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vendredi 22 janvier 2021

Vichy contre les Juifs: combattre Zemmour, entretien avec Laurent Joly

A l'occasion de la parution en poche du livre L’État contre les juifs. Vichy, les nazis et la persécution antisémite (1940-1944), édition revue et mise à jour, Paris, Flammarion/Champs histoire, 372 p., 10 €.

A la veille du 27 janvier, qui marque la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de la Shoah et de prévention des crimes contre l'humanité, entretien avec Laurent Joly sur des points clés de la politique pétainiste contre les Juifs de France.

Laurent Joly a aussi coordonné l'important numéro de la Revue d'histoire de la Shoah d'octobre 2020 consacré à "Vichy, les Français et la Shoah : un état de la connaissance scientifique"

Il a également témoigné récemment lors du procès intenté à Zemmour par plusieurs associations pour contestation de crimes contre l'humanité en raison de ses déclarations sur le sauvetage des Juifs par Pétain.

Le parquet y a réclamé 10000 Euros d'amende contre Zemmour.

Laurent Joly est l'auteur de plusieurs livres et films documentaires ( voir ci-dessous). Nous le remercions d'avoir accepté de répondre à nos questions.

 

Memorial 98 


L'État contre les juifs

Le premier chapitre de l’ouvrage est consacré à la genèse du statut des Juifs de Vichy promulgué en octobre 1940.

En quoi le statut s’inscrit-il dans le contexte de la politique nazie de la fin des années 30, marquée par les étapes suivantes:  « Nuit de Cristal » du 9 novembre 1938, déclaration "prophétique" d’Hitler au Reichstag le 30 janvier 1939: “ si le judaïsme financier international en et hors d’Europe devait réussir à pousser les peuples une fois encore dans une guerre mondiale, alors le résultat ne sera pas la bolchévisation de la Terre et par là la victoire du judaïsme, mais l’anéantissement de la race juive en Europe”, invasion de la Pologne en septembre 1939?

L’interprétation que je défends inscrit en effet l’adoption du statut des Juifs par Vichy, régime né du désastre de 1940, dans ce contexte. 

Depuis la fin de 1938 et le début de 1939, le projet et la formule même de « statut des Juifs » (laquelle est venue sous la plume de Charles Maurras en 1911) ont de plus en plus d’audience dans la propagande antisémite française : articles dans la presse d’extrême droite, brochures, papillons, etc.

Ceux qui en parlent le plus fort, le conseiller municipal de Paris Darquier de Pellepoix (futur commissaire général aux Questions juives), l’activiste ultra-nationaliste Marcel Bucard, le quotidien royaliste L’Action française, l’hebdomadaire fasciste Je suis partout, Céline dans ses pamphlets (Bagatelles pour un massacre en 1937 et  l’École des Cadavres en 1938)  font beaucoup de bruit.

Assurément, la politique antijuive nazie, codifiée en 1935 dans les lois raciales de Nuremberg, imitée par l’Italie de Mussolini en 1938, marque les esprits. Elle résonne avec le facteur national qui inclut la tradition antidreyfusarde, la théorie maurrassienne de l’antisémitisme d’État, la haine homicide à l’encontre de Léon Blum et la stigmatisation des responsables (juifs) de la défaite 

L’idée selon laquelle la France doit, elle aussi, résoudre le « problème juif » a de plus en plus de partisans, avant même le choc de la déroute militaire.

En outre, le régime pétainiste ambitionne de s’insérer dans l’« ordre nouveau » hitlérien, dont on pense à Vichy qu’il dominera durablement l’Europe. 

La loi raciale, qu’ont adoptée l’État hongrois (avril 1938), l’Italie fasciste (septembre 1938), la Slovaquie (avril 1939) puis la Roumanie (août 1940), apparaît dès lors comme un passage obligé. 

Ce facteur de dynamique européenne est au moins aussi important que le facteur national propre, pour comprendre pourquoi Vichy a promulgué si rapidement un statut des Juifs, qui a mis au ban de la nation des dizaines de milliers de Français « regardés » par le législateur comme de « race juive »...

 

Ton chapitre 4 « Sacrifier les juifs étrangers pour sauver les français ? » fait écho aux polémiques suscitées par Éric Zemmour. N’y a-t-il pas une difficulté éthique à polémiquer avec Zemmour sur le sort des Juifs français et étrangers?  Pour contrer son discours, on veut démontrer que les Juifs français ont aussi été touchés, comme si la déportation des seuls Juifs étrangers pouvait être acceptée ?

