'Allemagne (AfD).
"Il est important de ne pas suivre ceux qui, le cœur froid ou
plein de haine, se réclament eux seuls de l'identité allemande et
veulent exclurent les autres", a-t-elle insisté, appelant l'Allemagne "à
ne pas se laisser diviser".
La chaine publique ZDF proposera sur internet un sous-titrage en
arabe et en anglais de l'allocution de Mme Merkel afin "d'atteindre de
nombreux réfugiés", a indiqué la chaîne dans un communiqué.
Actualisation du 13 novembre:
Merkel contrainte de reculer devant la pression des dirigeants de son parti et de revenir partiellement sur sa politique d’ouverture aux réfugiés.
Cette reculade forcée suit notamment les déclarations du ministre des finances, Wolfgang Schäuble. La veille, celui-ci avait comparé le flux de migrants à une « avalanche » et s’était clairement distancié de la position défendue par Angela Merkel sur la question.
Actualisation du 18 octobre: l'auteur
de l'attaque était membre au début des années 1990 d’un parti
d’extrême droite allemand interdit depuis. En fait il s'agit du FAP
(Freiheitliche Deutsche Arbeiterpartei ou Parti allemand de la liberté
), un parti ouvertement nazi qui a été interdit, avec beaucoup de
retard eu égard à ses activités violentes contre des réfugiés, en
1995. Selon les enquêteurs, il
n’avait plus de contact avec cette mouvance mais aurait été repéré pour
ses commentaires xénophobes sur divers forums sur Internet.
Actualisation du 17 octobre:
Grave agression raciste à Cologne: la candidate indépendante aux élections
municipales du 18 octobre favorite dans les sondages (soutenue par les Verts et le parti de droite CDU) attaquée par un
raciste opposé à l'accueil des migrants. Mme
Henriette Reker, a été poignardée samedi 17 octobre sur un marché où
elle faisait campagne, un acte aux motivations "racistes" liées à la
politique d'accueil des réfugiés.
Henriette Reker, grièvement blessée au cou par un homme de 44 ans était responsable de la prise en charge des réfugiés à la mairie de
Cologne.
L'agresseur, interpellé juste après les faits, "a dit qu'il avait commis
cet acte avec une motivation raciste", a précisé un responsable de la
police de Cologne. L'agitation contre l'accueil des réfugiés s'est
accentué ces derniers temps, mettant aussi en cause Angela Merkel, alors
même que son gouvernement est en train de durcir les conditions des
demandes d'asile.
Depuis plusieurs semaines Angela Merkel est violemment attaquée sur l'accueil des réfugiés, comme en témoigne l'image ci-dessus diffusée au journal télévisé national de l'ARD, qui la montre voilée et entourée de minarets. Ces attaques racistes et sexistes proviennent de l'extrême-droite rassemblée derrière Pegida mais aussi du parti chrétien-démocrate bavarois CSU, et du ministre des finances Schaüble soutenu par l'aile droite du parti CDU.
Beaucoup plus choquant, ces positions restrictives sont reprises par la direction des sociaux-démocrates du SPD, qui donne désormais de la voix
contre l'ouverture des frontières aux réfugiés venus de
pays en guerre. Sigmar Gabriel président du parti et par ailleurs vice-chancelier, juge que "nous devons absolument parvenir à réduire sensiblement l'année prochaine le nombre de réfugiés en Allemagne." Pour lui, il en va de "la cohésion de la société allemande". Thomas Oppermann, président du groupe parlementaire SPD et numéro deux du parti, déclare même qu'"il y a des limites à la capacité d'accueil". La gauche du parti SPD proteste vivement.
On notera au passage que cette bataille politique en cours invalide les
prétendues explications "économiques" sur les motifs de la décision du
gouvernement allemand pour l'accueil des réfugiés qui seraient motivées avant tout par la volonté de disposer d'une main-d’œuvre à bas prix. Cette analyse est largement diffusée par l'extrême-droite européenne et par les divers complotistes qui relayent ses messages mais aussi par des secteurs de la "gauche souverainiste" tels que le Parti de gauche et son dirigeant Jean-Luc Mélenchon. Or s'il s'agissait juste
d'avoir de la main-d’œuvre à bas prix, on comprend mal que les autres dirigeants de la droite ne soient pas d'accord et attaquent Merkel. Peut-on penser que la CSU et Schaüble, très fortement liés au patronat, représentent aussi les intérêts des salariés d'Allemagne?
