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vendredi 8 mai 2020

8 mai: une mémoire actuelle, 75 ans après la chute du nazisme.


Le soixante quinzième anniversaire de la victoire contre le nazisme est commémoré cette année dans les conditions particulières de la pandémie du Covid.

Cela a déjà été le cas cette année des anniversaires en avril du génocides des Tutsi, de celui des Arméniens ainsi que de la révolte du ghetto de Varsovie   
75 ans après l'effondrement du nazisme, la crise sanitaire du Covid donne lieu à un déferlement de propagande complotiste et antisémite et à des manifestations à tonalité d’extrême-droite dans plusieurs pays. 

Des partis d’extrême-droite apparaissent certes en recul, notamment en Italie et en Allemagne; de plus les gestions aventuristes de Trump et Bolsonaro affaiblissent leur crédibilité globale.
Néanmoins plusieurs éléments annoncent qu’ils pourront sans doute rebondir et exploiter la suite des événements Ainsi le succès des théories conspirationnistes sur l’origine du coronavirus et la crise ouverte de l’Union européenne jouent en leur faveur.

En France on assiste ainsi à des attaques contre des responsables de santé d’origine juive .
Soral, toujours en liberté malgré ses condamnations à des peines de prison ferme, est évidemment  au premier plan avec sa vidéo nommée Couillonavirus Communauté organisée qui tient la France
Il y stigmatise "le gang qui a en charge la médecine d’État : Buzyn, Lévy, Bauer, Hirsch, Jacob, Guedj, Salomon… C’est la liste de Schindler. » il éructe que les Juifs « veulent faire du pognon sur le dos des Français, affaiblir le peuple français par le nombre de morts » .
Mais au delà de sa propagande, de nombreuses «  explications diaboliques » envahissent les réseaux sociaux et les milieux déjà touchés par l’intervention de réseaux complotistes d’extrême-droite, notamment lors du mouvement des Gilets jaunes.

Cette propagande se focalise sur la diabolisation d’Agnès Buzyn et de son mari Yves Lévy, ancien directeur de l’Inserm, qui entraveraient l'action du fameux Professeur Raoult.  
Afin qu'on comprenne bien de quoi il s'agit, l'euro-député RN Gibert Collard insiste grossièrement dans une tribune sur le site de ce parti, sur la parenté d'Agnès Buzyn en la décrivant comme" elle-même divorcée de Pierre-François Veil, fils de Simone..."
De son côté Marine Le Pen multiplie les allusions à une origine « mystérieuse et inconnue » du coronavirus.
Elle prolonge ainsi les thèse de son parti contre les acquis de la santé publique.

Aux États-Unis les manifestations contre les mesures de protection sanitaire se sont multipliées, notamment dans le États dirigés par les démocrates. Elles sont soutenues par Trump et organisées par une coalition de suprémacistes, d’intégristes et de lobbyistes des armes à laquelle se sont joints les complotistes « anti-vaxxers », hostiles aux vaccinations. De nombreux slogans antisémites ont été lancés lors de ces manifestations,
s’ajoutant ainsi aux crimes des synagogues de Pittsburgh et San Diego et à la manifestation meurtrière des suprémacistes blancs à  Charlottesville en août 2018.  
                                              L'appel à la manifestation fasciste de Charlottesville

En Allemagne, une mobilisation du même type se nomme «  Résistance 2020 » et s’appuie sur le parti d’extrême-droite AfD (Alternative pour l'Allemagne)
 Le co-président de ce parti Alexander Gauland vient d’ailleurs de  décrire le jour de la fin de la Seconde Guerre mondiale, comme étant un "jour de défaite absolue".
Il réagissait aux appels répétés en Allemagne pour faire du 8 mai un jour férié, ce qui n’est pas le cas actuellement sauf à Berlin. Dans cette ville qui constitue aussi un État, le 8 mai est fêté et férié cette année à titre exceptionnel, en tant que symbole de libération du nazisme.  Une pétition nationale demande la généralisation de cette démarche.
 "Le 8 mai n'a pas le potentiel d'être un jour férié car c'est un jour ambivalent", a déclaré Gauland. "Pour les détenus des camps de concentration, c'était une journée de libération. Mais ce fut aussi un jour de défaite absolue, un jour de perte de grandes parties de l'Allemagne ( à l'Est) et de la possibilité de façonner de nouvelles choses".   
Gauland  n’en est pas à son premier dérapage en la matière, alors qu’il se présente comme le leader l’aile « modérée » de l’AfD, opposée au négationniste Bjorn Hoecke, chef du parti en Thuringe. 
En juin 2018, il avait comparé la période nazie à “une fiente d’oiseau” au regard de 6 000 ans d’histoire allemande. Une manière de réduire le IIIe Reich à un détail, ce qui avait déjà provoqué une vague de critiques. Il avait aussi vanté “les performances des soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale”, en septembre 2017.

La date du 8 mai rappelle à nouveau que le fascisme et le nazisme ont finalement été vaincus mais que si on les laisse prospérer, ils auront auparavant provoqué d'immenses drames et nombreuses catastrophes humaines.