  

On peut d’abord rappeler qu’il y a chez Zemmour un déni de l’éthique parfaitement anachronique.

« Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangers sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux ». Ces paroles de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, dans sa lettre pastorale du 23 août 1942, qui constitue la première protestation publique contre la livraison des juifs apatrides par la police de Vichy à cette période, ont eu un impact exceptionnel dans l’opinion. 

Le fait est que ce qui a choqué, ému, les gens n’était pas qu’on arrêtait  plutôt des étrangers ou des Français, mais qu’on s’en prenait à des femmes, des enfants, des invalides, pour les envoyer on ne sait où à l’Est, pour y travailler dur, y être maltraités et certainement y périr. 

Sur le coup, une grande partie de la population a eu conscience de cela, a compris que ce que faisait Vichy était une transgression inacceptable des normes morales de base. C’était un réflexe d’humanité.

Pour justifier l’injustifiable, les dirigeants de l’État français ont inventé l’argument du « moindre mal ». Ce serait en effet une difficulté éthique pour l’historien si cet argument était fondé, si effectivement Vichy avait livré les Juifs apatrides pour protéger les français, si effectivement Vichy n’avait pas eu d’autre choix que celui de livrer telle catégorie pour en épargner une autre. Mais ce n’est pas le cas. Je le démontre dans mon chapitre 4 du livre, à la suite des travaux fondateurs de Joseph Billig, Georges Wellers, Robert Paxton ou Serge Klarsfeld.

Et c’est ce qui rend l’argumentaire vichyste, développé au moment de la Libération par les avocats de Pétain, par Laval et Bousquet eux-mêmes, et mis au goût du jour par Zemmour, avec le soutien de certains historiens, irrecevable sur le plan scientifique.

On n’est donc pas face à un problème éthique, mais tout simplement face à un problème de respect ou non des faits. Le régime pétainiste avait les moyens de dire « non » grâce aux outils de protection que représentaient  la convention d’armistice franco-allemande , la convention de La Haye, la zone libre.

C’est ce qu’il fera d’ailleurs un an plus tard avec le refus de la dénaturalisation collective des Juifs devenus français depuis 1927. Mais auparavant, en mettant à l’été 1942 toute la puissance de sa police au service des nazis, aboutissant à 42 000 juifs déportés sur les quelque 40 000 initialement programmés par la SS, il ne s’est absolument pas mis en situation de protéger les Juifs français.

Ainsi trois sur quatre des enfants Juifs arrêtés à Paris en juillet 1942 étaient français – 3 000 petits Français à titre définitif, en vertu de la loi de 1927, nés en France, scolarisés. 

Il faut donc le rappeler, non pas pour signifier que déporter des enfants étrangers aurait été moins « grave », mais pour souligner le caractère mensonger de l’argumentaire vichyste.

 

À quel moment les dirigeants de Vichy ont-ils su que le sort des juifs conduisait à leur mise à mort  ?

À l’été 1942, qui correspond notamment à la rafle du Vel D'hiv' à Paris, Laval ou Bousquet ne peuvent pas ne pas avoir compris que la mort était au bout du voyage. Ils ont fait le choix du déni, sur fond de mauvaise conscience agressive et hâbleuse. La récente publication du Journal de guerre de Paul Morand, dont j’ai pu intégrer les principaux apports dans la nouvelle édition de mon livre, m’a permis plus particulièrement d’étayer le chapitre du livre intitulé « Que savait-on de l’extermination des Juifs ? ». 

Bousquet se vante d’avoir « liquidé 13 000 » Juifs ; Laval refuse de lire les preuves de l’extermination systématique des Juifs qu’on lui apporte, fait des blagues douteuses et demande à ses interlocuteurs de la SS des éléments de langage… 

L’époque où l’on pouvait penser de bonne foi, comme l’historien Léon Poliakov, que Laval était un politicien naïf et désireux de faire au mieux, est révolue. La recherche historique, couronnée par la récente et magistrale biographie de Laval par Renaud Meltz, dont j’ai pu aussi intégrer les principaux apports dans cette nouvelle édition, est maintenant au clair sur qui était Laval et sur sa politique.