Il y a sans doute chez Merkel une dimension politique "humaniste" particulière, qui
s'est déjà traduite par ses nombreuses déclarations publiques contre l'islamophobie
et l'antisémitisme et sa participation récente à des initiatives publiques dans ce domaine.
En réalité, derrière l'attaque violente contre Merkel, se développe une offensive contre les réfugiés eux-même et aussi contre le mouvement de solidarité qui s'est développé en Allemagne même et aussi dans différents pays d'Europe. Les manifestations de ces derniers jours à Vienne, Copenhague et Paris en témoignent.
Nous n'oublions rien des positions passées d'Angela Merkel qui a dénoncé le "multiculturalisme" et dont le parti s'est compromis dans des campagnes xénophobes, pas plus évidemment que ses positions économiques.
De même la défendre contre la campagne en cours ne remet nullement en cause l'opposition
aux autres aspects actuels de la politique de Merkel dans ce domaine, par exemple à propos de la volonté de durcir la politique européenne à l'égard des "migrants économiques" et de mettre en place des "hot-spots" destinés à trier les migrants. Nous n'oublions pas, concernant la Syrie, sa volonté de négocier avec Bachar El-Assad.
De son côté François Hollande fait de beaux discours avec Merkel pendant que son administration continue à entraver l’accueil des réfugiés et migrants et met même en œuvre des expulsions de demandeurs d'asile soudanais .
C'est pourquoi un grand mouvement de solidarité avec les sans-papiers, demandeurs d'asile, migrants est plus que jamais nécessaire
Face au scandale grandissant, Sarkozy est contraint de faire mine de sanctionner Nadine Morano, après être resté silencieux pendant plusieurs jours. Mais la punition est en réalité fort légère: son retrait de la tête de liste des régionales à un niveau départemental n'empêchera nullement Morano de demeurer députée européenne. Surtout, cette mesure évacue la vraie sanction à la hauteur de la gravité de ses propos télévisés et qui aurait consisté à exclure du parti Les Républicains, celle qui persiste et signe dans ses déclarations racistes et anti-laïques.
En riposte et malgré la légèreté de la sanction, Morano menace de "dézinguer " Sarkozy si celui-ci se présente à la présidentielle.
De quelles éléments de pression dispose donc l'ancienne ministre et porte-parole de l'UMP, nommée à tous ces postes par Sarkozy, justement pour adresser des signes au Front National, alors même qu'elle avait déjà largement défrayé la chronique par ses débordements provocateurs ?
Le domaine qui permet le chantage de Morano est en rapport avec les missions dont celle-ci a été chargée par Sarkozy en direction du Front National. Il ne s'agit pas seulement des différentes déclarations xénophobes dont elle est coutumière depuis longtemps, mais d'actions concrètes et documentées à l'égard du parti frontiste.
La première mission s'est déroulée lors de la présidentielle de 2007. Alors que Jean-Marie Le Pen semblait rencontrer des difficultés pour obtenir les 500 parrainages d'élus nécessaires afin de pouvoir se présenter, Sarkozy a chargé certains de ses plus proches de lui procurer ces parrainages venant de maires de son propre parti. Il s'agissait pour le candidat UMP de
manifester ainsi sa bonne volonté à l’égard du dirigeant du FN et de
ses électeurs.Morano a participé à cette collecte et s'est fait prendre la main dans le sac. Le Canard enchaîné, jamais démenti depuis, l’indiquait dans
son édition du 11 Avril 2007 (voir fac similé ici) : "En Meurthe-et-Moselle, par exemple,
Nadine Morano, en bon petit soldat, réunit des maires ruraux début mars (2007);
“Nous étions cinq ou six à être désignés pour signer en faveur de Le
Pen. Nadine nous a demandé d’envoyer nos parrainages non pas directement
au Conseil constitutionnel, mais au siège du comité de soutien
départemental de l’UMP. C’est elle, ensuite, qui les a emmenés à Paris
raconte l’un d’eux"… »
Morano n'a jamais assigné le Canard pour diffamation alors que les accusations du journal sont précises et graves.