1945: la capitulation et la joie


Le 7 mai 1945, à 2h41 du matin, l'Allemagne nazie capitule. C'est la fin des combats en Europe.
Hitler, arrivé au pouvoir le 30 Janvier 1933, vient de se suicider, le 30 avril. Le "Reich de 1000 ans" qu'il promettait aura duré 12 ans. Il a eu néanmoins le temps de déclencher la 2e guerre mondiale et de mettre en œuvre la Shoah.

Le lendemain, une immense vague de joie déferle sur la planète, provoquant des scènes de liesse dans toutes les capitales, à l’exception de Berlin et Tokyo.

Le régime impérial japonais poursuit les combats dans le Pacifique, la Seconde Guerre mondiale n’est pas encore terminée.

La joie est  ternie par la  découverte des camps de concentration, depuis quelques mois, au fur et à mesure de la progression des armées alliées, notamment soviétiques. Le dernier camp est libéré le 8 mai 1945; il s'agit de celui de Theresienstadt/Terezin, en Tchécoslovaquie alors que Auschwitz l'a été le 27 janvier de la même année. .

Alors même que s'effondrait le régime le plus réactionnaire que l'histoire ait connu, les peuples colonisés exprimèrent leurs aspirations à l’égalité et à l'auto-détermination. Ainsi l’Algérie "française"  connait, en ce jour du 8 mai, des scènes de répression d’une extrême violence. Les célébrations se terminent dans un bain de sang à Sétif, Guelma, et Kherrata, entraînant la mort d’environ 45 000 personnes.

Un passé toujours actuel

Le souvenir du 8 mai 1945 et plus généralement de la période de Vichy et de la collaboration avec les nazis demeure un sujet de  débat et de clivage notamment dans la droite mais aussi dans une partie de la gauche. 

Ainsi Giscard d'Estaing, alors président de la République, avait supprimé la commémoration du 8 mai à partir de 1975, sous prétexte de construction européenne.
Elle fut rétablie en 1981 par Mitterrand. 
Mais ce dernier a maintenu la fiction d'une non responsabilité des autorités françaises notamment dans la déportation des Juifs de France.
Il a dans ce cadre mis en œuvre, de 1987 à 1992,  un hommage à Pétain auquel il ne mit fin qu'à la suite d'un important scandale.
 
A droite, c'est Sarkozy qui lança, dès sa campagne électorale de 2007, une offensive d'ampleur contre la "repentance" et contre la reconnaissance de la participation des autorités françaises à la ShoahIl  a même boycotté la cérémonie du 8 mai 2007, pour ne pas se retrouver à côté de Chirac qui avait reconnu les responsabilités françaises dans la déportation des Juifs. 
A l'époque, Patrick Devedjian, alors dirigeant de premier plan de l'UMP, décédé récemment, en résumait ainsi les enjeux (dans le journal Le Monde du 10 avril 2007) : " La droite est sortie honteuse de la guerre. Depuis la Libération, la gauche exerce un magistère moral sur l'histoire, distribuant les bons et les mauvais points: à gauche le parti des fusillés, à droite les collaborateurs. Même Chirac n'a jamais dit qu'il était de droite, et Jospin n'a pas hésité à dire de la droite qu'elle était héritière d'un courant anti-dreyfusard, antisémite et raciste. Il (Sarkozy) a sorti nos valeurs de la réclusion, il redonne sa dignité à la  la droitisation de la société permet aujourd'hui ce réajustement idéologique qui anticipe la victoire politique".

Plus concrètement, il s'agissait alors pour la droite comme aujourd'hui de récupérer les thèmes et l'électorat du FN et donc de jouer sur le nationalisme. Sarkozy a sans cesse œuvré à légitimer  les thèses du Front National
Son successeur, Laurent Wauquiez, a poursuivi dans la même voie et accueilli en grande pompe Eric Zemmour qui travaille à réhabiliter Pétain et son régime. 

Plus récemment, Emmanuel Macron a voulu rendre hommage à Pétain, lors du centenaire de la fin de la première guerre mondiale. Il a repris l’argumentation bien connue sur le « grand soldat » qui aurait ensuite fait « des choix funestes ». Face au scandale, il a du renoncer à cet hommage.

Nous en appelons plus que jamais au combat contre les idéologies et actes racistes et antisémites quels que soient leur prétexte, et pour l'avenir d'un monde débarrassé de la menace fasciste.
En cette journée particulière, nos pensées vont aux millions de victimes de l'idéologie nazie et de tous les génocides mais aussi aux jeunes résistants allemands de la Rose Blanche et à leur combat héroïque.   


MEMORIAL 98



dimanche 28 avril 2019

Synagogue de San Diego: attaque meurtrière d'un antisémite et islamophobe.