Le dernier chapitre de ton livre porte sur l’épuration. Au sujet des policiers et administrateurs impliqués dans la Shoah, tu estimes que la punition par l'institution policière était pour eux plus grave que celle par la justice. Est-ce comparable?

Si l’on s’arrête aux résultats de l’épuration judiciaire concernant les cadres de l’appareil d’État impliqués dans la politique antijuive, des responsables du « fichier juif » à la préfecture de Police de Paris jusqu’aux commissaires ayant exécuté les rafles en passant par les préfets et les chefs de la police les ayant organisées, on peut se dire qu’il n’y a pas eu d’épuration.

En effet on ne compte plus  les acquittements, ainsi celui de Bousquet, en 1949, par la Haute Cour de Justice ou de classements révoltants.

Mais c’est oublier l’impact de l’épuration dite administrative. Pour un préfet, pour un policier, être révoqué, c’est perdre tout ce qui donne sens à sa vie. C’est une sanction terrible. Même un Bousquet a vu sa carrière et ses ambitions brisées. Ce n’est pas rien. Sans parler du fait que la plupart de ces acquittements et classements étaient précédés de longs mois, parfois plusieurs années, en prison. Le bilan que je fais de l’épuration face au sort des juifs est donc nuancé. Malgré de nombreux ratés, les comités et tribunaux de l’épuration n’ont pas chômé : des centaines de policiers anti juifs, de fonctionnaires antisémites, de délateurs de Juifs ont été sanctionnés.

Memorial 98

 

Parmi les autres livres de Laurent Joly: 

 




 

 



 


 

Articles de Memorial 98 en rapport avec cet entretien:

http://www.memorial98.org/article-zemmour-rehabilite-petain-pour-qui-pourquoi-124774288.html

 

http://www.memorial98.org/article-memoire-la-rafle-meconnue-du-20-aout-1941-82199443.html


http://www.memorial98.org/article-collaboration-avec-les-nazis-une-exposition-d-actualite-125314945.html 


http://www.memorial98.org/2019/04/75-ans-apres-la-rafle-d-izieu-symbole-du-sort-des-enfants-juifs-face-au-nazisme.html


http://www.memorial98.org/article-30-janvier-1933-le-desastre-114868033.html

 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/10/il-ya-80-ans-petain-lancait-la.html 

 

http://www.memorial98.org/article-antisemitisme-le-double-anniversaire-du-3-octobre-58213369.html 


http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/04/celine-en-vedette-propos-du-covid19-une.html


http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/11/nuit-de-cristal-commemoration-2020-en.html




mardi 1 décembre 2015

Shoah: quand les nazis déportaient en Norvège et en Lettonie.






Imaginez la scène: dans le froid intense de cette fin de novembre, un groupe de personnes se retrouve sur un quai du port d'Oslo. Ils semblent abattus et en même temps déterminés. L'un d'entre eux lit une liste de noms puis ils se recueillent et repartent dans la nuit qui est tombée si rapidemment.

Ce groupe commémore ainsi chaque année, le 26 novembre à 16 h, la déportation de 768 Juifs de Norvège, raflés puis expédiés vers l'extermination. Parmi ces personnes, se tient Leif Knutsen. C'est lui qui a initié cette commémoration. Il l'a débutée tout seul en 2009, puis peu à peu d'autres personnes l'ont rejoint.
Depuis, il est présent sur le port d'Oslo chaque 26 novembre dans la nuit et le froid. Il lit avec les autres, à voix haute, le nom des 768 personnes déportées  par les nazis. Peu ou pas de discours dans cette cérémonie sobre.

Dans la nuit du 25 au 26 novembre 1942, la police norvégienne qui s'est mise au service des nazis    procède à une rafle dans les domiciles, les hôpitaux, les camps et emmène vers Oslo 768 Juifs, y compris des  enfants et des malades hospitalisés.
Le nombre total des Juifs de Norvège est  alors de 1800. 
Le lendemain matin, le 26 novembre, un bateau nommé le Donau, chargé de 532 Juifs prisonniers, quitte le port d'Oslo pour Auschwitz, en passant par le port de Stettin en Pologne. Les autres prisonniers seront déportés sur différents bateaux, durant les jours suivants. Parmi les 768 raflés du 26 novembre, seuls 34 survivront.