Nous reposons donc la question: Nadine Morano a-t-elle été chargée par la direction de l'UMP et par Sarkozy de récolter des parrainages d'élus en faveur de Le Pen en 2007 et s'est elle acquittée de cette tâche, comme l'affirme le Canard Enchaîné ?
Elle n'était pas la seule dans ce cas: le distingué ministre Gérard Longuet fut aussi envoyé faire la tournée
des médias d’extrême-droite pour afin de proposer des accords électoraux
avec le Front National.
Quelques jours plus tard, à la veille des élections législatives qui ont suivi la présidentielle, Morano été "piégée" par l'humoriste Gérard Dahan, se présentant comme Louis Aliot. Croyant parler au n° 2 du FN, elle avait affirmé sa disponibilité pour des magouilles de maintien ou retrait de candidats et manifesté toute sa sympathie pour Marine Le Pen.
Ce sont là les éléments dont nous disposons et qui retracent les tâches confiées par Sarkozy à Morano dans le domaine des relations avec le FN; on peut raisonnablement penser qu'il y a eu d'autres missions qui sont restées confidentielles et dont l'éventuelle révélation peut être utilisée par Morano comme une arme de dissuasion contre son donneur d'ordre.
Il peut aussi s'agir des relations avec Poutine puisque Morano a initié en juin dernier, au Parlement européen, un lobby de soutien au pouvoir russe nommé " Pour un nouveau dialogue avec la Russie". Elle vient d'ailleurs de déclarer aujourd'hui (1er octobre) à Moscou où elle participe, avec Marion Maréchal Le Pen, à une conférence de propagande poutinienne baptisée "Forum
parlementaire international ", qu'elle invitait Poutine à intervenir devant le Parlement européen.
L'ancienne ministre déléguée a également salué les bombardements russes en Syrie ((qui comme on le sait touchent l'opposition et des civils mais pas Daech) en les liant à la question des réfugiés: "La première étape est de ramener la stabilité en Syrie pour que les populations déplacés puissent rentrer chez elles. On ne peut pas ramener cette stabilité sans avoir la Russie avec nous", a-t-elle déclaré, ne voyant pas d'autre "interlocuteur crédible en Syrie" que son président Bachar al-Assad. Morano officialise ainsi son entrée dans le club des relais de Poutine, comme le Front National, le député Les Républicains et raciste enragé Thierry Mariani et l'ex premier ministre Fillion, dont on a d'ailleurs pu noter qu'il avait été particulièrement modéré dans sa critique des propos racistes de l'eurodéputée.
Les déclarations racistes de Morano sont l'émanation de ce que son parti et les chef de celui-ci produisent au quotidien. Il est trop facile et faux de lui attribuer une forme de grossièreté particulière qui expliquerait la violence de ses propos télévisés. Le florilège ci-dessous le démontre amplement:
C'est Sarkozy qui a mené deux campagnes présidentielles dominées par les thèmes et les idées du Front National en 2007 et 2012 et qui en prépare une troisième encore plus sale en 2017 remettant notamment en cause le droit du sol.
C'est Sarkozy qui a prononcé en juillet 2010 l'infâme discours de Grenoble, rempli de haine raciste à l'égard des Roms et brandissant la menace de déchéances massives de nationalité
C'est Hortefeux, proche conseiller de Sarkozy, qui a prononcé ces paroles immondes à propos des personnes d'origine arabe: "Quand il y a en a un, ça va... C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes!"
C'est Juppé qui a fait défoncer à coup de hache les portes de l'église Saint Bernard dans laquelle se trouvaient les sans-papiers grévistes de la faim de 1996.