San Diego six mois après Pittsburgh
Nouvelle tuerie antisémite par un suprémaciste blanc (voir la définition de ce terme à la fin de l'article)
John Earnes, 19 ans, a attaqué une synagogue le jour de la fin de la Pâques juive/Pessah, qui était aussi un Shabbat.
Nos pensées pour les victimes. La femme tuée, Lori Gilbert-Kaye,
s’est semble-t-il portée en protection du rabbin de la synagogue, attaquée six mois jour pour jour ( 27 octobre- 27 avril) après celle de Pittsburgh.
 
Le terroriste souverainiste antisémite et islamophobe de San Diego, dans son "manifeste" publié juste avant la tuerie, stigmatise les Juifs pour  leur place dans les médias,  les banques  et Hollywood. Mais aussi "pour leur rôle dans le féminisme qui a asservi les femmes au péché"
Le tueur de Pittsburgh qui l'a inspiré,
Robert Bowers, blâmait les Juifs car ceux-ci étaient selon lui, coupables de favoriser les migrants "afin de détruire l'Amérique". C'est la reprise des accusations les plus traditionnelles de la haine antisémite
Earnest revendique également un incendie volontaire contre une mosquée de Californie, une semaine après les attaques de Christchurch et se déclare également inspiré par leur auteur Brenton Tarrent. 
D'après les médias locaux et la police, il avait annoncé publiquement sur internet son intention de tuer des juifs. "Nous avons des copies de ses publications sur les réseaux sociaux et de sa lettre ouverte, et nous les examinerons pour déterminer leur authenticité et savoir ce que cela apporte à l'enquête", a déclaré le chef de la police.
Ce drame qui survient dans la suite des tueries de Christchurch et du Sri-Lanka montre à nouveau l'urgence de lutter contre les chevaliers de la haine qui tuent au nom au nom de prétendues "guerres de civilisation". Juifs, musulmans, chrétiens, Noirs, femmes leurs victimes sont diverses et multiples. 
Sous Donald Trump, le racisme violent et le suprémacisme blanc prospèrent. Il a plusieurs fois manifesté sa complaisance à l'égard de ces groupes qui ont soutenu son élection  comme à l'occasion de la tuerie de Charlottesville en  août 2017. Ses slogans America First et Make America Great Again sont issus de cette tradition extrémiste, comme ses campagnes violentes contres les migrants.

Le mois d'avril qui se termine si tragiquement à San Diego est celui de la commémoration des grands crimes de masse du 20e siècle: génocide des Tutsi du Rwanda, génocide des Arméniens, génocide des Juifs d'Europe. Ces drames terribles montrent à quoi conduisent les idéologies de haine et leur mémoire nourrit nos combats quotidiens contre le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie et toutes les formes de discrimination.

Le suprémacisme blanc est une idéologie raciste, fondée sur l'idée de la supériorité de ceux parmi les humains dont la peau est blanche. Pour ses tenants, tous les moyens, y compris les plus violents, sont autorisés et recommandés afin de sauvegarder cette supériorité.
 

Memorial 98

dimanche 13 août 2017

Charlottesville: chronique d'un meurtre annoncé


Mise à jour du 10 juillet 2021:  La ville américaine de Charlottesville va déboulonner samedi 10 juillet les statues de deux généraux confédérés, qui avaient été à l'origine d'affrontements meurtriers entre militants d'extrême droite et manifestants antiracistes en 2017, a annoncé vendredi la municipalité de l'Etat de Virginie. Les statues représentant le général Robert Lee, chef de l'armée sudiste pro-esclavage pendant la guerre de Sécession, et le général Thomas «Stonewall» Jackson, tous deux en uniforme et à cheval, sont placées dans deux petits parcs près du centre-ville.https://twitter.com/Jake_Hanrahan/status/991971629747048Quelques jours avant l'attentat à la voiture folle commis par les néo-nazis à Charlottesville, qui a couté la vie à la militante antiraciste Heather Heyer (ci-dessous) Devon Arthurs, un ex-néo nazi américain aujourd'hui âgé de dix huit ans apprenait qu'il allait sans doute échapper à la peine de mort.
                                 Marche aux flambeaux des néo-nazis à Charlottesville
 
Devon Arthurs est emprisonné pour meurtre en Floride, et passera sans doute le reste de ses jours en prison. Cependant lui n'a pas tué des antiracistes, mais deux de ses ex-compagnons de route néo-nazis. Il les a tués, parce qu'il avait décidé, seul, de ne plus être néo-nazi, rupture qu'il avait symbolisée en se convertissant, seul aussi, à l'islam. Il les a tués, parce qu'ils préparaient un attentat. Sur les lieux du crime, la police a retrouvé des plans mais aussi des explosifs prêts à l'usage. 

Dans cette affaire, ce qui n'est pas commun n'est pas la préparation d'un attentat d'extrême-droite. La chose, malheureusement est banale, aux États-Unis comme en Europe. Ce qui l'est, c'est la tentative désespérée, délirante et terrible, d'un très jeune homme de rompre, seul, avec une mouvance et une idéologie de haine qui avaient pris le contrôle de sa vie. 