La police et la milice ont agi sur ordre du gouvernement pro-nazi qui a été mis en place sous la direction du fasciste norvégien Vidkun Quisling (sur la photo ci-dessus avec Hitler). Le nom "Quisling"  est d’ailleurs devenu le symbole de la collaboration avec un occupant. 
Pour les nazis, la Norvège revêtait une importance particulière, car les Norvégiens étaient censés faire partie, comme les Allemands,  d'une "race aryenne". 

70 ans après les faits, la police norvégienne a, en 2012,  présenté des excuses officielles et demandé pardon pour sa participation à cette déportation.
De son côté la résistance norvégienne était venue en aide aux Juifs qui cherchaient à s'enfuir vers la Suède neutre. Neuf cents d'entre eux  parviennent à franchir la frontière. 42 Norvégiens ayant participé aux sauvetages seront plus tard reconnus comme Justes parmi les Nations

Le passé du régime nazi en Norvège devait ressurgir le 22 juillet 2011, quand le terroriste d’extrême-droite Breivik massacra 77 personnes à Oslo et dans l’ile d'Utoya. 
Actualisation du 31 décembre  2016:

Profanation de la Shoah par  la télévision publique de Norvège.

La télévision publique norvégienne NRK a été contrainte de présenter ses excuses pour avoir fait référence aux camps d'extermination nazis et au génocide des Juifs dans un dessin animé "satirique" sur la situation financière des étudiants. 
Il présentait des jeunes personnages pris en charge par une personne plus âgée dans ce qui apparaissait être un camp nazi similaire à Auschwitz-Birkenau. Le groupe arrivant devant un four rempli de cendres avec des restes d'ossements humains, l’un des étudiants demande avec enthousiasme si le four sert à préparer des pizzas.
La vidéo, qui a ouvert le best-of de la plate-forme en ligne Satirik de NRK pour l’année 2016, s’achève avec les mêmes jeunes gens brandissant un contrat de location. La justification de la chaîne de télévision est pire encore : "Cette vidéo animée évoque la situation économique des étudiants, qui est souvent désespérée”, a écrit NRK. « Pour expliquer cela, nous avons utilisé des références visuelles évoquant un camp de concentration. » 

 Perversité, négationnisme, je m'en-foutisme ? Sans doute un mélange de tout cela



Lettonie 
Ce jour là
 Le 30 Novembre 1941, 2 mois avant la conférence de Wansee à Berlin qui marqua une nouvelle impulsion à l'exécution de la Shoah dans toute l'Europe, 10 600 Juifs du ghetto de Riga ( capitale de la Lettonie) furent chassés vers la  forêt voisine de Rumbula, où ils seront fusillés par l'"Einsatzgruppe A" (commando spécial d'exécution) des SS.
Dans l'hôpital du ghetto, situé dans la rue Ludzac, les SS tuèrent une trentaine d'enfants en les précipitant par les fenêtres du deuxième étage.

Actualisation du  30 novembre 2016
Une grande et émouvante cérémonie a eu lieu à l'occasion du  75e anniversaire du massacre de la Forêt de Rumbula, près de Riga.
Le président letton Raimonds Vejonis a évoqué la mémoire des vingt-cinq mille juifs assassinés dans ce bois à partir du 30 novembre 1941. Il a souligné que si cet assassinat de masse avait été organisé par les nazis, des citoyens lettons avaient collaboré à cette horreur. Il a relevé l’ampleur du massacre qui s’est déroulé en à peine deux jours.

Mais surtout, il a avoué que durant des années, ces événements tragiques de l’histoire de la Lettonie ont été laissés sous silence. Durant l’époque soviétique, les communautés juives de Lettonie avaient à peine obtenu de Moscou que soit placée une plaque à la mémoire des « victimes du fascisme ». La même censure s'est exercée en Ukraine sur le lieu du massacre de Babi Yar (voir ici)
Il ne reste aujourd’hui plus que quelques milliers de Juifs en Lettonie.

Ni oubli, ni pardon; la mémoire des crimes du fascisme et  nazisme inspire notre combat, avec le souvenir de toutes les victimes de génocides.

C'est pourquoi Memorial 98 organise à Paris chaque année le 9 novembre la commémoration du pogrom nazi de la Nuit de Cristal qui constitua en 1938 une étape importante vers le génocide des Juifs.