Morano, particulièrement fautive, exprime au fond le message d'une droite qui court derrière le FN, valide ses thèses et le précède de plus en plus souvent. Actualisation du 11 aout 2016 Un secrétaire départemental Les Républicains (ex-UMP) de
Meurthe-et-Moselle, soutien affiché de Nadine Morano, a suggéré sur les
réseaux sociaux de "déporter" une femme voilée, en utilisant une référence au vocabulaire nazi.
Ce responsable LR, nommé Jean-Pierre Arbey, a posté un commentaire sous
une photo représentant une femme en bikini bronzant au premier plan et
une femme voilée au second plan.
"Nacht und Nebel" ( Nuit et brouillard en français) était le nom de code
des "directives sur la poursuite pour infractions contre le Reich ou
contre les forces d’occupation dans les territoires occupés" lors de
l'occupation nazie pendant la Seconde Guerre Mondiale. En application
d'un décret, il était possible de déporter en Allemagne toute personne
"représentant un danger pour la sécurité de l'armée allemande".
Ce terme est devenu un symbole des déportations sans retour mises en œuvre par les nazis, incluant l'extermination des Juifs.
Le
recours au vocabulaire nazi dans un contexte islamophobe mériterait à
tout le moins une condamnation et une exclusion immédiates.
En son absence, c'est l'ensemble de la direction du parti LR qui est compromise.
Sans surprise, Morano soutient et justifie la déclaration de son collaborateur et en rajoute à propos de la femme voilée: " Nuit et brouillard parce qu’elle est dans le noir, dans le brouillard. Ils se comportent comme des nazis. Elle, elle s’exhibe en colportant une idéologie terroriste..."
19 juillet 2019: Morano récidive dans le racisme le plus vulgaire à
l'encontre de Sibeth Ndiaye après les déclarations de cette dernière sur
les kébabs plus répandus que le homard dans l'alimentation des Français.
Outrée mais habituée à entendre ses inepties débitées souvent en tenue
de cirque... Sénégalaise très bien née ayant obtenu la nationalité
Française il y a 3 ans... visiblement avec de grandes lacunes sur la
culture française. indigne de cette fonction gouvernementale en France https://twitter.com/cnews/status/1151182666571685888 …
Morano reprend ainsi les insultes racistes utilisées par
l'extrême-droite contre les personnes issues des pays d'Afrique ou des
Caraïbes.
Elle reprend également les injures de Jean-Marie et Marine Le Pen puis
de Fillion contre Eva Joly, alors candidate des Verts à la
présidentielle de 2012 . Fillion avait alors déclaré : «Je pense que cette dame ( Eva Joly) n'a pas une
culture très ancienne de la tradition française, de l'histoire française
et des valeurs françaises».
Memorial 98
21 juillet 2018:
Morano se distingue à nouveau à l'occasion de l'affaire #BenallaMacron.
Elle a relayé sur son compte Twitter un montage totalement bidon et
homophobe à propos des relations entre le cogneur du 1er mai et Macron;
il s'agit carrément d'une fausse page du journal Le Monde (ci-dessous).
Elle a ensuite retiré ce tweet de son compte officiel.
A l'occasion de la récente Marche des Fiertés, elle avait déjà diffusé un montage à visée homophobe qui lui vaut une plainte d'associations. La conseillère politique de Wauquiez ne rate décidément pas une occasion de diffuser la haine et l'exclusion. Il est à noter que le média de Poutine en France, Sputnik
avait diffusé durant la campagne présidentielle en février 2017 une
interview du député LR Nicolas Dhuicq, lobbyiste de Assad, faisant état
de l'homosexualité présumée de Macron. Or Morano
a créé au Parlement européen, un lobby de soutien au
pouvoir russe nommé " Pour un nouveau dialogue avec la Russie". Lors d'une conférence de propagande poutinienne baptisée "Forum
parlementaire international " Moscou où elle
participait avec Marion Maréchal Le Pen, elle avait déclaré qu'elle invitait Poutine à intervenir devant le Parlement européen.
L'ancienne
ministre a également salué les bombardements russes en Syrie (qui
comme on le sait touchent l'opposition et des civils mais pas
Daech) en les liant à la question des réfugiés: "La première étape est
de ramener la stabilité en Syrie pour que les populations déplacés
puissent rentrer chez elles. On ne peut pas ramener cette stabilité sans
avoir la Russie avec nous", a-t-elle déclaré, ne voyant pas d'autre
"interlocuteur crédible en Syrie" que son président Bachar Al-Assad.