Penser à la solitude des jeunes néo-nazis dans des sociétés qui minorent le péril terroriste fasciste, ce n'est ni les excuser, ni les exonérer de leurs responsabilités dans leur choix. C'est juste prendre conscience des mécanismes terribles qui aboutissent au meurtre de masse, à la manière dont se créent en toute impunité des groupes meurtriers, à la manière dont se fabriquent les soldats de la terreur blanche. 
 
A Charlottesville, lors du rassemblement armé qui a précédé la tuerie à la voiture, parmi les participants, il y avait David Duke, à visage découvert, comme à l'accoutumée. Il participait pleinement aux cris antisémites des manifestants qui scandaient " Les Juifs ne nous remplaceront pas " soit l'application de la théorie du Grand Remplacement appliquée aux Juifs .
 
Duke a 67 ans, il est entré au Ku Klux Klan dans les années 1970, et milite depuis ouvertement, et sans trop de soucis pour la suprématie blanche. Il est raciste, antisémite, négationniste. C'est une figure internationale, qu'on retrouve parfois dans les colonnes de Rivarol en France. Il a également donné des conférences à l'invitation des régimes syriens ( voir ici)  et iraniens, en   2005 et 2006. Le 24 novembre 2005, David Duke participe à un meeting organisé à Damas par le gouvernement syrien. Il y déclare alors que « les États-Unis sont occupés par des Juifs qui contrôlent les médias et la banque ». Plus tard  il récidivait  « L'Holocauste ( la Shoah) est le levier utilisé par l'impérialisme sioniste, l'agression sioniste, la terreur sioniste et les meurtres sionistes ».

Duke a inspiré de nombreux tueurs néo-nazis dans un passé même très récent. Il était par exemple la référence de John Houser, qui en juillet 2015 a abattu deux femmes et en a blessé grièvement plusieurs autres, lors de la projection d'un film trop féministe à ses yeux.  

C'est la particularité mondiale des idéologues néo-nazis qui appellent ouvertement à la violence et à la terreur armée: une liberté de le faire qui connaît très peu de limites, et une indifférence sociale assez généralisée à leur égard. 

Et pas seulement aux États-Unis: partout en Europe, ce matin, des jeunes néo-nazis qui sont allés jusqu'au meurtre regardent sans doute de leur prison les exploits de leurs homologues américains, pendant que les leaders qui les ont inspirés ont les mains libres. 

En France, Jérémy Mourain purge neuf années de prison, pour des violences racistes, des tabassages avec ce qui s'assimile à des actes de torture, même contre d'autres néo-nazis de son groupe, plus jeunes que lui.
Pour le moment, il n'a pas encore à répondre de meurtres dont il s'est lui même vanté en prison: notamment, celui d’Hervé Rybarczyk , retrouvé noyé à Lille comme quatre autres personnes, en 2010 et 2011. Ce sont pourtant ses bavardages qui ont finalement amené la police et la justice à arrêter trois de ses compagnons de route pour les mettre en examen, après avoir longtemps considéré que toutes ces noyades étaient des accidents. 

Jérémy Mourain n'a même pas trente ans. Il a commencé sa carrière de néo-nazi très jeune, en organisant des ratonnades au hasard des cibles qui croisaient son chemin, les soirs où il avait décidé que ce serait l'ultra-violence raciste.
Puis il a rencontré Serge Ayoub qui a dépassé la cinquantaine, et formait déjà des jeunes tueurs dans les années 80. Serge Ayoub est toujours un homme libre, sans doute parfois un peu frustré de l'image qu'on lui accole dans les médias, un simple "chef de groupuscules", un "skinhead" folklorique et minoritaire. Frustré ou parfaitement satisfait, puisque c'est ce qui lui a permis de devenir en toute impunité un recruteur et un formateur d'assassins, que dans d'autres circonstances, pour d'autres idéologies, on appellerait terroristes.

En Suède, Viktor et Anton Thulin, purgent eux une peine de plusieurs années de prison, pour avoir commis des attentats contre des centres d'accueil pour migrants. Aucun des deux n'a atteint ses 25 ans, mais leur niveau d'endoctrinement se mesure par exemple, au fait que l'un d'eux s'était tranché un doigt à la hache pour "se punir d'avoir regardé des sites pornographiques". Quelques mois avant leurs attentats, en quête de violence plus grande que celle des groupes locaux, trop inexpérimentés à leur goût, ils étaient partis s'entraîner dans un camp paramilitaire international en Russie, et étaient revenus chez eux, sans être inquiétés pour ce "voyage", un peu particulier, alors qu'une autre destination pour faire la même chose, en Syrie par exemple, leur aurait valu une arrestation immédiate. Ce camp paramilitaire était tenu par un ancien soldat russe, dont le mouvement a beaucoup aidé les milices russes en Ukraine, et finance divers mouvements néo-nazis à travers toute l'Europe.