MEMORIAL 98 

Mise à jour 30 novembre 2019
Dossier sur le massacre des Juifs de Liepaja (Lettonie) par le site PHDN

https://phdn.org/histgen/einsatzgruppen-shoah-par-balles/liepaja-skede.html

mardi 12 mai 2015

Soral condamné ferme pour son antisémitisme génocidaire: sa place est en prison

                        





Mise à jour du 17 janvier 2019 ( voir d'autres mises à jour en fin d'article)
Le néo-nazi Soral enfin condamné à une peine de prison ferme d'un an pour ses insultes à l'encontre d'une magistrate et pour des propos appelant au génocide des Juifs; il avait ainsi écrit sur son site" Égalité et Réconciliation"  :
"Entre le peuple juif et le reste de l'humanité, le combat ne peut être que génocidaire et total..."
"Les Juifs sont dominateurs, manipulateurs et haineux..."  

Ceux qui soutiennent la "liberté d'expression" de ce propagateur multi-récidiviste de haine homicide (voir ci-dessous) se rendent complices de ses appels aux meurtre. 

Ceux qui comme Étienne Chouard, justifient et excusent Soral se font avec lui propagateurs de l'antisémitisme exterminateur. La caution apportée à Chouard par le député LFI François Ruffin constitue une très lourde faute.

Alors que le néo-nazi prétend soutenir les Gilets Jaunes et organise un meeting de toute la racaille antisémite de ce pays le 19 janvier, nous répétons: la place de Soral est en prison.


Memorial 98


Pour ce qui représente sans doute une des profanations les pires de sa carrière d'antisémite et de "national-socialiste" revendiqué, Soral a été condamné le 12 mai 2015 à une amende de 10000 Euros pour injures à caractère racial ( amende réduite ensuite à 5000 Euros en appel) et 14.001 euros de dommages et intérêts au profit des sept associations qui s'étaient constituées parties civile.

Il faut rappeler l’horreur antisémite de son  geste: il s'était fait photographier, en 2013, en train de faire le geste de la "quenelle", soit un salut nazi, au Mémorial de la Shoah (ci-dessous) à Berlin.
La quenelle n'est pas seulement un "salut nazi inversé" ou pire encore d'un geste " contestataire" . Il s'agit en fait d'un salut néo­nazi tout court, la différence avec le salut nazi classique réside avant tout dans le regard de la société qui le reçoit. Or aujourd'hui, une partie de notre société ne perçoit plus l'antisémitisme comme tel. Il faut une croix gammée, un appel ouvert à mettre les gens dans les chambres à gaz, une référence appuyée au nazisme historique, pour avoir encore un minimum de réaction.
A l'audience le 12 mars dernier, Soral avait soutenu que cette photo n'était pas destinée à circuler "au-delà d'un cercle d'amis". 

Quant au geste de la quenelle, inventé par son ami Dieudonné, Alain Soral a soutenu l'avoir d'abord fait en signe de ralliement au "fist-fucking", car le Mémorial serait selon lui  devenu  un lieu de rendez-vous homosexuel. On retrouve les thématiques habituelles développées par le duo nazi , dont un exemple récent montre l’escalade dans l'abjection.

D'ailleurs Soral a été aussi condamné aujourd'hui à 4000 euros d'amende pour des propos tenus dans un livre dont il est co-auteur avec Eric Naulleau. Liant homosexualité et pédophilie, il avait cité le nom de Pierre Bergé. Connu pour son homosexualité, l'homme d'affaires l'avait fort justement fait citer en justice. Outre l'amende, le tribunal correctionnel a condamné Alain Soral a verser à Pierre Bergé 10.000 euros de dommages et intérêts pour" diffamation publique en raison de l'orientation sexuelle". Eric Naulleau, compère de Zemmour et  co-auteur de ce livre d'échanges, échappe à toute condamnation.

Au-delà de cette interprétation "privée", Soral avait ajouté à l'audience  une interprétation "publique". La "quenelle"constituerait '"un geste d'insoumission envers les manipulateurs sionistes de la Shoah". Il répétait ainsi la ligne de défense de tous les négationnistes, dont Robert Faurisson, invité d'honneur des meetings-spectacles de Dieudonné depuis 2008. 

Trois anciens déportés juifs,  présents à l'audience et cités comme témoins, lui avaient opposé leur indignation. "Je n'aurais jamais pensé que quelqu'un dans ce lieu puisse faire autre chose que de penser, de se recueillir", avait notamment dit Isabelle Choko, 86 ans,  qui fut déportée au camp d'Auschwitz-Birkenau.