Morano officialisait ainsi son entrée dans le club des relais de
Poutine à droite,
comme le Front National, le député Les Républicains et raciste enragé Thierry Mariani et l'ex premier ministre Fillion.
8 février 2018: Morano est nommée officiellement conseillère politique de Laurent Wauquiez, dirigeant facho de LR..
Ce choix du chef de LR ancre un peu plus ce parti dans la droite
radicale pro-FN et pro-Poutine, comme le montre le dossier ci-dessous. Alors que Wauquiez prétend qu'il ne fera "jamais" d'accord avec le FN, il promeut celle qui a participé en 2007 à
une collecte de parrainages d'élus en faveur de la candidature de
Jean-Marie Le Pen et s'est fait prendre la main dans le sac
Actualisation du 2 août 2016
Dans la marée de déclarations racistes et islamophobe à droite, Morano s'est à nouveau distinguée par la violence de ses propos.
Elle a notamment déclaré que la France était l’objet d’une « invasion massive
arabo-musulmane ». « Je ne veux pas que la France devienne musulmane »,
a-t-elle ajouté, reprenant ouvertement une rhétorique lepéniste. Actualisation 27 avril 2016
Fin de la brouille et réconciliation générale entre Sarkozy et Morano.
Selon le compte-rendu paru dans la presse Nicolas
Sarkozy se justifie. Il explique à Morano qu'il n'avait pas d’autre
choix que de lui retirer l'investiture. Il lui dit : Crois-moi sur
parole, je ne pouvais pas faire autrement. Désormais, Nadine Morano
relativise. Pour elle, sa relation avec Nicolas Sarkozy se résume en
fait à une histoire de famille. Elle explique :
Avec Nicolas, je peux me brouiller, me réconcilier, me brouiller encore... C'est la famille..."
En fait les intérêts communs de ces deux tenants d'une politique identitaire et xénophobe vont vers les thèmes du FN et vers la collaboration avec Poutine, comme le montre leur parcours commun analysé ci-dessous.
Memorial 98
Actualisation du 1er octobre 2015 :
Morano qui a créé au Parlement européen un lobby de soutien à Poutine
officialise sa collaboration avec le régime russe et soutient évidemment
Bachar El Assad (voir ajout dans l'article)
Actualisation du 10 octobre: une cartographie de ceux qui au sein de LR ont soutenu Morano (dont Copé, Alliot-Marie, Estrosi...) ou se sont prononcés clairement contre elle.
A noter également le soutien de l'académicien et porte-parole réactionnaire et xénophobe Alain Finkielkraut qui déclare à son propos:" La
chasse aux racistes est ouverte, il y a un raciste qui est dénoncé par
semaine aujourd’hui... je constate que l’antiracisme est assoiffé
toujours d’un nouveau gibier... "
Ils sont d'autant plus choquant que
sa famille a fui le génocide des Arméniens et s'est réfugiée en France.
Le député des Hauts-de-Seine (Les
Républicains, LR) président du conseil général du 92, ancien ministre de
Sarkozy et Chirac, ancien secrétaire général de l'UMP, a lancé cette
"blague" à propos des Allemands qui accueillent les réfugiés syriens:
« Ils nous ont pris nos juifs,
ils nous rendent des arabes. »
Cet humour, déjà abject de la part
de n'importe qui, revêt une résonance particulière dans le cas de
Devedjian.
Celui-ci est un ancien militant de
choc (condamné pour violences) du groupe fasciste et antisémite Occident,
dans lequel il combattait pour l"Algérie française" avec ses acolytes
Gérard
Longuet, Alain Madelin et d'autres.
Sa préoccupation pour les Juifs est
donc plus que sujette à caution.
Mais au delà de sa
personnalité de voyou, que dit Devedjian dans ces quelques mots?