C'est l'autre caractéristique des mouvements néo-nazis, leur véritable statut d'internationale brune, dans tous les domaines, logistiques, financiers, pratiques, mais aussi théoriques. Et ce dernier aspect est extrêmement important dans la structuration politique et l'endoctrinement des jeunes tueurs. Contrairement aux clichés sur les "skinhead groupusculaires, ivrognes et désorganisés", les jeunes néo-nazis ont pour beaucoup soif de connaissances et leur passage au meurtre se fait sur la base de raisonnements et de références précises. Parce que des militants plus expérimentés et plus stratégiques font le boulot, il n'y a rien de plus facile que de se procurer en trois clics les textes fondateurs des suprémacistes blancs américains. Ces derniers font du terrorisme en petits groupes "indépendants," le modèle même de l'action politique réussie, la seule manière de réussir à porter des coups puissants à l'"ennemi".
La seule manière aussi d'être reconnu par les chefs, car tout le monde ne peut pas être chef, évidemment: et sur tous les forums transnationaux du net néo-nazi, l'endoctrinement et la fanatisation des plus déterminés passe aussi par des phases de culpabilisation et de dévalorisation. Les leaders idéologiques y raillent volontiers le jeune qui se prétend héritier des SS mais n'a que des croix gammées tracées sur les murs à revendiquer et n'a donc pas fait ses preuves.

Quant au soutien d’États puissants comme la Russie où les États-Unis, il apparait aujourd'hui  dans la figure de Donald Trump, dont la victoire a aussi été permise par l'extrême-droite la plus fanatique. 
Certains de ses conseillers sont eux-même des animateurs de sites conspirationnistes et racistes, qu'on appelle désormais "alt right", comme on appelle ici le Front National "populiste", ce qui euphémise un peu leur nature réelle et donne l'impression d'une frontière bien marquée entre eux et les jeunes tueurs. Jusqu'au moment, où Trump renvoie les tueurs et leurs victimes dos à dos, ce qui crée évidemment un moment de gêne international.

Il durera sans doute peu, notamment en France, où l'habitude politique de renvoyer dos à dos les néo-nazis et les "antifas" est bien ancrée, depuis la mort de Clément Méric, réduite par de nombreux commentateurs à une "bagarre entre bandes rivales et violentes". Il durera d'autant moins longtemps que l'ancrage dans le débat politique de la fameuse "liberté d'expression", permet à l'extrême-droite de bénéficier d'alliés inattendus dans l'opinion publique dès que la question se pose de la répression contre les discours de haine et de violence. Très tranquillement, il y a quelques jours, Alain Soral saluait la mémoire du négationniste Ernst Zundel récemment décédé, comme celle d'un "grand Allemand", tandis que Robert Faurisson et ses amis postaient un peu partout sur les réseaux sociaux et sur You Tube, des vidéos d'"hommage" au grand héros.

Aux États-Unis, plus de 230 personnes ont été tuées par des suprémacistes blancs depuis 1995. Ce chiffre ne concerne que les meurtres aboutis, les tentatives de meurtres, les opérations punitives, les viols, ou la terreur exercée à l'intérieur même de ces mouvements est difficilement chiffrable.

En Allemagne , où les attentats néo-nazis contre les réfugiés sont devenus ordinaires ces deux dernières années, le procès du groupe armé NSU s'achève après quatre ans, et laisse les proches des victimes dans la colère et le désarroi: à aucun moment, en effet, il n'a été possible de mettre en lumière les responsabilités des différents services de l’État dans le laissez-faire qui a accompagné le périple sanglant des tueurs et leur a permis d'assassiner au moins treize personnes en toute impunité pendant plus de dix ans.

En France, de même, les procès de jeunes tueurs supposés comme Jérémy Mourain sont encore et toujours limités à des condamnations isolées, sans réelle enquête , ni action contre les réseaux qui leur donnent la capacité de pousser leurs désirs de mort et d'ultra-violence jusqu'au bout. Jusqu'au jour où leur portrait défile dans les médias, visages terrifiants et énigmatiques de jeunes machines à tuer, qu'on appelle souvent "loups solitaires".

Mais c'est bien parce qu'ils sont tout, sauf solitaires que les visages des victimes, eux aussi défilent.

Heather Heyer est la dernière en date, et elle aurait pu ne pas mourir.  Il suffisait de prendre au sérieux les néo-nazis qui avaient eux même annoncé qu'ils venaient à Charlottesville pour semer la mort.
 Puisse l'émotion suscitée par ce meurtre atroce déboucher sur l'action, enfin, aux États-Unis et ailleurs.

MEMORIAL 98 
 
 Mise à jour du 7 décembre 2018 

James Fields a été reconnu coupable de meurtre lors de son procès à Charlotteville, alors qu'il prétendait avoir agi en état de "légitime défense" et s'être senti menacé. Sa peine sera décidée plus tard.