Le tribunal correctionnel donc a rejeté les arguties de Soral, en établissant le caractère antisémite de son geste selon les termes suivants:
«La personnalité même d' Alain Bonnet, dit Soral", telle que perceptible dans ses écrits ou prises de position publiques antérieurs, fragilise, pour ne pas dire prive de toute portée, ses dénégations réitérées quant aux accusations d'antisémitisme dont il ferait injustement l'objet... Dès lors, la photographie «ne peut être perçue que comme une injure visant la communauté juive dans un de ses lieux les plus symboliques et les plus sacrés».

Le prétendu "dissident" n'est qu'un vulgaire antisémite qui devra un jour rendre justice de ses actes, bien au delà des maigres condamnations financières.
                         Soral et la quenelle au Mémorial de la Shoah de Berlin en 2013

MEMORIAL 98 

Actualisation du 14 juin 2016:

Quelques jours après avoir été invité par Poutine, le néo-nazi est condamné par le tribunal de Paris aujourd'hui 14 juin à 6 mois de prison avec sursis. Le tribunal considère qu'il y a de sa part "apologie de crimes de guerre et contre l'humanité" pour des propos abjects visant Beate et Serge Klarsfeld, regrettant qu'ils n’aient pas été exterminés par les nazis.
Le tribunal est allé au delà des réquisitions du procureur qui avait réclamé trois mois de prison avec sursis, jugeant les propos poursuivis "outrageants, insultants, non seulement pour les époux Klarsfeld mais aussi pour les enfants des déportés et toutes les victimes de l'Allemagne nazie". "C'est un message clairement antisémite", avait dénoncé le procureur.
Soral échappe encore néanmoins à de la prison ferme. 


Actualisation 11 juin 2016

Un an après sa condamnation pour une "quenelle" nazie devant le Mémorial de la Shoah de Berlin, Soral est invité par le gouvernement russe à Moscou.
 Il en profite pour chanter les louanges de Poutine qui a financé sa venue et  lui cirer les bottes: « Poutine est un modèle à suivre, il nous faut un Poutine français ! » Au passage il appelle à voter pour le FN en 2017.
Les divers partis et organisations d'extrême-droite qui bénéficient des faveurs du Kremlin se retrouvent ainsi unies.

Memorial 98

mardi 7 avril 2015

Enfants juifs d'Izieu: les traces de la barbarie


                  Plaque commémorative des enfants d'Izieu



Le 6 avril 1944, se nouait le sort tragique de 44 enfants et 7 adultes juifs raflés dans ce village de l'Ain qui devait constituer un refuge. Ils furent  tous exterminés à Auschwitz, sauf une éducatrice qui survécut. 

Cet épisode tragique symbolise le sort des enfants durant la Shoah. 
On estime généralement qu'un million et demi d'enfants ont été tués durant la Shoah.   

La tragédie d'Izieu continue de résonner dans l'histoire actuelle. C'est en effet la preuve de l'implication directe de Klaus Barbie dans cette déportation des enfants qui est à l'origine de sa condamnation à la perpétuité lors de son procès en 1987.  Il bénéficiait de la prescription pour ses crimes perpétrés dans le cadre de la lutte contre la Résistance.
Or au lendemain de la guerre, Klaus Barbie, déjà recherché pour ses crimes, a été récupéré et protégé dès 1947 par l’armée américaine. Puis quand à partir de 1948 la France réclame son extradition, le Counter Intelligence Corps américain qui l’emploie refuse de le remettre aux autorités  puis l’exfiltre vers l’Argentine avec le concours des réseaux d’évasion de la hiérarchie de l’Église catholique. On connaît la suite et le combat acharné, d'abord désespéré puis victorieux  de Serge et Beate Klarsfeld pour son extradition de Bolivie et son jugement. La manifestation en 1971 à la Paz de Beate Klarsfeld et de Mme Ita Halaunbraunner, mère d'un enfant déporté d'Izieu, constitue un véritable acte d'héroïsme.La Bolivie est alors sous le contrôle d'une dictature militaire qui protège Barbie, intégré dans son appareil répressif. 
Lors de son procès, Barbie est défendu par Jacques Vergès et tente encore de calomnier les résistants et notamment Raymond Aubrac. Il est en cela le modèle de son ami antisémite Roland Dumas.
Le souvenir d'Izieu réapparaîtra notamment en 1998, lors de la vague d'alliances entre la droite et le FN pour la gestion des conseils régionaux.    