Pour lui ce sont les
"Allemands" et non les nazis qui sont responsables de la
Shoah. Cela lui permet au passage d'évacuer la collaboration, Pétain et la participation des
autorités françaises à l'extermination, puisque c'est uniquement une
responsabilité d'Allemands qui "nous ont pris nos Juifs" .
Il rejoint ainsi Sarkozy, qui,
acharné à combattre la "repentance " française et désireux déjà de
flatter l'électorat du FN avait, lors de sa campagne de 2007, rejeté la mention de la
participation du régime de Vichy à la déportation des Juifs de France. Pour
le chef de la droite, la "repentance" devait être réservée aux
Allemands coupables de "folie" due à «… la redoutable absence de l’idée
de Dieu… » Sarkozy avait même boycotté, quelques jours après son
élection en 2007, la cérémonie du 8 mai qui marque la fin de la 2e guerre
mondiale et la défaite du nazisme. En effet il ne voulait pas apparaître aux côtés de
Chirac qui avait reconnu, le 16 juillet 1995, la responsabilité des
autorités françaises en déclarant lors de la commémoration de la rafle du Vel'
d'Hiv: "... Oui, la folie criminelle de l'occupant a été, chacun le sait,
secondée par des Français, secondée par l'État français. La France, patrie des
Lumières, patrie des Droits de l'homme, terre d'accueil, terre d'asile, la
France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable..."
Devedjian attaque les
"Allemands" actuels et leurs leaders de droite, qui à la différence
de la droite française, ont décidé d'accueillir des centaines de milliers
de réfugiés.
Les déclarations de Jean-Luc
Mélenchon sont d'ailleurs également scandaleuses puisqu'il met en cause Merkel
l"opportuniste" en déclarant : "... Et la voici
qui prend sa mine sucrée et dit: maintenant nous allons accueillir du monde.
Cela tombe d'autant mieux qu'il leur manque du monde".
Les explications à la limite du
complotisme répandues un peu partout prétendent doctement que "les
Allemands" accueillent des réfugiés surtout parce qu'ils
auraient besoin de main-d’œuvre (voire même d"esclaves") et de
population en raison d' une démographie chancelante. Mais pourquoi dans ce cas
les patrons allemands n'acceptent-ils pas plutôt les centaines de milliers de
personnes européennes, notamment issus des Balkans, qui ne demandent qu'à venir
travailler en Allemagne ?
Pour les tenants de la théorie du complot , ceux à "qui on ne la fait
pas" il ne vient pas à l'idée que la coalition droite-SPD au pouvoir
réagit ainsi pour répondre avant tout à l’opinion publique allemande,
marquée en effet par la mémoire du nazisme et de ses conséquences et qui est
très favorable à l’accueil des réfugiés. Les médias manifestent leur surprise
face à la mobilisation en cours en Allemagne et en Autriche. Pourtant tout le monde a pu
voir les scènes d'accueil dans les gares de Francfort et Munich et encore avant les banderoles de soutien aux
réfugiés dans les stades de foot. Mais cela ne correspond décidément pas à
l'image des "Allemands" et surtout cela met en lumière la grande
frilosité des pouvoirs publics français. Du coup les médias omettent de
rappeler les grandes chaines humaines qui avaient mobilisé des centaines de
milliers de personnes en Allemagne à peine réunifiée contre les crimes racistes
des années 90. Ils méconnaissent le travail quotidien d’associations de défense
des réfugiés comme Pro-Asyl.
Enfin Devedjian attaque évidemment
l'arrivée d'"Arabes". Rien d'étonnant de sa part et on se trouve ici
au cœur de la ligne des Républicains. Mais il fait ainsi un
signe direct et d'actualité à l'islamophobie galopante, au Front
National, à Robert Ménard maire de Béziers, aux maires "Les
Républicains" qui ne veulent que des "chrétiens". Il se
place dans la continuité absolue de Sarkozy, qui ne cesse de radicaliser son
propos, après avoir comparé les réfugiés à une fuite d'eau et appelé à
défendre les Églises de France contre les
musulmans.