Le ministère public (parquet) a présenté au jury un texte envoyé par Fields, à sa mère avant de partir au rassemblement de l'extrême-droite. Celle-ci lui demandait d'être prudent, Fields lui avait répondu : "Nous ne sommes pas ceux qui avons besoin d'être prudents", message accompagné d'une photographie d'Adolf Hitler, qu'il admirait.  Fields, aujourd'hui âgé de 21 ans, avait également plusieurs comptes sur les réseaux sociaux où il exprimait son soutien au suprématisme blanc et au IIIe Reich, prônant la violence contre les Noirs et les Juifs.
Lors du procès, plusieurs personnes blessées lors de son agression ont témoigné de leurs souffrances et de leur traumatisme.
Un an environ après l'attentat de Charlottesville, a eu lieu la tuerie antisémite de la synagogue de Pittsburgh, le 27 octobre dernier.
Le combat contre la peste nazie est plus que jamais d'actualité  

Memorial 98


 
Mise à jour du 15 mai 2018:

Des militaires américains membres du groupe néo-nazi violent Atomwaffen Division ont participé à l'attaque de Chalottesville. Vassillios Pistolis,  membre du corps des Marines et de ce groupe  est photographié en train de frapper un manifestant antiraciste, ce dont il s'est lui-même vanté . 
Le scandale frappe l'armée US et met en lumière sa complaisance à l'égard des suprémacistes blancs et autres fascistes.

                                            
                                         

                                    Pistolis frappant une personne à terre et dans son uniforme des Marines

Mise à jour du 10 juillet 2021:  
La ville de Charlottesville va enfin faire enlever ce 10 juillet les statues de deux généraux confédérés, qui avaient été à l'origine de l'assaut meurtrier des militants d'extrême droite et  de la mort de la manifestante antiraciste Heather Hayer en 2017. 
La décision municipale est ainsi mise en œuvre avec quatre années de retard.
Les statues représentant le général Robert Lee, chef de l'armée sudiste pro-esclavage pendant la guerre de Sécession, et le général Thomas «Stonewall» Jackson, tous deux en uniforme et à cheval, sont placées dans deux petits parcs près du centre-ville.
MEMORIAL 98 

 ( janvier 2021) Voir des articles de Memorial 98 sur les USA et Trump: 

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/10/etats-unis-une-election-encore.html  (élection 2020)

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/10/trump-les-enfants-migrants-isoles.html  

http://info-antiraciste.blogspot.com/2020/04/les-afro-americains-durement-frappes.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2018/06/america-first-le-slogan-fasciste-de.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2016/11/13-novembre-hommage-rosa-parks-et-la.html

http://info-antiraciste.blogspot.com/2016/03/trump-bloque-chicago-bravo.html  (campagne Trump 2016)

http://www.memorial98.org/2015/06/charleston-la-menace-terroriste-d-extreme-droite-grandit.html

http://www.memorial98.org/article-24466321.html ( Obama)

http://www.memorial98.org/article-25281598.html ( Lincoln et Marx)

https://info-antiraciste.blogspot.com/2018/10/terrorisme-antisemite-pittsburgh-le.html







samedi 19 novembre 2016

#ParisAgainstTrump, 19 novembre 2016

Une première manifestation contre Donald Trump a réuni des centaines de participantEs ce 19 novembre à Paris. Beaucoup de colère mais aussi de solidarité avec des pancartes et des slogans réaffirmant explicitement la nécessité de l'unité de toutes les luttes contre toutes les formes de racisme et d'antisémitisme, contre le sexisme , l'homophobie , la transphobie ou le validisme. Très peu d'organisations progressistes françaises étaient présentes, mais beaucoup d'antiracistes étaient quand même venus, d'où aussi des pancartes anti-FN et de bienvenue aux réfugiés.

Évidemment, l'extrême-droite antisémite et raciste avait choisi de venir jouer la provocation. Les plus connus d'entre eux, Vincent Lapierre et son équipe d’Égalité et Réconciliation, le site de Soral, ont été reconnus et éconduits fermement. Face à leur volonté manifeste de chercher les coups pour jouer les martyres, des slogans antifascistes et un cordon sanitaire a fini par les repousser. 
Ils n'étaient cependant pas seuls, puisque des militants d'un autre média d'extrême-droite, Independenza Web TW, ont également déambulé dans la manifestation. Ces incidents illustrent une nouvelle fois la nécessité d'une vigilance accrue dans les mobilisations: de nombreuses personnes ne savent pas qui sont les fascistes qui se présentent comme "journalistes indépendants", et c'est aussi aux organisateurs qu'incombe la responsabilité de protéger les gens contre l'extrême-droite, même si chacun doit être prudent de son côté et ne pas s'exprimer devant une caméra sans s'être renseigné avant sur l'identité des prétendus " journalistes". 


 













MEMORIAL 98

lundi 28 septembre 2015

Le Bon Coin justifie la publication d'une annonce antisémite: agissons !


Mise à jour du 28 septembre, 16h30: la mobilisation paye. En moins d'une heure, le site Le Bon Coin interpellé sur Twitter et par mail, avec copie de notre article, a retiré l'annonce incriminée, alors que celle-ci se trouvait sur le site depuis le 5 septembre. Merci à toutes et tous , n'hésitez pas à utiliser le tweet ci-dessous, où Le Bon Coin affirme que les annonces antisémites et pro-nazies sont bannies sur son site, pour protester contre d'autres annonces éventuelles ! 