En région Rhône-Alpes, Charles Million, ancien ministre de la défense de Chirac et Juppé, se faisait élire président de la région en Mars 1998 grâce à une alliance avec le Front National.
Son allié et compère était Bruno Gollnisch, chef régional du FN et négationniste avéré. Un autre pilier de l’alliance était Pierre Vial, fasciste et antisémite bien connu, animateur du courant dit "païen" dans le FN, qui fut nommé vice-président de la commission culture du conseil régional.
Face au choc provoqué par les alliances droite-FN dans cinq régions, la résistance s’organisa, notamment contre Millon. Ainsi à Izieu, dans l’Ain dont il était à l’époque député, Charles Millon fut conspué le dimanche 19 juillet 1998 lors d'une cérémonie à Izieu. 


La présidente régionale de l’Amicale des déportés d’Auschwitz, Simone Lagrange, déportée à treize ans, lui demandait publiquement de quitter les lieux. Millon ne partit qu’à la fin de la cérémonie, bafouant ainsi la mémoire des disparus, des survivants et de leurs familles.Fin novembre 1998, il fut exclu de l’association du mémorial des enfants d’Izieu puis finalement démis de ses fonctions de président de région.


Le Front National n'en a pas fini avec Izieu, puisque son député Gilbert Collard prétend avoir défendu ces enfants et a été formellement démenti par la directrice de la Maison d'Izieu.


Ainsi le sort tragique de ces 44 enfants demeure encore une plaie vivante qui renforce notre volonté de lutter contre les nostalgiques du nazisme et les laudateurs de Pétain.

Mise à jour du 6 avril 2018: en ce jour anniversaire de la rafle d'Izieu, nous rappelons le méfait de Laurent Wauquiez. Une de ses premières mesures en tant que président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a consisté à diminuer la subvention attribuée au Mémorial des enfants d'Izieu ( voir ici) . Face au scandale, il a du  ensuite revenir en arrière.
 
Mise à jour du 6 avril 2019: 75e anniversaire de la rafle d'Izieu avec des cérémonies à Izieu même et à Lyon, dont l'inauguration d'un portrait de Mme Rosa-Ida Halaunbraunner dont deux enfants furent victimes de la rafle ( voir ici) . Elle combattit toute sa vie pour traquer Barbie notamment en manifestant en Bolivie avec Beate Klarsfeld en 1972 pour réclamer l'extradition du bourreau  ci-dessous) 


MEMORIAL 98

 


samedi 4 avril 2015

Plantu: négationnisme, sexisme, islamophobie, violence.

 
Sur le blog, nommé « Je te fais un dessin »  qu’il tient sur la plateforme Internet du Monde, le dessinateur Plantu a publié le 2 avril un dessin négationniste et sexiste d’une rare obscénité. Il s’agit selon lui de dénoncer le marketing de l’anorexie. 
La scène représente le viol d’une prisonnière des camps nazis par un SS. La déportée tient dans les mains un magazine de mode, et le SS lui intime : « tourne les pages salope ». En arrière fond, le portail d’Auschwitz, avec l’inscription « marketing macht frei ».

Que dit ce dessin de Plantu ? Qu’être vouée à l’extermination, la sienne en tant qu’individu, et celle aussi de toute sa communauté, avec la culture, l’histoire, les langues qui en sont parties intégrantes, c’est équivalent à être obsédée par la minceur voire la maigreur, conçue comme idéale dans certains milieux. Que finalement les camps, ça ne devait pas être si terrible que ça, parce qu’aujourd’hui, les survivantes squelettiques seraient sur les podiums des défilés de mode. Et puis ce dessin dit aussi qu’une femme, c’est toujours bon à violer, quel que soit l'état dans lequel elle se trouve.