Devedjian se pique de théoriser
l'avenir de la droite française; ainsi lors de la campagne de Sarkozy en 2007
il regrettait la situation où" la droite est sortie honteuse de la (2eme)
guerre" et se réjouissait de la " "la
droitisation de la société (qui) permet aujourd'hui ce réajustement idéologique
qui anticipe la victoire politique".
Avec ses déclarations si
révélatrices, il replonge dans cette xénophobie d'une droite qui a comme seuls
programmes la lutte contre l'"envahissement" et le cri sinistre
" à bas les Arabes".
Gérard Dézempte, dont la décision discriminatoire sur les réfugiés a été
annulée par la justice, parraine Marine Le Pen pour la présidentielle
Le tribunal administratif de
Grenoble a annulé une décision de ce maire de Charvieu-Chavagneux (Isère) qui
se disait prêt à accueillir des réfugiés à la « condition expresse » qu’ils
soient chrétiens.
L’affaire remonte à septembre 2015, en pleine crise des migrants. À l’époque,
le maire de Charvieu-Chavagneux avait pris la décision d’accueillir des
réfugiés, mais à la « condition expresse » qu’ils soient chrétiens.
Il arguait alors que, au Moyen-Orient, « la
minorité chrétienne est discriminée et anéantie en raison de sa qualité de
minorité chrétienne » et qu’il fallait donc « revenir au principe même
qui fonde le droit d’asile, c’est-à-dire la persécution qui engendre l’accueil
»,
C’est cette décision que le tribunal administratif de Grenoble a annulé, le 16
mars, confirmant une première décision de suspension en référé, en novembre
2015, après un recours de la préfecture, opposée à la décision communale.
Le tribunal estime en effet que « la commune n’est pas fondée
à soutenir qu’eu égard aux persécutions dont ils font l’objet dans leurs pays
d’origine, les chrétiens réfugiés en France se trouveraient dans une situation
différente des autres réfugiés pour leur hébergement, ni que la différence de
traitement entre réfugiés (…) serait justifiée par l’intérêt général ».
Le tribunal rejette aussi l’argument de la sécurité, mis en avant par la ville.
Elle avait plaidé que « les chrétiens n’attaquent pas les trains armés de
kalachnikov, qu’ils n’abattent pas des journalistes au sein de leur rédaction
et qu’ils ne procèdent pas à la décapitation de leur patron »,
Égalité
devant la loi.
Lors de l’audience, le rapporteur public avait aussi demandé
l’annulation de la décision, se fondant notamment sur l’article 1 de la Constitution
qui « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction
d’origine, de race ou de religion ».
Cet article « interdit de traiter différemment les individus sur la base de
critères comme la religion, la race ou l’origine ethnique », avait
argumenté l’avocat de SOS Racisme, partie civile au dossier, interrogé par
France 3. « En réservant des logements à une catégorie de population, cette
décision excluait le reste [des migrants] et générait donc une discrimination
fondée sur la religion, poursuivait-il. Elle méconnaissait donc le principe
d’égalité devant la loi. »
Le tribunal a condamné la ville à verser 600 € à l’association au titre des
frais engagés.
Une
autre décision fait scandale
Récemment, le maire divers droite de la ville, qui a
parrainé Marine Le Pen pour l’élection présidentielle, a de nouveau fait
scandale, en interdisant les cours d’arabe et de turc à l’école primaire (une
vingtaine d’élèves en bénéficiaient), au motif qu’« on est en train de
donner la possibilité à des gens de lire un certain nombre de documents qui
leur permettront de se radicaliser ». La suppression de « l’enseignement
des langues et cultures d’origine » à l’école est une des 144 engagements du
programme de Marine Le Pen.
MEMORIAL 98
Évidemment Robert Ménard, maire de Béziers est
hors-concours: les fascistes dans son genre sont toujours les plus forts dans
la manipulation et dans l'expression de la haine. La Une du journal municipal
de Béziers ci-dessus constitue de plus un faux grossier, puisque qu'il s'agit
d'une photo de l'agence AFP prise le 18 juin en Macédoine. Les deux
pseudo-pancartes faisant référence à Béziers ont été rajoutées par la mairie de
Ménard sur la photo originale, qui n'en comporte évidemment pas. Pour mémoire
Ménard est soutenu par le Front National, mais aussi par le parti Debout la
France du député Dupont-Aignan.