 Depuis le 5 septembre, sur le site d'occasions Le Bon Coin, on trouve une édition du pamphlet antisémite " Le Juif International" d'Henry Ford, ré-édité par l'entreprise d'Alain Soral Kontre Kulture. 

Aux États-Unis ce pamphlet extrêmement violent écrit dans les années 20 par le grand patron de l'automobile reste encore aujourd'hui une des références importantes des groupes suprémacistes blancs, ceux qui sont à l'origine d'attentats et d'assassinats de plus en plus fréquents: en témoignent à quelques semaines d'intervalles, la tuerie perpétrée par Dylan Roof dans une église puis celle intervenue quelques semaines plus tard dans un cinéma, toujours en Louisiane, toutes deux accomplies  par des néo-nazis.

Le "Juif International ", qui développe abondamment un racisme biologique assorti d'appels à peine masqués à l'extermination sera une source d'inspiration pour Adolf Hitler, qui y trouvera notamment la trame de sa dénonciation hallucinée du "judéo-bolchevisme" et de la "finance capitaliste juive" comme les deux facettes du même complot de la même "race honnie". On y trouve déjà l'arme du négationnisme et du retournement victimaire qui se développera après la Shoah: Ford explique à ses lecteurs américains que les pogroms en Europe de l'Est n'existent pas et qu'ils ne sont qu'une invention juive pour masquer leur invasion programmée des États-Unis en une fuite face aux persécutions. 

L'ouvrage est également porteur d'un racisme global construit à partir de la rhétorique antisémite: les Juifs , déterminés à affaiblir la race blanche, se serviraient des autres races inférieures, "orientales" et et "africaines" pour accomplir leur projet: ainsi l'ouvrage décrit-il le jazz comme une manifestation du grand complot destiné à propager le métissage culturel et à abâtardir les Blancs, par tous les moyens possible. 

Bien évidemment, l'ouvrage est disponible en français sur de nombreux sites néo-nazis. Mais sa vente par la maison d'éditions d'Alain Soral a été empêchée par une décision judiciaire ordonnant le retrait de nombreux passages de l'ouvrage en 2013, décision contre laquelle Soral a fait appel, mais qui reste exécutoire pour le moment. 

Comme souvent, et malgré l'ampleur de la tâche, des antiracistes ont immédiatement écrit au site "Le Bon Coin " pour demander le retrait  de l'annonce et l'application par Le Bon Coin d'une politique de retrait des annonces de vente d'objets ou d'ouvrages incitant à la haine raciale.

Voici la réponse du site :  

"Bonjour,

Il est possible que cette annonce soit abusive mais nous n'avons pas suffisamment d'éléments pour la supprimer.
Vous êtes libre de ne pas donner suite si vous ne le souhaitez pas. Merci pour votre confiance et à bientôt sur notre site."

Cette réponse est un très bon exemple de l'hypocrisie globale des justifications habituelles des grands sites de commerce ou des hébergeurs de contenu sur le net: tous, lorsqu'ils sont pris la main dans le sac par de grands médias sur leur complaisance vis à vis des contenus antisémites, racistes, islamophobes ou homophobes font référence à la possibilité pour les internautes de signaler ces contenus. Tous arguent de la grande quantité de contenus postés sur leurs sites et de l'impossibilité de les modérer en temps réel, et tous prétendent cependant être prêts à faire le nécessaire si on leur signale ces contenus. 

Ainsi en juillet 2014, le Bon Coin finit-il par supprimer une annonce qui mentionnait explicitement ne pas accepter les "gens d'Afrique " dans son gîte, après qu'une mobilisation suffisante ait eu lieu pour déclencher des articles de presse. De même en 2013, où à l'occasion du bad buzz déclenché après la publication d'une annonce immobilière raciste, le site déclare être "particulièrement vigilant" et avoir mis en place des "filtres" qui détectent les contenus racistes.

En réalité, le seul "filtre" est celui de notre mobilisation, et les responsables du site n'hésitent pas à se contenter d'un odieux " si t'aimes pas t'achète pas", quand celle-ci n'est pas assez grande.

Puisque le respect des lois antiracistes est en option assumée pour Le Bon Coin , puisque celui-ci est prêt à faire du commerce sur la haine si le rapport de forces n'est pas suffisant, nous invitons tous nos lecteurs à se mobiliser.



Merci d'envoyer cet article avec une phrase d'introduction courtoise mais ferme , exigeant le retrait immédiat de l'annonce sur le formulaire de contact du site  disponible ici.

Exemple d'introduction

" Bonjour, extrêmement choqué par la publication d'une annonce proposant à la vente le pamphlet raciste d'Henry Ford, vente explicitement condamnée par une décision de justice, je suis très étonné de votre fin de non-recevoir opposée à des personnes ayant protesté contre cette annonce. Je remarque que votre site ne prévoit pas l'incitation à la haine raciale dans votre rubrique "Abus". Je me joins donc à l'association Mémorial 98 pour exiger le retrait immédiat de cette annonce, mais également des explications sur votre position initiale de maintien. Dans l'attente, je diffuse l'article joint le plus largement possible. 

