lundi 30 mars 2015

Le négationnisme, une opinion comme une autre pour l'Université de Grenoble ?

Ce mercredi 1er avril , Jean Bricmont animera plusieurs débats sur la "liberté d'expression" à l'UFR 1 de l'Université de Grenoble.

Depuis longtemps, Jean Bricmont est plus connu pour ses affinités avec l'extrême-droite antisémite que pour ses travaux universitaires. Bricmont est en effet de ces polémistes à qui la mouvance antisémite ouvre toujours ses colonnes : il suffit de chercher ce qu'il pense du négationnisme sur Google pour tomber sur un long entretien donné à Silvia Cattori, de la mouvance dieudonniste et soralienne ou mieux encore sur une de ses lettres à Paul Eric Blanrue, l'hagiographe du négationniste Faurisson. Lettre où Jean Bricmont tutoie « amicalement » (ce sont ses termes) celui qu'il nomme affectueusement « Cher Paul Eric ». De fait, entre Paul Eric Blanrue et Jean Bricmont, il y a un point commun ancien: les deux sont d'ardents "zététistes", et c'est d'ailleurs une association également "zététiste" qui invite aujourd'hui le second. En France, Blanrue a co-fondé le cercle zététique et animé celui-ci sans que ses prises de positions royalistes et sa collaboration avec des journaux d'extrême-droite ne fassent problème avant le milieu des années 2000.

Quant au contenu des entretiens et lettres ouvertes de Jean Bricmont sur des sites d'extrême-droite, il ne laisse guère de place à l'ambiguïté concernant ce que Jean Bricmont pense des négationnistes. Mr Bricmont reconnaît ainsi un « grand courage » aux révisionnistes, comme il dit. Quel courage en effet que celui consistant à nier l'assassinat de millions de gens par des génocidaires , et à insulter les survivanTes de ce génocide....

Quant à son avis réel sur les thèses négationnistes, il est transparent : en effet, Bricmont, bien loin de respecter une soit-disant « neutralité », emploie constamment les mots-clefs de la rhétorique antisémite et négationniste : pour lui  les lois protégeant les victimes des génocides et leur mémoire constituent par exemple une « propagande de guerre », une « sacralisation » , une « diabolisation de l'ennemi ». Le négationnisme est une forme d'antisémitisme parmi les plus violentes : il s'agit en effet d'accuser les victimes d'avoir inventé les crimes et donc de les désigner comme les bourreaux « véritables ». Dans ce contexte prétendre que les lois contre le négationnisme sont de «  la propagande de guerre » et de la « diabolisation de l'ennemi » ,n'est évidemment pas autre chose que soutenir le mensonge négationniste.

D'ailleurs comme tous les propagandistes de l'extrême-droite, Mr Bricmont farouche défenseur de la liberté d'expression des néo-nazis, ne trouve par contre jamais à redire contre les dictateurs comme Assad ou Khadafi, "victimes innocentes de l'Occident, dominé par Israël".

La prose de Jean Bricmont n'a donc rien d'extraordinaire, ni d'innovant au regard de celle de ses amis ouvertement d'extrême-droite, comme Paul Eric Blanrue.

Mais son prestige de scientifique et d'"intellectuel" lui permet d'être invité à l'université par ses pairs.qui défendent cette invitation au motif que Mr Bricmont dénoncerait le « délit d'opinion chez les négationnistes comme chez les autres ». Du moins, c'est la réponse qui a été faite par l'Université sur son compte Facebook . Voici donc le négationnisme intronisé par la direction d'une université comme une opinion parmi d'autres, ni plus, ni moins....et l'Université serait donc un lieu qui n'aurait pas à trancher entre diverses « opinions », qui se valent toutes.



On voit là tout l'objectif qui se dissimule derrière la volonté d'abolir les lois antiracistes, et parmi elles, celles qui condamnent une des formes pernicieuses de la propagation de la haine, le négationnisme. Il s'agit bien de mettre au même niveau la recherche historique et le mensonge le plus éhonté, la charlatanerie et la science. Au nom du droit à « douter de tout », l'objectif des Bricmont et consorts n'est jamais que la destruction de la raison au profit des thèses les plus délirantes, sans aucun début de preuve. Dans le monde merveilleux de la liberté d'expression totale, tout ne sera qu'opinions, la parole de l'historien mise au même niveau que celle du négationniste, l'expérience de la victime au même niveau que le mensonge du bourreau.

Evidemment, ce nivellement par le bas aboutit dans les faits à la domination des faussaires et de l'extrême-droite. Ainsi l'Université de Grenoble fait de Jean Bricmont un invité d'honneur qui a le libre choix de son intervention mais prévient d'éventuels contradicteurs : ne seront admis que ceux qui respecteront devant le Maître « la rigueur argumentative que nécessite un tel débat ».

Bref, celui qui défend la liberté inconditionnelle d'expression des négationnistes, dont on cherchera en vain la « rigueur argumentative », est à la tribune, mais dans les gradins, chacun est prié de mesurer ses mots s'il souhaite s'exprimer.

Evidemment, les antiracistes n'ont rien à faire dans un « débat » avec un polémiste qui donne du « cher ami » aux antisémites comme Paul-Eric Blanrue, et qui s'épanche à longueur d'année dans les médias d'extrême-droite.

La seule question posée par l'invitation faite à Jean Bricmont est celle de la banalisation des défenseurs des néo-nazis négationnistes au sein de ce qui est censé être un lieu de savoir et de culture.

Le négationnisme n'est pas une opinion, c'est une oppression directe des victimes de racisme et d'antisémitisme, et l'Université n'a pas à être le relais de ses propagandistes à peine masqués.

C'est pourtant ce qui se passe aujourd'hui à Grenoble.

Vous pouvez protester en transmettant ce texte ou le vôtre à la direction de l'Université.

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