Mais plusieurs maires "Les Républicains" ne sont
pas loin de Ménard. Ce sont tous ceux qui déclarent ne vouloir accueillir que
des "chrétiens" car les réfugiés "musulmans" sont à leurs
yeux des terroristes en puissance. Le premier à lancer cette idée
discriminatoire et islamophobe a été le maire de Roanne, qui a été suivi par
plusieurs autres membres de son parti.
L'exemple le plus frappant est celui de Gérard Dézempte,
maire de Charvieu-Chavagneux dans l'Isère, dont nous retraçons le
parcours. Il a fait adopter par le conseil municipal de sa ville, à
l'unanimité, une résolution visant "pallier la politique étrangère
irresponsable de l’État (il soutient Bachar El Assad) en accueillant une
famille de réfugiés, à la condition expresse que ce soit une famille
chrétienne". Il justifie ce choix en reprenant les mots du FN:
"« l’entrée de milliers de clandestins chaque année […] entraîne l’arrivée
massive d’infiltrés djihadistes sur le territoire ».
Son parcours est significatif: Dézempte est un
multi-récidiviste. Maire depuis 1983, conseiller général et ancien conseiller
régional, RPR, il a été partisan de Charles
Millon c'est dire de l'alliance au conseil régional de Rhône-Alpes
avec le FN de Bruno Gollnisch en 1998. A nouveau UMP, Gérard Dézempte a déjà
défrayé la chronique en matière de racisme et d'islamophobie.
Voici un extrait de ses "exploits:
- 1989 : un bulldozer envoyé par sa mairie détruit "par
erreur" un local de prière musulman. Il a fait l'objet d'un non-lieu.
- 1994 : sous sa présidence, la commission d'attribution de
logement de l'Opac de l'Isère réalise le logiciel "Habitat 400", pour
planifier la répartition des étrangers et des Français d'origine étrangère.
- 1997 : il veut organiser un référendum local
proposant l'instauration d'un "seuil de tolérance" d'étrangers dans
les HLM de la commune. Cette mascarade est annulée par la Cour d'appel de Lyon.
-2000: les Ghezzal, un couple de Français d'origine
maghrébine, souhaitent acheter un pavillon sur le territoire de sa commune.
Après avoir signé un compromis de vente avec les propriétaires, les époux
Ghezzal reçoivent une lettre de la mairie les informant de son intention
d'utiliser son droit de préemption pour transformer cette maison en local
associatif. Mais quelques mois plus tard, ils apprennent que la vente s'est
concrétisée avec un autre acheteur, dont le nom sonne plus
"français", sans que la mairie n'ait usé de son droit de préemption.
En novembre 2006, Gérard Dézempte était condamné à trois ans d'inéligibilité et
1 500 euros d'amende. Condamnation confirmée par la Cour d'appel de Grenoble en
novembre 2006. L’affaire est encore en cours, suite à des aspects juridiques
sur la préemption fictive, non reconnue par la Cour de Cassation comme mode de discrimination.
Entre-temps, en 2013, Dézempte a été condamné pour avoir
participé à l’élaboration du PLU (Plan local d’urbanisme) alors que ce PLU
concernait des parcelles foncières dont il est le propriétaire. Un homme digne
de confiance et un modèle d’honnêteté.
Sans surprise Dézempte soutient le régime syrien et déclare
que cette crise migratoire est liée "à l’inconscience de son président (F.
Hollande), qui a décidé d’attaquer Bachar Al-Assad et qui réalise que ce
n’était pas une bonne chose". C'est aussi le cas de Ménard à Béziers qui
proclame son soutien au régime Assad, comme toute l'extrême-droite française et européenne.
La porosité entre des fractions des Républicains et le Front National fait une nouvelle démonstration de
sa nocivité, sur le dos des réfugiés syriens.
Le mouvement de soutien et de solidarité à
l'égard des réfugiés et de tous les migrants est plus que jamais nécessaire.
C'est de sa force que dépendent les décisions qui seront prises par les maires
et le gouvernement.