Si vous avez un peu plus de temps, vous pouvez également poster cet article dans les commentaires des posts de la page Facebook du Bon Coin ou les interpeller sur Twitter @leboncoin.

lundi 14 septembre 2015

Zemmour et le "génocide contre l'Allemagne millénaire"


 


Tous les sites de l'extrême-droite la plus violente, en commençant par Fdesouche et Égalité et Réconciliation de Soral, ont applaudi et repris la chronique d'Eric Zemmour sur RTL ce vendredi 11 septembre.

Et pour cause, on n'en est plus à de quelconques euphémismes en matière de racisme, ni même à de l'ethno-différentialisme. Cette fois, c'est le retour, sur RTL, du racisme biologique le plus ouvert qui soit, sans que cela ne suscite de réaction de la radio. On comprend que Marine Le Pen souhaite nommer Zemmour ministre de la Culture (!)   , et sans doute aussi de la Propagande, dans un futur gouvernement qu'elle formerait.

La charge contre Angela Merkel lancée par celui qui a déjà réhabilité Pétain, prend donc la forme d'une apologie de "l'Allemagne millénaire" selon lui détruite par le multiculturalisme.  Suit une tirade apocalyptique sur le remplacement par les réfugiés " des petits  blonds que les autochtones n'ont pas fait",  une accusation de génocide de ces mêmes "autochtones blonds" portée contre Angela Merkel au travers d'une assimilation des Allemands aux Indiens exterminés sur le continent américain. Les 800 000 réfugiés vont faire des "petits" annonce Zemmour, qui sciemment a choisi le vocabulaire utilisé pour décrire la reproduction des animaux.  Il a  d'ailleurs  commencé la déshumanisation des enfants migrants dès le début de sa chronique en raillant ce "continent de mamans qui ne supportent pas la photo d'un enfant mort".

En creux de cette diatribe, il ne manque que le mot aryen , que Zemmour remplace encore ( mais pour combien de temps ?) par "autochtone". Pour le reste, même un néo-nazi fanatique trouverait peu à redire à cette chronique: quand le respect de la vie humaine et même celle des enfants est raillée comme une dangereuse sensiblerie qui amènera le génocide des hommes blonds si elle n'est pas combattue, on est bien dans l'appel ouvert à la violence raciste la plus abjecte. 

De même la métaphore de Merkel en mère indigne  qui condamne ses propres enfants en ouvrant grand la porte aux hommes envahisseurs qui vont procréer en masse et génocider les Allemands, tout comme la condamnation des femmes modernes qui n'enfantent pas et trahissent ainsi leur devoir patriotique relève directement de l'imagerie suprémaciste blanche.

Zemmour, en réalité ne fait que pousser à son terme ses déclarations précédentes: dès 2008, l'affirmation de l'existence des races, puis par exemple, en 2014 lors de la Coupe du Monde, des déclarations "footballistiques": "l’Allemagne, elle gagnait que quand il n’y avait que des dolichocéphales blonds". Le terme dolichocéphales était utilisé par les théoriciens racialistes du début du 20e siècle pour qualifier le haut du panier de la "race blanche", censée notamment avoir un crâne plus allongé que les inférieurs.

Pour ces propos là, RTL avait reçu une mise en garde du CSA. Autant dire pas grand-chose, pour une radio qui laisse désormais libre cours au racisme biologique ouvert, et aux références assumées au suprémacisme blanc.

Celles-ci s'inscrivent dans un contexte précis: celui de la violence néo-nazie en Allemagne, contre laquelle Merkel a pris fermement position. Mais aussi celui des traitements inhumains, volontairement dégradants contre les migrants en Hongrie, par le gouvernement d'extrême-droite d'Orban., à qui Zemmour ne cesse de rendre hommage dans cette même chronique. Mais aussi celui des manifestations néo-nazies en Pologne ce samedi.

En France, c'est évidemment de ce type de mouvements dont rêvent l'extrême-droite ou Zemmour. D'ailleurs, des groupes de fascistes, du FN ou des Identitaires tentent ici et là d'attaquer les manifestations pour les migrants: c'est ce qui s'est passé à Metz ce samedi par exemple

Eric Zemmour , comme les médias qui le relaient , profitent d'un sentiment de fatalisme , généré par la répétition et l'aggravation permanente de son propos raciste. On proteste moins, parce qu'après des années et des années de montée de son délire de haine, beaucoup se contentent d'un " de toute façon, c'est Zemmour". 

Mais il n'y a pas de raison de se résigner; chacune de ses interventions doit être dénoncée, et ne pas passer inaperçue. Rappelons que sur la même radio, Olivier Mazerolle vient de mettre en cause les origines de la ministre Myriam El Khomri. Concernant Zemmour,  I-Télé a fini par lui supprimer sa chronique, et si RTL s'est obstinée à le défendre, une mobilisation forte pourra changer la donne.  C'est une nécessité, car désormais, c'est la propagande des groupes suprémacistes blancs qu'il diffuse à grande échelle. 
 
MEMORIAL 98