Le négationnisme prend deux formes principales. Il s’agit d’une part  de la négation, clairement affirmée ou sous-entendue via le doute systématique de faits  et d’autre part de la banalisation, via notamment des comparaisons qui permettent de minimiser l’horreur de la « solution finale ».
C’est dans cette deuxième catégorie que se place le dessin de Plantu. Les phénomènes à dénoncer ne manquent pas en ce monde, mais on se doit de les dénoncer pour ce qu’ils sont, tout simplement. Quel besoin, si ce n’est en raison de cette imprégnation antisémite, de toujours comparer à la Shoah ?
Ce relativisme n’est pas nouveau, il peut même être issu d’une « ultra-gauche » dégénérée. Ce dessin de Plantu rappelle en effet la comparaison ignoble faite par le journal « La banquise » dans les années 1980, entre le numéro tatoué sur le bras des déportés de certains camps et le numéro de Sécurité sociale (voir cet article à propos des racines et excroissance du négationnisme pour la citation exacte)
Plantu est un récidiviste dans ce domaine.
En janvier 2014, à un moment où l’interdiction de spectacles de Dieudonné faisait la une de l’actualité, Plantu avait sur i-télé fait part de ses positions. Il affirmait  son soutien à Dieudonné, au nom de la "liberté d’expression".  On comprend dans l’entretien que Plantu va voir ses spectacles, et qui ne ferait "que critiquer la religion, toutes les religions", avec parfois quelques "provocations".
Dans cette émission Plantu reprenait ainsi mot pour mot les arguments des avocats de Dieudonné, selon lesquels celui-ci critiquerait "toutes" les religions, sans évidemment fournir le moindre exemple de critique autre que celle ciblant le judaïsme.
Deux questions se posaient déjà à ce moment-là : Plantu se trouvait-il sur la pente du dessinateur Konk, qui lui aussi dessinait à la une du Monde pendant de nombreuses années et qui devenu négationniste et fasciste,  publie maintenant dans Minute et Rivarol?
 
Autre question, comment allait réagir le journal Le Monde, alors que son éditorialiste dessinateur se plaçait à ce point aux côtés de Dieudonné ?

Sans doute Plantu rejettera-t-il sa caractérisation comme antisémite, bien que certains de ses propos dans cette émission de 2014 font percevoir une hostilité à l’égard de la communauté juive et du CRIF, l’organisation qui, pour certains, en est le symbole. Mais, au-delà de l’individu et de ses convictions et positions, nous interrogeons le contenu qu’il produit, avec ses paroles, ses dessins, sa manière d’aborder les sujets  et les effets de ce qu’il produit. Et indéniablement, ce dessin de Plantu alimente le négationnisme, banalise la Shoah, à travers le relativisme et les fantasmes pornographiques autour des relations entre SS et déportéEs dans les camps.

On peut donc se reposer les questions déjà évoquées : dans quelle dynamique Plantu se place-t-il ? Et qu’a à dire Le Monde des productions de son dessinateur-vedette, publiées sur le site du journal ?

Mise à jour du 20 novembre 2019 

 Plantu récidive et escalade. A l'occasion de la journée mondiale de défense du droit des enfants, il publie ( ci-dessous) pour L'Express un dessin nauséabond et le relaye sur son compte Twitter. Si on comprend bien, il s'agit pour lui de dénoncer la demande des femmes de djihadistes, gardées prisonnières, d'être ramenées en France avec leurs enfants. Les détails sanguinolents et sexistes de ce dessin attribuent à ces femmes des crimes atroces. 
La question est à nouveau posée à l'Express et au Monde: vont-ils continuer à offrir à Plantu une tribune lui permettant de publier ce genre d'horreurs et d'appels à la violence contre ces femmes ?
 



PLANTU
@plantu
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LA JOURNÉE DU DROIT DES ENFANTS. (le dessin de l’Express).


  
Memorial  98

Actualisation du 31 mars 2016


Plantu poursuit sa campagne. Il publie ce 31 mars un dessin décrivant les femmes porteuses d'un foulard sous la forme de porteuses d'un sac-poubelle. Plantu reprend ainsi les thèmes les plus sexistes et vulgaires de la propagande raciste qui traînent sur les sites fascistes. Cette "image" est aussi utilisée par le très islamophobe maire de Wissous (91) Richard Trinquier. Ainsi en octobre 2012, il partage un photomontage sordide, une mère et sa fille voilées de la tête aux pieds et vêtues de noir, y sont assimilées à deux grands sacs poubelle qui les encadrent. Sa légende : «Photo de famille.»



Actualisation 30 mars 2016

Nouvelle production nauséabonde de Plantu ce 30 mars. Il assimile les femmes porteuses d'un foulard et les porteuses d'une ceinture explosive lors d'un attentat-suicide. Dans le contexte des attentats de Bruxelles (et de Lahore) ce dessin cherche à accentuer la stigmatisation de ces femmes. On notera l’obsession sexiste de Plantu.   

MEMORIAL 98